Nicolas Dupont-Aignan : "L'union des patriotes et des Républicains est la seule alternative possible"
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Et c'est ça la radio, l'invité de France Inter jusqu'à 9h et député de l'Essonne, président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, bonjour. Bonjour Nicolas Demorand. Le président de la République a annoncé hier qu'il serait fait mention de la Corse dans la Constitution, mais il a refusé la co-officialité de la langue corse ainsi qu'un statut de résident comme le réclamaient les nationalistes. Accéder à une reconnaissance symbolique et en même temps réaffirmer avec fermeté les valeurs républicaines, est-ce que l'équilibre est bon pour le souverainiste que vous êtes ?
Oh, je suis un républicain gaulliste social. Je crois que le président a eu raison de dire très clairement non sur la co-officialité de la langue corse et sur le statut de résident qui reviendrait à créer une région identitaire qui met fin à l'égalité des citoyens. En revanche, je crois que les nationalistes, je les appelle d'ailleurs les indépendantistes puisqu'ils avancent masqués, ne seront pas dupes de l'affaire du statut corse qui, à mon avis, est inutile. Parce que si on commence pour la Corse à faire un article dans la Constitution, après il va y avoir l'Alsace, la Bretagne, le Pays Basque.
Inutile ou dangereux, Nicolas Dupont-Léan ?
Je pense qu'actuellement cela paraît inutile, mais qu'une fois que ce sera mis, on aura un engrenage de séparatisme. Or, la France s'est constituée dans le temps sur l'idée d'une unité. Cette unité doit respecter les identités. Donc moi, je n'ai jamais été un Jacobin pur et dur au sens, par exemple, que j'ai toujours pensé que la langue corse devait pouvoir s'épanouir, qu'il était absurde de radiner sur le nombre de professeurs en Corse. Je crois qu'il faut savoir lâcher des choses, parce que je comprends que les Corses puissent être attachées à leur culture.
Mais vous n'êtes pas Girondins, pardon pour autant.
Non, parce que je pense que, d'abord, les Corses, d'une manière générale, attendent autre chose. Je pense que les indépendantistes ont gagné en Corse parce que le personnel politique local était nul, que les vieux partis étaient corrompus. Et je pense que les nationalistes et les indépendantistes se trompent un peu. ils prennent leur victoire pour une sorte de mandat de libération nationale, alors même que les Corses les ont élus pour se débarrasser d'une classe politique vermoulu. Ils ont un achat d'accaché.
Ils ont un achat d'accaché.
Et ils veulent mettre sous pression la République, en demandant des choses impossibles, pour se faire passer pour des martyrs. Je pense que ni l'ensemble des Corses ne sont dupes. Je pense qu'à chaque fois qu'il y a eu un référendum, les Corses ont dit non à la tentation de l'indépendance. Ce sera aux Corses de décider s'ils le veulent. Moi, je suis très confiant à la condition que l'État soit ferme. Mais qu'en même temps, on développe cette île magnifique et qu'on lui donne les moyens de se développer.
Donc, bonne attitude pour Emmanuel Macron sur cette ligne de crête.
A la condition que l'on n'aille pas loin dans cet article sur le particularisme. Je me méfie quand même un peu parce qu'Emmanuel Macron nous a habitués à des postures et à des discours de fermeté suivis d'actes de mollesse.
La Cour des Comptes ne croit visiblement pas au macronisme économique. Un pari sur le retour de la croissance, dit la Cour en substance, a supplanté les économies nécessaires à la réduction durable des déficits. En disant ça, la Cour des Comptes fait de la comptabilité, d'après vous, ou de l'idéologie ?
La Cour des Comptes regarde les choses en face. Simplement, la question, ce n'est pas de faire le bilan. Il est sûr que Macron ne résoudra pas le problème économique français. Pourquoi ? Parce qu'il ne traite pas les causes. C'est-à-dire ? Parce que les baisses d'impôts qu'il a effectuées, c'est une récompense pour les 3000 familles qui ont voté pour lui, qui ont donné tous les moyens pour son élection. C'est-à-dire que la baisse d'impôts, les 5 milliards, favorise une oligarchie financière. Vous croyez encore au mythe des 3000 familles ? Là, c'est très clair, ce n'est pas un mythe. C'est que tous ceux qui l'ont aidé à être président sont servis.
Baisse de l'impôt sur le capital, suppression 30% plancher au plafond à 30%, etc. Il est entre les mains d'une plutocratie. Oui, tout à fait, qui sert ses intérêts. Et ce que je regrette, c'est qu'au même moment, ils s'attaquent au pouvoir d'achat des Français, qui font la consommation, hausse de la CFG monstrueuse sur les retraités, multiplication des taxes, attaque sur les fonctionnaires. Mais il y a pire encore. Ce que je regrette, c'est que l'argent qu'ils donnent, les 5 milliards aux grandes familles, ne permettra pas le développement local des entreprises. J'entends dire que Macron est pro-business. Mais cette année, en 2018, les charges sur les PME vont augmenter.
Le CICE va être réduit. Cela veut dire que, moi, je suis prêt des baisses d'impôts, et je les ai recommandées, mais s'il y a une condition, si vous investissez en France, admettons, supprimez les SF, ce que j'avais proposé à la présidentielle, que si vous investissez en France. C'est-à-dire que j'aimerais que les baisses d'impôts soient ciblées. Or, ce que je regrette avec Macron, c'est que ces baisses d'impôts ne sont pas ciblées. Et ne favoriseront pas la lutte contre le chômage.
Suppression, attendez, juste, tout de même, suppression de la taxe d'habitation, baisse des cotisations sociales, revalorisation de l'allocation handicapée, à venir peut-être des heures supplémentaires désocialisées, comme l'a dit le Premier ministre avant hier soir. Il y a quand même des contre-flotteurs. Il y a des contre-flotteurs. Au pouvoir de la plutocratie que vous dénoncez ce matin.
Sauf que, si vous regardez les chiffres, et je sortirai lundi, nous sommes en train de le tester, un site internet, la facture, la vraie facture de Macron, si vous regardez très précisément la hausse de ta taxe sur l'essence, de la taxe sur l'électricité, du forfait hospitalier, de la taxe sur le fioul, bref, toutes les hausses compensent pour les salariés, les baisses de cotisations sociales, les taxes d'habitation. Et pour les retraités, c'est un massacre. J'ajoute un autre point. Pourquoi il échouera, malheureusement, sur le plan économique ? Parce qu'il ne veut pas traiter la question des travailleurs détachés. Les statistiques sont sorties. Les statistiques sont sorties. Je les ai là.
516 000 travailleurs détachés. Une augmentation de 46% en 2017. 46% en 2017. Et il y a eu 180 000 emplois marchands créés en 2017. Ça, c'est bien. D'ailleurs, c'est le fruit de la baisse du CIC, de la baisse des charges. 180 000 emplois créés. Vous savez combien il y a eu d'emplois de travailleurs détachés créés ? 160 000. Cela veut dire qu'il y a un retour de croissance. Tant mieux. Je m'en félicite. Mais que ça profite à des travailleurs qui ne payent pas les cotisations sociales françaises.
Ça ne profite pas à la France et aux Français. Ça ne profite pas aux Français. Les deux points de croissance.
Mais malheureusement, non. Le chômage ne baisse pas. Et d'ailleurs, je lui ai dit au président Macron, comme je l'avais dit au président Hollande, oui aux baisse de charges, oui à la rigueur à la suppression de l'ISF, mais de grâce, faites en sorte que produire en France il y a un bonus fiscal. Faites en sorte que les travailleurs détachés payent les charges sociales françaises. Tant que vous ne réglerez pas ce problème, vous aurez une fuite de l'emploi vers des nouveaux esclaves. Et je ne peux pas l'accepter.
La baisse du drastique, tout de même, enfin le déficit commercial de la France, voilà, je retrouve mes mots, qui s'est creusé de près de 29% à plus de 62 milliards d'euros. Et donc pour vous, intimement lié au mécanisme que vous venez de décrire, nous avons magnifiques industries, mais elles ne sont pas compétitives.
Tous les gouvernements, mais d'ailleurs ce n'est pas une critique que je fais simplement à Macron, il accentue en fait la politique du passé. Tous les gouvernements de droite et de gauche sous l'idéologie de Bruxelles croient qu'il suffit de baisser les impôts pour les plus riches ou pour les entreprises sans cibler l'effort. François Hollande a donné 40 milliards de baisse de charges aux entreprises. Il fallait le faire, mais il n'a pas ciblé à la condition d'investir dans le pays. Donc comme les entreprises ont intérêt à produire ailleurs ou à importer de la main d'oeuvre bon marché qui ne paye pas les charges sociales en France, eh bien qu'est-ce qui se passe ?
Nous avons toujours du chômage, même s'il y a de la croissance. C'est quand même absurde. Tous les pays du monde aident à produire dans leur pays. C'est ce qu'avait demandé Montebourg, c'est ce que j'avais demandé. C'est quand même pas difficile à le faire. Simplement, évidemment, il faut remettre en cause le totem bruxellois, c'est-à-dire permettre à la France de favoriser ses entrepreneurs, ce que font d'ailleurs les Allemands en douce, en complète contradiction avec les règles de Bruxelles, mais ils le font discrètement.
Comment décririez-vous la France d'Emmanuel Macron ? Sur le plan régalien, en politique étrangère, la France n'est-elle pas redevenue, tout de même, Nicolas Dupont-Aignan, une puissance stable, notamment en Europe ?
Non, c'est du pipeau intégral, c'est de l'image. Pipeau ! Pipeau, complètement. Est-ce que la France a supprimé les sanctions contre la Russie, qui sont totalement iniques ? Non. Est-ce que la France a vraiment changé de politique en Syrie ? Pas vraiment. Est-ce que la France a vraiment tapé du poing sur la table en Europe ? Non. Il a perdu tous les arbitrages face à Mme Merkel. Alors, Macron a restauré la fonction présidentielle. Ça, c'est vrai. Il a un fonctionnement plus digne que son prédécesseur, que ses prédécesseurs à la rigueur, si on dit globalement. Mais, dans les faits, si vous regardez les faits, la réalité des faits, sur la sécurité, rien. Sur l'immigration, absolument rien.
La police du quotidien, c'est rien pour vous ? C'est rien. Ça ne sert à rien.
Mais c'est du pipeau intégral. Allez voir les policiers. La justice est toujours aussi laxiste. Rien n'a changé. On va mettre le téléphone, oui, dans les cellules des voyous. Ils auront le téléphone. Alors que les gardiens ont été chargés par les CRS qui se font agresser. Et Mme Belloubet, garde des Sceaux, a même osé donner une prime à l'agression. Le mépris pour les forces de police, pour les pompiers, pour les gardiens de prison qui se font agresser au quotidien dans notre pays est resté le même. Donc le pays part à volo, à vous entendre. Non, je n'ai pas employé cette expression.
Il y a un décalage absolument impressionnant entre l'image, la propagande, je parle même de propagande, jamais vue, et la réalité de ce que souffrent les Français de leur souffrance quotidienne, notamment des zones rurales complètement abandonnées. Tout va pour les mêmes. la petite caste, la classe sociale, c'est un pouvoir de classe. Propagande ? Propagande, oui. Il suffit d'écouter les médias français. Tout est bien. Macron est formidable. Mais non. A longueur de journée. A longueur de journée. La réalité est différente. Je ne sais pas quelle radio vous écoutez, mais en tout cas...
Quand je vois dans mon département les emplois aidés supprimés, 150 000 emplois aidés supprimés pour les plus faibles, l'APL réduite, la loi travail qui s'applique avec les charrettes de licenciement, j'avais un ouvrier dans une... dit Nicolas Dupont-Aignan.
Je ne cherche pas à me justifier,
je dis juste que les choses ont été dites. Alors ça ne se voit pas chez les bien-pensants à Paris. J'avais un ouvrier qui est venu à ma réunion publique à Toulouse. Je vais vous dire ce qu'il m'a dit. Il vient à la réunion de Debout la France. On n'a jamais eu autant d'adhérents. Ouvrier notamment. Il vient me voir, il me dit, vous savez, depuis qu'il y a la loi travail, mon patron m'a dit, c'est très simple. Tu sais, le licenciement, c'est facile. Il y a un barème. Il y a un barème. Sur les oubliés de la France, c'est-à-dire ceux qui ne vivent pas dans les centres-villes, qui ne sont pas dans les métropoles, qui ne sont pas les bien-pensants du pays.
Simplement, ils ne disent rien parce qu'ils n'ont pas d'espoir politique. On cherche à leur donner la parole,
en tout cas. On cherche à leur donner la parole, Nicolas Dupont-Aignan. Mais je me demande si ce que vous ne critiquez pas au fond, c'est la rupture avec le déclinisme, avec la mélancolie du c'était mieux avant, le passé de notre pays et notre avenir. Pas du tout. Tout ça, ce discours-là
mais rayer de la carte pour ceux qui s'en mettent plein les poches, les profiteurs, les grandes fortunes. Non, moi, au contraire, on a un projet, justement, pourquoi on a autant d'adhérents alors que j'ai été traîné dans la boue pour mon accord du second tour ? Pourquoi Debout la France n'a jamais connu autant d'adhérents ? Pourquoi les codes de popularité sont bonnes ? Il faut reconstruire l'opposition. Vous avez raison sur un point. Ça ne sert à rien de critiquer Macron. Là, vous me demandez ce que j'en pense, je vous dis ce que j'en pense. Mais ça ne suffit pas. Les Français attendent une alternative sérieuse et notamment positive. Or, je crois que nous sommes un grand pays.
Je crois que nous pouvons agir autrement mais il faut relocaliser les entreprises. Il faut donner du pouvoir d'achat. Il faut contrôler nos frontières. Il faut faire cesser l'insécurité. C'est des choses simples mais il faut traiter les causes des problèmes. Et vous savez, la com pour la com, à un moment, ça passe.
On est ensemble jusqu'à 9h, Nicolas Dupont-Aignan. Vous avez la parole, amis auditeurs d'Inter. 01-45-24-7000. Encore beaucoup de questions à vous poser. La revue de presse.
Nicolas Dupont-Aignan