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Podcast / conversationFrance Inter (sur YouTube)· 12 mars 2025 8 minComplaisantPortrait personnelCulture, médias & sport

Le comédien Bertrand de Roffignac - Nouvelles têtes

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:26OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'on écoute ?

  • 0:31OuverteRéponse directe

    Assez, version western quand vous avez choisi.

  • 0:44OuverteRéponse directe

    Alors vous avez choisi cette version un peu western de l'Ontre du roi de la montagne.

  • 0:58OuverteRéponse directe

    Et vous y êtes donc Perguns, ce personnage qui veut être lui-même.

  • 1:17OuverteRéponse directe

    Sois toi-même, c'est la devise de Perguns, la devise impossible.

  • 1:59OuverteRéponse partielle

    Que certains ont frôlé l'HP en en sortant. Comment vous vous sentez vous ?

Temps de parole

  • Invité48 %
  • Présentateur41 %
  • Invité 28 %
  • Présentateur 23 %

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0:00
Présentateur

Place aux nouvelles têtes Mathilde, ce matin votre invité vient d'avoir 30 ans et il s'est lancé dans la périlleuse aventure d'être soi-même. Le comédien, auteur et metteur en scène Bertrand de Rofignac est dans notre studio. Bonjour Bertrand de Rofignac.

0:26
Invité

Bonjour, enchanté.

0:26
Présentateur

Qu'est-ce qu'on écoute ?

0:27
Invité

On écoute un extrait de Perguns mais en version rock'n'roll.

0:31
Présentateur

Assez, version western quand vous avez choisi. Alors vous dites Perguns ou Perguns, ça dépend sur scène.

0:37
Invité

Ça dépend les fois, ça dépend les fois. Nous on a choisi de dire Perguns. Moi personnellement je préfère Perguns mais le choix du métal en scène a été autre.

0:44
Présentateur

D'accord, alors vous avez choisi cette version un peu western de l'Ontre du roi de la montagne. C'est un désert célèbre composé par Edward Krieg pour cette pièce du Norvégien Henri Kipsen qui date de la fin du 19e, Perguns ou Perguns si vous voulez. Et vous y êtes donc Perguns, ce personnage qui veut être lui-même. Rien que ça, c'est le plus grand suspense de l'existence.

1:06
Invité

Oui, on pourrait dire ça. En tout cas c'est peut-être la quête après laquelle on court en permanence. En tout cas, lui il va s'essayer à mille vies et il va lamentablement échouer dans toutes ses tentatives de vivre et d'être soi-même.

1:17
Présentateur

Sois toi-même, c'est la devise de Perguns, la devise impossible.

1:19
Invité

Oui, impossible, mais je pense que tous, pour nous c'est impossible, on cherche en permanence qui on est, on aimerait se définir. En même temps, dans cette recherche d'identité, on finit par se perdre parfois. Et c'est peut-être aussi le sens et l'art du comédien de chercher en permanence une identité, un endroit où on pourrait être nous-mêmes. En tout cas, moi c'est pour ça que j'ai fait ce métier. C'est pour échapper à une définition de moi-même et se faisant peut-être me rapprocher de l'autre, du grand autre. Quelque chose qui ne serait pas le petit moi vers lequel on est en permanence ramené aujourd'hui, très souvent.

1:45
Présentateur

Chercher le grand autre plutôt que le petit moi. Être différent plutôt que de crever physiquement ou spirituellement comme tous les autres autour de lui. Il est prêt à tout pour devenir lui-même. Et vous aussi sur scène, on dit parfois que ce rôle, ce rôle culte chez les comédiens, il pousse à la folie. Que certains ont frôlé l'HP en en sortant. Comment vous vous sentez vous ?

2:03
Invité

Bastillant, bastillant sur cette question-là. Ensuite, c'est souvent des rôles vers lesquels je suis attiré. C'est vrai que j'ai pu jouer voice-ex, j'ai pu jouer des bouts d'hamelette. J'ai pu jouer l'art lequin aussi avec Olivier qui m'avait, dans ma jeunesse exaltée, qui m'avait poussé aussi sur des retranchements physiques et mentaux. C'est des rôles que j'apprécie. Je trouve qu'on fait un métier qui, finalement, est dans la métier artistique peut-être le plus dangereux et le plus extrême qu'il soit. Donc si on ne cherche pas ce type de rôle...

2:27
Présentateur

Il faut chercher la corne de taureau sinon.

2:29
Invité

Oui, bien sûr, chez la corne de taureau, il faut chercher le déséquilibre, il faut chercher à vaciller. Sinon on ne le publiquait pas avec nous, ou il l'est moins.

2:35
Présentateur

Vous disiez Olivier, c'est Olivier P qui signe cette adaptation Opéra Chanté-Parler de près de 4 heures, pieds aux planches, on pourrait dire, c'est vraiment à fond, vous y êtes phénoménale de fougue, d'extravagance. Vous faites l'amour à tout ce qui bouge, des femmes trollent au plancher de la scène.

2:49
Invité

Oui, bien sûr, je les écharde, vous savez, encore.

2:52
Présentateur

Vous faites l'amour à la scène. Mais voilà, mais qu'est-ce que vous... C'est agréable ?

2:58
Invité

Bien sûr, bien sûr, bien sûr. Mais parfois la douleur c'est un peu agréable.

3:00
Présentateur

Le MeToo des planches arrive. Qu'est-ce que vous, vous ressentez ? Non mais c'est la... Attention, moi je pense qu'il y a des planches qui n'ont pas consenti. Elles étaient parfaitement consentantes. Elles étaient parfaitement consentantes. Moi je ne les ai pas entendues.

3:09
Invité

Déjà, écoutez, c'est elles qui m'ont pénétré. Elles ont signé un papier ? C'est elles qui m'ont pénétré, ce n'est pas moi qui les ai pénétré. Je les écharde encore dans le corps, vous savez, à la cause de ce spectacle.

3:14
Présentateur

Bien joué. La justice fera son travail. Ouais, c'est la lessiveuse. Moi je vous voyais sur scène, je me disais, comment est-ce qu'il va faire demain ? Et pour toutes les autres représentations. On touche à un point sensible, je l'ai vrai, avec le personnage de Pergint, c'est le réenchantement du monde. Dans votre enfance, vous dites que justement, vous étiez comme ça, pétri d'imagination et de nécessité de trouver autre chose que ce qu'on vous proposait là, dans l'espace présent.

3:35
Invité

Oui, je trouvais que le monde était affreusement normatif, qu'il s'agissait de le réenchanter. Mais si je n'étais pas en mesure de le réenchanter, dans ce cas-là, j'allais crever, peut-être pas physiquement, mais au moins spirituellement. Et en ça, je me suis reconnu dans le rôle de Pergint. Si je n'avais pas eu le théâtre dans ma vie, je serais sûrement sombré comme Pergint dans une mythomanie aggravée. Et puis ensuite, une schizophrénie peut-être, qu'en sache. Mais c'est vrai que ça m'a particulièrement touché.

Je pense que s'il n'y avait pas eu le théâtre, s'il n'y avait pas eu une possibilité de manière de réenchanter le monde, en convainquant l'imaginaire de manière forte et incarnée, ça aurait été pour moi très difficile.

4:06
Présentateur

Ce qui est étonnant pourtant, c'est que vous étiez dans un climat d'enfance un peu bigger than life, plus grand que la vie, avec une maman qui était attachée de presse des VRP. Ce n'est pas le lotiède. Elle était maladeuse. C'est du rock punk. Vous avez vécu dans la bohème, vous avez vécu dans ce milieu justement qui va chercher les limites, qui va chercher la marge. Et ce n'était pas assez.

4:28
Invité

Et c'était un jour sur deux. Ensuite, j'étais à l'école de la République huit heures par jour. Donc ces huit heures-là, c'était compliqué.

4:32
Présentateur

Ah, c'est l'école ?

4:34
Invité

C'est l'école et c'est la vie quotidienne.

4:37
Présentateur

Vous enfermez, qui vous étouffait.

4:38
Invité

Oui, qui m'étouffait. Et puis c'était la société en elle-même que je trouvais normative. Ce n'était pas quand j'étais avec ma mère, ce n'était pas quand j'étais évidemment avec les VRP, avec la Mano Negra, avec Larry Ketanou, avec tous ces groupes-là, avec les oeufs de barbacle. C'était formidable avec eux. C'était une bouffée d'air frais. Mais justement, j'avais envie de retourner au plateau en permanence.

4:52
Présentateur

Vous vouliez écrire de la musique aussi. Et votre modèle, c'est ça. On écoute.

4:55
Invité

Alain Bachung, tel extrait de l'album L'imprudence, à l'avenir, laisse venir.

5:29
Présentateur

Est-ce que vous auriez voulu l'écrire ?

5:31
Invité

Oui, peut-être. Oui, j'étais très fan de Bachung quand j'avais 14-15 ans. Je pense que je l'imitais en écrivant des chansons. Et puis j'ai eu la chance de le voir deux fois sur scène avant sa mort. Donc ça m'a évidemment bouleversé. Je me souviens de ses mains.

5:43
Présentateur

Pourquoi ? Elle était comment ?

5:44
Invité

À la fin de sa vie, je pense que vous l'avez sûrement vu sur scène, il ne pouvait plus beaucoup bouger. Donc il était assis sur un tabouret. Mais du coup, il jouait tout avec ses mains. Et ses mains, elles avaient une espèce de magnétisme. Je ne sais pas comment le décrire. C'était extraordinaire. Je ne me souviens quasiment que de ça. Je me suis dit, j'aimerais avoir les mêmes mains.

6:02
Présentateur

Et les mêmes mots aussi. En tout cas, vous aviez envie d'être rockstar un jour sur deux.

6:06
Invité

C'est un peu dur tous les jours, tous les jours, tous les jours. Je voyais aussi les amis de ma mère. Et je me disais, être en tourbus 300 jours par an, c'était quand même un petit peu compliqué. En même temps, c'est le don de soi. Mais on ne voit plus les gens qu'on aime. Et puis rockstar, ce n'est pas pareil qu'être dans une troupe de théâtre. Le tourbus, à la fin, on a les chaussettes qui puent. On peut avoir un peu assez des gens.

6:24
Présentateur

La troupe de théâtre, le déclencheur, ça a été chez Mnouchkine. Vous avez tout fait. Vous avez nettoyé les toilettes. Vous avez tout fait chez Mnouchkine pour vous approcher de cette troupe.

6:33
Invité

Oui, mais parce que la vie de troupe, ça fait que comédien, ce n'est pas simplement un métier. Ça devient un mode de vie. Et c'est ça qui m'a plu aussi. C'est de me dire que je n'étais pas là pour faire un métier. Que j'étais là pour vivre pleinement l'expérience théâtrale, qui est dangereuse, qui est extrême. Et qui est faite pour être vécu à fond. Sinon, elle a moins de sens.

6:46
Présentateur

D'ailleurs, à fond, vous l'avez été sur scène pendant 11 heures. Vous parliez d'Olivier Pys. Ça a été une rencontre aussi très importante, comme Mnouchkine, dans votre vie. Et vous avez accouché de vous-même, vous dites, en tant qu'artiste, dans cette pièce. Arlequin, ma jeunesse, qui dure 11 heures. Donc, à côté, Perguine, c'est petit joueur.

7:02
Invité

Bien sûr. C'est sans doute un des plus beaux poèmes qu'on ne m'ait jamais écrit. C'est un cadeau extraordinaire que m'a fait Olivier. Effectivement, je pense que ça m'a défini en tant que comédien. C'était une pièce qui me collait parfaitement à la peau. Qu'il avait écrit pour moi, sur mesure. C'était un dépassement de soie totale. Et après ça, j'ai été, enfin, pour un mois, libéré de mon égo.

7:19
Présentateur

Mais juste pour un mois.

7:20
Invité

Juste pour un mois. C'est beaucoup.

7:21
Présentateur

Vous en rêvez encore.

7:22
Invité

C'est un projet énorme.

7:23
Présentateur

Vous l'avez dit dans le questionnaire qu'on donne aux invités avant l'émission. Vous avez peur de ne plus réussir à la jouer. C'est cette pièce de 11 heures.

7:30
Invité

Je peux me lever en sursaut en me disant que je dois la jouer le lendemain et que j'ai les 11 heures à réapprendre, et physiquement et mentalement. Ça peut être compliqué.

7:36
Présentateur

Bertrand de Rofignac, vous êtes extraordinaire dans Perguinte ou Perguinte. Chacun décidera au Théâtre du Châtelet en ce moment à Paris pour encore quelques représentations. Et j'espère bientôt en tournée. Bonne route à vous.

7:47
Invité

Merci à vous.

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