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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 20 mars 2025 9 min

Défense européenne : "acheter français ou européen ce n’est pas si simple". C dans l'air 19.03.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

contre l'intégrité territoriale de l'Ukraine. - Sur le plan opérationnel, l'Allemagne a déjà commencé à jouer la carte de la coopération européenne. Le constructeur de ce char allemand a annoncé une collaboration avec les Italiens pour créer de nouveaux véhicules de combat. - B.Tertrais: Il aura fallu Poutine d'abord être Trump ensuite pour que l'Europe fasse enfin un saut actif dans la recherche de son autonomie.

Mais cela ne se fait pas en un jour ou en un an. Il faudra 10 à 15 ans. Il y a une telle imbrication des diverses industries de défense avec nos voisins européens que cela mettra des dizaines d'années avant que l'on soit autonomes.

Aujourd'hui, il est question de réduire notre dépendance. La révolution mentale a déjà commencé en Grande-Bretagne, mais surtout en Allemagne. On y est.

Il aura fallu 2 élections de Trump pour que ce soit le cas, et c'est aussi le cas en Pologne et dans d'autres grands pays européens. - C.Roux: Vous dites "tellement imbriqués dans la production matérielle"...

On entend beaucoup de gens dire que, maintenant, ils achèteront français, européen. Vous nous expliquez que ce n'est pas si simple? C'est compliqué au niveau des industries qui produisent des armements? - B.Tertrais: Les grands groupes sont déjà multinationaux, souvent avec des capitaux multiples.

Ce qu'on voulait vendre aux Australiens, le contrat qu'on s'est fait piquer par les Américains, avec la complicité des traîtres britanniques...

Pardon. On a on ne l'a toujours pas digéré. Le sonar, une pièce essentielle du sous-marin, qui va détecter ce qu'il y a devant ou derrière, était déjà en partie américain.

Une partie de ce sous-marin était déjà américain. Notre magnifique porte-avions Charles-de-Gaulle...

Il y a un Américain qui vient de temps en temps pour vérifier les catapultes, car elles sont américaines. - C.Roux: Dans nos Rafale aussi? - B.Tertrais: Non.

L'avion de combat est vraiment français à 90 %. Le fameux F-35 dont on parle depuis quelques semaines, que nos amis européens ont acheté à tour de bras, ils sont en train de s'apercevoir que c'était un marché de dupes et un pacte avec le diable. - C.Roux: Les Etats-Unis ont fourni 64 % des armes des Etats européens membres de l'Otan entre 2020 et 2024... - L.Robequain: Ca s'aggrave.

Les importations d'armes venant hors de l'Europe ont doublé ces dernières années. Pourquoi? On a des forces, comme ces avions de chasse français et européens, mais on a aussi de profondes lacunes dans les drones, l'IA... - C.Roux: Quand on entend tous les Etats dire qu'ils vont maintenant s'endetter, qu'ils ont le droit, pour se réarmer...

Les Allemands vont le faire massivement. C'est une bonne nouvelle aussi pour l'industrie européenne, ou pas? - P.Dessertine: Il y a ce bond quantique de l'Allemagne, qui a une idéologie très stricte au niveau monétaire depuis la fin de la guerre...

Ce bond quantique les fait changer. Si l'Allemagne relance massivement, l'Europe en profite, et le 1er partenaire de l'Allemagne, c'est la France. Lorsqu'on s'endette pour de l'armement, ce n'est jamais bon à la fin.

Une économie de guerre, à la fin, cela ne marche pas. Aux Etats-Unis, le budget qui est le 1er, c'est l'armement, avec plus de 900 milliards tous les ans. Les Américains se disent qu'une partie de ce budget va être prise en charge par les Européens, qui vont payer la défense des Américains.

Les Européens ou bien les Japonais... - C.Roux: Question. - P.Dessertine: Très mal. - L.Robequain: Il y a 2 jours, les Portugais ont dit qu'ils n'allaient plus acheté d'avions de chasse américains et privilégier un constructeur européen.

C'est nouveau, cette volonté d'acheter plus européen. Mais je ne suis pas totalement sûre que l'endettement allemand profite aux Français. Il y a ce grand constructeur de défense allemand qui a dit que la dette allemande devait d'abord permettre de créer des emplois allemands.

On a un retour d'un nationalisme européen. Tous les pays vont penser à acheter chez eux d'abord. - A.Bellanger: Il ne faut jamais oublier que notre industrie de défense est extrêmement fragmentée.

Les Américains ont quelques grandes entreprises qui trustent les commandes. Ce n'est pas le cas en Europe. En Europe, on a un projet de chars de défense avec les Allemands depuis une dizaine d'années.

Cela pose problème, car il y a des problèmes pour savoir qui fait quoi. Les Américains sont allés voir les Allemands et ont dit qu'ils pouvaient faire des chars tels qu'ils les voulaient, ce qui intéresse les armées italienne et allemande. Il ont pris de vitesse les Français sur le sujet.

Le retour des nationalismes européens, c'est exactement cela. Il y a aussi en ce moment les Canadiens qui disent qu'ils vont repenser leurs achats. Même chose au Portugal.

Mais pour se tourner vers quoi? Les Français, comme Dassault, qui sont incapables de fournir plus de 2 Rafale par mois...

Il faudrait qu'ils arrivent à 4 Rafale par mois à partir de 2030. C'est compliqué. Il y a d'autres avions européens, et c'est bien le problème.

Une demi-douzaine d'avions peuvent être achetés sur catalogue. - C.Roux: Ca veut dire que la discussion commence par là.

Ce sont les pays un par un qui vont produire des armes différentes... - B.Tertrais: Il ne faut pas se faire d'illusions sur la manière dont on va arriver à une construction commune.

C'est possible au niveau industriel, mais cela bute toujours sur le matériel. Souvent, il y a une symbolique importante, quelques effets d'échelle, mais en général, chaque pays ajoute ses spécifications. Du coup, on fait tout, et cela a un coût supplémentaire.

Il y a aussi le retour industriel qui doit bénéficier aux industries nationales. Enfin, il y a un 3e problème: l'idée du partage des tâches. Aucun pays ne veut d'une rationalisation complète de l'industrie de défense.