Delphine Lingemann : mon rail, ma bataille | Circo
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Coup de sifflet Mesdames, Messieurs, chers voyageurs, bonjour et bienvenue à bord de notre train Intercités à destination de Clermont-Ferrand. Jingle SNCF - Votre attention, s'il vous plaît. Notre train circule actuellement avec un retard d'environ une heure.
Merci de votre compréhension. - C'est une voie assez compliquée en fait, un trajet assez compliqué. - J'avais anticipé, j'ai pris mon rendez-vous bien après l'arrivée du train. - Là ça va parce que j'avais pas cours ce matin, mais sinon oui, c'est vrai que j'ai déjà été en retard en cours à cause de ça.
C'est une ligne dont je me passerais si je le pouvais. Musique - Delphine Lingemann, députée du groupe démocrate de la 4ème circonscription du Puy-de-Dôme. Nous sommes devant la ligne de train Clermont-Paris, une ligne sur laquelle je me bats depuis le premier jour de mon mandat.
Notre territoire mérite mieux que cette ligne qui dysfonctionne du fait de fréquents retards, de pannes très importantes et d'une dégradation du service depuis des années. Une ligne et un territoire abandonnés, donc, un dossier essentiel pour le désenclavement de l'Auvergne. - Elle est surnommée par les Auvergnats "la pire ligne de France".
Vieillotte, vétuste, avec un retard de plus de trois heures tous les quinze jours. La ligne SNCF Paris-Clermont, Delphine Lingemann la connaît très bien. Sa circonscription et son terminus.
Alarme Musique - Alors voilà le train Intercités de 16 h 01 de Paris qui vient de passer. Et vous avez remarqué quand même que c'était un matériel roulant vieux. C'est la génération Corail, Téoz.
Les infrastructures sont également vieillissantes. L'Etat et les politiques ont abandonné cette ligne pendant trente ans. - Des wagons et 400 kilomètres de voies ferrées reliant la capitale au Massif central qui n'ont jamais été rénovés.
Pour ses 1,9 millions de passagers, ce sont des pannes à répétition et des temps de trajet qui s'allongent. Musique Il y a six ans, l'Etat s'est engagé à rénover la ligne. Douze nouvelles rames ont été commandées.
Mais à l'origine promises pour l'année prochaine, elles vont se faire attendre. Un dossier qui n'avance pas assez vite au goût de la députée. Et comme tous les passagers, au moment de monter dans le train, c'est toujours la même crainte. - Alors, quelles sont vos appréhensions quand on monte dans ce train ? - Ecoutez, ce n'est pas le dernier train de la journée, donc on croise les doigts.
Je n'ai pas regardé quelle était la locomotive de tête. On va espérer qu'elle a bien été révisée avant le départ. Musique - Le trajet doit durer trois heures et demie jusqu'à la capitale.
C'est plus long qu'un Paris-Marseille. - Pile à l'heure. C'est rare. - C'est bien. - Elle rit - Mesdames, messieurs, bonsoir. - Mais à chaque départ de l'Intercités, ce que redoute la députée, c'est l'arrêt en pleine voie.
C'est ce qu'ont vécu 700 passagers du Paris-Clermont en janvier dernier, bloqués pendant huit heures dans un train, dans le froid et dans la nuit, à cause d'une panne de locomotive. - Donc pas de chauffage, très peu de lumière, toilettes hors service, rien à boire, rien à manger et très peu d'infos. Donc on nous prévoit, après multiples décalages, l'arrivée à Clermont, théoriquement, si tout va bien, à 4 h 00 du matin, après un départ de Paris à 19 h 00.
Donc voilà, un vendredi soir comme on en rêve tous. - Suite à ce fiasco, l'Etat a lancé un plan d'urgence sur cette ligne. Une locomotive de secours est depuis le mois de mai stationnée à Nevers pour intervenir en cas de panne.
Au nord de Nevers, justement, c'est souvent là que les ennuis commencent. Au moment où le train traverse la Sologne. 5 000 kilomètres carrés de forêt. - Le combat aussi que je porte aujourd'hui, c'est que cette ligne soit protégée sur une plus grande distance en pleine forêt.
Vous voyez, là franchement, une horde de sangliers traverse, le train est bloqué, nous sommes bloqués. Et combien de temps ? Je ne sais pas, puisqu'il faut que les secours arrivent, il faut que le matériel soit réparé, il faut qu'on puisse repartir.
Donc il faut absolument protéger, comme c'est le cas sur les TGV. Toutes les lignes TGV sont protégées, il n'y a pas ces accidents. Alors certes, il y a ce plan d'urgence qui prévoit qu'une partie des zones sensibles soient engrillagées, mais c'est une infime partie du linéaire, parce que ça ne sert à rien d'investir des 350 millions d'euros sur un nouvel équipement, un nouveau matériel roulant, pour qu'il soit bousillé du jour au lendemain. - Cette fois-ci, c'est un aller-retour sans encombre pour la députée.
Deux jours par semaine, elle revient en Auvergne pour enseigner à l'école polytechnique. Et sur le campus, c'est l'occasion d'aborder les problèmes de la ligne avec les étudiants. - Mon travail, c'est de recueillir les avis de chacun et puis de faire remonter.
Un député, c'est ça, en fait. Est-ce que tu as remarqué, ces derniers mois, que quand tu avais des grands retards, tu étais indemnisée ? Tu as eu l'information ou pas ? - A partir de trois heures, oui, intégralement, je crois.
Voire à 200 %, par exemple, pour vous, quand vous avez eu le...
Voilà, c'est ça. - C'est important que les informations reviennent. - Je ne sais pas si tout le monde l'a, parce que dans le train, quand il y a un retard, personne ne nous dit de faire la démarche.
Donc les personnes qui ne le savent pas, je ne sais pas s'ils vont le faire. - C'est une information importante à faire remonter à la SNCF. - Des montants de remboursements exceptionnels, spécifiques à la ligne Clermont-Paris, obtenus notamment grâce à la pression des élus. - C'était important de mettre en place ce plan d'urgence pour pallier finalement la situation avant l'arrivée des nouvelles rames Oxygène fin 2026 et de nouvelles locomotives et puis la fin des travaux de régénération.
Et c'est vrai que les étudiants, sauf si vous avez une voiture et que vous faites du covoiturage, vous n'avez que le train. - Les gens sont désabusés un peu par rapport à ça. - Vous l'êtes ? - Moi, oui, un petit peu, on va dire.
Je m'en suis fait une raison. Je suis clermontois, donc je vis avec et j'ai beaucoup de déplacements. Mais oui, moi, j'espère fortement qu'il y ait vraiment des moyens qui soient mis sur la ligne Clermont-Paris.
Musique - En réalité, c'est toute la métropole qui est impactée. L'AS Clermont, l'élite du rugby français. Pour ses déplacements à Paris, le club du Top 14 a carrément relégué le train sur le banc de touche. - Vous avez fait une belle entame ce samedi. - C'était pas mal, mais il reste des choses à travailler.
C'est un bon début en tout cas. - Autre sujet de travail, la ligne Clermont-Paris. - Aïe... - Voilà.
C'est vrai que c'est une ligne qui est un peu sinistrée pour l'instant. Vous en pensez quoi ? - On en pense malheureusement un peu comme vous, c'est-à-dire que sur l'attractivité du territoire, c'est toujours problématique de ne pas pouvoir offrir des mobilités fluides et de qualité. - C'est un véritable problème parce qu'en tant que club sportif professionnel, on nous demande aussi de réduire nos émissions de gaz à effet de serre.
Et donc dans ce cadre-là, on essaie aussi de trouver des alternatives, au bus, ce genre de choses. Aujourd'hui, étant responsable de tout ça et de la logistique du département professionnel, je ne me tourne pas vers le train parce que je n'ai pas de garantie qui me permette de valider un voyage en train de Clermont jusqu'à Paris. On ne peut pas se permettre d'avoir huit heures de retard sur une compétition gérée par une ligue professionnelle.
On a des obligations d'arriver la veille, d'arriver dans de bonnes conditions, on a des repas à heure fixe. Il y a des choses qui sont traitées derrière, des soins, il y a la vidéo, des choses qui sont prévues. Et donc on ne peut pas se permettre de perdre deux, trois, cinq, huit et plusieurs heures dans les transports. - Ca vous est déjà arrivé ? - Ca nous est déjà arrivé, oui. - Ca devient un peu un sujet de sourire, mais voilà.
Les conditions de qualité de transport, le Wi-Fi, la qualité des sièges, la qualité des wagons, la qualité du service. On y est malheureusement habitué, mais on aimerait bien se déshabituer. - C'est cocasse d'avoir la SNCF comme sponsor. - Ils sont sur la banderole, les Intercités par contre.
Ce n'est pas le TGV, bien sûr. - Ils rient Musique - La promesse d'une ligne à grande vitesse, les clermontois en ont fait leur deuil. L'urgence pour eux, c'est l'arrivée des fameuses rames Intercités, nouvelle génération.
Un enjeu économique crucial aussi pour les 50 000 entreprises installées sur le territoire. - C'est important... - Ce qui est important pour nous, c'est la date.
En définitive, cette date-là, c'est le...
Même si on n'a qu'une rame qui commence à être livrée, on sait qu'on est sur le fil conducteur. - Alors, moi, l'info qu'on a eue, c'est été 2026, arrivée des premières rames, et fin 2026... - 2027. - 2027, oui.
Mise en service de toutes les rames. Voilà. On a perdu 18 mois. - Quand on veut faire venir des talents, les gens se disent : "Comment moi, je vais pouvoir circuler ?" C'est un véritable frein qui gêne le développement économique d'une métropole qui est en train d'exploser au niveau économique et qui a besoin de cet axe-là.
Vous savez ce qui est le plus terrible ? Et ça c'est abominable parce qu'on l'apprend à l'école. On apprend à des enfants que nous sommes dans la diagonale du vide.
Et ils imprègnent ça dans leur tête. Nous, nous nous battons pour faire en sorte que nous sortions de cette logique-là. Et on a besoin de cette ouverture, de mobilité qui est absolument nécessaire pour aller plus loin. - On doit être désenclavé.
Encore une fois, ce n'est pas un caprice. On doit être désenclavé, simplement parce qu'on représente les métropoles dans lesquelles les Français veulent vivre depuis le Covid. Donc, ce n'est pas la peine d'aller mettre des équipements dans des villes dont les gens veulent partir.
Il faut mettre les équipements dans les villes où les gens veulent venir vivre. - Là, il va falloir qu'on suive surtout le prochain budget. C'est surtout ça, moi, qui m'inquiète.
Le prochain budget, il va pas falloir qu'il y ait de réduction dans l'étalement des travaux. - Merci en tout cas. - Merci beaucoup de votre accueil.
Et puis, je te fais passer le courrier. Merci beaucoup. - L'Etat et la SNCF se sont engagés sur 1,2 milliard d'euros.
La députée craint que ce financement soit remis en cause et que la ligne Clermont-Paris se retrouve sous la pile de dossiers du nouveau ministre des Transports. Alors elle a pris les devants et rédigé une lettre pour maintenir la pression. - Monsieur le ministre, nous comptons sur votre soutien, nous attirons votre vigilance sur plusieurs points.
Le respect de la trajectoire budgétaire malgré les contraintes budgétaires qui pèsent sur le prochain projet de loi de finances, le respect du planning des travaux, le respect des nouveaux délais de livraison du matériel roulant sur la ligne Clermont-Paris. - Un courrier co-signé par la plupart des parlementaires de la région Auvergne-Rhône-Alpes. - C'est important d'y aller groupé pour avoir une vraie force de frappe.
Et donc cette démarche collective, j'ai souhaité l'initier dès la nomination du Premier ministre, dès la nomination du ministre délégué chargé des Transports. C'est les budgets que nous votons à l'Assemblée nationale et c'est le rôle des parlementaires que nous sommes d'aller défendre finalement ces engagements financiers jusqu'au bout. - Mais avec des finances publiques dans le rouge et des réductions de dépenses déjà annoncées par le gouvernement, sa mission pourrait être plus compliquée que prévue.
Musique Un petit train s'en va dans la campagne Un petit train s'en va de bon matin On le voit filer vers la montagne Plein d'entrain
Delphine Lingemann