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Interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 8 avril 2023 18 minComplaisantFond programmatiqueÉconomie & entreprisesDéfenseTransportsNumérique

Loi de programmation militaire, inflation, Ariane 6 et sonde vers Jupiter... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Stéphane Israël, président exécutif d'Arianespace

Source d'origine 3 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:01OuverteRéponse directe

    L'espace est-il la nouvelle frontière à protéger, avec la guerre des étoiles ?

  • 1:08OuverteRéponse directe

    Est-ce que Arianespace convoie les satellites militaires et est-ce l'essentiel de vos clients ?

  • 1:59OuverteRéponse directe

    Qu'attendre de la mission vers Jupiter ?

  • 3:21OuverteRéponse directe

    Le domaine spatial est-il touché par l'inflation ?

  • 4:10FerméeRéponse directe

    Combien coûte une fusée Ariane ?

  • 4:32OuverteRéponse directe

    Faut-il des mesures protectionnistes comme l'Inflation Reduction Act américain ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:01Invité politiqueChiffre
    « cette semaine a été présentée la loi de programmation militaire en France, 413 milliards d'euros sur 7 ans de dépenses militaires »
  • 0:01Invité politiqueChiffre
    « 6 milliards d'euros consacrés au renforcement de l'action de la France dans l'espace »
  • 0:50PrésentateurFait
    « On va envoyer en 2025 un petit satellite qui s'appelle Yoda, qui est un satellite patrouilleur-guetteur à 30 000 kilomètres »
  • 1:39PrésentateurFait
    « La dernière Ariane 5 embarquera en juin deux satellites militaires, un pour la France, un pour l'Allemagne »
  • 2:13PrésentateurFait
    « C'est la première mission européenne vers Jupiter »
  • 2:20PrésentateurFait
    « Cette sonde elle va partir le 13 avril et elle va arriver vers les lunes glacées de Jupiter en juillet 2031 »
  • 3:31PrésentateurChiffre
    « Ariane 5, c'est quel ordre de grandeur ? »
  • 4:15PrésentateurChiffre
    « Une fusée Ariane, c'est quelque chose qui peut aller jusqu'à 200 millions de dollars »
  • 7:12PrésentateurPromesse
    « Le vol inaugural d'Ariane 6 est prévu avant la fin de l'année »
  • 9:28PrésentateurFait
    « Ariane 6 va avoir plusieurs avantages par rapport à Ariane 5 »
  • 10:45PrésentateurPromesse
    « la réutilisation, ça va venir »
  • 11:22PrésentateurFait
    « Il y a un moteur qui sera réutilisable qui s'appelle Prometheus »
  • 15:17PrésentateurFait
    « la première puissance, par les moyens qu'elle déploie, c'est de loin les États-Unis »
  • 16:00PrésentateurFait
    « Ariane 6 peut aller vers la Lune »

Temps de parole

  • Présentateur74 %
  • Invité politique11 %
  • Invité10 %
  • Invité 25 %

3,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Invité politique

Bonjour Stéphane Israël, cette semaine a été présentée la loi de programmation militaire en France, 413 milliards d'euros sur 7 ans de dépenses militaires, 6 milliards d'euros consacrés au renforcement de l'action de la France dans l'espace pour financer notamment des nouvelles générations de satellites, l'espace c'est un peu la nouvelle frontière à protéger, c'est la guerre des étoiles finalement ?

0:26
Présentateur

Alors là vous mettez le doigt effectivement sur une dimension de l'espace qui est l'espace militaire et je salue effectivement cet effort accru de la France. Alors pour s'arrêter quelques secondes sur l'espace militaire, l'espace militaire c'est les télécommunications sécurisées, c'est l'observation de la Terre depuis l'espace, ce sont aussi des moyens d'écoute, ça sera de plus en plus la connaissance de ce qui se passe dans l'espace et même des moyens d'intervention dans l'espace. On va envoyer en 2025 un petit satellite qui s'appelle Yoda, qui est un satellite patrouilleur-guetteur à 30 000 kilomètres. Voilà, donc ça fait écho exactement à votre introduction.

Donc effectivement l'espace c'est aussi un espace militaire, il y a un commandement de l'espace, c'est vraiment une des composantes de nos armées aujourd'hui.

1:08
Invité

Vous dites une des composantes mais pas aujourd'hui, par exemple pour un groupe comme Arianespace, la composante la plus importante, c'est-à-dire est-ce que par exemple c'est forcément Arianespace qui convoie les satellites militaires et est-ce que c'est l'essentiel de vos clients ?

1:20
Présentateur

Alors nous on lance les satellites de l'Europe et donc on lance les satellites militaires.

1:25
Invité

Il y a un principe de souveraineté, c'est Arianespace qui lance les satellites.

1:27
Présentateur

Voilà, nous on a été fait pour assurer une autonomie d'accès à l'espace à l'Europe. On a une base spatiale en Guyane, une fusée qui s'appelle Ariane, une autre qui s'appelle Vega et avec ça, ça va nous permettre de lancer des satellites militaires. Mais ça n'est pas l'essentiel de notre activité, c'est un élément important. La dernière Ariane 5 embarquera en juin deux satellites militaires, un pour la France, un pour l'Allemagne. Une des premières Ariane 6 embarquera le troisième satellite optique de la France. C'est un élément de notre activité mais notre activité est pour l'essentiel des satellites civils.

1:59
Invité

Vous évoquez Ariane 5, d'ailleurs elle décolle dans quelques jours, dans cinq jours je crois. Elle emmène à son bord une sonde spatiale qui va voyager vers Jupiter. Qu'est-ce qu'on espère apprendre de Jupiter ?

2:09
Présentateur

Oui, alors c'est effectivement une mission absolument magnifique.

2:13
Invité

C'est la première mission européenne vers Jupiter.

2:14
Présentateur

C'est la première mission européenne vers Jupiter. Jupiter c'est à peu près 600 millions de kilomètres de la Terre. Donc vous voyez les ordres de grandeur. Cette sonde elle va partir le 13 avril et elle va arriver vers les lunes glacées de Jupiter en juillet 2031. Elle va travailler de juillet 2031 à novembre 2034. Qu'est-ce qu'elle va faire ? Elle va pour l'essentiel observer trois lunes glacées de Jupiter, Europe, Callisto et surtout Ganymède. Elle va essayer de regarder s'il y a bien de l'eau et des océans sous la croûte de ces lunes. Et faisant cela, ça va nous permettre deux choses. De mieux comprendre les origines de la vie, les origines de ces planètes.

Et aussi, elle va observer le système de Jupiter, ce qu'on appelle le système jovien. Ça va nous permettre de mieux comprendre notre système solaire. C'est vraiment une sacrée mission.

2:58
Invité politique

Avec une fusée donc Ariane-Espace qui doit emmener... C'est le programme JUICE, je le précise.

3:03
Présentateur

JUICE, voilà, les lunes glacées de Jupiter.

3:05
Invité politique

C'est très compliqué à mettre en place. Vous le disiez, le voyage est très long, 8 ans, il faut passer par Vénus, etc. Pour avoir des poussées d'accélération, c'est ça ?

3:13
Présentateur

Oui, c'est ce qu'on appelle l'assistance gravitationnelle. Et effectivement, elle va faire un certain nombre de rotations, d'évolutions. Et finalement, elle va arriver vers les lunes de Jupiter.

3:21
Invité

On vous a entendu dire, il y a quelques semaines, que le domaine spatial était lui aussi touché par l'inflation. Aujourd'hui, ça coûte plus cher de produire une fusée. Par exemple, Ariane 5, c'est quel ordre de grandeur ?

3:31
Présentateur

Oui, évidemment, l'inflation des coûts, elle existe dans les industries alimentaires, mais aussi dans l'industrie tout court. Vous savez que nos amis américains se mobilisent avec l'Irak qui leur permet de couvrir ces coûts. Et nos industriels, ceux qui construisent Ariane 5 et Ariane 6, ont effectivement des coûts qui sont liés à l'inflation. Et on a des discussions en ce moment avec les pouvoirs publics pour voir comment les pouvoirs publics peuvent nous aider à couvrir ces coûts.

3:55
Invité

C'est tous les composants qui coûtent plus cher, en fait ?

3:56
Présentateur

Oui, il y a l'inflation des salaires, tout simplement. Il y a effectivement l'inflation des matériaux, de la construction. Et donc, effectivement, il y a une problématique d'inflation aujourd'hui qui doit être couverte. Et il y a des discussions en ce moment dans toute l'Europe.

4:10
Invité

Ça te convient environ une fusée ? A priori, ce n'est pas un cadeau qu'on peut se faire pour soi-même.

4:15
Présentateur

Une fusée Ariane, c'est quelque chose qui peut aller jusqu'à 200 millions de dollars. L'an de grandeur, c'est des millions, ce n'est pas des milliards. Oui, absolument. Les coûts d'une fusée, c'est des dizaines de millions.

4:32
Invité politique

Vous avez évoqué l'Inflation Reduction Act, qui est très décrié côté européen. Ce sont des mesures de protection prises côté américain. Il faut le même type de mesures en Europe ?

4:42
Présentateur

En tous les cas, il faut se mobiliser en Europe pour une politique industrielle. Vous avez vu que la Commission européenne, avec Thierry Breton, le fait. Il y a vraiment une stratégie industrielle en Europe beaucoup plus assumée qu'avant. Et j'y suis à titre personnel particulièrement sensible. Et effectivement, dans nos industries, il y a une logique d'inflation. En ce moment, on est en train de se mettre d'accord sur les grands paramètres d'Ariane 6, puisqu'on a déjà commandé 15 Ariane 6 et on doit en commander d'autres.

Et effectivement, la fusée Ariane 6, elle est produite dans toute l'Europe, dans 12 pays d'Europe, principalement en France, en Italie, en Allemagne, mais aussi en Espagne, en Belgique. Il y a des morceaux de fusées qui sont produits partout et rassemblés ensuite à Toulouse ? Non, rassemblés d'abord pour ce qui est de l'étage principal d'Ariane 6 au Mureau, pour ce qui est de son étage supérieur en Allemagne à Brême. Tout ça part en Guyane. Et finalement, l'assemblage final se fait en Guyane. Mais il y a effectivement de l'inflation dans toute l'Europe. Donc, il y a des dérives de coûts à couvrir.

5:39
Invité politique

Et vous demandez quoi ? Des subventions européennes ? Non.

5:42
Présentateur

Concrètement, ce serait quoi ? Vous savez, le mot subvention pour les fusées n'est pas le bon terme. Les fusées, c'est fondamentalement un partenariat public-privé. Ce qu'on demande, ce sont des engagements publics. Aux États-Unis, il y a des milliards qui sont consacrés à l'espace, plus qu'en Europe, même si l'Europe est une grande puissance spatiale. Et nos concurrents bénéficient à travers la NASA, à travers les armées américaines, l'US Air Force, de milliards d'engagements. Nous, nous demandons pour nos fusées deux choses. Sur le long terme, la construction d'un partenariat public-privé. Et c'est bien ce qui se passe, puisque la fusée Ariane 6, son développement est payé par les États.

Et ensuite, il y a l'exploitation. On demande qu'il y ait des grandes missions qui financent nos fusées en montant à bord de nos fusées. Et puis, il y a un problème conjoncturel d'inflation qu'il faut couvrir, parce que nos industriels, dans toute l'Europe, ont des dérives liées à l'inflation. Et ce sont des discussions en cours.

6:34
Invité

Et sur les engagements publics, l'ordre de grandeur avait été donné par un rapport, je crois, qui avait été rendu à l'Agence Spatiale Européenne, pour un milliard consacré par l'ESA, donc cette agence à l'exploration spatiale en Europe. L'agence américaine, la NASA, en consacre 13 milliards. 13 fois plus.

6:50
Présentateur

Il y a plus d'ambition en matière d'exploration aux États-Unis qu'en Europe, mais par exemple en matière d'observation de la Terre, et ce qui est fondamental pour un espace dédié à l'environnement, un espace durable. Les Européens sont des champions. C'est un très beau programme de l'Europe qui s'appelle Copernicus.

7:04
Invité

Vous évoquiez juste Ariane 6, lancement avant la fin de l'année, vol inaugural ?

7:09
Présentateur

Le vol inaugural d'Ariane 6 est prévu avant la fin de l'année. Il y a un certain nombre d'étapes qui ont été franchies. Le premier étage d'Ariane 6 qui est commun avec Vega, il a déjà volé. La fusée Ariane 6, elle est assemblée aujourd'hui sur son pas de tir, elle va être testée. Il faut maintenant amener en Guyane les étages qui vont voler. Il faut qualifier le système. Il y a toutes ces étapes qui doivent être franchies, qui doivent nous mener à la fin de l'année. Et on va surveiller notre capacité à tenir ces jalons d'ici la fin de l'année. C'est plutôt décembre ? Je ne vais pas vous dire ni un mois ni un jour parce qu'il serait faux.

Donc ce que je peux vous dire, c'est qu'il y a un objectif qui est la fin de l'année. Il y a un certain nombre de jalons, comme on dit dans notre métier, à franchir. Et on va surveiller la tenue de ces jalons pour vous dire comment on tient cet objectif de la fin de l'année.

7:53
Invité politique

Stéphane Israël, président exécutif d'Ariane Espace, invité de 8h30. Vous restez avec nous, 8h40, c'est l'heure du Fil Info avec Elia Bergel.

8:01
Invité

Joe Biden va combattre la suspension d'une des deux pilules abortives aux Etats-Unis. Après la décision d'un juge fédéral, le ministère de la Justice va faire appel. La Cour suprême, la majorité conservatrice, doit trancher. L'armée chinoise se déploie dans le détroit de Taïwan. En ce moment, le ministère taïwanais de la Défense assure avoir repéré 8 bateaux de guerre, 42 avions de chasse autour de l'île, 3 jours de manœuvre suite à un déplacement aux Etats-Unis de la présidente Tsai Ing-wen. Toujours 400 000 foyers sans électricité au Québec hier soir après le passage d'une tempête de glace qui a fait 3 morts. C'est la panne la plus importante sur le réseau électrique depuis 25 ans.

En Ligue 1, Lens gagne contre Strasbourg 2 à 1 hier soir. Les 100 et or sont désormais à 3 points du PSG qui jouent à Nice ce soir. Chez les dames, nos bleus remportent leur premier match avec Harvey Renard comme entraîneur. Hier soir, victoire en amicale, 5 à 2 contre la Colombie.

9:03
Invité politique

Toujours avec le président exécutif d'Ariane Espace, Stéphane Israël. Ariane 5, plus que 2 lancements. Le prochain, donc dans 5 jours, Juice. Ensuite, ça sera en juin, vous nous le disiez tout à l'heure. Ariane 6 va prendre la suite après 6 mois à peu près. C'est une fourchette d'interruption. Qu'est-ce qu'apporte Ariane 6 que ne pouvait pas faire Ariane 5 d'abord ?

9:25
Présentateur

Alors Ariane 6 va avoir plusieurs avantages par rapport à Ariane 5. D'abord Ariane 6, il y a une petite Ariane 6, une grosse Ariane 6. C'est les moteurs qu'on va mettre sur le côté. Alors qu'Ariane 5 ne pouvait être produite que dans sa version grosse, si vous voulez. Et donc Ariane 6 va pouvoir envoyer davantage de types de satellites en orbite. Des satellites plus légers, alors qu'Ariane 5 était vraiment dédié à des satellites lourds. Donc Ariane 6 est plus souple qu'Ariane 5. La deuxième chose, c'est qu'Ariane 6, son moteur de ce qu'on appelle l'étage supérieur, est réallumable. Ça va vous permettre de faire des missions beaucoup plus complexes en orbite.

Et notamment pour ces grandes constellations qu'on va déployer, ça va permettre de déployer les satellites sur différents plans d'orbite. Et donc elle va être aussi dans ces usages beaucoup plus diversifiés.

10:10
Invité

Réallumable, ça veut dire qu'on peut aller plus loin ?

10:11
Présentateur

Oui, ça veut dire que le moteur va se réallumer plusieurs fois et que la mission va être plus complexe. Ariane 5 avait un moteur qui ne s'allumait qu'une fois. Là, on a un moteur qui peut s'allumer plusieurs fois. Et quand vous déployez des constellations, vous devez déployer des satellites de façon successive. Et vous pouvez parfois aller sur des plans d'orbite différents. Donc on va accroître le champ de mission de la fusée. Et ça correspond tout à fait à la nouvelle demande de ces grandes constellations. Et puis elle sera moins chère à produire, environ 40%.

10:39
Invité politique

Pas question d'avoir une fusée réutilisable comme le fait par exemple SpaceX ?

10:45
Présentateur

Absolument. Alors la réutilisation, ça va venir. Ce n'est pas effectivement pour Ariane 6. Parce que quand les décisions ont été prises sur Ariane 6, on l'a fait avec les technologies qui étaient disponibles. Et nous n'avions pas du tout sur étagère des technologies pour introduire rapidement une nouvelle fusée. Et on voit bien qu'on en a besoin rapidement. Vous le dites. On est en retard. Il va falloir. Par rapport aux concurrents privés, qu'est-ce que c'est ? Comme dans beaucoup de programmes de développement, il y a eu des retards pour Ariane 6. Mais maintenant, on est vraiment dans la dernière ligne droite. La réutilisation, on y travaille.

À Vernon, ce sont des usines de notre maison mère Ariane Group. Avec l'Agence Spatiale Européenne et le CNES, qu'est-ce qu'ils font ? Il y a un moteur qui sera réutilisable qui s'appelle Prometheus. 70% d'impression 3D pour ce moteur. Il y a la démonstration d'un étage récupérable qui s'appelle Témis. Et les Européens doivent maintenant réfléchir à la façon dont ils vont construire la prochaine génération de fusées. La génération des années 2030. Et si les volumes se confirment, on aura besoin d'un lanceur lourd réutilisable. 10 ans donc ? C'est un horizon de 10 ans. Ariane 6 va voler, à mon avis, plus que 10 ans.

Et puis, il y aura de nouveau une transition entre Ariane 6 et ses successeurs. Mais c'est pour la prochaine décennie.

11:53
Invité

Sur la course à l'innovation, vous venez d'évoquer l'impression 3D. Il y a des fusées aujourd'hui, alors qu'on n'arrive pas encore à mettre sur orbite, mais qui sont effectivement imprimées en 3D. On entend parler de micro-lanceurs aussi pour envoyer des petites charges à orbite basse. De l'innovation sur les carburants, pour imaginer peut-être demain des combustibles qu'on produirait directement dans l'espace. Est-ce que toutes ces technologies vont fonctionner ? Ou est-ce qu'au milieu de tout ça, il faut faire le tri ?

12:14
Présentateur

Il y aura comme toujours un tri. Ce qu'on peut dire, c'est que l'impression 3D, pour un certain nombre de composants spatiaux, c'est très bien. Pour le moteur Prométhéus, c'est très bien. Pourquoi c'est très bien ? Parce que ça réduit les coûts, ça réduit aussi les délais, ça permet de produire beaucoup plus vite. Toute une fusée en 3D, c'est quand même assez ambitieux. Parce que notamment, faire des pièces très grandes en 3D, ce n'est pas très facile. Et il y a eu un échec récent. Les nouveaux modes de carburant pour les fusées, oui j'y crois. Et on devra avoir des fusées aussi de plus en plus propres. Parce que nous aussi, notre combat, c'est un espace durable, c'est un espace sobre.

12:47
Invité politique

La fusée Vega, Vega C, elle a connu pour l'instant plusieurs échecs retentissants. Parce qu'il n'y a pas que les fusées Ariane. Trois échecs leur déduit, huit derniers lancements. D'abord, cette fusée, elle concerne quoi ? Vous avez parlé d'Ariane 6, Vega c'est quoi ? Et pourquoi tant d'échecs pour l'instant ?

13:05
Présentateur

Alors, la fusée Vega C, c'est une fusée dont le maître d'œuvre industrielle est un industriel italien qui s'appelle Avio. La fusée Ariane, son maître d'œuvre industrielle, c'est Ariane Group. Et Ariane Espace, si vous voulez, c'est un consortium européen qui va opérer la fusée Ariane et la fusée Vega. La fusée Vega, c'est une fusée qui est jeune. Elle est née ou elle a volé pour la première fois en 2012. Elle a eu un parcours parfait à ses débuts, jusqu'à son 15e lancement. Elle n'a eu aucun échec, ce qui d'ailleurs n'était jamais arrivé dans toute l'histoire des fusées. Et effectivement, depuis le vol 15, elle a eu trois échecs.

Deux échecs de la version Vega classique et un échec de la nouvelle version. Ça veut dire qu'il y a un enjeu de fiabilisation de cette fusée. C'est d'abord la responsabilité de l'industriel Avio, parce que c'est lui qui doit nous livrer sur le pas de tir un lanceur apte au vol. Ariane Space et l'Agence Spatiale Européenne peuvent renforcer leur contrôle pour s'assurer de cette fiabilité. Ce que j'aimerais dire sur le vol de Vega-C, c'est que ce Vega-C, c'est quand même une évolution très très importante de Vega. Et donc, à certains égards, c'est une nouvelle fusée qui a volé. Et c'est d'ailleurs un nouveau moteur qui a échoué. Mais la priorité du lanceur Vega, c'est la fiabilité.

Il faut absolument restaurer la fiabilité de cette fusée. Elle va apporter beaucoup parce qu'elle complète Ariane 5. Et demain, Ariane 6, elle est à peu près dix fois moins puissante qu'Ariane 6, si vous voulez. Donc, c'est moins cher. Et c'est une fusée qui est ce qu'on appelle une fusée légère ou moyenne. Et notamment, elle va embarquer un certain nombre de satellites d'observation. Le programme Copernicus de l'Agence Spatiale Européenne et de la Commission Européenne, dédié à l'environnement et à la protection de la Terre. Mais donc, effectivement, aujourd'hui, la fiabilité de Vega. Et on va y arriver. Vega va revenir en vol et ça sera un grand succès.

14:54
Invité

Toujours avec Stéphane Israël, président exécutif d'Ariane Espace. Stéphane Israël, qui est aujourd'hui l'acteur étatique le plus offensif dans le domaine du spatial ? C'est la Chine ? C'est les Etats-Unis ? C'est l'Europe ?

15:04
Présentateur

Vous avez dit, j'allais dire, le tiercé ou le triotète. Il n'y a plus la Russie. Si, la Russie est une puissance spatiale. Mais c'est vrai que dans la course, dans la conquête spatiale, la première puissance, par les moyens qu'elle déploie, c'est de loin les Etats-Unis. La deuxième, c'est la Chine qui a pris, d'une certaine manière, le relais de la Russie en termes de, disons, de challenger des Américains. Et l'Europe est aujourd'hui la troisième puissance spatiale. Alors, ça dépend de la façon dont on compte. Mais on peut dire que l'Europe est la troisième puissance spatiale. Il y a une agence spatiale européenne.

Il y a la Commission européenne qui a aussi le programme Galiléo et Copernicus. Et l'Europe a, en fait, en matière spatiale, tout. Elle construit des satellites. Elle opère des satellites. Elle les lance. Elle a une base spatiale. La seule chose qu'elle n'a pas, c'est le vol habité.

15:57
Invité politique

Et la Lune, d'ailleurs, dans tout ça ?

15:59
Présentateur

Eh bien, la Lune dans tout ça. D'abord, Ariane 6 peut aller vers la Lune. Elle a une capacité de 8,5 tonnes vers ce qu'on appelle l'orbite de transfert lunaire.

16:06
Invité politique

Donc, Ariane 6 pourrait aller transporter du matériel, voire pas des hommes, parce que ce ne sont pas des capsules habitées, vous venez de le dire.

16:11
Présentateur

Non, pas des hommes. Alors, je vais y venir. Pas des hommes aujourd'hui parce qu'il n'y a pas de programme. Mais si demain, il y avait un programme de vol habité avec ce qu'on appelle une capsule, eh bien, Ariane 6 serait parfaitement capable d'embarquer des astronautes. Ariane 6, c'est la lointaine, lointaine héritière de quelque chose qui s'appelait Hermès, qui était un projet de vol habité dans les années 90-1990 en Europe. Si demain, les Européens décident de faire du vol habité, Ariane 6 sera au rendez-vous.

16:38
Invité

Vous dites, on sait faire. Ce n'est plus qu'une question de volonté, maintenant.

16:41
Présentateur

Les Européens, aussi bien les constructeurs de satellites que le maître d'oeuvre de la fusée, savent parfaitement faire une capsule qui peut transporter des astronautes. On est d'ailleurs à bord de la fusée américaine SLS qui va aller vers la Lune avec ce qu'on appelle le module de service européen.

16:57
Invité politique

Ça, c'est la méga fusée de la NASA.

16:58
Présentateur

Ça, c'est la méga fusée de la NASA qui a décollé une fois. Mais si demain, il y a une ambition de vol habité, et on sait que ça demande de l'argent, donc ce n'est pas si facile, les Européens, les industriels européens, seront au rendez-vous.

17:09
Invité

Stéphane Israël, j'ai une question plus personnelle pour finir. Est-ce que lorsqu'on est le patron d'Ariane Espace, on se dit, un jour, moi aussi, j'irai tout là-haut ?

17:15
Présentateur

Écoutez, moi, quand j'étais plus jeune, je voulais être archéologue. Donc, vous voyez, la vie est réserve des évolutions et des surprises. Et puis, j'ai eu la passion de l'espace. Ça s'est construit. Mon fil d'Ariane s'est construit parce que j'ai été aussi un moment à la cour des comptes. J'ai contrôlé le programme Ariane et je suis tombé amoureux de cette fusée et vraiment absolument passionné par ce programme. Mais je n'ai jamais eu l'ambition d'être un astronaute. Je laisse cette excellence à Thomas Pesquet et à notre prochaine astronaute qui s'appelle Sophie Adeneau, que j'ai rencontrée il y a deux semaines. Et elle est vraiment fantastique.

17:49
Invité politique

Merci infiniment Stéphane Israël, invité ce matin du 830 France Info, président exécutif d'Ariane Espace.

Loi de programmation militaire, inflation, Ariane 6 et sonde vers Jupiter... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Stéphane Israël, président exécutif d'Arianespace · Pourquijevote