Emmanuel Macron : quels rapports entretient-il avec la presse ? - Le 5/5 - C à Vous - 12/06/2024
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Chapitres
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:00Jean-Rémi BaudotFait
« il y a trois blocs. L'extrême droite, l'extrême gauche, et nous, au milieu. »
- 5:00Jean-Rémi BaudotFait
« il n'y a pas eu d'inflexion sur l'assurance chômage, c'est maintenu. »
- 7:00Jean-Rémi BaudotChiffre
« les extrêmes sont à plus de 50%. Donc, il faut faire quelque chose. »
- 9:00Mathieu MadénianFait
« tout le monde joue, que personne ne contrôle rien. »
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Bonsoir Jean-Rémi Baudot, journaliste à France Info, radio et président de l'association de la presse présidentielle qui regroupe les journalistes qui suivent l'Elysée au quotidien. C'est vous qui avez un peu organisé cette conférence de presse avec l'Elysée ? Alors en fait non, puisque, attention, attention, non, non, cette conférence de presse était une conférence de presse de campagne.
Donc en fait, et d'ailleurs c'est pour ça qu'elle ne se tenait pas à l'Elysée. Elle a été organisée par Renaissance sur les fonds, enfin c'est Renaissance qui a payé, c'est pas l'Elysée. Et donc l'association de la presse présidentielle que je représente n'était pas associée comme on l'a été, souvenez-vous, à la conférence de presse de janvier.
Mais cette conférence de presse, elle devait avoir lieu hier. Elle a eu lieu ce matin. Pourquoi ?
Je pense pour des raisons de stratégie politique. C'est-à-dire qu'hier, on ne savait pas encore exactement comment tout ça allait retomber. Ce soir, et en tout cas ce matin, on y voyait déjà un tout petit peu plus clair sur la tectonique des plaques.
Bah oui, entre l'extrême droite, comment est-ce que les choses se cristallisent, la droite qui explose, je crois que vous en avez déjà parlé largement tout à l'heure. Et puis les accords de gauche qui d'ailleurs continuent à tomber pendant que la conférence de presse du président avait lieu. Ils ont bien fait, parce qu'hier, ça aurait été en plein psychodrame ciotti et donc ça aurait été en partie éclipsé alors que...
Absolument. Et là, ça a permis au président de dire, voilà, je tends la main à la droite la plus républicaine et à la gauche typiquement Glucksmann. Voilà, c'est le message qu'il a essayé de faire passer aujourd'hui.
Ça, ça a commencé en retard comme d'habitude avec Emmanuel Macron. En revanche, ça s'est terminé pile à 13h. Et ça aussi, c'était très calculé.
Bah c'est important parce qu'à 13h, il y a les 13h. Comme Mohamed le disait, il y a les 13h à la radio, les 13h à la télé. Et si vous voulez que votre message politique, il soit repris dans les 13h, en fait, ce qu'il faut...
Tout bon communicant politique vous dit, il ne faut pas louper le 13h de TF1 et de France 2, bien évidemment. Donc évidemment, le président s'arrête là. Après, il y avait une notion d'agenda, c'est qu'il était censé déjeuner avec Ursula von der Leyen à l'Elysée.
Donc il y a aussi probablement un peu de diplomatie dans l'air. Bon, on a vu qu'il y avait 8 questions qui étaient prévues. Il y en a eu 13 au total.
Mohamed a réussi à...
Il est toujours malin. Il arrive toujours à...
Vous l'avez vu ouvrir ? Il a récupéré le tirage au sort. Non, non, il n'était pas dans l'éducation.
Ça ne le faisait pas. Le tirage au sort, il est arrivé comme ça, c'était en bonus, en bonus track. Même à la fin, il y en a un qui avait le micro en main et à qui on a dû retirer.
Enfin, pas moi, mais de fait, les équipes de campagne ont retiré le micro. Éric Ciotti. Non, un contraire de CNews.
Un contraire de CNews. En fait, il n'a pas répondu aux questions. Il y a des questions qu'elle ne voulait pas répondre.
Il n'y a pas répondu, quoi. La principale question à laquelle il n'a pas voulu répondre, et d'ailleurs même ses conseillers, puisqu'après il y a eu un off avec certains de ses conseillers, la principale réponse, la principale question à laquelle il n'a pas voulu répondre, c'était que se passerait-il si, si Bardella, si le Rassemblement national avait une majorité. Est-ce que vous nommeriez Bardella ?
Et donc, Bardella se retrouverait à Matignon. Évidemment, en fait. Et ils ne peuvent pas répondre à cette question d'un pur point de vue de communication politique.
Imaginez, on aurait tous fait les gros titres avec « oui, je prendrai Bardella » ou « non, je ne prendrai pas Bardella », ce qui, d'un point de vue institutionnel, se discute. Enfin bref. Donc, en fait, évidemment, ils ne pouvaient pas répondre à cette question.
Bon. Après la conférence de presse, le journaliste de BFM TV, Léopold Hautebert, s'est mis à la place d'Emmanuel Macron et Gabriel Attal. Écoutez ce qu'il raconte sur la réaction des ministres pendant la conférence de presse.
On vous montre aussi la vue qu'avait Emmanuel Macron pour que vous puissiez aussi vous rendre compte de cette présence de journalistes extrêmement importante. 200 au total. Regardez, moi, je suis à la place de Gabriel Attal, le Premier ministre, qui était juste en face d'Emmanuel Macron.
On va vous montrer la vue qu'il avait au premier rang, bien évidemment. Et ce qu'on a ressenti avec Vincent Berthézène derrière la caméra, c'est qu'il y avait vraiment, du côté des ministres, ici, François Bayrou, juste à côté de Gabriel Attal. Des échanges qu'on a pu voir, que vous n'avez pas vus forcément sur les images diffusées sur BFM TV.
Ça discutait. Il y avait des sourires, parfois des applaudissements. Et parfois, il faut le dire aussi, même peut-être le plus souvent, des rictus.
Une sorte de faux sourire qu'on a trouvé assez douteux, parfois. Vous avez vu ces rictus, ces sourires ? J'étais un tout petit peu plus loin, donc je n'ai pas vu.
La réalité concrète, c'est que je pense que la plupart des ministres, évidemment, n'avaient pas lu le script du président. Et puis, par ailleurs, le président, il dit évidemment ce qu'il veut. Seul le prononcer fait foi, comme on dit dans ce cas-là.
Oui, puis ils sont habitués un peu depuis dimanche, je suis surpris. Oui, par exemple, je pense qu'une partie des ministres sont rentrés dans la salle en se disant qu'éventuellement, il y allait avoir une inflexion sur l'assurance chômage. Il n'y a pas eu d'inflexion sur l'assurance chômage, c'est maintenu.
Il l'assume, il dit même qu'éventuellement, il pourrait l'amender un petit peu. Mais bon, quand même, il assume et il dit que le gouvernement a bien fait et que le gouvernement fait bien de faire campagne. Donc, ils arrivent quand même en se disant qu'il peut tout nous arriver.
Oui, c'est exactement ce qu'on a vu dans la salle. D'où les sourires un petit peu crispés, faussement détendus. Regardez cette séquence, par exemple, tournée par Paul Larouturou.
En pleine rébellion, vous n'allez pas vous asseoir. Moi, ça sera mieux. En fait, pour les ministres que vous avez rencontrés l'un et l'autre, l'ambiance n'était pas très détendue.
Non, mais il fallait afficher pour eux. Oui, mais elles n'étaient pas vraiment...
Bien sûr que non, elles n'étaient pas détendues. C'est un jeu de rôle. Bien sûr que c'est un jeu de rôle.
Parce qu'en fait, les caméras sont là dès le début. Ça tourne déjà sur les chaînes d'info. Et évidemment, imaginez s'ils avaient tous tiré une tête de trois pieds de long.
On l'aurait remarqué. Donc, il y a une espèce de jeu. Paul Olévy parlait de comédien d'alerte.
C'est exactement ça. C'est-à-dire que, vous voyez là, tout le monde a l'air extrêmement détendu. Ils ne sont pas du tout détendus.
Ils savent qu'ils sont dans une situation extrêmement critique politiquement. Ils sont complètement en sursis. Et même, ils savent...
Et tout le monde a conscience. Et peut-être, à part peut-être certains dans l'entourage du président, qui pensent que tout ça n'est peut-être qu'une formalité et que tout ira bien. Il y a la plupart des gens qui étaient dans la salle, savaient.
D'ailleurs, je trouve même que chez les journalistes politiques, tout à l'heure, le ton était grave. Moi, j'ai des conseillers qui m'ont rappelé dans l'après-midi, en me disant, dis donc, j'ai trouvé que la tonalité était un peu morose. Je dis, ben oui, évidemment...
Est-ce qu'il a des regrets ou pas ? Non. Pas de regrets.
Et d'ailleurs, l'Élysée dit, ce n'est pas une décision sous le coup de pression. C'est rationnel, je cite l'Élysée, qu'en gros, les extrêmes sont à plus de 50%. Donc, il faut faire quelque chose.
Et que de toute façon, s'il n'y avait pas eu de dissolution là, il y en aurait eu une en novembre, après le budget, après motion de censure, il y aurait eu une dissolution. Ou, éventuellement, l'arrivée du RN au pouvoir en 2027. Donc, en fait, non, non, ils n'ont absolument aucun regret.
Pour eux, c'est la bonne stratégie. Et c'est pour ça qu'ils disent, qu'Emmanuel Macron dit, il y a trois blocs. L'extrême droite, l'extrême gauche, et nous, au milieu.
Et ils imaginent pouvoir rassembler. Je pense que...
On s'envoie les intentions de vote. Le dernier sondage des intentions de vote...
Et ils ne répondent pas à la question, je pense que...
Oui, ce n'est pas juste un problème d'intention de vote. C'est un problème de stratégie politique. Si la gauche unie arrive, effectivement, unie à présenter des candidatures unies dans toutes les circonscriptions, la majorité est morte.
Oui, c'est pour ça que je voulais évoquer les intentions de vote. Il y avait l'URN en tête. La gauche unie derrière est moins de 100 sièges pour la majorité.
Et en fait, il...
Oui, oui, mais c'est...
Oui. En fait, je pense qu'il sous-estime le fait de ne pas pouvoir racler un peu à droite et à gauche. C'est-à-dire qu'il y a une partie de la gauche conservatrice qui, elle, n'a pas aimé les questions sur l'IVG, la question de la fin de vie et qui ne veut pas voter Macron, même si elle ne veut pas, par ailleurs, voter à l'extrême droite.
Et il y a une partie de la gauche, notamment chez Glucksmann, qui est allée chez Glucksmann parce que assurance chômage, retraite, immigration. Donc, en fait, cette espèce de pari un peu audacieux de se dire qu'ils vont réussir à élargir le socle et, en gros, cette main tendue aujourd'hui du président de la République, elle est tout à fait risquée. Mais il avait aussi évoqué lors de cette conférence de presse le risque de dissension, de division encore plus importante dans le camp de la gauche.
On vient de l'apprendre il y a quelques minutes. Jean-Luc Mélenchon se dit, lui, qu'il est prêt à être Premier ministre. C'est-à-dire qu'il envisage déjà ce rôle-là...
Ça, c'est peut-être un cadeau pour Emmanuel Macron. Pour Emmanuel Macron, qu'il avait évoqué lors de cette conférence de presse implicitement en disant que ce ne sera pas François Ruffin. Et d'ailleurs, un ministre m'a dit lors de cette conférence de presse, en off, j'ai même peur d'aller devant les électeurs.
J'ai peur d'aller faire campagne. C'est-à-dire que le président de la République a dit ces derniers jours « Allez faire campagne, présentez-vous, allez aux législatives. » Jean-Rémi, on a eu les mêmes échanges avec certains ministres aujourd'hui.
Il y a de la crainte. Il y a de la crainte, mais presque parfois physique, pour aller voir les électeurs. Et puis, il y a tous ceux qui se disent qu'ils vont aller plus ou moins un peu...
Enfin, ils ne mettront pas Emmanuel Macron sur l'affiche et qu'ils se présentent un peu librement, donc avec une forme de liberté de parole, espérant que ça passera quand même. Et puis, Anne Hidalgo reporte sa béate dans la selle. Oui, c'est l'info.
C'est ce qu'on appelle un fait de campagne. Oui, après les législatives. Votre avis là-dessus, votre regard, Mathieu ?
Mon avis là-dessus ? Enfin, votre regard. Est-ce que quelqu'un contrôle quelque chose ?
Est-ce que quelqu'un sait ce qu'il fait, quoi ? Là, entre le moment...
J'ai tourné cet après-midi, j'avais été à la télé, j'ai réveillé la télé, j'ai vu que Ciotti s'était enfermé chez lui à double tour et que Marion Maréchal-Le Pen, qui avait trahi, a détrahi, est revenu. C'est ça, le truc. Non, mais Emmanuel Macron, qui...
Il me fait penser, tu sais, à ces patineurs artistiques qui bossent pendant 4 ans et qui se cassent la gueule et ils se relèvent, ils font comme s'ils n'avaient été, tu vois, alors qu'ils savent que c'est foutu. Eh bien, j'ai l'impression qu'en fait, tout le monde joue, que personne ne contrôle rien. Enfin, je ne sais pas si on navigue à vue ou pas.
Après, c'est une période de campagne, c'est normal que les uns et les autres affichent quelque chose, sinon ça ne sert à rien. Autant pas y aller. C'est ça, la politique.
C'est vrai qu'il y a un sentiment quand même de confusion et de grand cafarnaum. Donc, certains candidats se sont déjà déclarés ou en passent de l'aide, Laurent, et puis il y a des surprises. Oui, il y a d'abord ceux qui font des appels du pied, comme Marlène Schiappa, l'ex-secrétaire d'État à l'égalité femme-homme.
Elle a posté ces derniers jours des messages très politiques. Voilà, elle dit qu'elle est prête à partir au combat contre le RN. Et elle se fait d'ailleurs, ça c'est incroyable, c'est la politique 2024, elle se fait enguirlander dans les commentaires par Benjamin Biolet, qui lui reproche la montée du RN.
Il écrit, vous êtes coproducteur de ce désastre. Marlène Schiappa, elle n'est pas encore officiellement candidate, mais d'après le Parisien, elle pourrait affronter Sandrine Rousseau à Paris. Damien Abad, lui en revanche, il est déjà en campagne, le député sortant du Gard s'auto-investit.
Damien Abad, c'était une ancienne grosse prise de renaissance aux Républicains. Il est tombé en disgrâce puisqu'il est mis en examen pour tentative de viol. Il nie d'ailleurs les faits.
Et puis autre ancien ministre tombé en disgrâce. Là, c'est le revenant qu'on n'attendait pas. Jérôme Cahuzac, qui jurait les yeux dans les yeux qu'il n'avait pas de compte en Suisse quand il était ministre du Budget, candidat d'hiver gauche dans son ancien fief de Villeneuve-sur-Lotte.
Retour somme toute logique à l'entendre. C'était il y a quelques mois dans cet avou. Alors que je me sois exclu radicalement de la vie politique pendant 10 ans, ça personne ne peut le contester.
Et qu'il était déraisonnable quand j'ai tenu ses propos d'envisager ce retour, tout le monde me l'accordera également, puisque quand j'ai dit ça, j'étais inéligible. Il se trouve que je suis redevenu éligible. Voilà, c'est totalement logique à entendre Jérôme Cahuzac.
Les yeux de Mathieu Madénian. Non mais à bas, les machins, c'est un truc de réinsertion en fait. Non mais qu'est-ce que c'est que ce merdier ?
Il a le droit. Oui, il a le droit, oui, oui. Non mais si il a été gagné par le RN, ça ne sera pas facile.
Ah, donc en plus, il n'est pas parachuté. Non, non, non, il ne va pas dans un truc facile. Ça ne va pas être une malade de santé.
Il y aura sûrement un front populaire face à lui. Mais un mot sur ces candidatures, avant de conclure, Jean-Rémy Boudot, parce que vous êtes notre spécialiste ce soir. Toutes les questions que vous proposez.
On va voir dans les prochains jours comment ça s'affine. La réalité, c'est effectivement que les macronistes ne sont pas très fiers, qu'ils vont aller un petit peu la fleur au fusil, et que les équilibres, enfin, les sondages parlent pour l'instant. Il faut y aller à reculons, vous voulez dire.
C'est compliqué, franchement, ça va être compliqué. Et toute cette espèce de mise en scène aussi de l'Elysée qui dit que tout va bien et que c'était la bonne solution, etc. Évidemment, c'est la bonne solution de donner la parole au peuple.
Personne ne remet ça en cause. Après, il y a une question de timing, quand même. Merci beaucoup, Jean-Rémy Boudot, journaliste à France Info Radio, aux manettes de la matinale, le vendredi, le samedi et le dimanche.
Emmanuel Macron