Retraites, article 49.3, Marine Le Pen, éboueurs, inflation... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Laurent Berger
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 0:20OuverteRéponse partielle
Si une défaillance bancaire touchait la BNP Paribas ou la Société Générale, l'État devrait-il leur venir en aide ?
- 0:43RelanceRéponse partielle
L'État doit-il venir au secours d'une banque dans le contexte actuel ?
- 1:12OuverteRéponse partielle
La réforme des retraites doit être soumise au Sénat puis à l'Assemblée. Saluez-vous le courage d'Emmanuel Macron de prendre ce risque ?
- 2:34OuverteÉludée
La menace de dissolution refait surface. Si la réforme est votée mais ne passe pas, est-ce du bluff ou une vraie menace ?
- 3:23RelanceÉludée
Le risque de dissolution est-il réel ? Serait-ce le moment de retourner aux urnes ?
- 3:36RelanceRéponse directe
Vous parlez beaucoup de colère sociale. Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:44InvitéFait
« On a un texte qui va changer la vie de millions de travailleurs, qui va faire qu'ils vont travailler deux années de plus. »
- 1:58InvitéChiffre
« 90% des actifs pensent qu'il ne faut pas cette réforme. »
- 2:04InvitéChiffre
« Plus de 70%, je crois, de la population. »
- 2:17InvitéFait
« On a une procédure parlementaire qui a été escamotée. »
- 3:21InvitéFait
« On a une mobilisation sans précédent contre cette réforme. »
- 3:52InvitéFait
« Des millions de travailleurs qui se sont levés pour dire non, on n'en veut pas. »
- 4:24InvitéFait
« Si la réforme est adoptée, la colère et la contestation de cette réforme ne cesseront pas. »
- 5:30InvitéFait
« Ils ont eu le sentiment qu'ils devaient travailler deux ans de plus, et on leur a expliqué qu'en fait, c'était plutôt pour des questions budgétaires. »
- 5:36InvitéFait
« La preuve, même la voie qui est utilisée pour porter ce texte, c'est un projet de loi de finances. »
- 6:11InvitéFait
« Personne ne l'a élu. Ce qu'on a élu, c'est des députés pour nous représenter. »
- 8:13InvitéFait
« Les gens disent que ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible. C'est hors du temps. C'est hors de la réalité. »
Temps de parole
- Invité74 %
- Présentateur9 %
- Locuteur non identifié8 %
- Locuteur non identifié 28 %
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Bonjour Laurent Berger, juste avant de parler de la réforme des retraites, on va y revenir en longueur. Un mot de ce qui se passe sur les marchés financiers, il y a eu la faillite d'une banque américaine, et puis hier, dans le sillage de la deuxième banque suisse, le Crédit Suisse, les bourses ont plongé, les banques européennes et françaises ont été entraînées. S'il risque de défaillance touchait la BNP Paribas, la Société Générale, est-ce que l'État devrait leur venir en aide ?
On n'en est pas là, très clairement on n'en est pas là. Depuis 2008, heureusement, il y a eu un certain nombre de mécanismes de protection, de soutien, en cas de difficultés bancaires, qui ont été faits au niveau national comme au niveau européen. Donc on n'en est pas là, mais effectivement il faut suivre la situation de près.
L'État doit venir au secours d'une banque, dans le contexte actuel.
Vous savez, derrière une banque, il y a plein de choses. Il y a des entreprises, il y a des ménages, etc. Donc le cas échéant, et encore une fois on n'en est pas là, effectivement qu'il y aurait besoin d'un soutien. Mais le soutien, il est venu en amont, d'une certaine manière. Il est venu en amont au système, à l'ensemble du système bancaire, avec des mécanismes de soutien européens et des mécanismes de soutien nationaux.
Et la banque centrale suisse qui, immédiatement, a réagi, notamment cette nuit. Salia Braclia.
Après l'accord trouvé en style PIR, Laurent Berger, en commission mixte paritaire, la réforme des retraites doit être soumise ce matin au Sénat, et cet après-midi à l'Assemblée nationale pour adoption définitive. Emmanuel Macron dit souhaiter un vote sur le texte. Est-ce que vous saluez son courage de prendre ce risque ?
C'est une nécessité. C'est une nécessité démocratique. La démocratie, ce n'est jamais seulement du courage. C'est une obligation qui nous est faite aux uns et aux autres. Et on a un texte qui va changer la vie de millions de travailleurs, qui va faire qu'ils vont travailler deux années de plus. On a une mobilisation sans précédent contre cette réforme. Un soutien de l'opinion aux opposants à cette réforme, jamais atteint ce niveau. 90% des actifs pensent qu'il ne faut pas cette réforme. Plus de 70%, je crois, de la population. On a une procédure parlementaire qui a été escamotée. A l'Assemblée, ça a été très visible.
Au Sénat, il y a eu même une accélération du vote, des votes bloqués, etc., ce qui n'est pas l'habitude du Sénat. Donc, pour finir, d'une certaine manière, la validation par le Parlement de ce texte, on ne peut pas faire autrement que par le vote. Ce serait complètement incroyable. Ce serait, je l'ai dit, un vice démocratique de faire par le 49-3. Donc, il faut aller au vote, c'est sûr.
Depuis quelques jours, la menace d'une dissolution refait surface. Si la réforme est votée, mais ne passe pas, c'est du bluff pour vous ? Ou alors c'est une vraie menace ?
Pour le coup, je n'en sais rien. J'en sais rien et pour le coup, ce n'est pas mon problème.
C'est quand même une forme de pression sur les députés.
Mais en fait, ce que révèle la période, et pas simplement par cette menace de dissolution, c'est quand même qu'au-delà du compromis politique qui était recherché, on est plutôt maintenant dans le marchandage. On a le sentiment que par le biais de pression, mais aussi par la discussion avec les Républicains, on est dans une forme de fébrilité. Mais la fébrilité, elle ne devrait pas être simplement parce que c'est difficile de trouver une majorité à l'Assemblée. La fébrilité, elle devrait être sur la situation sociale, sur ce qu'expriment les travailleurs, sur ce qu'expriment les citoyens sur cette période, avec, je le répète, un rejet massif.
Mais la question, c'est celle du risque, le risque de dissolution. Vous l'entendez ? Ce serait le moment de retourner aux urnes, là, en France ?
Mais je ne sais pas, et je n'ai pas envie de me pencher sur la question, pour être franc, tout simplement parce que...
Mais vous parlez beaucoup de colère sociale.
Oui, vous savez, mais imaginons, on va faire un peu de politique fiction, puisque vous me parlez de possible dissolution. Imaginons, le texte passe. Il y a un jour d'après. Le jour d'après, c'est quoi ? Des millions de travailleurs qui se sont levés, pour dire non, on n'en veut pas. Ceux, particulièrement des professions les plus difficiles, qu'on avait applaudies pendant le confinement, etc., se sont levés. Demain, ils vont se réveiller en disant, on doit travailler deux ans de plus. On doit une partie de notre pénibilité, etc., on en fait fi, et on continue de travailler. Le risque démocratique, il est là. Parce que vous croyez quoi ?
Qu'il n'y aura pas de la mémoire chez ces travailleurs ? Vous ne croyez pas qu'il n'y aura pas une dette sociale qui va être créée par cette réforme, si elle est votée ?
Vous avez peur de ce qui va se passer si la réforme est adoptée ?
Si la réforme est adoptée, la colère et la contestation de cette réforme ne cesseront pas, au sens individuel et même collectif.
Qu'est-ce que ça veut dire, la contestation ne cesseront pas ?
Mais on a l'impression, quand on écoute aujourd'hui, y compris certains au gouvernement, qu'il va se passer, c'est la séquence, elle finit ce soir, puis on commence la semaine prochaine une nouvelle séquence. On va parler peut-être du travail tout à l'heure, on va parler, etc. Non mais, ce n'est pas comme ça qu'on vit. Oui, mais ça veut dire quoi ?
Que la mobilisation, elle va continuer, même si la réforme est adoptée ?
Non, ça veut dire que la dette sociale, c'est-à-dire ce sentiment pour les travailleurs et travailleuses que le quoi qu'il en coûte, c'est désormais eux qui l'ont payé, qui vont le payer à travers le fait de travailler deux ans de plus, et bien ce ressentiment, il va continuer d'exister. Et le fait que cette réforme, elle est injuste, ce sentiment que cette réforme, un sentiment justifié, que cette réforme est injuste, il va perdurer. Et là, évidemment, que la question, puisque c'était le début de la question, du retour à l'ourne, etc., c'est au profit de qui ? Enfin, on a quand même une période où on a ressenti un peu de mépris.
Je ne parle pas des organisations syndicales, je parle des travailleurs. Ils ont eu le sentiment qu'ils devaient travailler deux ans de plus, et on leur a expliqué qu'en fait, c'était plutôt pour des questions budgétaires. La preuve, même la voie qui est utilisée pour porter ce texte, c'est un projet de loi de finances. À vous entendre... Donc, ça va perdurer. Donc, il y aura une forme de dette sociale, il y aura un problème de... Quelle que soit l'issue, puisque vous dites qu'il soit voté le texte,
qu'il ne soit pas voté, 49.3 ou pas,
il y aura de toute façon... Écoutez, j'ai toujours été très clair. Il y a deux questions. Enfin, il y a même trois questions dans tout ça. Il y a la question de la légalité, il y a la question de la légitimité, et il y a la question de l'ambiance que ça créera derrière. Sur la légalité, toutes les procédures parlementaires dont vous parlez sont légales. Voilà. Bon, sauf que le 49.3, je suis désolé de le dire, personne ne l'a élu. Ce qu'on a élu, c'est des députés pour nous représenter. Donc, sur un texte... Oui, bien sûr. Mais c'est pour ça que c'est légal. Mais enfin, que ça comporte un vice démocratique sur un texte aussi important. Mais alors, si le texte passe grâce au 49.3,
il est illégitime ? La réforme devient illégitime ?
Non, non, je vous ai dit qu'il est illégal. Il souffre d'un problème de légitimité, de vice démocratique, bien sûr. Pour une raison simple. C'est toutes les raisons que j'ai expliquées. De l'opposition, etc. Il faut bien se mettre dans la situation que ce qu'a recherché le gouvernement depuis le début, c'est un compromis politique. Et qu'on voit jusqu'à hier soir, jusqu'à ce matin, que ce compromis politique, il est compliqué à construire. Même sur une réforme qui finalement, ce n'est pas moi qui le dis, c'est M. Retailleau, est davantage celle des Républicains que celle de la majorité. Donc, il y a un problème de légitimité. S'il y a un vote, ça n'en souffre pas de la même manière.
Ça n'en souffre pas. Voilà. Puis après, il y a un problème d'ambiance. Les gens, vous n'allez pas tout d'un coup leur faire effacer leur mémoire vive et puis dire, ben voilà, tant pis, sur les retraites, vous allez travailler deux ans de plus, mais maintenant, la vie continue, etc.
Mais est-ce que clairement, la CFD...
Il restera un sentiment de malaise dans le monde du travail et de mécontentants ? Est-ce que clairement,
la CFDT appelle à la continuité de la mobilisation si la réforme passe ?
Mais la CFDT, elle appelle à ce qu'on continue de porter, ce qu'on a réussi à faire dans cette mobilisation extrêmement digne, c'est-à-dire les préoccupations du monde du travail qui sont celles sur la retraite mais qui, en fait, étaient une mobilisation sur le travail qui s'est opérée ces derniers temps. Et on continuera à porter cette voie-là. Comment on le fera ?
Mais dans la rue ?
Mais on le décidera ce soir ensemble ou demain ensemble avec les autres organisations syndicales. J'ai envie de vous répondre en deux temps. On ne va pas faire des manifestations pendant six mois pour finir à 15 derrière une banderole. Ça n'a pas de sens. Mais je vais vous répondre aussi qu'il n'est pas envisageable après la colère qui s'exprime et le sentiment quand même de mépris qui est ressenti que du jour au lendemain il ne se passe rien dans les semaines à venir d'un point d'un inter-syndical. Il y aura une suite. Et les conditions de la suite, on en discutera ensemble. Mais il y aura une suite, c'est évident.
Pour une raison simple, c'est qu'hier, moi j'ai remonté le cortège encore de la CFDT. Les gens disent que ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible. C'est hors du temps. C'est hors de la réalité si cette loi, elle passe alors qu'on est là, qu'on est les représentants du salarié. Le cortège des personnes du nettoyage et des services hier, c'est le plus nombreux au sein de la CFDT. Des gens qui disent mais comment on va faire ?
Laurent Berger, vous restez avec nous, secrétaire général de la CFDT. Et c'est le fil Info à 8h41, Maureen Suignard.
Ce serait un vice démocratique de ne pas aller au vote pour cette réforme des retraites. C'est ce qu'affirme sur France Info Laurent Berger, le patron de la CFDT. Pour le moment, l'exécutif dit ne pas vouloir de 49.3. Si on va au vote, je suis persuadée qu'on aura une majorité. Il n'y a pas une voix de notre groupe qui manquera. rassure de son côté, Aurore Berger, la présidente du groupe Renaissance, la majorité à l'Assemblée nationale. Les députés doivent se prononcer à 15h cet après-midi après les sénateurs qui ont rendez-vous dans 20 minutes. L'Assemblée qui a retoqué hier la suppression de l'IRSN voulue par Emmanuel Macron.
Le président voulait mettre cet institut d'expertise sous la tutelle du gendarme du nucléaire. L'opposition craignait une perte d'indépendance. La Russie dit vouloir récupérer le drone américain tombé en mer Noire au sud de l'Ukraine. Washington affirme qu'il a été touché par des avions de chasse russes, ce que dément Moscou. La Russie réagira proportionnellement à de futures provocations américaines, dit encore la Russie. France Info
Le 8.30 France Info Saliabrakia Laurent Sénéchal Toujours avec Laurent Berger, secrétaire générale de la CFDT. On parlait de cette colère sociale, la dette sociale comme vous l'appelez. Un des symboles de ce mouvement c'est celui des éboueurs avec ses 8000 tonnes de déchets désormais amoncelés à Paris. Voici que le préfet de police de Paris après avoir demandé, après échange avec la mairie de Paris qui a refusé, va réquisitionner des éboueurs. Ça vous met dans quel état ?
D'abord ça m'amène une réflexion. C'est que pendant le confinement, notamment le premier, on ne savait pas s'ils allaient travailler, ramasser les déchets les uns et les autres. Ils ne savaient pas si ça allait les faire mourir, être malade, etc. On n'a pas eu besoin de les réquisitionner. Ils ont été là, à leur poste. Ils ont ramassé le déchet, des parisiens comme des autres, les déchets, qui étaient un peu plus nombreux parce qu'on était confinés chez nous. Et donc, et aujourd'hui, ils réagissent au fait qu'ils ne veulent pas être deux ans de plus derrière le camion à faire un travail pénible que chacun reconnaît pénible.
Pénible physiquement, pénible aussi psychologiquement, notamment à Paris, avec beaucoup de pression pour ne pas bloquer, etc. Et donc, ma première réflexion, c'est que ce n'est pas digne. Ce n'est pas digne de faire ça à ces travailleurs-là. Premièrement, malgré les désagréments que ça procure à tout le monde. Mais je demande de regarder qui ils sont et quels services ils ont rendus à la société dans les périodes qu'on a traversées ces dernières années. Et deuxième point, c'est que je ne sais pas comment il va faire, le préfet de police, pour le coup.
Il a un listing d'agents et normalement, fournis par la mairie de Paris à sa demande ?
Il faut à peu près 3000 d'après ce qu'on sait. Personne qui soit... Il ne va pas les trouver ? Je ne sais pas comment il va faire, en tout cas. Et donc, c'est très dangereux dans la parole publique d'annoncer qu'on va faire un truc et d'avoir des difficultés à le réaliser. Ce n'est pas demain la veille
que les poubelles vont disparaître ?
Je n'en sais rien. Il y a une façon de le faire. C'est que cette réforme ne passe pas.
C'est à l'air bras clients.
Marine Le Pen s'engage à revenir sur les 64 ans en 2027 si elle arrive au pouvoir. Qu'est-ce que vous en dites ?
Je dis que depuis le début, le Rassemblement National et Mme Le Pen sont en embuscade. On ne les entend pas parler parce qu'ils n'ont pas grand-chose à dire et sur les retraites parce qu'ils n'ont pas... Ils s'opposent à cette réforme ? Oui, ils s'opposent à cette réforme mais ce n'est pas la question sociale. Chacun le sait qui anime le Rassemblement National. C'est la question identitaire, c'est la question nationale au sens repli sur soi, etc. C'est ce que je continue de croire et ce que je croirai toujours. Et donc là, ils sont en embuscade.
Et que le ressentiment dont je parlais tout à l'heure, la dette sociale dont je parlais tout à l'heure qui va s'opérer avec cette réforme, le sentiment de mépris, etc., malheureusement, il va être exploité. Et il va être exploité par les populistes et particulièrement par l'extrême droite. Et donc... Donc ça vous fait peur ? Mais bien sûr que ça me fait peur. Depuis le début, ça me fait peur. Depuis le début, on dit ça.
Depuis le début, on dit dans une société comme la nôtre qui est traversée de beaucoup de défis, etc., si on ne construit pas, s'il n'y a pas du compromis social qui se construit avec les corps intermédiaires, les organisations syndicales, en l'occurrence, sur ce sujet des retraites, et bien on laisse la place à Mme Le Pen. Et donc c'est ça qui est dangereux. C'est-à-dire que cette dette sociale, ce ressentiment dont je parle, malheureusement, il peut trouver une manifestation dans le vote. Et ça, il faut l'éviter à tout prix. Et je participerai à l'éviter. Je ne crois pas avoir eu la main qui trombe ni la CFDT entre les deux tours de la dernière présidentielle.
mais un an après, force est de constater que quelque part, on la remet en selle en n'écoutant pas le monde du travail.
Justement, est-ce que vous êtes en train de le regretter, votre vote pour Emmanuel Macron ?
Au deuxième tour de la présidentielle, le fait d'avoir appelé, pas du tout.
Malgré ce que tu fasses, là.
Vous savez, je vais vous dire un truc très clair. Je suis contre la réforme des retraites. Je crois avoir montré ma détermination. Contre les 64 ans comme contre les 65 ans. Et vous dites, Marine Le Pen,
ce serait pire.
Ce serait pire. D'abord, socialement, j'en suis persuadé. Mais surtout, ce serait pire politiquement, démocratiquement. Ce serait pire en termes de droits fondamentaux, de liberté publique, de discrimination, etc. Donc, il ne faut pas déconner. Mais c'est justement cette responsabilité-là pour vous dire les choses. Moi, le lendemain du deuxième tour, j'avais fait une tribune dans Le Monde. J'avais dit, maintenant, là, il faut tenir compte de ce qui s'est passé. Et je parlais même des retraites en disant, ne reculez pas l'âge légal. Ce n'est pas comme ça qu'il faut faire. Essayons de construire. C'était dans le programme d'Emmanuel Macron. Essayons de construire.
De passer des compromis sociaux qui auraient été compliqués. Si on avait fait une loi emploi, travail, retraite, etc. où on avait discuté, y compris des conditions de travail de la façon dont les éboueurs, mais aussi les personnes dans le nettoyage, les ouvriers de l'agroalimentaire, etc., vivaient leur travail. Et qu'on essayait de vraiment faire améliorer les conditions de travail. On aurait pu trouver des compromis. Ce n'est pas ce qui a été fait. Si on avait poursuivi sur la réforme systémique
avec Emmanuel Macron entre vous ?
Mais je ne sais pas ce que ça veut dire en fait. Est-ce que vous allez discuter avec lui des autres ? Mais ce n'est pas lui avec qui on discute depuis longtemps maintenant. C'est avec les ministres. Avec son gouvernement. Vous savez, j'ai toujours dit que la représentante nationale d'une organisation syndicale, c'est comme un représentant du personnel dans une entreprise. On peut avoir, on peut se friter avec son employeur, on peut avoir des ressentiments, etc.
Mais ce n'est pas toujours une famille facile
de se remettre autour de la table, justement. Oui, mais c'est nécessaire quand on a une boussole, qui est la défense des travailleurs et des travailleuses. Donc, c'est une question
de responsabilité.
C'est une question de responsabilité, pas d'appétence à le faire. Pas de... Mais je le dis, on n'ira pas discuter dans n'importe quelle condition. On ne peut pas rouvrir des concertations à foison sans savoir ce qu'est la finalité. Il y a la loi travail
et la loi travail est mieux qui arrive là dans quelques semaines.
Il y a deux sujets sur la loi travail. C'est d'abord, ce sera quoi les objets dont on peut discuter ? Ça ne peut pas être simplement des mots et des slogans. Est-ce qu'on va discuter de l'organisation du travail ? Est-ce qu'on va discuter du temps de travail ? Voilà. Et puis, nous, on exigera qu'il y ait une forme d'accord de méthode. Ça sert à quoi une concertation ? Ça se conclut comment ? Est-ce que ça se conclut... Est-ce que ça consiste à écouter ce que dit le gouvernement ? Comme par exemple sur le report de l'âge. Et puis, à apporter des arguments qui ne sont même pas pris en considération. Vous voulez des garanties ? Et qui ne sont même pas écoutés.
Oui, bien sûr, je veux des garanties sur la méthode.
Est-ce qu'il faudra, pour cette loi travail, une loi travail aimée, vous parliez du temps de travail ? Est-ce qu'il faudra toucher aux 35 heures ?
Non, il ne faut pas toucher aux 35 heures. De toute façon, dans une entreprise, aujourd'hui, depuis l'instauration des 35 heures, je crois qu'il y a toutes les possibilités par accord d'entreprise. Il faudra toucher à la façon dont s'organise le travail dans les entreprises pour qu'il y ait davantage une obligation de négociation annuelle, une négociation obligatoire sur l'organisation du travail dans l'entreprise. Il faudra regarder comment on crée du dialogue professionnel pour que les travailleurs et travailleuses, ils aient le droit d'exprimer ce qu'ils vivent au travail et de peser sur les choix qui sont faits.
Il faudra parler de la gouvernance de l'entreprise, il faudra parler de la rémunération et du partage des richesses à l'entreprise. C'est ça, si on veut parler du travail qu'il faut faire.
Le gouvernement met une proposition sur la table et dit même s'inspirer de la CFDT en ce qui concerne le compte épargne-temps universel pour permettre aux salariés d'aménager leur temps de travail tout au long de leur carrière grâce à leurs jours de congés ou RTT accumulés qui n'ont pas été pris. Là, vous dites oui, je m'assois à table et je discute. Il n'y a pas de problème.
D'abord, juste, ils s'inspirent beaucoup soi-disant de ce qu'on dit mais ils ne lisent pas exactement nos documents jusqu'au bout. Ce qui fait qu'un mot, ça ne fait pas un accord. C'est-à-dire ? Sur le compte épargne-temps universel, je vous donne un exemple. Nous, on dit que ce n'est pas simplement avec les jours de congés ou avec les RTT, c'est qu'il faut abonder pour ne pas qu'on en fasse un objet qui soit simplement un objet pour des cadres. Il faut abonder ce compte épargne-temps avec 5 jours par an qui permet d'abonder par l'entreprise.
Ce sera des jours bonus pour les salariés ?
Oui, bien sûr. Mais vous savez, il y a d'autres sujets qui vont se poser. Et donc, ça, ça veut dire si la discussion s'opère comme ça et qu'on nous écoute, si on nous ferme la porte tout de suite, qu'on nous dit qu'on va faire un compte épargne-temps universel qui, à la fin, sera finalement utilisé seulement par les cadres qui ont des jours RTT et les autres qui n'en ont pas, ça ne marchera pas. Et ce qu'on peut poser sur la table, le fait que 70% des salariés de ce pays ne travaillent pas en télétravail, ne peuvent pas travailler en télétravail.
Pourquoi on n'incite pas des négociations d'entreprises, une contrainte sur les employeurs en disant négocier l'organisation du travail, par exemple, pour certains de ses salariés sur 4 jours s'il y a volontariat ? Oui, c'est ces sujets-là de fond qu'il faut aller. Ça ne va pas être... Nous, on ne va pas vouloir faire de la philosophie sur le travail. C'est très intéressant comme exercice, mais ça ne suffit pas. Et puis, il va falloir qu'on s'en préoccupe d'une catégorie particulière, enfin, deux catégories particulières des salariés. C'est tous ces travailleurs du back-office, comme on dit, ou ces travailleurs de la deuxième ligne qui ont réémergé. Ils ont été émergés à deux moments.
Ils ont émergé au moment du confinement. Ils ont dit, ils sont essentiels. On ne peut pas faire sans eux. Et ils réémergent là en disant, c'est nous qui allons payer la réforme des retraites. C'est nous qui allons travailler deux ans de plus. Et ceux-là, il est hors de question de les refaire passer derrière le rideau en disant, écoutez, on vous verra plus tard et on va faire des choses un peu cosmétiques par ailleurs. Non. Donc ça va être, vous avez compris, très exigeant. Mais d'ici là, il ne faut pas voter cette réforme des retraites. Ça sera plus serein pour discuter du travail.
Laurent Berger de la CFDT, vous restez avec nous. 8h51, c'est le Fil Info avec Maureen Suignard.
Les sénateurs réunis dans 10 minutes pour se prononcer sur la réforme des retraites. Le compromis trouvé hier en commission mixte paritaire. Ce sera ensuite aux députés de voter ou non le texte. À 15h, vote encore très incertain à l'heure actuelle. En attendant, la mobilisation contre le texte se poursuit à la SNCF. 2 TGV sur 3 en circulation, 3 intercités sur 5 et la moitié des TER en moyenne. À Paris, le préfet de police décide de réquisitionner des éboueurs pour évacuer les déchets qui s'amassent dans les rues de la capitale. La maire de Paris, Anne Hidalgo, a refusé de le faire. Le crédit suisse peut emprunter l'équivalent de 50 milliards d'euros à la banque centrale de son pays.
La deuxième banque suisse perd de l'argent depuis des années et son titre a chuté hier mais il repart largement à la hausse ce matin. Le contexte est tendu avec la crainte d'une contagion au reste du secteur. C'est une liste très attendue que dévoile Didier Deschamps à 14h. Celle des Bleus pour le début des qualifications pour l'euro de football 2024, la première depuis la finale perdue en Coupe du Monde. France Info
Le 830 France Info Salia Brakia Laurent Sénéchal
Toujours avec Laurent Berger le patron de la CFDT et l'INSEE prévoit un reflux de l'inflation dans les mois à venir sauf pour l'alimentation où les prix ont bondi de 15% en moyenne. Pour y faire face le gouvernement a demandé à la grande distribution de proposer les prix les plus bas possibles sur une sélection d'une centaine de produits ça a commencé hier et ça doit durer pendant trois mois. Vous dites bravo au gouvernement d'avoir mis la pression sur les distributeurs ?
La pression sur les distributeurs c'est une bonne chose en général y compris pour la façon dont ils traitent leurs fournisseurs d'ailleurs. Mais vous savez sur la question de l'inflation vous l'avez dit c'est l'alimentation qui pèse. L'alimentation c'est dans les ménages modestes c'est sûr qu'on rogne quand on a les charges fixes du logement du transport etc. Et donc il faut ça ne suffira pas cette pression sur les distributeurs. Ce qu'il faut aussi c'est regarder d'abord les produits qui vont faire l'objet. Bah oui parce que c'est pas parce qu'on est pauvre qu'on doit bouffer de la merde excusez-moi de le dire comme ça. Et donc il faut aussi agir sur les revenus.
Donc il y a une question salariale qui se pose. On est en plein de négociations salariales dans beaucoup d'entreprises. Il y a parfois des accords parfois des désaccords et des conflits salariaux. Il faut agir aussi sur des aides ciblées aux ménages les plus modestes. Il y a un chèque alimentaire
il y a une expérimentation qui va ouvrir dans les départements.
Oui mais je crois que c'est nécessaire mais avec des choses ciblées vous savez on a vécu sur l'année 2022 des aides aux ménages on va pas le nier mais qui ont été qui ont parfois arrosé le sable excusez-moi de vous le dire c'est le cas de l'aide aux carburants par exemple. Dès le début on avait dit il faut aider les travailleurs qui se déplacent avec leur véhicule prioritairement et c'est ceux-là qui doivent avoir l'aide c'est pas il faut repartir en week-end Mais ça c'est le chèque justement
le dernier chèque carburant c'est ça mais le problème c'est qu'il y a des millions de français qui l'ont même pas réclamé.
Oui mais parce que c'est compliqué tout ça parce que vous savez c'est compliqué de boucler les fins quand vous avez du mal à boucler les fins de mois d'aller chercher les choses qui existent et donc il faut rendre les choses simples on va pas se raconter l'histoire ce gouvernement il se pose des limites qui le mettent dans le corner à certains moments ces limites c'est comment on fait contribuer les très hauts revenus à un peu plus de solidarité dans cette période extrêmement difficile ce serait le moment là ce serait le moment parce qu'on pourrait parler des jeunes et des étudiants qui plongent pour une part dans la précarité on pourrait parler des ménages les plus modestes et des personnes qui s'enfoncent dans la très grande pauvreté donc il faut essayer de le faire pour pouvoir s'alimenter correctement mais ça suffira pas il y a quand même une vraie question du partage de la valeur créée dans l'entreprise qui se pose avec les salaires et puis il y a une question aussi du soutien de la puissance publique aux ménages les plus modestes
il faut mettre la pression aussi sur les sociétés d'autoroutes vous avez peut-être lu cette interview du patron de Vinci Autoroutes dans le Parisien aujourd'hui en France hier il annonce que les tarifs de péage augmenteront l'an prochain ils ont déjà augmenté de 75% au début du mois de février ça vous choque ou lui il dit c'est normal après tout on paye énormément d'impôts on peut pas payer plus
non ouais c'est au bout d'un moment ça devient
il dit qu'il n'y a pas de super profit
non mais il faut sortir de cette idée de super profit parce que ça voudrait dire qu'on fait des profits supplémentaires c'est la question ce qu'il dit
c'est les profits qu'on a maintenant c'est parce qu'on a fait des investissements énormes sur le réseau autoroutier en France
oui mais de fait il y a un réseau autoroutier d'ailleurs qui fonctionne plutôt bien en France mais par rapport à d'autres pays mais le sujet qui va être posé c'est pas que chacun va se regarder le nombril c'est comment chacun va devoir contribuer au bien commun et notamment l'entreprise et qu'aujourd'hui regardez cette réforme des retraites il demandait quoi aux entreprises rien rien même sur les seniors on va leur dire allez on va vous filer une petite aide supplémentaire dans un CDI senior pour que vous embauchiez les seniors il va y avoir un effet d'aubaine il va rien avoir d'autre on connait ça par coeur ça a déjà existé ça n'a jamais marché donc oui c'est choquant je crois cette logique de ne pas regarder que les choses ont besoin un peu d'être élargies et pas simplement entreprise par entreprise mais de toute façon sur la taxation du capital au même niveau enfin l'imposition du capital au même niveau que les revenus du travail c'est une voie nécessaire absolument nécessaire
Laurent Berger on l'a dit tout à l'heure vous allez vous rassembler avec l'intersyndical tout à l'heure sur la fenêtre de l'Assemblée nationale jour important vous allez leur dire quoi aux députés ?
on va lancer un appel un peu solennel très respectueux en disant vous êtes élus des citoyens regardez dans vos dans vos circonscriptions ce monde du travail qui est le monde du travail normal de gens qui se lèvent tous les matins pour aller bosser et qui le font avec engagement c'est ceux-là qui disent qu'ils ne veulent pas de cette réforme des retraites vous ne pouvez pas voter une loi contre le monde du travail qui concerne le monde du travail contre le monde du travail donc en responsabilité vous n'êtes pas représentant d'un parti vous êtes représentant des citoyens qui vous ont élus dans vos circonscriptions votez en âme et conscience mais regardez ce qu'il y a dans ce texte ce texte c'est deux ans de plus pour nombre de travailleurs et particulièrement ceux qui sont les plus impactés donc pensez aussi à l'avenir du monde du travail mais à l'avenir de notre démocratie je crois que nous vivons un moment social extrêmement important mais aussi un moment politique et démocratique très important et vous avez une responsabilité elle n'est pas collective elle est individuelle aussi elle est individuelle par votre vote vous avez la chance de représenter les citoyens dans cette assemblée nationale pensez à demain pensez pas simplement aux arrangements ou aux pressions que vous avez subies pour voter ce texte ne le votez pas parce qu'il est néfaste pour le monde du travail il y a une autre réforme des retraites qui est possible on s'y engagera mais pas à partir de celle-là
voilà le message de Laurent Berger donc aux députés qui voteront ou pas cet après-midi la réforme des retraites merci beaucoup secrétaire général de la CFDT invité du 830 France Info bonne journée