"Il manque une ambition pour résoudre le problème de l'emploi des seniors", estime Benoît Serre
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Laetitia Gaillet, le 5-7. 6h21, bonjour Benoît Serre. Bonjour. Vous êtes le vice-président de l'Association Nationale des DRH et vous-même directeur de ressources humaines chez L'Oréal. Alors, patronat et syndicat, on l'a dit depuis ce matin, se retrouvent ce matin pour une ultime réunion et tenter de trouver un accord sur la vie au travail et l'emploi des seigneurs dont on va parler.
Dans les discussions que le gouvernement attend pour lancer la nouvelle réforme de l'assurance chômage, l'idée à travers ces négociations et le texte à venir, c'est d'augmenter le taux d'emploi des seigneurs, taux qui, selon les derniers chiffres du ministère du Travail, est de 56% des personnes entre 55 et 64 ans. C'est moins que la moyenne européenne. Dans la nouvelle version du projet d'accord du patronat envoyé au syndicat, on parle du compte épargne-temps universel qui a disparu, mais on s'y attendait. Le dialogue social sur l'emploi et les conditions de travail des seigneurs sera obligatoire dans les entreprises à partir de 300 salariés, non plus 1000.
On change le nom du CDI Seigneur et on parle maintenant du contrat de valorisation d'expérience pour faciliter l'embauche des seigneurs âgés. Benoît Serre, objectivement, c'est quoi la nouveauté ?
Honnêtement, la seule nouveauté, c'est le contrat d'évolution professionnelle, de valorisation d'expérience, pardon, qui est proposé par le MEDEF, qui est une sorte de CDI qui pourrait s'interrompre au choix de l'entreprise au moment où le salarié est à taux plein.
Oui, ce qui est la ligne rouge pour les syndicats.
Alors, oui, mais en même temps, ça répond sans doute, alors il faut voir les conditions, mais ça répond à une problématique sur l'emploi des seigneurs. Quand vous regardez l'emploi des seigneurs, vous l'avez rappelé, la France est le mauvais élève de l'Europe, même si ça s'est un peu arrangé. On s'est un peu arrangé sur une dimension, c'est-à-dire la capacité des entreprises à les conserver. Parce qu'avant, ce n'était pas le cas. En revanche, on est toujours un mauvais élève dans la capacité des entreprises à les embaucher.
Or, quand vous regardez le sujet de l'emploi des seigneurs, vous vous rendez compte que les seigneurs qui sont au chômage aujourd'hui, autrement dit les demandeurs d'emploi, ce qu'ils veulent, c'est trouver un contrat pour aller au moins jusqu'au taux plein. Et les entreprises réchignent quelquefois à les recruter, de peur de devoir les conserver jusqu'à 70 ans, ce qui est possible aujourd'hui en France. Donc ce contrat tel qu'il est proposé, il pourrait résoudre ces deux questions-là.
C'est-à-dire que l'employeur serait, entre guillemets, rassuré sur le fait que, au moment du taux plein, la personne partira, et en même temps, la personne ne sera pas licenciable, en quelque sorte, avant son taux plein, et par conséquent, elle est garantie d'y arriver. Donc ça peut marcher. Alors, les syndicats, sur le principe, ne sont pas complètement opposés, sauf que le MEDEF, pour des raisons qui le regardent, y a ajouté notamment une sorte d'avantage qui consisterait à ne pas payer les 30% de charges patronales liées à une mise à la retraite. C'est ça qui coince un peu.
Mais l'idée elle-même, elle n'est pas si mauvaise que ça, pour les demandeurs d'emploi, à partir de 60 ans, c'est la proposition du MEDEF.
Alors ça, c'est pour les seniors qui sont en recherche d'emploi, pour les seniors qui sont en emploi, qu'est-ce qu'on fait ?
Alors ça, c'est presque le sujet le plus important, parce qu'évidemment, c'est une sorte de la palissade, si on arrive à faire en sorte que les seniors en emploi y restent, il n'y aura pas de seniors demandeurs d'emploi. Donc, il y a un certain nombre de dispositifs qui sont proposés, qui visent à faciliter, ou à préparer, ou à anticiper la reconversion professionnelle.
Vous savez, quand vous êtes seniors, le problème qu'on a en France, c'est que vous avez des gens, comme finalement on ne s'occupe pas assez d'eux à partir de 50-55, un moment, pour des raisons de pénibilité, pour des raisons de compétence, pour des raisons de tout ce que vous voulez, le contrat s'arrête, ou la personne est licenciée, ou elle bénéficie d'un régime de reconversion.
Mais la formation, les entretiens réguliers avec une DRH, etc., ça c'est possible ? Mais ça existe déjà ? Ça existe déjà, et vous le faites chez vous, par exemple. Mais ça n'existe pas, ça ne sera pas possible pour tout le monde ?
Alors en fait, le problème, ce n'est pas tellement des entretiens réguliers, comme c'est proposé par le MEDEF et dans ce projet d'accord, ils existent déjà dans certaines grandes entreprises, évidemment. Bon, le problème, c'est que les entreprises, elles disposent de moyens dont elles ne disposent pas les plus petites. Donc les plus petites n'ont pas forcément le temps, ni les possibilités. Quand vous avez une grande entreprise, vous avez plein de possibilités possibles de reconvertir quelqu'un. Quand vous avez une entreprise de 50 personnes, c'est un peu plus difficile de reconvertir s'il n'y a pas assez de métiers disponibles. Donc ça, ça existe déjà.
Maintenant, ce qui est proposé, ce sont un peu des rendez-vous un peu plus réguliers. De toute façon, c'est un peu la copie de ce qui a été fait pour les questions de santé. Vous savez, avec l'entretien de santé à 35, etc. Le problème, je vous préparez la reconversion. L'autre disposition proposée à l'accord aujourd'hui, c'est la mise en place d'un dispositif d'évolution professionnelle qui remplacerait tout ce qui existe déjà, c'est-à-dire les transitions d'un côté ou les démissions pour reconversion de l'autre. C'est une sorte de fusion des dispositifs.
Mais au bout du compte, est-ce que ce sera suffisant ?
Vous savez, d'abord, ce qui sera suffisant, c'est si, effectivement, d'une part, les entreprises peuvent créer de plus en plus d'emplois au conservateur, mais surtout s'il y a des dispositifs qui permettent d'anticiper les secondes parties de carrière. Et c'est peut-être là où ce texte est un peu faible, si vous voulez.
Faible comment ?
Oui, parce que le sujet, c'est si vous vous préoccupez du sujet quand les gens ont 55 ou 60 ans, c'est trop tard, en fait, quand sur des métiers pénibles ou sur des métiers qui nécessitent des acquisitions de compétences. Le dispositif proposé sur les conseils en évolution professionnelle de reconversion, il démarre à 35, 45, 55, très bien, mais c'est à l'entreprise de se mobiliser. Certaines le font, vous avez cité L'Oréal, d'autres le font, il y a des très grandes entreprises qui essayent de faire en sorte qu'à 45 ans, 50 ans, ce qui paraît incroyable parce que vous avez encore 15 ans de carrière, on se pose la question de la deuxième partie de carrière.
Et là, il faut mobiliser des moyens.
C'est un peu comme si on découvrait le show d'aujourd'hui, en fait.
Pardon ?
C'est un peu comme si on découvrait le show d'aujourd'hui.
Il est vrai que c'est un peu dommage, on verra si cet accord sera signé en fin de journée, mais il manque, enfin, c'est l'opposition que la NDRH a prise, et c'est qu'il manque une vraie ambition pour résoudre ce problème de l'emploi des seniors qui a été résolu dans d'autres pays d'Européens. Donc, on n'a pas de raison de ne pas y arriver, quand même.
Et si, pas d'accord, c'est le gouvernement qui reprend la main ?
Si, pas d'accord, on verra. Parce que si, pas d'accord, le gouvernement peut dire, écoutez, moi, je vous avais cadré, je vous avais demandé de trouver des solutions et d'apporter des solutions négociées de dialogue social sur les questions de la reconversion, de la durabilité au travail, etc. Vous n'avez pas réussi à trouver un terrain d'entente. Je vais donc intégrer ça dans mon projet de loi qui est annoncée par le Premier ministre à l'automne et qui intégrera ces questions-là, mais également, probablement, les questions d'assurance chômage.
Merci beaucoup, Benoît Serres, vice-président de l'Association nationale des DRH. Vous étiez l'invité du 5-7.
Merci à vous.