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AutreFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 27 avril 2026 26 minContradictoireMixte

Trump et la RDC : des minerais contre la paix ?

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0:00
Présentateur

France Culture, question du soir. Quentin l'a fait. En décembre dernier, Donald Trump invitait à Washington le président de la RDC, Félix Tchik Sekedi, et son homologue rwandais, Paul Kagame, pour signer un accord de paix et mettre fin au conflit qui oppose les deux voisins depuis près de trois décennies. Depuis lors, on voit que l'administration américaine s'implique dans le dossier, notamment en infligeant des sanctions au Rwanda, accusée d'une offensive contre son voisin par l'intermédiaire du groupe armé M23. Mais alors, quelle contrepartie a obtenu Donald Trump de la part de la République démocratique du Congo ?

En mars dernier, l'entreprise américaine Virtus Mineral a finalisé l'acquisition de deux mines au sud de la RDC, représentant 5% de la production mondiale de Colbat, un deal sécuritaire donc négocié contre l'exploitation des nombreuses richesses du sous-sol congolais, à l'heure de la colonisation belge aux entreprises américaines, en passant par la mainmise de la Chine. Que nous dit ce contrat du modèle d'exploitation des mines au RDC ? Un invité ce soir pour nous guider et pour nous éclairer, Thierry Vircoulon. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes chercheur associé à l'IFRI. Merci d'être venu ce soir dans Question du Soir.

1:14
Invité

Aujourd'hui, nous nous engageons à mettre fin à des décennies de violences et d'effusions de sang et à entamer une nouvelle ère d'harmonie et de coopération entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Il s'agit d'investissements de plusieurs milliards de dollars. Il s'agit d'emplois, de transferts de connaissances, d'investissements dans l'infrastructure du pays. Mais il ne peut y avoir de prospérité économique sans sécurité.

1:52
Présentateur

Ce n'est pas la vente des minerais aux Américains, on tient à le dire. La souveraineté sur les ressources reste entièrement congolaise. Ce n'est pas la paix contre les minerais. C'est la sécurisation des minerais pour priver la guerre de financement. Une nouvelle ère de coopération et d'harmonie, prétend le président américain. Vous m'avez dit, Thierry Vircoulon, que la question était facile, la réponse également. Alors, Donald Trump a-t-il réussi, comme il le prétend, à rétablir la paix entre le Rwanda et la République démocratique du Congo ?

2:26
Invité

Il a réussi comme ces autres deals de 2025 qui ont tous échoué. Donc, non, il n'a pas réussi. Voilà, il a raté. Et les combats continuent au Nord Kivu, entre le M23 et l'armée congolaise, avec un certain nombre maintenant, une évolution vers la dronisation du conflit, puisqu'on voit la multiplication des frappes de drones, et y compris, d'ailleurs, une frappe de drone qui a tué une employée française de l'UNICEF à Goma, il y a quelques semaines.

2:58
Présentateur

Rappelez-nous peut-être d'un mot qui sont les belligérants de ce conflit. On a mentionné le Rwanda, la République démocratique du Congo, évidemment. Et cet acteur un peu hybride, particulier, le M23, quel est-il ?

3:10
Invité

Le M23 est un vieux groupe armé composé par des militaires Tutsis congolais, qui en est maintenant à sa troisième rébellion. Après 2008, 2012, il s'est de nouveau rebellé en 2022, à la fin de l'année 2022. Mais cette fois-ci, cette troisième rébellion est la plus grande, c'est-à-dire qu'il n'a jamais contrôlé autant de territoires, et il a pris les deux grandes villes de l'Est congolais, que sont Goma et Bukavu, au début de 2025. Et depuis, il y a une sorte de statu quo militaire. L'année dernière a été dominée par, justement, les efforts de médiation par Washington, mais la situation militaire n'a pas évolué sur le terrain, et les affrontements continuent.

3:53
Présentateur

On le comprend, donc, grâce à vous, la guerre se poursuit. Donald Trump a donc échoué à rétablir la paix. Dans le même temps, a-t-il fondamentalement échoué du point de vue économique, cette fois-ci, et du point de vue des intérêts des entreprises étatsuniennes ?

4:09
Invité

Alors, justement, tout le retour, en quelque sorte, des États-Unis sur la scène congolaise est, premièrement, dû à l'initiative du président congolais, puisque c'est lui qui a appelé Washington l'année dernière pour que Washington s'entremette comme médiateur entre la RDC et le Rwanda dans ce conflit. C'est pas à l'initiative des États-Unis, mais à l'initiative du président congolais. Et parce qu'il avait, à cette époque-là, entendu parler du fait que les États-Unis s'intéressaient, c'était l'époque où il y avait aussi une tentative d'un autre deal de Trump sur l'Ukraine, et il avait entendu que la Maison-Blanche s'intéressait beaucoup aux ressources minières de l'Ukraine.

Et donc, il s'est dit que c'était un bon appât, en quelque sorte, pour Washington de lui ouvrir l'accès à son secteur minier.

4:58
Présentateur

Parce qu'il faut dire un mot de ce secteur minier au Congo, secteur qui est absolument gigantesque. Le Congo, la République démocratique du Congo, est l'un des principaux producteurs mondiaux de cuivre. Le pays possède en outre au moins la moitié des réserves mondiales de cobalt. Ce sont des richesses insoupçonnées.

5:19
Invité

Non, ce n'est pas des richesses insoupçonnées. Elles sont connues depuis très longtemps, depuis l'époque coloniale. Gigantesques, je voulais dire. Oui, gigantesques. Elles sont connues, exploitées depuis l'époque coloniale, en fait, depuis le début du XXe siècle. Et en fait, il y a beaucoup de... Donc, on a l'habitude de dire que le Congo est un scandale géologique, parce qu'en effet, il y a à peu près tout. Mais dans ce tout, il y a évidemment des ressources qui sont actuellement plus prisées et plus convoitées, qui sont surtout, en effet, les ressources de cuivre et de cobalt dont vous parliez. Donc, la zone cuprifère au sud-est du pays, qui est aussi le nord de la Zambie.

Et c'est surtout cette zone qui est actuellement convoitée plus que les zones diamantifères du Kassaï ou les zones orifères des Kivu.

6:10
Présentateur

Le cobalt nécessaire, par exemple, entre autres, pour construire, fabriquer nos téléphones portables. Je voudrais qu'on mette la lumière sur une entreprise états-unienne en particulier, Virtu Minerals, qui vient d'acquérir deux mines, qui représentent environ 5% de la production mondiale de cobalt. Comment cette entreprise américaine est-elle parvenue à mettre la main sur ces deux mines ? Et que représentent, d'ailleurs, ces deux mines ?

6:35
Invité

Comme vous le disiez, le deal ou la diplomatie transactionnelle de Donald Trump l'année dernière consistait, en fait, à offrir un deal sécurité contre minerais au gouvernement congolais. Et donc, en échange de l'accès au secteur minier congolais, il fournirait une certaine sécurité par rapport au Rwanda et au M23. C'est ça, la logique du deal qui a été mis en œuvre par la Maison-Blanche l'année dernière. Et ce deal, en fait, s'inscrit dans une partie d'échec beaucoup plus large qu'une partie d'échec mondiale entre Washington et la Chine. Et dont une des dimensions de cette partie d'échec, c'est évidemment les minerais critiques. Donc, cuivre et cobalt en font partie.

Et du coup, la RDC en fait partie, puisque, comme vous le rappeliez, la RDC est le deuxième producteur mondial de cuivre et le premier producteur mondial de cobalt. Donc, elle est dans cette partie d'échec sino-américaine, comme un pion.

7:37
Présentateur

Comment expliquer que cette entreprise états-unienne soit parvenue à damer le pion, à une entreprise locale ? Je pense à l'entreprise Schemaf, qui possédait ces deux mines. Là aussi, comment l'entreprise américaine s'est-elle imposée, de fait ?

7:52
Invité

Simplement en rachetant Schemaf. La stratégie d'entrée actuellement des États-Unis dans le secteur minier américain, c'est d'acquérir des sociétés qui existent, d'obtenir aussi certains droits miniers. Je pense notamment à la mine de lithium de Manono, qui est convoitée par une société qui s'appelle Cobalt Metals, qui est une société américaine aussi. Mais essentiellement, en ce qui concerne le retour des États-Unis dans le secteur minier et congolais, je dis bien que c'est un retour, parce qu'ils ont déjà été là, se fait essentiellement par de l'acquisition de sociétés existantes. Donc, Schemaf n'est pas une société locale, d'ailleurs.

Elle est de droit local, mais ce n'est pas une société détenue par des Congolais. Elle avait eu un passif de 600 ou 700 millions de dollars. Et Virtus Minerals, qui est une société qui est liée au complexe militaro-industriel américain, a racheté cette société, donc va repayer sa dette. Elle ne sera pas, pour rentrer dans des détails, Virtus Minerals a acquis Schemaf, mais elle ne sera pas l'opérateur des mines Mutoshi et Etoile, dont vous parliez, ça sera une société indienne, une société minière indienne qui va travailler pour Virtus Minerals.

L'autre façon d'entrer dans le secteur, pour les Américains, parce qu'au début de cette année, il y a eu des discussions américano-congolaises, et les Congolais ont fait plusieurs propositions d'acquisition d'actifs miniers. Il y a plusieurs autres idées. Il y a Mercuria Trading, par exemple, qui a fait un partenariat avec l'Agecamine pour écouler une partie de la production de l'Agecamine en direction du marché américain.

Il y a également l'idée qui circule, et qu'on entend de plus en plus, de l'entrée d'une société de capital investissement américain dans les actifs miniers de Glencore, où il rachèterait 40%, ce qui est très important, ça n'en fait pas un partenaire majoritaire, mais c'est important, il rachèterait 40% des actifs miniers de Glencore en RDC. Et donc, voilà, c'est cette entrée par l'acquisition de sociétés et d'actions.

10:12
Présentateur

Vous nous dites, Thierry Vircoulon, au fond, la substance même, le cœur même de ce deal, c'est minerai contre sécurité. C'est minerai, on vient de comprendre de quoi il s'agissait, grâce à vous. Sécurité, en revanche, très concrètement, comment cela se manifeste ? Comment les États-Unis viennent apporter aide et sécurité ? Sécurité surtout à la République démocratique du Congo ?

10:33
Invité

Sécurité, c'est vis-à-vis, c'est dans le cadre du conflit avec le Rwanda, essentiellement. Et donc, ça a été tout le processus de paix, le soi-disant processus de paix de l'année dernière, conduit par la Maison Blanche, qui a échoué. Et donc, maintenant que ce processus de paix...

10:48
Présentateur

Donc, c'est simplement de la médiation ?

10:49
Invité

Non, non. Maintenant que ce processus de paix a échoué, les États-Unis sont passés aux sanctions. Vous en parliez au début de l'émission. Ils ont sanctionné l'armée rwandaise au début de cette année. Et pas seulement le M23, mais directement l'armée rwandaise. Et puis, il y a aussi une idée qui vient de surgir il y a quelques jours, de constituer une garde minière, c'est-à-dire une sorte de petite armée, dont le job serait de protéger les mines en RDC, et qui serait soutenue financièrement par les États-Unis, et probablement formée par une société privée militaire américaine, qui est celle d'Eric Prince, dont on parle beaucoup, et qui a été fameux à l'époque de Blackwater.

11:38
Présentateur

Et puis, il y a un troisième axe dont nous n'avons pas encore parlé dans ce deal. On a parlé de la sécurité, des minerais. Le troisième, c'est l'immigration. Je voudrais vous faire entendre la voix d'Hugo, migrant colombien expulsé des États-Unis vers la République démocratique du Congo. C'est un dispositif, on va le comprendre, absolument délirant.

11:59
Invité

Je ne sais pas ce qui s'est passé, j'ai été détenu pendant cinq mois, j'ai passé cinq mois sans comparaître devant un juge. Et d'un coup, le 15 avril, on m'a informé que j'allais être transféré en République démocratique du Congo. On voit bien que ce pays est l'un des plus pauvres du monde. Tout ce que j'attends, c'est que les autorités colombiennes m'aident à obtenir un document de voyage pour que je puisse enfin rentrer chez moi. Parce que franchement, j'ai plus peur d'être dans ce pays que dans le mien. J'ai plus peur d'être en Afrique qu'en Colombie.

12:36
Présentateur

Alors là, il faut nous expliquer encore, Thierry Vircoulon, comment se fait-il qu'une personne réfugiée, migrante aux États-Unis soit expulsée du pays, non pas dans son pays d'origine, mais en RDC, en République démocratique du Congo ?

12:51
Invité

Parce que justement, le président congolais n'a rien à refuser à Washington. Comme on le disait, il veut obtenir la sécurisation de son régime à Washington. Et donc, comme la politique américaine, on le sait maintenant, depuis l'arrivée de Trump, c'est d'expulser les clandestins n'importe où, c'est-à-dire pas forcément dans leur pays d'origine, eh bien, le Congo, le gouvernement congolais a accepté d'entrer dans cette politique. Et donc là, en effet, il y a des Sud-Américains qui ont été expulsés vers le Congo. Mais j'ai vu qu'on annonçait aussi des Afghans, ce qui sera encore plus exotique, qui seront expulsés au Congo par les États-Unis.

Et donc, le paradoxe de cette politique, si vous voulez, c'est que les États-Unis expulsent des migrants dans un pays qui lui-même produit des réfugiés massivement à cause de la guerre dans l'est du Congo. Et donc, on voit bien que la situation est devenue complètement absurde, puisque un pays dont certains citoyens s'enfuient à l'étranger se propose d'accueillir des citoyens, des migrants d'autres pays. Et de l'autre côté de l'Atlantique, en plus.

14:07
Présentateur

Quelle est l'ambition ultime à ce stade du président congolais ? Souhaite-t-il, au fond, que les États-Unis entrent pleinement dans cette guerre ? On sait, on a vu, on a aperçu sur le terrain des mercenaires américains de la société qui s'appelait Blackwater. On les a aperçus, justement, participer à ce conflit. Que cherche fondamentalement, dans ces transactions, le président congolais ?

14:33
Invité

Alors, c'est la survie de son régime, premièrement. Et pour voir un peu plus loin, c'est un troisième mandat, puisque son mandat arrive à terme bientôt. Et donc, il va essayer d'obtenir, comme la plupart des présidents de la région, un troisième mandat au forceps. Et c'est ça, son objectif politique. Pour ça, il a besoin, en effet, de l'appui des États-Unis. Cet appui sécuritaire, alors, comme on le disait, il y a une dimension diplomatique, avec les sanctions contre le Rwanda, etc.

Mais, évidemment, en coulisses, contre le M23, il y a aussi les mercenaires dont vous parliez, dont, d'une manière ironique, il y a des Colombiens parmi ces mercenaires, parce qu'Eric Prince a recruté aussi beaucoup de Colombiens qui, sur le marché des mercenaires...

15:21
Présentateur

Eric Prince, le patron de Blackwater.

15:23
Invité

Voilà, de Blackwater, qui ne s'appelait plus Blackwater, il y a une autre société, maintenant. Et donc, il recrute des mercenaires colombiens, et qui travaillent au Congo, aussi. Et donc, ce volet sécuritaire, ce volet un peu barbouzard, grosso modo, actuellement, semble assez focalisé sur les drones, sur la mise en œuvre des drones, avec, comme je le disais, une dronisation du conflit en cours dans l'Est du Congo. Et, une sorte de guerre un peu secrète, on va le dire, qui serait conduite par, en effet, des entreprises de mercenaires pour le compte du gouvernement congolais, qui n'a toujours pas d'armée.

16:07
Présentateur

Si on s'intéresse à cet acteur que vous avez mentionné un peu plus tôt, dans cette discussion, Thierry Vircoulon, je veux parler de la Chine. Le Congo, la République démocratique du Congo, est-elle, plus que jamais, un théâtre d'opposition majeur entre les États-Unis et la Chine ? Et si oui, comment cela se manifeste-t-il aujourd'hui ?

16:28
Invité

Oui, c'est un théâtre d'opposition sur, comme je le disais, la problématique des minerais critiques, et donc de qui va contrôler la chaîne de valeur des minerais critiques jusqu'aux batteries électriques. Et c'est très ironique, d'ailleurs, parce que, comme je le disais, en fait, les États-Unis, qui essayent de revenir maintenant dans le secteur minier congolais, y étaient, et ils étaient revenus, en fait, au début de ce siècle, en faisant le plus gros investissement minier, en achetant le complexe de Tenke Fugurume pour 1,2 milliard de dollars, à cette époque. Et, à cette époque, ils avaient damé le pion à la Chine.

Et, en fait, ce qui s'est passé, c'est qu'à partir de 2006, la Chine est passée à l'offensive, et finalement, la compagnie américaine qui détenait Tenke Fugurume l'a vendue en 2016, à qui ? À des intérêts chinois. Et donc, c'est extrêmement ironique, si vous voulez, de voir qu'il y a 25 ans, les États-Unis sont rentrés dans le secteur cuivre-cobalt, qu'ils en sont sortis 15 ans plus tard, et que 10 ans plus tard, ils veulent à tout prix y revenir. Ça prouve une politique extrêmement inconséquente, qui n'est pas une politique de longue vue, contrairement à la Chine, qui, elle, a une vraie politique de longue vue. Mais, à Washington, on a des vues très, très courtes.

Et il est extrêmement ironique de voir qu'ils ont vendu ce que, maintenant, ils veulent racheter.

17:57
Présentateur

Quelle conclusion tirer de cette présence chinoise en République démocratique du Congo ? Comment le secteur minier a-t-il été géré, justement, par ses intérêts chinois ?

18:09
Invité

Il a été géré, comme toujours avec Beijing, dans la plus grande opacité, et sur le mode, mais là, j'aurais tendance à dire sur le mode historique congolais, c'est-à-dire que la RDC étant une kleptocratie minière, ils ont joué le jeu de la kleptocratie minière. Ils ont signé un méga deal de plusieurs milliards de dollars en 2007 avec le président Kabila. C'est ça qui leur a permis de rentrer dans le secteur minier, en créant une joint venture qui s'appelait Secomine. Le deal du siècle. Le deal du siècle pour 9 milliards de dollars, on précise, mais bon, pourquoi pas ? En tout cas, c'était le plus grand investissement. Et cet investissement était complètement opaque.

C'est-à-dire qu'on ne savait pas ce que les Chinois dépensaient. C'était un deal. Eux, contrairement aux États-Unis, ils ne font pas des deals sécurité contre minerais, mais ils font des deals infrastructures contre minerais. Et donc, en échange de l'entrée dans le secteur minier, ils devaient construire des infrastructures. Et en fait, on ne sait pas vraiment combien d'infrastructures et à quel coût ils ont construit. Et on ne sait pas vraiment combien de minerais allaient en Chine et ce que devenaient les profits véritablement de ce joint venture. Et donc, c'était vraiment sur le mode du partenariat kleptocratique entre le président Kabila, son entourage et Beijing.

19:33
Présentateur

À propos de kleptocratie, le président congolais lui-même ne risque-t-il pas de se voir reproché de brader les ressources minières du pays ? Est-ce que ce n'est pas un reproche qui le guette ? Ou au fond, ce n'est pas, j'allais dire, sa crainte principale aujourd'hui ?

19:51
Invité

C'est un reproche qu'on lui fait déjà publiquement au Congo. Ça, c'est... Beaucoup de Congolais le disent. Ils ont compris, en effet, que le but du président, c'est la survie de son régime. Ce n'est pas l'intérêt du Congo, c'est la survie de son régime. Et que pour ça, comme c'est son prédécesseur, Laurent Désiré Kabila, il est prêt, en effet, à brader les actifs miniers du Congo. Et dans ce cas, c'est aux Américains, comme ça l'était d'ailleurs aux Américains, aux intérêts anglo-saxons, lors de Laurent Désiré Kabila, qui était dans la même situation. C'est-à-dire qu'il y a toujours la même situation historique.

Quand un régime congolais commence à s'effondrer au plan sécuritaire, il brade les actifs miniers du pays pour chercher un protecteur. Et ça fait deux fois maintenant que ce protecteur est anglo-saxon. Et donc, c'est toute l'ironie de l'histoire. Mais la conclusion sera probablement la même. C'est-à-dire que le régime de Laurent Désiré Kabila s'est effondré. Et pour le moment, si vous voulez, la Chine reste très prudente, pas attentiste, mais elle est prête aussi à des contre-attaques.

21:02
Présentateur

Je voudrais vous faire entendre la voix, grâce au reportage diffusé sur TF1 dans 7 à 8 en avril dernier. La voix de Louise, son mari et leurs trois enfants, qui travaillent dans une mine congolaise de cobalt.

21:15
Invité

Christian, casse-moi ces cailloux. Apporte ce sac et revient en prendre un autre. On passe nos journées à casser des cailloux. J'ai mal partout. J'en peux plus. Si je pouvais gagner plus d'argent, je mettrais mes enfants à l'école. Et j'arrêterais de les emmener dans cet enfer. Il y a des jours où l'on ramasse à peine de quoi gagner. Deux euros. Je vous assure, on n'a pas d'autre choix que d'amener nos enfants ici pour réussir à survivre. Quand les gardes arrivent, on doit s'enfuir. Moi, je peux courir vite. Mais les enfants ne peuvent pas. Et parfois, ils attrapent même les enfants. Je suis obligée de prendre les plus petits dans mes bras. Et ma fille court derrière moi.

21:58
Présentateur

A quel point, Thierry Vercoulon, à quel point la population congolaise aujourd'hui est-elle éloignée des intérêts, des bénéfices produits par ce système, ce secteur minier ?

22:11
Invité

Comme le reportage l'indique, la grande partie de la population congolaise en effet ne bénéficie pas du secteur minier. Et dans certains cas, on souffre. C'est ce qu'expliquait un peu ce reportage qui parle à la fois du travail des enfants dans les mines artisanales et dans le fait que certaines de ces mines artisanales sont en fait illégales puisqu'elles sont sur des concessions de sociétés. C'est pour ça qu'il parlait des gardes qui viennent les chasser, etc. Et donc, il y a cette tension dans le sud-est du pays permanente entre ces artisans miniers qui font ça, comme le dit le reportage, à cause de la pauvreté et les grandes entreprises minières.

Et donc, il y a ces frictions permanentes, ces tensions permanentes dont personne n'a trouvé la solution jusqu'à présent et qui, parfois, se traduisent par des violences et des meurtres. Mais on voit bien que ce secteur minier est scindé en deux, est clivé en deux entre un secteur minier industriel et puis un secteur minier artisanal et que le secteur minier artisanal est évidemment le réceptacle de la plus grande pauvreté.

23:22
Présentateur

Un des tours par l'Europe, par la Belgique en particulier et par Bruxelles, donc, à l'Africa Museum à Bruxelles. Justement, que trouve-t-on dans les sous-sols ? Quels sont ces archives congolaises qui attirent toutes les convoitises aujourd'hui ?

23:39
Invité

À l'époque coloniale belge, il y a eu, évidemment, des études faites sur le sous-sol congolais. Et donc, il y a des cartes géologiques très intéressantes qui se trouvent au musée de Terre-Vuraine et ces cartes sont un peu le trésor du musée de Terre-Vuraine. Qu'est-ce qu'elles indiquent ?

24:00
Présentateur

Qu'est-ce qu'elles montreraient ? Pourquoi surtout représente-t-elle aujourd'hui un véritable enjeu politique ?

24:06
Invité

C'est un enjeu, surtout économique, parce qu'évidemment, beaucoup de sociétés veulent connaître de manière la plus détaillée possible le sous-sol congolais. Et donc, il y a régulièrement des visites de sociétés minières. En tout cas, à une époque, il y avait régulièrement des visites de sociétés minières à Terre-Vuraine pour consulter ces cartes. Maintenant, la politique du musée de Terre-Vuraine a changé. Et donc, c'est devenu un enjeu politique parce que le musée veut, d'une part, numériser tout ce fonds et puis le transmettre aux autorités congolaises et donc ne plus permettre à ce que des sociétés viennent les consulter comme ça.

Et donc, c'est, comme je le dis, un peu le trésor du musée de Terre-Vuraine.

24:55
Présentateur

Ce serait une bonne chose que l'État congolais puisse les récupérer à défaut que des entreprises privées s'en saisissent ?

25:02
Invité

Probablement non puisque le gouvernement congolais... Alors, ce n'est pas que des entreprises s'en saisissent parce que les entreprises privées ne vont pas se saisir d'un fonds d'archives au musée de Terre-Vuraine. Puis c'est consulté, donc. Mais les consulter. Mais si vous voulez, elles seront probablement le gouvernement congolais monérat très probablement cette consultation. Et bon, ceci est un peu anecdotique parce que le secteur minier du catanga s'est développé depuis le début de ce siècle sans que les sociétés minières aient absolument besoin de ces données, si vous voulez.

25:40
Présentateur

Merci beaucoup, Thierry Vircoulon. Vous êtes chercheur associé à l'IFRI. Merci de nous avoir raconté, expliqué justement en quoi consistait ce fameux deal vendu par Donald Trump. Merci également à celles et ceux qui ont préparé cette émission. Bertie Bourdon, Bruno Barada, Rodier et Ken. Une émission réalisée et mise en onde par les racines.