Sébastien Martin : "Dans l'opération "Notre-Dame", il y a 150 projets représentant 32 000 emplois" - Vidéo
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On va parler réindustrialisation et cathédrale industrielle puisque le chef de l'État Emmanuel Macron a lancé au printemps l'opération Notre-Dame qui consiste à accélérer 150 projets industriels stratégiques sur la méthode de la reconstruction de la cathédrale parisienne qui avait été réalisée en 5 ans, une reconstruction rapide dont Emmanuel Macron se félicite souvent. Et donc le président de la République veut faire sortir, veut faire émerger ces 150 cathédrales industrielles. Et pour en parler, j'accueille sur ce plateau Sébastien Martin. Bonjour. Bonjour. Vous êtes ministre délégué en charge de l'industrie.
Alors déjà, expliquez-nous concrètement, qu'est-ce que c'est cette opération Notre-Dame ?
Cette opération Notre-Dame, c'est avant tout une forte mobilisation parce que dans la période que nous traversons, je pense que vous venez d'échanger sur la situation qui est sans doute difficile. Je crois que le président de la République l'a rappelé, le Premier ministre également, nous n'avons pas de temps à perdre. Et donc, il s'agit pour moi de mobiliser l'ensemble des services de l'État en lien avec les collectivités locales, comme je le fais en me déplaçant dans chacune des régions, pour faire avancer tous ces projets. S'il y a des difficultés administratives, s'il y a des problèmes financiers, s'il y a toutes ces questions-là, nous les examinons.
On fait un point toutes les semaines, soit en visio, soit en présentiel, avec les territoires, avec les élus également, pour faire avancer ces dossiers.
Donc, ce sont des dossiers, des projets qui avancent avec de l'investissement privé ?
Ah oui, ce sont des investissements privés. Ce sont 150 projets Notre-Dame. Ce sont beaucoup des dossiers qui ont été soit identifiés au moment de Choose France, ce sont des projets stratégiques parce qu'ils contribuent à notre souveraineté. Et donc, ce sont des investissements majeurs. Il y en a 150. Ça représente 32 000 emplois partout sur le territoire. Et mon job à moi, en tout cas, c'est la mission qui m'a été confiée, c'est de les faire aboutir, de les faire avancer. On ne peut pas avoir des pertes de temps pour des tracasseries administratives, pour des gens parfois entre une administration et une entreprise qui ne se comprennent pas.
On met tout le monde autour de la table et on fait avancer les choses. Et pour ça, d'ailleurs, j'ai désigné à partir d'aujourd'hui une personne qui va être en charge à temps complet de ce dossier. Il y avait le général Georges Lain qui a piloté le dossier Notre-Dame. Moi, j'ai nommé à partir d'aujourd'hui un sous-préfet qui s'appelle Olivier Tinturier, avec lequel j'ai travaillé à Châlons-sur-Saône. On a réindustrialisé toute l'ancienne friche de Kodak où j'ai neuf usines qui sortent de terre. Alors, ce n'est pas neuf cathédrales industrielles, mais c'est quand même des beaux projets industriels.
Donc, c'est quelqu'un en qui j'ai confiance, qui a la méthode pour faire avancer les projets industriels. Et c'est ce qu'on fait dans la méthode Notre-Dame.
Et alors, est-ce qu'Olivier Tinturier aura le même style direct que le général Georges Lain qui avait piloté la reconstruction de Notre-Dame ?
En tout cas, il sera extrêmement accessible à toutes les autorités locales, quelles qu'elles soient. Il sera efficace et il devrait être rapide. Et surtout, il y a une expression que j'aime bien, c'est cette expression qui consiste à dire « la loi est la loi, le cadre est là ». Mais il faut être intelligent, il faut savoir des fois faire transpirer les règlements pour trouver les voies de passage, pour aller le plus vite possible. Il y a plein de choses qui permettent de le faire, d'ailleurs, dans la loi. Et parfois, on ne les utilise pas assez.
Mais alors, pourquoi avoir choisi un sous-préfet pour, justement, accélérer et dépasser les lourdeurs administratives ? Il va aller contre sa nature, peut-être ?
Non, au contraire. Parce que les sous-préfets, vous savez, sur les territoires, ce sont souvent des gens qui font du mécano, qui sont là souvent au contact des élus locaux, qui sont là au contact des chefs d'entreprise et qui aiment régler des problèmes.
Et moi, j'ai besoin d'avoir quelqu'un qui, au quotidien, va aller régler des problèmes et permettre à ces projets qui sont majeurs, on parle de projets dans la défense, on parle de projets dans l'énergie, on parle de projets dans l'intelligence artificielle, on parle de projets dans l'aéronautique, ces projets qui sont majeurs, qui représentent des dizaines de milliers d'emplois, il me fallait, en plus des équipes dont on dispose déjà à Bercy ou dans les territoires, quelqu'un pour les piloter.
Donc, dans ces projets d'investissement privé, il y a besoin que l'État vienne mettre son nez pour faire fonctionner les choses.
Je vais vous donner un exemple tout bête. Il y a un mois, j'ai fait un comité comme ça, régional, de suivi de ce qu'on appelle les projets Notre-Dame, entre une grande entreprise et une administration. Depuis plusieurs semaines, il y avait une incompréhension entre les gens, mais clairement, une incompréhension entre les gens. D'un côté, l'entreprise pensait que l'administration voulait lui imposer quelque chose, l'administration lui disait mais que non, en réalité, c'était un conseil qui lui était apporté. On s'est mis autour de la table. En dix minutes, on a réglé le problème et le projet a pu continuer.
Parfois, vous savez, j'ai toujours dit que le rôle des collectivités locales ou bien de l'État a été parfois de jouer le rôle de décodeur entre le monde de l'entreprise et le monde de l'administration.
Il ne parle pas forcément la même langue.
Il ne parle pas forcément la même langue. Et donc, des fois, c'est bien d'avoir un décodeur entre les deux pour faire en sorte que les deux se comprennent et qu'on puisse avancer parce qu'à la fin, ce qui compte, c'est que le projet sorte.
Alors, pour que les téléspectateurs comprennent bien, est-ce qu'on peut avoir un exemple concret d'un de ces 150 projets à Notre-Dame ?
Un projet emblématique. Par exemple, le projet d'usine de freins carbone de Safran dans l'Ain qui a été annoncé maintenant il y a quelques mois en arrière. C'est-à-dire que Safran, vous savez, Safran est un équipementier pour notamment l'aéronautique, essentiellement d'ailleurs l'aéronautique, et va créer une usine dans l'Ain qui va faire des freins pour les roues des avions. Bon, il y avait un problème administratif, on l'a réglé. Aujourd'hui, le terrain est en train d'être acheté et la construction de l'usine va démarrer l'année prochaine avec plusieurs millions d'euros d'investissement et des centaines d'emplois. Hier, nous étions dans le Grand Est.
Dans le Grand Est, on a étudié des projets d'usines de recyclage de textiles ou de recyclage de plastique. Donc, on a tout un tas de projets qui sont extrêmement concrets, présents partout dans les territoires.
On parle de projets stratégiques qui sont forcément liés à l'économie d'avenir, à la transition climatique, au numérique ?
Très souvent liés au numérique, très souvent liés à la transition écologique, aussi liés à la défense. On a par exemple des projets de recyclage de matériaux qui sont très utiles dans le secteur de la défense, parce qu'on voit bien que sur les matériaux critiques, les matériaux stratégiques, on a quand même quelques questions avec des pays asiatiques notamment. On a les projets liés aux batteries pour les véhicules électriques. On a les projets liés au recyclage de terres rares.
Par exemple, à Lac, vous avez vu qu'avec Roland Lescure, nous n'avons pas posé la première pierre, mais quasiment lancé le chantier, enfin lancé le chantier majeur de cette usine qui va recycler des terres rares à Lac, l'usine de lithium dans l'Allier, par exemple. Il y en a 150 comme ça. Et d'ailleurs, je le redis, la liste n'est pas définitive. Moi, plus j'aurai de projets, plus je serai heureux.
On parle de 171 milliards d'investissements, je crois, dans ces 150 projets, mais est-ce que ce montant est vraiment à la hauteur des investissements énormes qui sont faits aux États-Unis, en Chine, notamment dans des secteurs d'avenir comme l'IA, l'intelligence artificielle ?
Vous avez vu la dernière édition de Choose France avec des investissements majeurs qui ont été annoncés. Mais ça, on le doit à quoi ? On le doit à une électricité abondante, décarbonée et extrêmement compétitive. J'entends sur tous les plateaux de télé certains responsables politiques nous expliquer que l'électricité en France est hors de prix. Mais enfin, je ne sais pas si ces gens, parfois, sortent de l'hexagone et voient ce qui se passe ailleurs, en Allemagne, en Italie, le prix de l'électricité est du double du prix de l'électricité française. Et en plus, une électricité n'est pas décarbonée.
On a les atouts avec cette électricité massive et on a des atouts aussi parce qu'on a un écosystème IA, on a une stratégie autour de l'intelligence artificielle, on a des têtes qui pensent et qui réfléchissent à l'IA. Et Mistral, on peut se raconter ce qu'on veut. Mais enfin, sur le continent européen, il y a peu de pays qui ont sorti une entreprise comme Mistral. Ce pays, c'est la France.
Donc, à l'échelle européenne, on est plutôt en tête, mais par rapport aux États-Unis, on parle quand même de milliers de milliards d'euros d'investissement dans le domaine.
Bien sûr, mais c'est bien pour ça que je pense que nous devons penser ces questions-là en européen. Aujourd'hui, la France, c'est 68 millions d'habitants. En face de nous, on a la Chine, on a les États-Unis, qui sont des États continents et qui pèsent à eux tout seuls bien plus que nous. Et donc, pour autant, ce pays, la France, de 68 millions d'habitants, il rivalise avec ses grandes puissances.
Alors, je voudrais qu'on parle de la question environnementale qui est aussi posée dans ce débat sur l'opération Notre-Dame, qui prévoit une dérogation au régime de protection des espèces protégées. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la protection de la biodiversité peut être contraignante pour certains projets industriels ?
Non, on peut avoir des dérogations, mais encore faut-il justifier des choses. On peut avoir des dérogations quand on a justifié que le terrain en question, visiblement, ne présentait pas d'espèces naturelles sensibles. Tout ça ne se fait pas comme ça sur un coin de table. Donc, la réglementation en matière de protection de l'environnement, ça nous est suffisamment reproché. On ne peut pas dire d'un côté, en France, il y a trop de règles, il y a trop de normes, et puis de l'autre, m'expliquer qu'en un coup de cuillère à peau, on déroge. Ça, c'est le premier point. Deuxième point, par contre, moi, je veux lutter contre les recours abusifs. Les recours abusifs, c'est quoi ?
C'est des gens qui ne veulent pas, quoi qu'il advienne, que des projets d'usines, que des emplois soient créés, parce qu'ils considèrent que leur territoire ne doit pas accueillir de projets de développement économiques, et donc font des recours abusifs. Au nom de la protection de certaines espèces ? Parfois au nom de la protection de certaines espèces, parfois aussi au nom d'une certaine conception de la société, ou parfois au nom de leur petit confort personnel aussi. Donc, les voies de recours dans notre pays, elles sont normales, elles sont légitimes.
On a pris une décision avec le gouvernement, on a signé un décret qui est applicable depuis le 1er juillet, qui fait que désormais, pour un projet industriel de plus de 5 millions d'euros, on peut faire un recours, toujours, mais on va directement aux cours administratives d'appel. On a supprimé un échelon de recours pour aller plus vite, et en disant à la cour administrative d'appel, vous avez 10 mois pour juger. Ça n'empêche pas d'ailleurs ensuite d'aller encore au Conseil d'État, donc on ne bafoue pas l'État de droit en faisant ça. Mais par contre, on est clair, il y a une priorité dans ce pays, qui est la réindustrialisation.
On a le droit de faire des recours, mais les recours abusifs, non. Donc il y a un dispositif qui existe désormais, qui est que pour les projets industriels de plus de 5 millions d'euros, on va directement en cours administratif d'appel, on fait gagner 12 à 18 mois sur un projet industriel. Donc les militants écologistes font trop de recours sur certains projets industriels ? Je ne sais pas si c'est les militants écologistes. Vous savez, des fois, ce n'est pas forcément des militants écologistes. Parfois, c'est des gens qui…
Hier, j'avais un exemple dans la région Grand Est, d'une personne qui manifestement ne supporte pas qu'il puisse y avoir la moindre bruit, la moindre activité à côté de chez elle et qui fait recours sur recours sur recours. Je ne veux pas accuser, pointer du doigt, que les militants écologistes. Je pense qu'il y a des territoires en France où il y a une vraie culture industrielle, où il y a une acceptabilité très forte. Puis il y a des fois des territoires où les gens n'ont plus beaucoup cette acceptabilité.
– Est-ce que le but, c'est aussi de limiter les sanctions de certaines entreprises quand certains projets industriels ont un impact sur des espèces protégées ?
– Non, mais le droit est le droit. Le cadre qui est le nôtre, nous le respectons.
– Il va être modifié, le cadre, avec cette opération Notre-Dame.
– Le cadre, c'est le recours. Avec l'opération Notre-Dame, c'est une mobilisation. Le cadre législatif, vous ne m'avez pas vu déposer une loi, Martin, sur l'industrie. Il y a déjà la loi sur l'industrie verte qui a permis de paralléliser les procédures. C'est-à-dire qu'avant, il fallait faire les choses les unes, après les autres, ça prenait du temps. Maintenant, on peut faire les choses en parallèle, ça gagne du temps. Moi, j'entends tous ceux qui disent « La France, c'est trop long, c'est trop compliqué. » Donc, on fait en sorte que ce soit plus rapide et que ce soit plus simple.
– Alors, est-ce que cette opération Notre-Dame, c'est aussi une manière d'améliorer le bilan d'Emmanuel Macron en matière industrielle ? On va regarder certains chiffres, un bilan qui n'est pas forcément négatif. Depuis 2017, 130 000 emplois industriels ont été créés. On parle de soldes nets, c'est-à-dire de différences entre les créations et les suppressions d'emplois. Le problème, c'est que depuis quelques années, les chiffres sont moins bons. En 2025, en soldes nets, là encore, il y a eu… – Quelques années, ça fait un an.
Quelques, pour moi, c'est au pluriel.
– Mais il y a quand même une dynamique qui est plutôt négative. – L'an dernier, effectivement, il faut être honnête.
– Il y a eu 63 usines fermées. – L'an dernier, nous avons arrêté de créer des emplois industriels supplémentaires. Alors que de 2018 à 2024, nous avons recréé 130 000 selon le gouvernement. La fabrique de l'industrie parle de 180 000 emplois industriels.
– Ça veut dire, est-ce qu'on est en train de retomber dans une crise industrielle ?
– Ça veut dire qu'on est à une phase, on est un peu à un système, à une vision aujourd'hui, une situation sur un plateau. Et qu'il est nécessaire de réagir. D'où la méthode Notre-Dame, parce qu'on n'a pas de temps à perdre, il faut que les projets aboutissent. Bien sûr, au niveau national, nous avons les leviers que nous pouvons activer. Et puis, on voit bien qu'on est dans une situation internationale qui pèse énormément sur l'Europe d'une manière générale. parce qu'entre 2018 et 2024, vous l'avez dit, nous avons pendant six ans continuellement recréé des emplois industriels. Juste qu'on aille voir ce qui s'est passé outre-Rhin.
Dans la même période, l'Allemagne a détruit 600 000 emplois industriels. La République tchèque, la Hongrie, pareil, ont détruit des emplois industriels. L'Italie est à peu près stable et l'Espagne a été dans une dynamique positive comme nous. Donc, il y a eu ce mouvement en faveur de la réindustrialisation qu'il ne faut surtout pas casser parce que ça incite aussi les jeunes à rejoindre les formations industrielles. On ne fera pas d'industrie demain en continuant à dire mais l'industrie s'est foutue, rien ne va, on n'y arrivera jamais. Non, la France, elle a changé le virage.
– C'est dû à quoi ce ralentissement industriel depuis 2025 ?
– Depuis, grosso modo, fin 2024, vous avez observé que le président des États-Unis a mis en place sa politique de tarifs tout autour des États-Unis. Je ne suis pas contre la question des droits de douane. Mais les droits de douane surtout, est-ce que ça a du sens ? Est-ce qu'au niveau européen, on va mettre des droits de douane sur les T-shirts Nike qu'on ne refabriquera sans doute jamais en France ou sur certains produits sur des téléviseurs qu'on ne fabriquera sans doute jamais en France ? Non, mais par contre, il y a des secteurs stratégiques qu'il faut protéger et ça, c'est le combat de la France au niveau européen.
Parce qu'en face de nous, il y a les États-Unis qui se sont refermés et les Chinois qui ont bâti un outil industriel massif qui aujourd'hui trouve ses débouchés en Europe. C'est pour ça que la France parle de protection européenne.
– Ça veut dire que là, on sent vraiment l'impact des mesures de la guerre commerciale de Donald Trump sur notre industrie, depuis un an ?
– Oui, vous avez la Chine qui a bâti un outil industriel énorme, comme ça. Son marché intérieur, en fait, il n'est pas si dynamique qu'on le dit. Donc, on réduit la taille du gâteau. Les États-Unis se sont fermés, on réduit encore la taille du gâteau. Sauf que la Chine produit toujours comme ça. Et donc, elle envoie ce qu'on appelle des surcapacités asiatiques et face à lesquelles il faut répondre. La France a poussé au niveau européen. Vous avez vu sur l'acier, depuis le 1er juillet, il y a des mesures de protection sur l'acier parce que l'Asie produisait cinq fois l'équivalent de ce que peut consommer le marché européen.
– Donc, des mesures de préférence européenne.
– Des mesures de protection européenne, d'une part. Et nous poussons, dans un texte qui s'appelle le texte sur l'accélération industrielle au niveau européen, des mesures de préférence européenne. Préférence européenne, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l'argent public des Européens doit aller à l'industrie européenne. – Sur quel secteur ? – Sur le secteur de l'automobile, sur le secteur de l'acier, notamment des aciers décarbonés, sur le secteur du ciment, sur le secteur de la chimie, sur les secteurs des industries vertes qui sont en croissance dans notre pays. J'en oublie sans doute certains.
Moi, je pense que si on peut avoir beaucoup de secteurs qui vont dans cette dynamique et qui disent que quand, sur un marché public, entre un produit qui est made in Europe et un produit qui est made in China, on doit avoir une préférence européenne.
– Et quel est l'état du débat européen sur, justement, cette future préférence européenne ? Est-ce qu'il y a des États membres qui bloquent, notamment l'Allemagne ? – Aujourd'hui, tout le monde dit
qu'on est pour la préférence européenne. Simplement, nous, on dit la préférence européenne, c'est l'Europe des 27. Et certains disent la préférence européenne, c'est l'Europe des 27 plus plus de 80 pays avec lesquels nous avons des accords de libre-échange. Donc, ça veut dire aller expliquer, moi, je ne vais pas aller expliquer aux gens que je croise sur le marché à Chalon le dimanche matin que le made in Europe, c'est le made in Korea. Ça peut peut-être être compréhensible par un habitant allemand, et encore, je n'en suis pas certain, mais ça ne l'est pas par un habitant de Chalon-sur-Saône ou de Mont-Saône-les-Mines dans mon département.
Donc, il faut faire quelque chose de compréhensible, de clair. C'est ce que pousse la France. Le made in Europe, c'est le made in Europe. Il y a des règles spécifiques pour l'Europe parce que l'argent des Européens va aux Européens.
– Donc, en gros, c'est l'Allemagne qui veut préserver ses capacités exportatrices ?
– L'Allemagne est très exportatrice, mais son modèle, il évolue aussi, il doit évoluer. Je veux dire que l'Allemagne, elle est confrontée à un marché chinois qui n'est plus du tout celui qui y était il y a 10 ou 15 ans. Et je pense que nous avons tous, au contraire, très intérêt à développer le premier marché mondial qui est l'Union Européenne avec 450 millions de consommateurs avec un fort pouvoir d'achat.
– Une question d'actualité sur un secteur industriel, en particulier sur l'industrie du papier, puisque le tribunal de commerce de Toulouse a donné hier trois semaines supplémentaires à l'industriel Mathieu Pigasse pour financer son offre de reprise de l'entreprise Fibre Excellence. L'usine de pâte à papier, notamment de Saint-Gaudens en Haute-Garonne, emploie 600 personnes. Cette usine, elle est à l'arrêt depuis avril. Est-ce que le projet de Mathieu Pigasse est un projet sérieux, selon vous ?
– Écoutez, d'abord, votre question, elle me permet quand même un peu de clarifier la situation, parce que j'entends depuis des jours un certain nombre de choses sur « l'État doit être au rendez-vous ».
– Des critiques, alors, pour expliquer, notamment des critiques de Carole Delga, la présidente socialiste de la région Occitanie, qui trouve que l'État n'est pas assez présent dans ce projet de reprise de Fibre Excellence. – Écoutez, moi, j'ai trop de respect
et d'amitié pour Carole Delga pour vouloir polémiquer avec elle. – D'ailleurs, j'ai entendu certains de ces propos qui m'ont blessé personnellement et je ne reviendrai pas dessus. Mais la vérité, c'est quoi ? C'est que depuis 2020, l'État a déjà mis presque 100 millions d'euros pour accompagner Fibre Excellence, depuis 2020. Ensuite, depuis cette crise, il n'y a pas un jour qui passe sans que la question de Fibre Excellence n'arrive sur mon bureau et sans que je m'en préoccupe. Et d'ailleurs, personnellement, je me suis engagé, je suis allé chercher des industriels.
J'ai monté des rendez-vous personnels avec plus de 10 industriels pour essayer qu'ils reprennent ce projet avec un regard industriel et avec des fonds privés. L'État, dans la perspective de la reprise, grosso modo, est déjà prêt à mettre sur la table entre la hausse du prix de l'électricité plus 60 millions, entre l'écrasement de dettes, on va écraser des dettes pour 60 millions, on va faire un prêt de 5 millions d'euros supplémentaires, on est déjà presque à 150 millions d'euros parce que je passe encore sur d'autres mesures qui sont proposées. Les régions, collectivités locales, sont prêtes à mettre 16 millions en direct et puis avec des fonds d'investissement. M.
Pigasse, aujourd'hui, me demande encore 80 millions d'euros et lui met 5 millions d'euros sur la table. Donc moi, je dis à M. Pigasse, je suis tout à fait prêt à accompagner ce projet, il n'y a pas de problème, mais on ne peut pas avoir 5 millions d'euros de M. Pigasse et pratiquement 200 millions d'euros uniquement d'argent public injecté dans ce projet. Je pense qu'il faut un peu équilibrer les choses. Si on veut vraiment sauver Fibre Excellence, on le fait en venant en investisseur. Les 5 millions, très honnêtement, sur près de 200 millions qui sont demandés au pouvoir public au sens large, je trouve que c'est un peu déséquilibré.
Donc finalement, ce n'est pas une offre de reprise sérieuse, c'est une offre de reprise d'affichage ?
C'est une offre de reprise en construction, il faut que M. Pigasse, s'il veut sauver cette entreprise, qu'il y mette les moyens. Mais on ne peut pas juste dire je mets 5 millions et je demande 200 millions au pouvoir public.
Le message est passé. Merci. M. Pigasse a trois semaines pour peaufiner son offre de reprise.
Je suis prêt, bien évidemment, avec mes équipes, à recevoir les équipes de M. Pigasse pour affiner les choses.
Merci beaucoup. Merci. Sébastien Martin, ministre délégué en charge de l'industrie, de nous avoir éclairé, notamment sur cette opération Notre-Dame et ses 150 projets industriels stratégiques qui vont être accélérés.
Sébastien Martin