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interviewBLAST (sur YouTube)· 20 janvier 2023 8 min

RETRAITES : LA PLUS FORTE MOBILISATION DE LA DÉCENNIE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

C’est une mobilisation très très très forte aujourd’hui. Dès le départ on a dit qu’on était opposé au report de l’âge légal. Il ne faut pas non plus nous prendre trop pour des buses.

Qui aurait pu prédire que la réforme des retraites d'Emmanuel Macron allait faire descendre les Français dans la rue ? Eh bien à peu près tout le monde. Syndicats comme gouvernement s’attendaient à une manifestation massive ce jeudi 19 janvier.

C'était le test grandeur nature de la force de la mobilisation. Alors combien étaient-ils dans les quelques 200 cortèges à travers le pays ? Plus d’un million pour la police, deux millions pour les syndicats.

Sur ces images du cortège parisien, on peut voir que les estimations de la police peuvent être très fantaisistes. D’après Beauvau, 80 000 personnes ont manifesté à Paris. Oui 80 000.

Alors même que sur ces images, vous pouvez voir que lorsque la tête du cortège arrivait à Bastille, la place de la République était encore noire de monde. Un itinéraire bis a dû être ouvert boulevard Voltaire pour désengorger la place. La CGT annonce un chiffre de 400 000 personnes à Paris, sans doute bien plus proche de la réalité.

Au-delà des chiffres, aucune contestation n’est permise : Il s'agit de la plus grande mobilisation depuis au moins une décennie. C’est une mobilisation très très très forte aujourd’hui, pour cette première journée de mobilisation, que ce soit dans la rue ou dans les entreprises d’ailleurs, privées comme publiques, parce qu’il y a des taux de grévistes assez impressionnants dans certaines entreprises. J’ai un peu d’expérience, on sait très bien qu’une seule journée ne suffit pas, surtout quand on est face à un président de la République qui en fait une affaire personnelle plus qu’un objectif pour la nation.

Un front syndical uni, avec les huits principales organisations côte à côte, cela aussi ça ne s’était pas vu depuis 12 ans. On a plus l’habitude de voir la CFDT à la table des négociations que sur le pavé de la rue. Qu’est ce qui a fait que sur ce projet de loi, il n’y avait pas de négociation possible ?

D’abord, la CFDT est souvent sur le pavé de la rue, elle est avec les travailleurs de deuxième ligne, dans les plans sociaux, etc. Mais tout simplement parce qu’on a dès le départ dit qu’on était opposé au report de l’âge légal. La CFDT, depuis 1998, elle écrit partout dans ses textes qu’on est opposé au report de l’âge légal de départ en retraite.

C'est la ligne rouge. Oui, pour nous, la conviction c’est que le système de retraites par répartition doit être plus juste. Bien évidemment, on savait qu’aujourd’hui, la mobilisation serait massive, contrairement à ce que pensait le gouvernement en nous disant : “Il va y avoir de la résignation liée à l’inflation et à ce qui se passe dans le monde.” Aujourd’hui, on lui prouve que c'est nous qui avions raison.

La mobilisation est massive. C’est ça votre principal adversaire, la résignation ? C’est la résignation de l’exécutif à ne pas vouloir bouger sa réforme des retraites.

Dans certains secteurs clés, comme les transports ou l’éducation, le taux de grévists frôle les 70 % à certains endroits. Ce malheur qu’on nous impose, on le ressent très fort dans l’éducation, sans doute ailleurs aussi évidemment, mais c’est vraiment profondément ressenti et ça vient s’ajouter au sujet de salaires, au sujet des conditions de travail, et effectivement c’est une mobilisation très large aujourd’hui. Les étudiants sont dans la rue, Macron est foutu.

Bah clairement oui, si les étudiants sont dans la rue, Macron il est foutu. Bien évidemment, on se mobilise contre la réforme des retraites, parce que même si ça paraît lointain, on se dit qu’un jeune aujourd’hui qui est dans la rue contre la réforme des retraites, pourquoi est-ce qu’il est là ? Dans 40, 50 ans, finalement.

Il n’est pas directement concerné. Il n’est pas directement concerné et nous ce qu’on a envie de dire au gouvernement, c’est : Si, on est concerné aujourd’hui face à cette réforme des retraites. Visiblement la pédagogie du gouvernement n’a pas convaincu grand monde cette semaine.

Et la communication présidentielle a encore fait des merveilles. Le président, justement, a dit qu’il ne fallait pas que ce soit la victoire aujourd’hui des irresponsables. Est-ce que vous faites partie des irresponsables ?

Non, moi je fais partie des gens extrêmement responsables. Je représente des gens qui dessinent et qui construisent des avions, qui pilotent des centrales nucléaires, et croyez-moi ce ne sont pas des irresponsables, sinon on serait vraiment en danger dans notre pays. Alors je pense que c’est assez insultant en fait de considérer que des gens qui ont fait des grandes études, qui sont capables d’aborder des systèmes extrêmement complexes.

Quand ils regardent le sujet de la retraite, croyez-moi ce n’est pas compliqué la retraite, c’est une affaire de bidons qu’on remplit et qu’on vide, c’est un peu du niveau des baignoires, du cours élémentaire. Il ne faut pas non plus nous prendre trop pour des buses. On est tout à fait bien capables de comprendre qu’est ce qu’il y a derrière et pourquoi il y a une arnaque.

Les éléments de langage, la pédagogie du gouvernement, croyez-moi ça nous fait rire tellement c’est ridicule. Emmanuel Macron qui, hasard du calendrier se trouvait en Espagne avec la moitié de son gouvernement. Des ministres concernés par la réforme, ne restait guère à Paris que celui du travail Olivier Dussopt.

Les représentants de la Nupes étaient présents mais derrière les syndicats. Leur manifestation à eux c’est samedi. Je ne suis pas trop concernée, parce que moi je suis vieille.

Mais il y a des tas d’autres moyens de pouvoir mettre le système à l’équilibre et je pense que là, en fait, ce sont les gens qui sont dans la plus grosse difficulté qui vont payer le plus cher. Nous on ne veut pas travailler jusqu’à mourir. On veut travailler et profiter aussi, et que nos parents puissent aussi profiter un peu parce que ça arrive pour eux dans pas longtemps, et on n’est pas d’accord là-dessus.

Moi, à 64 ans, je n’aurai même pas trente années de cotisation. Qu’est ce que je vais faire ? Comment je vais vivre ?

Boulevard Beaumarchais, quelques mètres avant la place de la Bastille, un black bloc se forme. Intervention des forces de l’ordre. Les éléments radicaux sont pris entre le service d’ordre des syndicats et le cordon de policiers.

Les esprits s’échauffent. Fébrilité aussi du côté des forces de l’ordre, à l’image de ce jeune fonctionnaire qui s’amuse à braquer les journalistes avec son LBD. Les charges de la police finissent par les conduire dans le cortège syndical.

Ici le service d’ordre du syndicat Solidaires tente de s’interposer. Au bout d’une heure, la tension redescend et le cortège parvient finalement à atteindre la place de la Bastille. Puis celle de la nation sans autres incidents notables.

Coup de semonce réussi pour les syndicats avec cette mobilisation historique. Le rapport de force est installé. Mais la suite s’annonce plus compliquée.

Comment inscrire le mouvement dans la durée ? Depuis 2003, aucune mobilisation, même massive, n’a fait vaciller un gouvernement sur les retraites. Une nouvelle journée d’action commune est prévue mardi 31 janvier, au lendemain du premier jour d’examen du projet de loi à l’Assemblée nationale.