Yaël Braun-Pivet : "On est le seul Parlement au monde qui ne sait pas quel va être son agenda parlementaire"
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Il y a un an, jour pour jour, l'Assemblée Nationale prenait un visage inédit. Après la dissolution surprise décrétée par Emmanuel Macron le mois d'avant, les Français votaient pour renouveler leurs députés. Et au soir du second tour, ce 7 juillet, l'ERN arrivait en tête en nombre de voix. Le nouveau Front Populaire, l'Alliance de la Gauche, remportait le plus de sièges de députés et le groupe présidentiel arrivait derrière. Bonjour, Yael Brown-Pivet. Bonjour. Vous êtes notre invitée ce matin. Merci d'être au micro de France Inter.
Les auditeurs peuvent vous poser des questions et dialoguer avec vous au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France ont pressenté, il y a un an, que cette Assemblée-là, dont vous êtes restée la présidente, allait être sans majorité, difficilement lisible. Un an après, comment vous la qualifiez cette Assemblée ? C'est une Assemblée qui est vivante et vibrante.
C'est un euphémisme, ça. Oui, parce qu'en fait, on voit bien, c'est une Assemblée très particulière, unique dans la Ve République, aucune majorité et très fracturée. J'ai 11 groupes politiques, c'est le maximum qu'on ait jamais eu à l'Assemblée nationale et donc beaucoup de fracturations, pas de majorité et ça donne effectivement une Assemblée contrastée. Il y a des moments très agités et on voit, les Français me le disent, bordélisation, fracas, brouhaha, etc. Je le constate et je le déplore avec eux, évidemment. Il y a des moments d'union ou de débat de qualité. On peut penser au débat sur la fin de vie, qu'on était à la hauteur de l'enjeu.
Donc voilà, une Assemblée contrastée, mais une Assemblée qui fonctionne, qui tourne. On m'avait dit, on n'y arrivera pas. On arrive quand même à faire fonctionner l'institution, les organes de l'institution, vous savez, les organes de pilotage. Ils fonctionnent. On a adopté la semaine dernière, dans un bureau où je ne suis pas majoritaire, où le nouveau Front populaire est majoritaire, le budget de l'Assemblée nationale, à l'unanimité. Donc on y arrive. C'est compliqué, c'est difficile, mais on y arrive.
Un an après, vous en voulez, Emmanuel Macron. Vous comprenez ce qu'il a fait avec cette dissolution ?
Alors un an après, il me l'a expliqué, mais je ne suis toujours pas d'accord. Et moi, j'avais marqué mon opposition à la dissolution lorsqu'il m'avait consultée avant même de dissoudre. Je trouve qu'effectivement, cette décision qui visait à clarifier, on n'est pas encore allé au bout de la clarification.
Nous légiférons en mode mineur. Vous partagez ce qu'on constate, votre homologue au Sénat, le président Gérard Larcher ?
En fait, on ne légifère pas bien pour plusieurs raisons. On légifère autant que sous les précédentes mandatures. Moi, j'ai été regarder les chiffres. On a à peu près le même nombre de textes. En revanche, le fait marquant de cette législature depuis un an, c'est qu'on passe, le gouvernement passe par des propositions de loi, au lieu de passer par des projets de loi. Les projets de loi qui nous ont été soumis sont des vieux projets de loi. C'est la loi agricole, la loi simplification. C'était des choses qui étaient engagées par les gouvernements, même avant Michel Barnier. En revanche, il y a des propositions de loi sur des thématiques qui devraient faire l'objet de projets de loi.
J'en ai deux à l'esprit. La réforme de l'audiovisuel public qui vous concerne, est-ce que c'est bien normal qu'elle passe par proposition de loi et pas par projet de loi ? Je dis à vos auditeurs, la différence, elle est importante, parce que pour un projet de loi, il y a beaucoup plus de concertation avec tous les partis politiques et avec les acteurs professionnels, syndicats, etc. Il y a ce qu'on appelle une étude d'impact. L'étude d'impact, ça vient dire pourquoi on doit légiférer, quelles sont les conséquences de la législation, quelle est la situation, qu'est-ce qu'on attend, etc. Donc c'est important. Et puis on a un avis du Conseil d'État.
Tout cela, on ne l'a pas sur des propositions de loi. Et une proposition de loi, elle fait beaucoup d'aller-retour entre l'Assemblée nationale et le Sénat. Il n'y a pas de procédure rapide, ce qu'il y a sur des projets de loi beaucoup plus facilement. Donc là, vous dites au gouvernement, faites-nous confiance, confiez-nous des projets de loi, c'est ça ? Moi, je dis au gouvernement, faites confiance évidemment au Parlement, l'Assemblée nationale est celle que les Français ont élue. Qu'elle vous plaise ou qu'elle ne vous plaise pas, elle résulte du choix des Français.
Et moi, je suis garante du respect du choix des Français, du choix démocratique que les Français ont fait dans les urnes en 2024. Et après, je dis au gouvernement, donnez-nous de la prévisibilité. Dites-nous ce sur quoi nous allons travailler en septembre, mais en octobre, en novembre, en décembre, et puis pendant l'année qui vient. En fait, on est, c'est invraisemblable, on est le seul Parlement au monde qui ne sait pas quel va être son agenda parlementaire.
Et dans un contexte difficile, il vaut mieux essayer d'organiser les choses et de parler avec les différents groupes politiques très en avance, plutôt que d'arriver un peu en catastrophe à l'Assemblée nationale et au Sénat, avec des textes qui ne sont pas d'origine gouvernementale, et que les parlementaires découvrent, et effectivement, parfois, il y a du fracas.
Les procédures sont devenues également assez peu lisibles. On a les exemples de la loi Duplomb, la reprise du chantier de la 69, la réforme de l'audiovisuel public, vous en parliez, avec des motions de rejet qui sont présentées, votées par les défenseurs de ces textes. On n'y comprend plus rien, en fait, à ces procédures.
Mais justement, je pense que c'est une des conséquences de ce que je viens d'expliquer. Quand vous parlez de la loi Duplomb, c'est pareil, c'est une proposition de loi. Est-ce qu'elle n'aurait pas dû être endossée dès l'origine par le gouvernement ? C'est une vraie question. Après, les procédures qui sont votées et qui permettent de rejeter le texte dès le départ, elles sont aussi la conséquence de l'obstruction. En fait, ce sont, et c'est dommage, mais c'est des armes parlementaires de part et d'autre. Mais qu'on n'utilisait pas avant. Alors si, on l'a oublié.
Mais ce n'était pas les défenseurs de ces textes qui les déposaient, les motions de rejet.
Alors, c'est arrivé une seule fois. Sous la cohabitation. Mais en revanche, ce qu'on voit, c'est que d'un côté, moi j'ai des députés, et c'est leur droit, qui déposent des centaines, des milliers d'amendements. Et puis de l'autre côté, j'ai d'autres députés qui vont voter des motions de rejet pour dire « Attendez, nous, on n'a pas d'autres armes contre les amendements qui sont déposés, parce qu'il y en a des milliers, et donc on ne va pas pouvoir aller au bout du débat. » Et vous comprenez bien que c'est aussi très sain qu'il n'y ait pas quelques députés qui, en déposant des milliers d'amendements, puissent faire obstacle à l'examen d'un texte. Démocratiquement, ça poserait un vrai problème.
Donc il y a différents recours qui sont prévus. Ces motions de rejet, elles ne me plaisent pas. Mais de la même façon, l'obstruction ne me plaît pas non plus. Moi, je veux du débat à l'Assemblée nationale. Vous vous sentez court-circuité par ces motions de rejet, parfois ? En fait, c'est pas que la motion de rejet. C'est l'obstruction plus la motion de rejet qui court-circuitent l'Assemblée nationale. C'est les deux ensemble.
Et vis-à-vis des électeurs, ces manipulations, ça peut ressembler à des coups tordus. C'est pas comme ça qu'on va rétablir la confiance entre la classe politique et les électeurs.
Je suis bien d'accord. Mais c'est aussi, vous voyez, c'est pour ça que je parle vraiment beaucoup aussi de prévisibilité. Parce que c'est ça qui redonne confiance aussi, quand on sait sur quoi va travailler le Parlement et dans quelles conditions va naître le débat. Le fait d'effectivement aller davantage vers les citoyens, d'être beaucoup plus transparent, etc. De mettre tout le monde autour de la table aussi, les Français. Ils nous disent quoi ? Ils en ont marre de ces querelles. Ils en ont marre de nous voir nous engueuler, nous voir nous invectiver. Les Français, ils veulent qu'une chose, c'est qu'on se mette autour de la table et qu'on essaye de se mettre d'accord.
On n'y arrivera pas à tous les coups. Mais dans toutes les entreprises, même dans toutes les familles françaises, qu'est-ce qu'on fait quand on a des différents ? Eh bien, on essaye le dimanche-médiaire, on invite un peu tout le monde, on met autour de la table et du gigot et on essaye de régler nos différents. Et pourquoi en politique on n'y arriverait pas ? Pourquoi en politique on n'est pas capable de faire ça ? Les Français, en tout cas, nous le disent. Moi, j'essaye, j'aimerais, je le fais à l'Assemblée nationale, dans le champ de compétences qui est le mien. Je crois que la classe politique, dans son ensemble, s'honorerait à davantage se mettre juste autour d'une table.
La bordélisation de l'Assemblée nationale, c'est le ton aussi employé, ce sont les cris, les invectives. Il n'y a jamais eu autant de sanctions à l'Assemblée ? Il n'y a jamais eu autant de sanctions. Contre des députés qui dérapent ?
Il y a eu beaucoup plus de sanctions entre 2022 et 2024 que sur cette dernière session. Il y a des dérapages. Et de la même façon, moi, je suis très intransigeante vis-à-vis de ces dérapages. Il ne faut pas les accepter, il ne faut pas les tolérer. Donc, ils sont sanctionnés quand ils ont lieu. De la même façon, moi, les Français me disent plutôt l'inverse. Ils me disent tout le temps, mais pourquoi vous ne sanctionnez pas plus ? Pourquoi vous acceptez ça ? Alors, je leur explique quel est l'état de notre démocratie et qu'à l'Assemblée nationale, il y a aussi, dans l'hémicycle, une immunité parlementaire qui fait que les députés ont le droit de porter leurs idées de façon radicale.
Après, il y a une limite. Et quand cette limite est franchie, moi, je sanctionne.
Un groupe de travail avait été annoncé par le Modem en début d'année pour trouver le chemin, justement, d'un retour à l'ordre et au calme. Il en est où ? Des propositions ont été faites ?
Alors non, aujourd'hui, moi, je n'ai pas eu de proposition de la part du Modem. Moi, j'ai discuté avec beaucoup de présidents de groupe. Je les réunis régulièrement parce que moi, je les mets autour de la table. Les 11 présidents de groupe pourraient justement essayer d'avancer. C'est comme ça que l'Assemblée nationale réussit à avancer tant bien que mal depuis un an. Donc moi, ce que je leur ai annoncé, c'est que nous allions, à la rentrée, faire un groupe de travail avec les 11 présidents de groupe. Parce qu'on peut se réunir tout seul dans notre coin pour réfléchir.
Mais en fait, si on veut avoir une voie de passage, il va bien falloir trouver du consensus avec toutes les forces politiques. Et donc moi, je les réunirai à partir de la rentrée régulièrement pour regarder ce que l'on peut faire comme réforme du règlement pour mieux avancer ensemble. Mais moi, je suis convaincue d'une chose et ça vaut pour le règlement, pour la proportionnelle, pour tout ce que l'on souhaite. C'est qu'en fait, il ne faut pas se réfugier derrière la règle, derrière les institutions, derrière telle ou telle loi ou organisation pour dire « Nous, on ne se met pas autour de la table, on ne discute pas ». En fait, il faut arrêter un petit peu de se réfugier derrière cela.
Il y a un moment, on est des hommes et des femmes politiques. On doit prendre nos responsabilités et c'est une affaire aussi de volonté. Est-ce qu'on veut s'asseoir ou est-ce qu'on ne veut pas ? Et ce n'est pas parce qu'il y aura un changement du règlement de l'Assemblée nationale, ce n'est pas parce qu'il y aura un changement de la règle électorale, scrutin majoritaire, scrutin proportionnel, qu'on fera asseoir les gens autour de la table. Vous comprenez ce que je veux dire ? Il y a un moment où il s'agit aussi de la volonté exprimée par les hommes et les femmes politiques de notre pays.
Certains disent quand même que la recette pour arriver à bout de cette assemblée fracturée qui fonctionne moins bien aujourd'hui, c'est la proportionnelle. Vous en pensez quoi de la proportionnelle ?
Moi, je suis favorable à la proportionnelle, mais j'alerte sur le fait de dire ne croyons pas que la proportionnelle est la baguette magique pour que tout le monde puisse coopérer et rentrer dans une logique de coalition. Il faut de la volonté politique pour se faire et cette volonté politique, on pourrait très bien l'avoir dès aujourd'hui. On n'a pas besoin d'attendre le changement du mode de scrutin pour se faire. Et la dissolution ?
À partir de demain, Emmanuel Macron, il peut de nouveau dissoudre. Ce ne serait pas ça la solution ? On remet tout à plat, on fait voter les Français ?
Mais je ne crois pas parce que cette assemblée nationale, elle est la dernière expression politique et démocratique des Français. Elle date d'il y a un an. Je ne suis pas bien convaincue que les Français diraient autre chose dans les urnes que ce qu'ils ont dit il y a un an. Et donc, jeter l'assemblée nationale parce qu'elle ne nous plaît pas, bien, je trouve que démocratiquement, moi, ça me pose un vrai problème. Et puis, à nouveau, je pense que ça ne servirait à rien. Cette assemblée nationale, il faut la faire fonctionner. Et puis, il ne faut pas résumer l'action d'un gouvernement à l'Assemblée nationale.
On est en Ve République, le gouvernement détient beaucoup de pouvoirs, beaucoup de modalités d'action. Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale que le gouvernement est empêché. Il n'a pas beaucoup de capacités à agir. Et donc, l'Assemblée nationale, c'est un aspect de notre situation politique. Heureusement, ça n'est pas le seul.
Vous débutez aujourd'hui la dernière semaine de travail avant les vacances parlementaires. Une session extraordinaire, donc jusqu'à vendredi, avec un programme hyper chargé. Refondation de Mayotte, programmation énergétique, loi Duplomb, loi PLM pour le changement de mode de scrutin de Paris-Lyon-Marseille, la réforme de l'audiovisuel public. Comment on peut examiner sereinement, sérieusement, tous ces textes jusqu'à vendredi ?
En fait, c'est des textes dont certains ne sont pas les mêmes stades de procédure. Donc Mayotte, par exemple, il a été examiné, voté dans nos deux chambres. Et là, maintenant, on est en recherche de compromis entre nos deux assemblées, Assemblée nationale et Sénat. J'observe sur ce point que le taux de compromis entre l'Assemblée nationale et le Sénat n'a jamais été aussi élevé, dans toute l'histoire de la Ve République, 95% d'accords entre nos deux chambres. Ce qui montre qu'on est capable de faire le chemin et de trouver le chemin du compromis.
Et moi, je voulais cette session extraordinaire parce que, déjà, je ne comprenais pas qu'on puisse imaginer que les députés partent en vacances le 30 juin, là où les Français travaillent bien plus et c'est bien normal. Mais vous n'avez pas un peu chargé la barque, quand même, pour la dernière semaine ? La barque n'est pas chargée, mais on voulait terminer un certain nombre de textes et donc c'est le cas. Un peu faire le ménage avant la fin de la session et ça se passe bien. Donc moi, je ne suis pas inquiète. On travaillera jusqu'à vendredi sans aucune difficulté.
Vous parlez de compromis. Ces compromis, on les voit en commission à l'Assemblée nationale, plus que dans l'hémicycle. Pourquoi on arrive à faire ça en commission ? Ou, par exemple, on a des co-rapporteurs qui sont renaissance insoumis. Là, je pense à la commission sur les violences à l'école née après Bétharum, Violette Spilbou et l'insoumis Paul Vannier. Là, ça marche. Pourquoi ça marche en commission et pas dans l'hémicycle ?
Alors, ça marche aussi dans l'hémicycle, en fait. Depuis 2022, moi, j'ai créé ce qu'on a appelé les semaines transpartisanes. Justement, l'idée, c'était de dire, vous avez accès à l'hémicycle avec un texte de loi si vous le portez avec, dès le début, avec un député de la majorité, un député de l'opposition. Et cela, ça marche. Depuis 2022, on a adopté des dizaines et des dizaines de textes. Et ça a conduit à adopter des textes, effectivement, à l'unanimité. Je crois, en un an, 24 textes adoptés à l'unanimité dans ce cadre-là. C'est des textes tels que la fiscalité sur les Airbnb, le viol, la définition pénale du viol, etc. Donc, on y arrive.
Mais c'est pour ça que moi, je dis, il faut s'y prendre dès le départ. Vous voyez bien, dans ce cas-là, c'est deux députés qui décident de travailler ensemble sur une thématique donnée. Ils n'ont pas les solutions qu'ils posent sur la table dès l'origine. Ils avancent ensemble. Et c'est ce que j'invite le gouvernement à faire. On a avancé dès le départ avec l'Assemblée nationale et avec tous les groupes politiques qui la composent.
Alors là, on imagine que le compromis va être difficile à trouver sur le budget. C'est la bataille qui nous attend à l'automne. 40 milliards d'euros à trouver pour le budget 2026 pour amener le déficit à 4,6% du PIB. Parmi les sujets sur lesquels vous ne suivez pas votre majorité, il y a le budget. Donc, vous estimez que la majorité ne pouvait pas exclure d'emblée une hausse des impôts ?
Oui, parce que déjà, moi, quand je m'engage en politique en 2016 derrière Emmanuel Macron, il y a dans la vision que l'on porte le refus des dogmes. Donc, je considère qu'on ne peut pas écarter d'emblée telle ou telle piste sous prétexte que ce serait finalement un dogme ou en tout cas, elle serait érigée de la sorte. Ensuite, moi, j'ai proposé des aménagements à la marge. J'ai proposé que l'on cible uniquement une catégorie de la population, donc les retraités plus aisés, et de supprimer un avantage fiscal qu'ils ont, en l'occurrence l'abattement fiscal de 10%.
Donc, je ne souhaite pas une hausse d'impôts généralisée pour les Français, parce que, dans le même temps, moi, je souhaite que l'on fasse très attention à préserver la croissance, à préserver le pouvoir d'achat. Donc, il n'a jamais été question, dans mon esprit et dans mes propos, de hausse d'impôts généralisée. En revanche, on peut aller regarder ça ou là, quel est l'intérêt de telle ou telle niche fiscale, ou tel est l'intérêt de tel ou tel avantage fiscal. Il faut absolument que, dans l'effort que l'on va demander à la nation, que cet effort soit équitablement réparti, et que chaque Français puisse se dire, eh bien, moi, je contribue.
Et il est vrai que, sur le terrain, j'ai entendu beaucoup de retraités aisés me dire, eh bien, nous, nous souhaitons contribuer à l'effort national, nous ne voulons pas que cet effort repose uniquement sur nos enfants et sur nos petits-enfants. Et donc, nous souhaitons contribuer, et cette proposition allait dans ce sens-là. Le Premier ministre et le Parlement arbitrera.
Et moi, je trouve qu'à la place qui est la mienne, et moi qui rencontre tellement les Français au quotidien, qui me déplacent beaucoup, 64 déplacements, j'étais encore la semaine dernière en Dordogne, eh bien, je crois que c'est aussi ma place et mon rôle de faire remonter des propositions qui m'apparaissent comme étant quelque chose qui apporte quelque chose au débat et à la solution du problème qui est devant nous, ce problème de la dette et du budget de l'État.
L'hypothèse du moment, c'est l'année blanche. C'est un gel pour un an des pensions de retraite, des prestations sociales, du barème de l'impôt sur le revenu.
C'est aussi une hypothèse, c'est quelque chose que je soutiens en faisant attention aux plus fragiles. Et vous voyez bien que mettre à contribution ceux qui sont le plus aisés peut permettre aussi de préserver les plus fragiles. Et donc, les équilibres sont compliqués à trouver, mais en tout cas, il va falloir qu'on les trouve. Et la TVA sociale remise en avant par le Premier ministre ? Je ne suis pas hyper fan, pour tout vous dire.
Non, parce qu'en fait, la TVA sociale, elle fait reposer sur la TVA une partie du financement de notre protection sociale, et tout le monde sait, ou pas, mais en tout cas, c'est un fait, que la TVA pèse beaucoup plus sur les ménages les plus fragiles que sur les ménages les plus aisés. Et donc, la TVA sociale est un impôt qui va venir impacter davantage les plus fragiles d'entre nous. Donc, il faut faire très attention avec la TVA sociale. Et en tout cas, si on allait dans cette direction, il faudrait vraiment répercuter l'ensemble.
Il faudrait qu'il y ait une bascule entre le coût du travail et la TVA sociale, qu'on baisse les cotisations patronales et salariales, mais en tout cas, qu'on baisse les cotisations sur le coût du travail, pour les basculer sur de la TVA sociale, et que ça ne serve pas à autre chose.
Et la taxe Zuckman, on en a pas mal parlé ces derniers mois, une imposition de 2% sur les plus grosses fortunes, sur les 1800 foyers les plus riches, ça pourrait rapporter 20 milliards d'euros, la moitié de ce qu'on cherche.
Oui, alors, à nouveau, il faut faire attention. Nous, depuis 2017, on a réussi à recréer de la croissance, de l'attractivité dans notre pays. Et ça n'est pas qu'au bénéfice des plus aisés d'entre nous, puisque ça a créé 2 millions d'emplois. Et donc, 2 millions d'emplois, c'est 2 millions de personnes que vous sortez du chômage, et à qui vous redonnez de la qualité de vie et de la dignité, puisqu'ils arrivent à vivre par leur travail. Donc, il faut faire attention. On voit beaucoup d'idées qui sortent, et c'est normal, et c'est bien. Moi, j'entends des gens qui disent, c'est la foire à la saucisse, des idées et tout ça. Non, c'est très bien qu'il y ait des idées sur la table.
Après, il faut regarder, équilibrer, et ne pas casser, sur le long terme, ce que nous avons réussi à faire, ce qui était difficile, et ce que nous avons fait.
Yaël Braun-Pivé, je crois que vous revenez d'une visite en Chine. L'un de nos contentieux majeurs actuels avec Pékin, c'est le Cognac. Les Chinois viennent de confirmer des surtaxes douanières contre les brandis européens. On a perdu le match face à Pékin ?
Non, on n'a pas perdu le match. On a beaucoup échangé. Moi-même, j'ai échangé avec mes homologues. Il y a eu des discussions avec les maisons de Cognac. On a réussi à parvenir à un accord sur des prix négociés. C'est une première bonne étape. Il faut s'en féliciter, mais il faut aller plus loin et continuer les discussions avec la Chine. On voit aujourd'hui que le commerce mondial est complètement bouleversé. On est en train de réinstaurer de nouvelles relations. Et donc, la France, en tout cas, doit défendre ses producteurs, défendre son art de vivre. Et là aussi, on n'est pas dans la théorie. C'est des dizaines de milliers d'emplois qui sont concernés.
Donc, il faut continuer les discussions. Mais la première étape est une bonne étape de franchie.
Je voudrais qu'on aille au standard, puisque Sylvain nous a appelés. Bonjour, Sylvain. Bonjour. Allez-y, posez votre question à Yael Broun-Pivet.
Je vous remercie de prendre la question. Votre invité a déjà un petit peu répondu dans l'interview. En fait, je voulais avoir son avis sur une perspective de changement, de refonte des institutions. Alors, j'entends que le gouvernement prend des décisions, fonctionne. Les institutions fonctionnent. Mais je pense plus, on va dire, à l'engagement citoyen et à une perte de confiance. Je voulais savoir ce qu'en pensait votre invité à propos, éventuellement, d'une mise en place, d'une nouvelle constitution et d'une perspective d'une sixième république. Je vous remercie.
Votre réponse.
Alors, sur les institutions et la perspective d'une sixième république, moi, je n'y suis pas favorable pour deux raisons. D'une part, parce qu'en pratique, ça me semble difficilement réalisable quand on n'a pas de majorité du tout. Il faut réunir, comme vous le savez, une majorité de trois cinquièmes du congrès, Assemblée nationale plus Sénat réunis. Et puis, la deuxième raison, c'est que quand les temps sont justement difficiles, quand la classe politique et le pays est fracturé, je pense que nos institutions, elles sont là pour nous protéger. Et donc, je ne m'aventurerai pas dans une réforme en profondeur des institutions.
En revanche, sur le côté participation citoyenne, moi, j'y crois beaucoup. Je plaide depuis des années pour que le président de la République organise régulièrement des référendums et des consultations des Français sur les sujets qui les concernent, comme un jour de la consultation qui pourrait être une fois tous les ans ou une fois tous les deux ans. Je plaide aussi pour beaucoup plus de participation citoyenne au niveau des villes, des villages, des départements. Moi, je pense qu'il faut qu'on réinvente cela, comment on recrée le lien entre le citoyen et la décision publique.
Merci beaucoup, Yael Broun-Pivé. C'est déjà terminé, 8h43 sur Inter. Merci d'avoir été l'invité de France Inter ce matin.
Yaël Braun-Pivet