La candidate Marie Toussaint répond aux jeunes électeurs
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Et c'est la suite de cette matinale grand format, nous sommes depuis 8h20 en compagnie de la tête de liste les écologistes EELV, Marie Toussaint et nous sommes contents d'accueillir au micro d'Inter, dans ce studio, deux jeunes citoyennes qui vont voter pour la première fois aux Européennes le 9 juin prochain. Romane Manel, bonjour. Bonjour. Romane, 18 ans, vous ne faites pas d'études en ce moment, vous venez de la ville d'Istre.
Exactement.
Manel, 20 ans, vous êtes en classe préparatoire et vous venez, vous, de Paris. Exactement. Alors je rappelle, j'avais donné ce chiffre lorsque nous avions reçu François-Xavier Bellamy, je rappelle que seuls 29%, un petit tiers des moins de 35 ans sont certains d'aller voter le 9 juin. Ça c'est un sondage Ipsos Radio France qui date du 14 mai. Pour vous, Manel, c'est sûr, vous allez y aller voter ? Oui, j'irai. Vous avez fait votre choix ?
Pas encore.
Ah, pas encore.
Je suis encore en lecture des programmes, mais j'irai voter.
Vous passez une partie de vos journées à lire les différents programmes ? Expliquez-nous.
Pour l'instant, je suis en partiel, mais en sortie de partiel, je vais plus me pencher sur tous les programmes. Je commence à regarder et suivre un petit peu les débats.
D'accord. Et vous, Romane ?
Moi, je vais aussi voter, j'en suis sûre. J'ai encore quelques réflexions sur quel candidat je vais voter, mais je pense que mon choix est fait.
D'accord. C'est en train de se préciser. Ça parle politique entre vous ? Parce que souvent, on dit que les jeunes et la politique sont deux planètes vraiment très éloignées.
Non, ça parle quand même politique. Ça dépend. C'est pas une grande majorité de personnes qui parlent politique, mais quand même, le sujet vient sur la table et ça discute. Et l'Europe ? L'Europe, un petit peu moins. C'est ça qui est un petit peu plus dommage, mais actuellement...
Ça parle peu de politique et encore moins d'Europe, c'est ça ?
Ça dépend des cercles de personnes, mais oui.
D'accord. D'accord. Même chose de votre côté, Romane ?
Moi, je suis entourée de personnes assez politisées. Je l'ai aussi à peu près toujours été. Donc, c'est vrai que je parle plus politique avec les gens autour de moi. L'Europe, par contre, c'est vrai que c'est un sujet qu'on n'apporte pas beaucoup. Mais la politique, oui, quand même. Je pense qu'il y a certains cercles où ça se fait.
Alors, Romane, vous avez la parole. À vous de dialoguer maintenant avec Marie Toussaint et à vous de lui poser les questions que vous souhaitez. Allez-y.
Alors, ma première question, elle sera sur le veto social. J'ai lu dans votre programme que vous souhaitez mettre en place ce veto social. Mais en quoi, concrètement, ça consisterait ? C'est-à-dire, la question, c'est concrètement, ça se passerait comment ? Est-ce que vous seriez sous la forme d'un référendum ? Qui seraient les personnes choisies ? Parce que vous avez parlé de 10% des personnes les plus pauvres. Comment vous allez les sélectionner ?
Alors, rappel, Marie Toussaint, de cette proposition dans votre programme et explication de son mécanisme.
Alors, je remercie beaucoup, Romane, d'abord, de s'intéresser à l'Europe, à la politique et pour cette question.
C'est une question précise. Alors, donc, allez-y.
Effectivement, je propose au niveau européen la mise en place d'un droit de veto social. Donc, je veux bien expliquer. Droit de veto social, ça veut dire quoi ? Ça part d'un constat. Aujourd'hui, les inégalités explosent. On n'arrive pas à répondre à la précarité. C'est pas possible. Il faut que ça change. Il faut faire de la lutte contre la pauvreté, la colonne vertébrale. Ça veut dire un changement systémique de toutes les politiques qui sont menées. Donc, on met en place un droit de veto social. On commence par une étude d'impact social.
Quel impact ont toutes les lois, tous les budgets, tous les projets sur les 10% des populations d'Europe et de France et de chaque État membre les plus précaires ? Si jamais on voit que ce projet de loi, il aggrave les conditions de vie, les conditions d'existence, la précarité de ces 10% qui sont déjà les plus modestes, eh bien, veto. Veto. On arrête. Soit on arrête tout, soit on change totalement le dispositif et on fait autrement. Je peux prendre un exemple, peut-être, pour illustrer. L'Union Européenne, qui a trop cédé au marché, a mis en place un marché carbone. Donc, en gros, une nouvelle taxe carbone sur le transport. En France, on en a déjà une. Et sur le logement.
Donc, on a des familles qui habitent dans des bâtiments. C'est pas elles de les rénover. On attend la cinglingling que ce soit rénové. On a des prix des factures qui explosent. Bon. En fait, on ne met pas une taxe carbone qui vient aggraver la situation des familles qui n'arrivent déjà pas à payer leurs factures, tout simplement.
Donc, c'est un principe transversal à toute forme de loi, de nouvelles lois.
Exactement. Qui a vocation à faire en sorte que toutes les lois contribuent à lutter contre la pauvreté, à réduire les inégalités. C'est vraiment ça dont on a besoin.
Alors, toujours sur les sujets sociaux, Romane, on vous écoute. Deuxième question.
Oui, ma deuxième question porte sur le Fonds social européen qui finance des aides pour l'emploi des jeunes à travers des missions locales en France ou France Travail. Comment garantir ces budgets en période de crise ?
Marie Toussaint.
Il faut absolument le faire. Et c'est vrai que dès qu'on a une crise, une guerre, une crise économique, les dirigeants actuels ont tendance à venir piocher dans ces fonds sociaux européens, qui financent aussi de l'insertion, de la création d'emplois, etc., à venir piocher dans ces fonds sociaux pour financer d'autres priorités. On doit préserver les fonds sociaux européens. Mais je le dis encore une fois, l'enjeu, c'est comment on fait que toutes les lois œuvrent à l'égalité et pas seulement les programmes sociaux. Nous, ce qu'on veut, c'est changer tout le modèle économique pour que tout le modèle économique permette à chacune et chacun de vivre dignement de leur travail.
Et donc, dans les propositions qu'on formule, par exemple, il y a le fait de garantir à chacun un minimum dignité. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on a un revenu minimum. Il faut encore se battre pour un revenu minimum au niveau européen qui concernerait aussi les jeunes, puisqu'en France, il ne concerne pas les jeunes, donc il concernerait aussi les jeunes, mais aussi qu'on dise que les premiers litres d'eau, les premiers kilowattheures d'énergie, eh bien, toutes les populations puissent avoir accès. Et ainsi que l'alimentation à travers des sécurités sociales de l'alimentation qu'on pourrait mettre en place partout sur le territoire et le droit au logement.
Mais en tout cas, on a besoin de consacrer, sacraliser la lutte contre la pauvreté en Europe. Et donc, oui, ça demande aussi de sacraliser les budgets du Fonds social européen.
On va vous redonner la parole, Romane. Manel, pour l'instant, de quoi souhaitez-vous parler avec Marie Toussaint ? On vous écoute.
Alors, je reviens un peu plus sur le sentiment européen, sur la citoyenneté européenne. Ma question, c'est, étant donné qu'il y a 70% des jeunes qui pensent ne pas aller voter, d'après les sondages qui ne vont pas aller voter, comment vous pensez qu'on puisse renforcer ce sentiment de citoyenneté européenne, et en particulier auprès des jeunes ?
On en a besoin. D'ailleurs, je pense que, Manel, vous auriez des suggestions à me faire en la matière. Bon, nous, on veut d'abord le droit de vote à 16 ans, parce que voilà, vous êtes là, vous n'en avez que 18, et pourtant, vous êtes tout à fait au fait des enjeux politiques, des enjeux européens, et je vous remercie pour ça. Et la réalité, c'est qu'à 16 ans, on est suffisamment mature, intelligent, pour contribuer à la participation démocratique. Et qui existe en Allemagne, je crois. Et qui existe en Allemagne, oui, tout à fait. Donc, on doit aller dans cette direction-là. Ensuite, on a besoin de faire en sorte que les politiques, quand ils soient élus, ils fassent ce qu'ils disent.
Et ça, c'est un enjeu majeur, parce qu'il y a eu trop de trahison de la parole de part et d'autre. Et donc ça, c'est un souci des écologistes, pas seulement de parler, mais d'agir en concordance avec les paroles, et vous pouvez le retrouver partout. Le dernier sujet, c'est plus que sur la question de la citoyenneté européenne, c'est sur la participation des jeunes. On a vu, en Espagne comme en Pologne, que quand les jeunes se mobilisent, on arrive à faire reculer l'extrême droite, qu'on arrive à faire progresser les droits des femmes, progresser les législations pour la justice et les législations pour le climat.
La Pologne, dont on disait qu'ils étaient en retard sur le climat, contre la lutte, contre le dérèglement climatique, bon, ils ont adopté des objectifs climatiques plus ambitieux que la France à l'horizon 2050. Donc, quand les jeunes se mobilisent, ça peut vraiment changer la donne. C'est ça que j'ai envie de vous répondre.
Manel, vous éprouvez un sentiment de citoyenneté européenne. On peut dire, je me sens citoyen français, allemand, belge, italien. Mais vous éprouvez ce type de sentiment-là, européenne ?
À l'approche du vote, actuellement, parce que je m'intéresse beaucoup au programme, beaucoup plus. Mais auparavant, je pense que je n'étais pas forcément alerte à la chose. Et je ne m'intéressais pas forcément d'être citoyenne européenne, mais plus d'être citoyenne française, ou en allant, enfin, les votes régionaux, etc.
Et vous auriez aimé pouvoir voter dès l'âge de 16 ans ?
Je ne sais pas du tout. Je ne sais pas si j'aurais été aussi intéressée. Il n'y a pas eu d'élection européenne dans les deux dernières années.
Donc, en même temps, la question ne se pose pas tellement. Oui. En Europe, donc, vous aviez une question sur la liberté d'expression. Continuez, Manel.
Exactement. C'est à propos de la dernière loi sur la liberté des médias qui a été votée à la Commission européenne, et aussi au rapport des reporters sans frontières qui est sorti, où il y a encore de nombreux pays européens qui sont très bas, notamment la Hongrie. Comment vous pensez qu'il faut répondre à cette croissante répression de la liberté d'expression, et en particulier des médias, en Europe ? Est-ce qu'il ne faudrait pas agir à l'échelle plus européenne ?
On réprime beaucoup les journalistes, en particulier les journalistes environnementaux, et les lois européennes qui ont été adoptées améliorent un peu la situation, tout en permettant aux États d'espionner les journalistes et leur travail. Donc, il y a encore beaucoup de combats à faire pour défendre la liberté d'expression et la liberté d'informer et des journalistes de faire leur travail. L'une des choses que l'Union européenne doit absolument faire, c'est lutter contre la concentration des médias et pour la liberté d'informer, la liberté des rédactions face à leurs actionnaires, à leurs propriétaires.
Moi, vous savez, demain soir, il y a un débat sur la chaîne CNews, qui est la chaîne de Bolloré, qui poursuit un projet civilisationnel très clair, qui est un projet civilisationnel xénophobe, misogyne, raciste, de recul de notre démocratie, donc j'ai refusé d'y participer. J'ai invité mes partenaires de gauche à leur refuser. Il n'y a que Raphaël Glucksmann qui a suivi mon invitation. Le problème de CNews, c'est un problème qu'on retrouve dans d'autres pays. On a eu Fox News, vous vous souvenez des No Go Zone peut-être en France de la part de Fox News, Russia Today, dont on s'est libéré au moment de l'agression par Vladimir Poutine de l'Ukraine.
La concentration des médias est un problème en soi. Quand elle est mise au service d'un projet civilisationnel, c'est encore plus terrible et donc l'Union Européenne doit impérativement agir pour lutter contre cette concentration des médias, pour garantir une information qui soit totalement objective. Ce n'est pas possible, mais en tout cas suffisamment, qui respecte les faits, les faits par exemple sur le dérèglement climatique.
On retourne vers vous, je me tourne vers vous Romane. Vous aviez une question concernant le service public des médicaments, je crois.
Oui exactement, c'est par rapport à votre souhait de créer du coup ce service public européen des médicaments, mais concrètement c'est un peu pareil que pour le veto social. Comment comptez-vous le mettre en place et de quoi ça nous protégerait exactement ? Est-ce que ce serait comme une sécurité sociale à l'échelle européenne ?
Alors pas tout à fait. Je l'ai dit tout à l'heure, on importe 60 à 80% des substances actives aujourd'hui de Chine et d'Inde. La réalité sur le territoire européen, depuis la crise sanitaire, c'est plus de masques, plus d'oliprane, plus d'amoxiciline, des milliers de pénuries, des traitements qui sont interrompus du fait de ces pénuries, des parents qui courent de pharmacie en pharmacie pour acheter les médicaments pour leurs enfants. Donc la mise en place d'un service public européen du médicament, ça vise à produire les médicaments génériques et essentiels dont nous avons besoin.
Je propose aussi un Airbus européen du médicament, une stratégie industrielle, mais qui cette fois reposerait sur des acteurs privés qu'on lancerait, qu'on impulserait. Mais ce service public européen du médicament, il y a déjà des expérimentations aux Etats-Unis ou au Brésil par exemple, mais on doit mettre les moyens, ça c'est une question politique. Est-ce qu'on veut mettre les moyens pour permettre aux Européennes et aux Européens d'avoir accès à ces médicaments ? Pour nous, la réponse est oui.
Dernière question, Manel.
Oui, alors en lisant votre programme, vous appelez énormément à se battre pour la défense des droits des personnes LGBTQIAP+. Sauf que la question est simple, en Europe, on n'avance pas du tout au même rythme selon les pays, il y a même des pays où la législation du mariage pour tous n'est pas encore officielle. Comment concrètement, quels sont vos projets concrètement pour faire agir et défendre ces droits à l'échelle européenne ?
On a besoin de se battre, on a besoin d'avancer, d'autant plus que ce n'est pas seulement qu'on ne va pas au même rythme, c'est qu'il y a des endroits où ça recule. Et en particulier, les pays où l'extrême droite arrive au pouvoir, on voit toujours, toujours un recul des droits des femmes et un recul des personnes LGBT. Et donc, il faut qu'on porte des propositions, je peux en donner plusieurs, mais la première, c'est l'inscription du droit à l'avortement dans la charte européenne des droits fondamentaux. On vient de réussir à le faire en France, notamment grâce à la sénatrice écologiste Mélanie Vogel, qui est aussi la présidente du Parti vert européen.
On a besoin de le faire à l'échelle européenne pour protéger les femmes de Hongrie, de Malte, d'Italie, qui voient leur affaire à l'avortement en danger.
Vous avez entendu Marion Maréchal, peut-être, hier matin ? Vous avez vu le texte de loi LR voté au Sénat hier ?
Oui, et j'entends les propositions de François-Xavier Bellamy. Bien sûr, on a besoin d'avancer. C'est pour ça qu'on a besoin de le mettre dans nos textes fondamentaux. Et donc, le droit à l'avortement, j'invite d'ailleurs celles et ceux qui nous écoutent, et vous, Manel, à aller signer l'initiative citoyenne européenne Ma Voix, Mon Choix, qui porte cette volonté d'inscrire le droit à l'avortement dans la charte européenne. Et on a besoin d'autres protections par rapport aux droits des trans. « Oui, il faut interdire les thérapies de conversion. » Et concernant la question des enfants, parce que vous savez qu'en Italie, Georgia Meloni s'en est prise aux enfants des femmes lesbiennes.
Eh bien, on a besoin d'un certificat de parentalité qui permette, au niveau européen, quand un État est réfractaire, quand les nationaux populistes veulent porter atteinte aux droits des gens, eh bien que les autres pays européens puissent reconnaître l'existence de ces enfants, leur garantir une citoyenneté et protéger leurs droits.
Eh bien, merci en tout cas à Romane et à Manel. Vous revenez quand vous voulez. Vous avez été parfaite au micro de France Inter. Merci infiniment. On vous remercie infiniment d'avoir été là. Et on termine avec notre euro-questionnaire, Marie Toussaint. Question courte, réponse courte. Il paraît que vous avez toujours un livre avec vous. Lequel en ce moment ?
Ah ben là, il se trouve que je n'ai pas de livre.
Vous n'avez plus le temps là.
Mais j'aime beaucoup « Monter d'idiot » d'Héry Deluca, que je trouve être un très beau livre. Et Héry Deluca est par ailleurs un défenseur des droits humains et de la nature.
Une figure européenne que vous mettriez sur une pièce de monnaie ?
Ah ben Simone Weil. On vient de parler du droit à l'avortement. C'est une femme, une rescapée de la Shoah, une femme qui a défendu le droit à l'avortement. Je crois que c'est un très beau symbole.
Greta Thunberg, vous aviez répondu un jour, pas plus maintenant ? Ah ben si, on pourrait la mettre aussi.
C'est une jeune femme qui, avec beaucoup de courage, a brandi la vérité scientifique sur le dérèglement climatique, a soulevé des millions de jeunes à travers la planète. Ça pourrait être elle aussi.
Le plus grand écrivain européen ?
Ah ben Héry Deluca.
Ah ben oui, c'est vrai, vous l'avez dit. Le monument qui symbolise l'Europe, pour vous ?
Le mur de Berlin. Le mur de Berlin qu'on a été aussi heureux de pouvoir abattre et qu'il faut rappeler à l'heure où aujourd'hui, les droites, M. Bellamy aussi, veulent reconstruire des murs en Europe, des murs et des barbelés aux frontières de l'Europe, entre les pays européens. Donc le mur de Berlin.
Merci infiniment également à vous, Marie Toussaint. Merci d'avoir regardé cette vidéo !
Marie Toussaint