Fin de partie pour Marine Le Pen ? - C dans l’air - l’invité - 31.03.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Faites votre bilan personnalisé gratuit avec un expert ENGIE. ... - C.Roux: Bonsoir à toutes et à tous.
Bienvenue dans "C dans l'air". Une émission consacrée ce soir essentiellement à cette onde de choc politique. Le tribunal correctionnel de Paris vient de condamner M.Le Pen à une peine d'inéligibilité de 5 ans, avec exécution immédiate.
Une peine d'emprisonnement de 4 ans dont 2 ferme, aménagée sous bracelet électronique. La candidature de M.Le Pen à la présidentielle de 2027 est-elle compromise?
C'est la question que nous posons ce soir à V.Igounet. Merci d'avoir accepté cette invitation.
Vous êtes historienne, spécialiste du négationnisme et de l'extrême droite en France, directrice adjointe de Conspiracy Watch. Vous sortez un documentaire sur la normalisation du RN: "Retour de flamme". M.Le Pen a fait appel de cette décision.
Elle fera sa 1re réaction ce soir au 20h de TF1. En tant qu'historienne qui travaille sur ce parti depuis très longtemps, quelle a été votre réaction? - V.Igounet: La première, de me dire "tiens, il est possible que pour la 1re fois, en 2027, il n'y ait pas Le Pen à la présidentielle", excepté en 1981 où J.-M.Le Pen n'avait pas pu se présenter faute de signatures.
Depuis 1974, il y a toujours eu cette dynastie Le Pen. Là, ça pourrait clore un chapitre sur cette saga familiale. - C.Roux: Ce n'est pas fini puisqu'elle fait appel de cette décision.
Vous connaissez bien l'animal politique qu'est M.Le Pen. Elle ne va pas jeter le gant? - V.Igounet: Selon moi, elle ne va pas le jeter.
Elle va être combative. Elle va avoir des discours très explicites sur la justice. Elle va faire acte de victimisation.
Il n'y aura pas qu'elle...
Elle fait appel, ce qui veut dire aussi que si la décision de l'appel arrive fin 2025, elle peut quand même se présenter en 2027. On est un peu dans le suspense. - C.Roux: On va beaucoup parler avec les experts de "C dans l'air" de ce que ça veut dire pour M.Le Pen et la présidentielle.
Qu'est-ce que ça veut dire pour son parti? Elle n'est pas la seule à être sanctionnée. Des sanctions financières touchent le RN. - V.Igounet: De nouveau, une affaire frappe le RN... - C.Roux: "De nouveau", dites-vous. - V.Igounet: Et le Front national.
Ca a été une histoire très tumultueuse, celle du RN et du FN. Mais aussi par rapport à l'aspect financier. - C.Roux: Pourquoi vous dites ça? - V.Igounet: J.-M.Le Pen aussi a eu des problèmes par rapport à des problèmes d'inéligibilité.
M.Le Pen, pour la 1re fois, vit un cataclysme. Je vois son avocat parler de "coup à la démocratie", on est vraiment là-dedans.
Dans "Le Journal du dimanche", qui n'est pas un journal neutre, qui annonçait peut-être 37 % d'intentions de vote...
Elle disait que ce sont les juges qui vont dire s'il y a un avenir du RN possible ou pas. - C.Roux: C'est la lecture politique, la victimisation qu'ils vont jouer dans les jours qui viennent.
Son parti a été reconnu coupable, le RN, condamné à une peine de 2 millions d'euros dont 1 million ferme et une confiscation de millions d'euros saisis pendant l'instruction. Ce n'est pas rien, quand le RN est rattrapé par les affaires. On va faire un peu d'histoire, vous connaissez ça parfaitement.
Le FN de l'époque s'est construit sur une affiche que vous connaissez, "la tête haute et les mains propres", c'était du J.-M.Le Pen.
Je voudrais qu'on écoute M.Le Pen. C'est un extrait qui a été ressorti sur les réseaux sociaux.
Il date de 2004, toute jeune invitée dans "Mots croisés". - M.Le Pen: Il y a 142 élus en Ile-de-France qui sont mis en examen.
Tout le monde a piqué de l'argent dans la caisse sauf le Front national. On trouve ça normal. Mais ce n'est pas très grave, à la limite, les Français en ont marre.
Les Français en ont marre qu'il y ait des affaires. Ils en ont marre de voir des élus qui détournent de l'argent. C'est scandaleux.
Avec tout cet argent, ce qu'on aurait fait... - C.Roux: Votre réaction? - V.Igounet: En 2004, M.Le Pen est entrée au Front national depuis peu.
Il y a eu 2002, J.-M.Le Pen est arrivé au second tour.
C'est une avocate, M.Le Pen. Ca sort de la bouche d'une avocate.
Ce n'est pas neutre, ce qu'elle dit. Ma réaction est une réaction...
Je souris. Il est évident que l'on est aujourd'hui 2 décennies plus tard, et ils sont rattrapés par leurs propos, comme beaucoup de femmes et d'hommes politiques. Il y a cette soi-disant honnêteté et intégrité sur laquelle J.-M.Le Pen s'est construit.
Il y a une affiche où il y a le bâillon, on le fait taire. Ils ne sont pas dans la même iconographie, mais on pourrait voir M.Le Pen avec un bâillon. "La justice nous interdit de parler." On ne peut que sourire.
A quoi ça sert, de commenter des propos qui sont les siens? - C.Roux: Et qui étaient les siens à l'époque.
M.Le Pen, aujourd'hui, a trouvé des soutiens aux côtés de ceux qu'E.Macron avait appelés "l'internationale réactionnaire".
V.Orban a réagi, le Kremlin, G.Wilders s'est dit choqué par une décision jugée incroyablement sévère, chef du parti d'extrême droite de la coalition néerlandaise.
E.Musk vient de réagir. Elle peut jouer sur ça? - V.Igounet: C'est une évidence.
Dans la victimisation, il y a tout un effet...
J'ai pensé à l'élection de D.Trump. on musèle notre candidate, on l'empêche de parler car elle nous représente.
C'est elle qui va gagner." Et là, qu'est-ce qu'il se passe? - C.Roux: La dénonciation du gouvernement des juges, votre regard d'historienne...
Quand vous regardez l'histoire du RN...
Il y a eu de multiples crises, des scissions au moment de la guerre avec B.Mégret. Il y a eu l'exclusion de J.-M.Le Pen.
On a l'impression que M.Le Pen est inoxydable. C'est comme ça que vous le voyez, avec votre regard d'historienne spécialisée du RN? - V.Igounet: L'histoire du FN et du RN...
On a l'impression qu'elle est inoxydable. Je ne sais pas. Là, elle va donner cette impression.
Elle adore. Après, je ne sais pas. - C.Roux: On a l'impression que ce parti se remet de tout. - V.Igounet: Il a eu du mal à se remettre de la crise de 98.
On se rappelle de l'élection de 2007. Il s'est remis de beaucoup de choses. Depuis qu'elle est à la présidence du Front national, depuis 2011, elle a fait sortir ce parti.
Les dernières législatives, plus de 140 députés avec E.Ciotti. Dernière présidentielle: second tour avec plus de 40 %.
C'est quelque chose d'inédit dans l'histoire de l'extrême droite française. Elle a fait reconnaître un parti d'extrême droite et assumer ses propos. Assumer des propos et des marqueurs qui sont là depuis des décennies. - C.Roux: Tous les regards se tournent vers un homme: J.Bardella.
Certains l'évoquent comme un plan B. Il est en situation, à vos yeux, d'incarner l'avenir du RN? - V.Igounet: A ses yeux, il l'incarne.
A mes yeux, c'est quelqu'un qui n'a pas beaucoup d'expérience, qui porte un livre qui s'est vendu à beaucoup d'exemplaires, qui n'est pas diplômé. A mes yeux, pour l'instant, il va falloir qu'il fasse ses preuves. On sait toutes et tous que M.Le Pen ne cesse d'être derrière lui.
Elle est présidente, mais il est populaire. - C.Roux: Il y a un sujet que vous vouliez aborder: le voyage de J.Bardella sur la scène internationale.
Il essaie de se faire une stature présidentielle. Il s'est rendu en Israël, à une conférence sur l'antisémitisme. On se dit que c'est le dernier acte de la dédiabolisation, la normalisation...
Voir le RN aller sur le terrain de l'antisémitisme en Israël. - V.Igounet: La dédiabolisation, ce n'est que sur l'antisémitisme.
J'avais rencontré L.Aliot en 2013. Il me disait qu'il fallait faire sauter le verrou de l'antisémitisme.
Ils l'ont fait. Là, il s'est rendu à Yad Vashem. Soi-disant, ce parti n'est plus antisémite.
Mais il faut voir qu'il y avait M.Maréchal à côté. M.Maréchal vient d'apporter son soutien à sa tante, M.Le Pen. - C.Roux: Il faudra surveiller M.Maréchal? - V.Igounet: Exactement.
Elle a rendu hommage à son grand-père, comme M.Le Pen l'a fait. Il va falloir surveiller toutes ces têtes
Marine Le Pen