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interviewLa chronique de Caroline Yadan· 1 juin 2026 6 min

La chronique de Caroline Yadan du 01/06/26

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Merci d'être avec nous ce matin sur Radio-J, vous le savez, le lundi, une semaine sur deux. Nous avons le plaisir de retrouver Caroline Yadant, députée de la 8e circonscription des Français de l'étranger. Bonjour Caroline. Bonjour Ilana. Merci d'être avec nous ce matin pour cette nouvelle semaine. Vous souhaitiez revenir sur les appels au boycott visant non pas des artistes israéliens, mais des artistes juifs en France et aussi d'ailleurs à l'échelle internationale.

0:23
Caroline Yadan

Marseille a affiché son visage sur les murs. Alors Marseille, en 2026, a placardé le visage d'un dessinateur avec la sobre élégance d'une affiche de grand banditisme pour signifier qu'il n'était pas le bienvenu. Et les gens que cela scandalise sont priés de remettre leur scandale en perspective, de comprendre le contexte, bref, de se taire. Il faut dire qui est Johan Svar. Le petit-fils d'un résistant dont toute la famille juive ukrainienne fut déportée. Le fils d'un avocat qui poursuivait les néo-nazis devant les tribunaux et démissionnait plutôt que de serrer la main au Front National. Un dessinateur de Charlie Hebdo, le militant de toute une vie contre les discriminations.

Et l'homme qui a passé deux ans à Naplouz et à Ramallah pour donner la parole aux Palestiniens dans une bande dessinée de 600 pages. C'est lui qu'un collectif se réclamant de la cause palestinienne a décidé de chasser de Marseille.

1:13
Présentateur

Sans succès en tout cas.

1:15
Caroline Yadan

Mais ce que vous décrivez ne se limite pas à Marseille, Caroline ? Non, Ilana, c'est une mécanique qui opère partout où un artiste juif ou israélien ose se présenter à Venise. 500 ans après la création du premier ghetto du monde, 236 artistes et commissaires d'exposition exigent l'exclusion d'Israël et de la Biennale d'art contemporain. Le jury démissionne, mais la Biennale tient bon. Tout pays reconnu par l'Italie peut participer. Israël est là et il reste. Barbara Butch, DJ, militante LGBTQ+, icône des nuits parisiennes, signe une tribune contre l'antisémitisme en soutien à la loi Yadon.

La section locale de LFI appelle sa déprogrammation au cabaret frappé de Grenoble et publie une photo d'elle, maculée de sang et frappée d'une étoile de David. Dans la foulée, les insultes déferlent, juiverie, grosses truies sionistes, dégoûtant rond-point juifs. Voilà ce que le boycott libère, toujours. Ce que Johan Svart et Barbara Butch ont en commun ? Le dialogue, l'amour, la paix. Une vie à tendre des ponts, là où d'autres creusent des fossés. Et c'est précisément pour cela qu'ils dérangent.

2:25
Présentateur

Alors leurs défenseurs affirment, eux, pourtant viser des positions politiques et pas des identités.

2:30
Caroline Yadan

Et oui, mais c'est toujours ainsi que ça commence. Johan Svart l'a dû lui-même. Ayez au moins le courage de dire juif parce que le tampon rouge sioniste sur une affiche de boycott, ce n'est pas une position politique, c'est un code, un euphémisme de lâche, le mot qu'on met à la place de l'autre quand on n'ose plus l'écrire mais qu'on pense tout entier. Johan Svart n'est pas poursuivi pour ses positions, nuancées, souvent critiques envers Israël. Il est poursuivi pour ce qu'il l'est, pour ce qu'il sera toujours aux yeux de ceux qui le chassent, quoi qu'il dise, quoi qu'il dessine, quoi qu'il signe, il est juif.

Ce qui, dans la grammaire de ses persécuteurs, constitue une catégorie fermée, étanche, imperméable à tout parcours individuel, sauf à se renier soi-même. Nommons la chose. Ce n'est pas un dérapage. Ce ne sont pas des excès regrettables mais compréhensibles. C'est de l'antisémitisme, du plus authentique, du plus ancien, du plus nu. Sous les tsars, c'était la pureté de la nation slave. Sous Hitler, c'était la science raciale. Aujourd'hui, c'est la Palestine. Les oripeaux changent. La haine, elle, n'a pas bougé d'un millimètre. Et la justice, elle, commence, en tout cas, à se prononcer. Eh bien oui, en Norvège, le tribunal pour l'égalité vient de rendre une décision essentielle.

Le retrait de l'invitation adressée à la chorégraphie israélienne, Ori Lankinski, par le festival Fringe, constitue une discrimination illégale fondée sur son lieu d'origine. Ori a été désinvitée pour une seule raison, elle venait d'Israël. Ce que la Norvège vient de juger, la France devrait l'appliquer avec la même rigueur.

4:02
Présentateur

Eh oui, c'est ce qu'on espère. Pourtant, le silence reste assourdissant.

4:05
Caroline Yadan

Eh oui, et c'est ce qui, peut-être, fracasse le plus. Le silence de ceux qui savent, voient et se taisent. La relativisation de ceux qui trouvent des « oui, mais » qui diluent la responsabilité dans une équivalence commode. Ce verbe « comprendre » est devenu dans notre lexique moral contemporain le plus beau synonyme de ce « terre ».

Et il installe une norme, une norme où l'on peut, en 2026, publier la photo d'une artiste juive couverte de sang, chasser un auteur juif d'une ville, exclure un état de la plus grande manifestation artistique du monde, et voir des élus regarder ailleurs, des syndicatiers associés, des jurys démissionnés, plutôt que de tenir bon une norme où les principes qu'on jugerait fascistes s'ils visaient n'importe qui d'autre deviennent soudainement acceptables, voire vertueux dès lors qu'ils ciblent des Juifs. C'est ce que le plus jamais ça de mon enfance était censé empêcher. Ce serment s'est fissuré. Il est devenu plus jamais ça. Oui, mais tout de même, dans ce contexte, vous comprenez.

Ils ont construit le ghetto pour réduire les voix juives au silence. Ils essaient encore, mais la Biennale a tenu. L'Eurovision a tenu. Un tribunal norvégien a tranché. Et Johan Svar et Barbara Butch continuent à parler, à écrire, à créer. La résistance à l'exclusion s'appelle la liberté. Et la liberté, ça ne se boycote pas. Les murs du ghetto ont disparu. On ne les laissera pas se reconstruire.

5:26
Présentateur

Eh bien, merci beaucoup Caroline Yadant. Merci d'avoir été avec nous. A noter d'ailleurs que la conférence de Johan Svar à Marseille, apparemment, a été un grand succès. Il y avait beaucoup de monde et il n'a pas du tout été empêché, en tout cas, d'y participer. Et c'est heureux. Et c'est un motif d'espoir, effectivement. Merci beaucoup, ma chère Caroline. On vous retrouve évidemment avec grand plaisir sur Radio-J. Très bientôt, aussi en podcast sur Radio-J.fr et sur notre chaîne YouTube Radio-J. À suivre, le Zoom Israël de Pascal Zenschein, la revue de la presse israélienne également. Et puis, l'humour, c'est Meryl Pénélope qui sera avec nous et l'invité politique de David Revodalone.

Ariane Chemin, grand reporter au Monde, auteur de La guerre. Ce sont les noms propres qui répondront aux questions de David tout à l'heure à 7h45. Sous-titrage Société Radio-Canada