Nathalie Arthaud - La Grande Interview - Moi, Président
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 77 %Attaque 18 %Défensif 5 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 10:55OuverteRéponse directe
Si vous étiez présidente aujourd'hui, qu'est-ce que vous feriez ?
- 12:04RelanceRéponse partielle
Cette guerre en fait, c'est la faute de la Russie ou c'est la faute de l'Occident ?
- 15:51OuverteRéponse directe
La guerre, aujourd'hui, est aux portes de l'Europe. Est-ce que vous êtes inquiète ?
- 17:33OuverteRéponse directe
Est-ce que vous craignez les conséquences de la guerre sur le pouvoir d'achat des Français, notamment ?
- 18:15OuverteRéponse directe
Selon vous, Macron a bien fait d'essayer de négocier avec Poutine ?
- 18:50OuverteRéponse directe
Les sanctions qui ont été annoncées et qui vont être vraisemblablement renforcées, c'est normal, vous approuvez ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 12:15InvitéFait
« Cette poudre-là qui a été accumulée, elle a été accumulée comment ? Ça a été en fait des dizaines d'années où il y a eu en effet, depuis en fait l'éclatement de l'Union soviétique, une pression militaire de plus en plus importante de l'OTAN, qui là ceinture maintenant l'Union soviétique. »
- 13:44InvitéFait
« une des premières mesures que Lénine a prises, c'est le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Et les Ukrainiens s'en sont saisis pour créer cette République socialiste d'Ukraine. »
- 15:46InvitéFait
« Moi, je pense que ni Poutine, mais ni Biden, finalement, ne représentent les intérêts des populations. »
- 17:42InvitéFait
« D'ailleurs, apparemment, le pétrole déjà flambe. »
- 19:32InvitéFait
« Je sais que, par exemple, le prix des produits de première nécessité du pain a été multiplié, là, en une nuit, en Russie même. »
- 22:12InvitéFait
« Il y a dix ans, il a fui la Syrie. Il y a dix ans, il a déjà été chassé de la Syrie par les bombes et par la guerre. Il se retrouve en Ukraine. »
- 22:55InvitéPromesse
« C'est un effort militant. »
- 32:25InvitéPromesse
« Moi, en ce moment, face à la flambée des prix, je pense qu'il faut augmenter de façon conséquente les salaires de 300, de 400, de 500 euros. »
- 32:36InvitéChiffre
« En mai 68, le SMIG, c'était le SMIG à l'époque, a été augmenté de 35 %, 35 %, vous voyez ? »
- 39:13InvitéChiffre
« les plus grandes fortunes, alors, elles ont dépassé les 100 milliards. »
- 39:19InvitéFait
« Le plus riche de France, c'est Bernard Arnault. Mais on pourrait en dire autant de Pinot, de Muliez, etc. »
- 39:25InvitéChiffre
« Mais lui, il touche deux SMIC à la minute. »
- 39:33InvitéChiffre
« Tous les profits des grandes entreprises ont flambé. Alors, ces Stellantis, je crois qu'ils sont autour de 13 milliards. »
- 42:49InvitéPromesse
« Alors, moi, je pense que 2 000 euros minimum, c'est pour vivre. »
- 48:47InvitéFait
« Vous vous rendez compte, il démarre à 1 700 euros net, puis bon, y compris quand on a de l'ancienneté, l'écart se creuse avec ce qui se passe dans le privé à même diplôme équivalent. »
Temps de parole
- Invité88 %
- Présentateur8 %
- Nathalie Arthaud5 %
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C'est bienvenu dans le studio du groupe Miss Matin pour cette grande interview dans le cadre de notre dispositif Moi Président. Alors cet après-midi c'est Moi Président puisque nous accueillons Nathalie Arthaud, porte-parole de lutte ouvrière et candidate à l'élection présidentielle. Bonjour Nathalie Arthaud. Bonjour. Nathalie Arthaud, nous sommes ensemble pendant 45 minutes. Nous allons vous interroger avec Lionel Paoli, reporter politique du groupe Miss Matin. Cette interview est à suivre en direct sur nos réseaux sociaux, Facebook, Twitter, Twitch et YouTube. Nous allons évidemment démarrer par le principal sujet d'actualité, la guerre en Ukraine, Lionel Paoli.
Oui, bonjour Nathalie Arthaud. Si vous étiez présidente aujourd'hui, qu'est-ce que vous feriez ?
Moi je chercherais à m'appuyer sur les populations pour évidemment éviter un éventuel bain de sang. Et en tout cas je ferais le contraire de ce qui se passe aujourd'hui où finalement dans un camp comme dans l'autre, il y a l'exacerbation du nationalisme. Donc moi ce qui me révolte le plus dans ce qui se passe là-bas, c'est que finalement des femmes et des hommes qui ont vécu entre mêlées, qui sont en fait, la plupart sont russophones en Ukraine, qu'ils soient à l'est, qu'ils soient à l'ouest. Enfin, il y a des mélanges, des mélanges.
Et là on est en train finalement, Poutine d'un côté évidemment, et puis de l'autre côté, du fait des rivalités, du fait de cette pression là de l'Occident sur l'Ukraine, et bien ils sont en train donc de dresser finalement les populations les unes contre les autres. Et ça c'est criminel en fait.
Alors on a l'impression que vous renvoyez un petit peu les deux camps l'un face à l'autre. Cette guerre en fait, c'est la faute de la Russie ou c'est la faute de l'Occident ?
C'est clairement Poutine qui a mis le feu à la poudrière, mais cette poudrière, cette poudre-là qui a été accumulée, elle a été accumulée comment ? Ça a été en fait des dizaines d'années où il y a eu en effet, depuis en fait l'éclatement de l'Union soviétique, une pression militaire de plus en plus importante de l'OTAN, qui là ceinture maintenant l'Union soviétique.
La Russie, oui mais justement parce que quand on compare justement les cartes entre ce qui existait avec l'Union soviétique et toutes ces démocraties populaires qui appartenaient finalement à la sphère d'influence de l'Union soviétique et ce qui existe aujourd'hui, ce qu'on voit c'est que la pression s'est exercée de plus en plus grandement sur la Russie. D'ailleurs c'est ce que Poutine...
Vous êtes un peu comme Vladimir Poutine, vous regrettez l'époque de l'Union soviétique ?
Pas du tout, pas du tout. Poutine, je combats tout ce qu'il représente. Tout ce qu'il représente, c'est un régime qui est autoritaire, ultra-nationaliste, qui est dictatorial et là on voit qu'il est prêt effectivement à commettre un bain de sang. Et d'ailleurs j'ai écouté le grand discours que Poutine a fait pour justifier l'invasion de l'Ukraine.
Avec beaucoup de références historiques.
Avec beaucoup de références historiques, notamment une qui m'a particulièrement marquée, c'était celle qui a été faite vis-à-vis de la politique de Lénine. Cette politique de 1918 qui a fait naître précisément la République socialiste d'Ukraine. Parce que la politique des révolutionnaires, dont moi je réclame, je suis communiste et je me réclame de cet héritage politique-là, eh bien une des premières mesures que Lénine a prises, c'est le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Et les Ukrainiens s'en sont saisis pour créer cette République socialiste d'Ukraine. Donc vous voyez que moi, mon fil conducteur, ce n'est pas la prison des peuples.
Ce n'est sûrement pas les annexions, ce n'est sûrement pas cette politique guerrière. C'est tout le contraire. Donc évidemment, je ne considère pas que Poutine représente en quoi que ce soit, ni les intérêts des populations d'Ukraine, ni d'ailleurs de la population russe.
Mais je tiens à dire qu'il y a un engrenage, un engrenage qui est en cours, mais déjà depuis des années et des années, on l'a vu en 2014 déjà avec l'affaire de la Crimée et puis l'apparition de ces républiques séparatistes, mais un engrenage qui effectivement a été là, en l'occurrence, conduit par les puissances occidentales, l'OTAN et derrière elles, bien sûr, les États-Unis, qui ont y compris disposer des bases militaires, des missiles à grande portée, mais aux portes de la Russie. Alors voyez, imaginez une seconde, une seconde, que la Russie fasse de même à la frontière des États-Unis, au Mexique ou au Canada, installe des bases militaires.
Vous croyez que cela ne serait pas vécu par les États-Unis comme une agression ? Bien sûr que si, bien sûr que si. Donc voilà, il faut comprendre les raisons profondes de cette situation-là. Moi, je pense que ni Poutine, mais ni Biden, finalement, ne représentent les intérêts des populations. Cette guerre, elle est subie de bout en bout par la population de la région. Et encore une fois, moi, c'est ça qui me révolte. Cette guerre, elle n'est pas faite pour les peuples.
Et si j'insiste autant sur la responsabilité, effectivement, des puissances occidentales, c'est qu'ici, ici, aujourd'hui, en ce moment, on cherche en fait à nous embrigader dans cette guerre, dans ce camp-là, justement, dans ce camp-là. Si ce n'est pas un embrigadement physique, c'est en tout cas un embrigadement moral, moral et peut-être financier demain. Donc voilà, je tiens à dire que non, aucun des deux camps ne représente les intérêts des travailleurs de là-bas et de la population de là-bas, ni d'ici.
La guerre, aujourd'hui, est aux portes de l'Europe. Est-ce que vous êtes inquiète ?
Oui, je suis inquiète. Je suis inquiète parce que oui, elle peut dégénérer. Parce qu'on sait comment l'engrenage se met en place, on comprend la logique et puis ensuite, eh bien, on ne sait pas où ça peut aller, tout ça. On ne sait pas. Voilà. Donc oui, oui, ça m'inquiète énormément. Et ces bruits de bottes, qu'on sent monter. Mais vous savez, alors là, on parle de la Russie, mais regardez comment aussi on chauffe finalement la population et il y a une ambiance belliqueuse vis-à-vis de la Chine aussi, vis-à-vis de la Chine. Voilà.
Là, on n'est pas dans une ambiance belliqueuse, on est dans une attaque en règle par la Russie.
Oui, mais je parle de cette ambiance qu'on vit depuis déjà plusieurs mois, où finalement, la guerre économique, qui est menée dans le cadre de ces rivalités capitalistes, parce que c'est comme ça qu'il faut les appeler, eh bien, vous voyez, c'est aussi cette guerre économique-là qui nous conduit à l'étape suivante. Et c'est toute cette ambiance-là, moi, que je rejette. Mais je pense, moi, je fais partie de cette tradition des révolutionnaires qui, effectivement, a repris, qui a à cœur la grande phrase de Jaurès, c'est que le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage. Oui, c'est une réalité.
Est-ce que vous craignez les conséquences de la guerre sur le pouvoir d'achat des Français, notamment ? Oui, bien sûr. Bien sûr. D'ailleurs, apparemment, le pétrole déjà flambe. Donc, il va y avoir des répercussions, bien sûr, internationales, auxquelles nous n'échapperons pas. Et comme toujours, ça sera les plus petits, les plus en difficulté, qui le subiront de plein fouet. Oui, mais bien sûr, bien sûr qu'on peut le... D'ailleurs, Emmanuel Macron, en gros, l'a déjà annoncé. Ça sera de nouveaux sacrifices, etc., etc. Bon, et bien, c'est raison de plus pour dire, non, cette guerre-là, ce n'est pas... Elle n'est dans l'intérêt d'aucun travailleur d'Europe.
Donc, il faut la rejeter, pas marcher dedans.
Selon vous, Macron a bien fait d'essayer de négocier avec Poutine ?
Mais ce qu'on voit, c'est que Macron, il n'a aucun poids. Mais aucun poids ! Voilà, c'est... Je sais bien que la France essaye de jouer des coudes et puis d'être autour de la table quand il y a des conflits mondiaux. Mais la réalité, c'est que c'est un pays, voilà, c'est un impérialisme de seconde zone qui compte très peu, en réalité. C'est, bien sûr, Biden et les États-Unis qui prennent la danse.
Les sanctions qui ont été annoncées et qui vont être vraisemblablement renforcées, c'est normal, vous approuvez ?
Non, mais moi, qu'on compte les comptes des oligarques russes en Europe, ici, alors ça ne me pose aucun problème. Ça ne me pose aucun problème.
Il faut saisir les villas et yachts des oligarques sur la Côte d'Azur, à Courchevel, les chalets.
Eh bien, pourquoi pas ? Mais moi, vous savez, je serai pour leur prendre depuis longtemps. Il y a des gens qui dorment dehors. Ça donnerait des perspectives à tous ceux qui galèrent, qui cherchent un logement aujourd'hui. Mais vous voyez, autant, là, très bien, s'il y a un moyen de pression, pourquoi pas l'utiliser ? Mais en revanche, toutes les sanctions qui pourraient se traduire par une aggravation des conditions d'existence en Russie, là, je suis contre. Là, je suis contre. Je sais que, par exemple, le prix des produits de première nécessité du pain a été multiplié, là, en une nuit, en Russie même. Et là, par contre, voilà, là, par contre, je suis contre ces sanctions-là.
Parce que quand on dit sanctions contre la Russie, c'est ce qu'on disait, sanctions contre l'Iran. Et au bout du compte, qu'est-ce qui se passe ? C'est des médicaments que la population ne peut plus avoir. C'est des produits de première nécessité que les plus pauvres ne peuvent plus avoir. Donc, c'est la population qui est abandonnée et livrée à elle-même. Donc, non, je suis absolument opposée à ça.
Vous avez en Ukraine des milliers de personnes, actuellement, qui sont en train de tenter de fuir le pays. Est-ce qu'il faut les accueillir ?
Bien sûr. Bien sûr. Évidemment, vous savez, y compris quand on entend les témoignages de ceux qui fuient. J'ai en tête un témoignage, je crois que c'est ce matin, je l'ai entendu. Donc, c'est une personne qui quittait Kharkov, qui allait vers la Pologne. Bon, il était interrogé, est-ce que vous avez peur des Russes ? Il disait, non, j'ai peur des bombardements, j'ai peur de la guerre. Mais les Russes, ils sont comme nous, ils sont comme moi. Vous voyez ? Donc, lui, voilà, il fuyait la guerre. Et ce que je veux dire par là, c'est que les peuples n'ont rien demandé. Ils sont victimes, ils sont prisonniers, ils sont piégés, ils sont pris en otage.
Pris en otage de calculs impérialistes d'un côté comme de l'autre. Mais encore une fois, balayons devant notre porte. Et il y a, en effet, des visées impérialistes pour les puissances occidentales, il faut le dire. Donc, bon, la population aujourd'hui, elle est victime, elle va chercher un endroit pour se réfugier. Bien sûr qu'il faut les accueillir. Et les accueillir, moi, j'ai été choquée, extrêmement choquée par les déclarations de M. Bourlange aujourd'hui sur l'immigration ukrainienne, qui serait de très bonne qualité.
Mais je trouve que c'est un mépris incroyable, incroyable, vis-à-vis de toutes les travailleuses et les travailleurs immigrés ici, qui triment dur et qui sont, voilà, à qui on ne fait pas de cadeaux. Donc, voilà, j'ai trouvé ça vraiment très choquant.
Donc, pas de distinction pour vous entre les réfugiés ukrainiens et d'autres réfugiés qui tentent d'entrer en France ou qui entrent en France régulièrement ?
Évidemment, non, parce qu'ils ont les mêmes besoins. Ils ont les mêmes besoins. Et vous voyez, il y avait un témoignage d'un homme qui quittait aussi la zone du Donbass avec sa famille. Il racontait son histoire. Il y a dix ans, il a fui la Syrie. Il y a dix ans, il a déjà été chassé de la Syrie par les bombes et par la guerre. Il se retrouve en Ukraine. Pendant les dix ans, il a travaillé, il a fait sa vie. Et là encore, il est chassé par la guerre. Alors, vous voyez, ça, c'est le destin de millions de femmes et d'hommes, en fait, de par le monde aujourd'hui. Eh bien, moi, je ne fais pas de différence. Quels sont leurs besoins ? Quels sont leurs intérêts ?
Eh bien, c'est de pouvoir être accueillis, de pouvoir trouver un coin de terre où ils peuvent être en sécurité, bien sûr.
Madame Arthaud, quelques mots sur la campagne. Vous avez obtenu vos 500 parrainages sans difficulté comme les deux fois précédentes, alors que d'autres candidats galèrent encore. Comment vous avez fait ?
C'est un effort militant. Ce n'est pas sans... Enfin, comment dire ? On a l'impression que tout nous tombe tout cuit.
C'est un travail de réseau ? Oui, bien sûr.
C'est un long travail de fond, de terrain ? Oui, et puis, c'est un travail vis-à-vis de maires, de petites communes qui sont, en fait, des salariés, qui sont des hommes et des femmes des classes populaires eux-mêmes. Ce sont des techniciens, ce sont des anciens ouvriers, ce sont des enseignants. Et vous savez, ils ont aussi les préoccupations, finalement, du monde du travail. Ils ne partagent pas mes idées, sûrement pas à l'entièreté de mes idées. Mais en tout cas, ils comprennent et je pense qu'ils respectent ce que je veux porter dans la présidentielle.
Donc, voilà, je leur suis, moi, très reconnaissante d'avoir eu à cœur de faire vivre ce pluralisme et d'avoir permis à notre voix de se faire entendre. Mais, vous savez, voilà, nous sommes allés discuter avec eux, les rencontrer physiquement. Ça a été des centaines de militants qui ont sillonné le pays. Et, voilà, nous avons fait ce travail. Mais ce n'est pas plus facile pour nous que pour les autres. Simplement, peut-être qu'on a un peu plus d'égards, peut-être, en se déplaçant physiquement auprès des maires que bien d'autres candidats.
Vous avez noté que de nombreux élus appellent à parrainer Éric Zemmour et Marine Le Pen. Est-ce que cette démarche-là vous paraît légitime ?
Alors, moi, ça m'a choquée d'entendre Bayrou expliquer qu'il allait faire une petite réserve de parrainage pour ceux qui ont plus de 10%. Parce qu'au bout du compte, M. Bayrou choisit les futurs candidats à la présidentielle. Alors, on va où, là ? On va vers un système où les politiciens professionnels se choisissent entre eux ? Non, mais, je veux dire, moi, ce système de parrainage, je l'ai toujours dénoncé. J'ai toujours dit que, justement, c'était une responsabilité qu'on faisait porter aux maires, alors même qu'ils subissaient des pressions, y compris des appareils politiques, et que tout ça, c'était à changer. Alors, bon, mais là, face à la situation, la solution, elle est encore pire.
Qu'est-ce qui va se passer demain ? Demain, ils vont choisir entre eux ? Non, mais, voilà, moi, je trouve ça vraiment... Tout ça, c'est très, très loin de la démocratie.
Mais dans l'absolu, si Éric Zemmour et Marine Le Pen ne pouvaient pas se présenter, vous trouveriez ça normal ?
Non, je ne trouverais pas ça normal. Et je pense que... Je ne suis pas pour la censure administrative. Voilà, je suis pour le combat politique. Et je pense, en effet, que ces idées-là, ce ne sont pas les miennes. C'est, d'ailleurs, exactement l'opposé. C'est tout ce que je combats. Mais, justement, c'est un combat politique. C'est un combat politique que l'on doit mener.
Oui. Alors, vous êtes aujourd'hui dans les Alpes-Maritimes où vous aviez obtenu 0,3% des voix en 2017. Ici, vous êtes en terre de mission.
Vous savez, ici aussi, je crois qu'il y a eu, par exemple, les Gilets jaunes. Ici aussi, il y a des grèves. Ici aussi, il y a des salariés, des femmes et des hommes qui essayent de se défendre, qui essayent de réagir, qui essayent de se battre pour leur salaire, pour leur pension de retraite, pour leurs conditions de travail. Donc, je pense que la politique que je porte, elle leur parle. Alors, elle ne se traduit pas forcément en vote. Mais, vous savez, il y a un écart entre le fait de voter, de sélectionner tel ou tel candidat, et le fait de se sentir représenté et d'être touché par une certaine politique et par certains objectifs.
Comment vous l'expliquez, le fait que ça ne se traduit pas dans les votes, justement ?
D'abord, parce que dans le vote, il y a énormément de femmes et d'hommes des classes populaires qui s'abstiennent, parce qu'ils estiment que, de toute façon, les élections n'ont jamais changé leur sort. Et ça, on ne peut pas leur donner tort. On ne peut pas leur donner tort, parce que gauche, droite, ni gauche ni droite, ça a été la même politique. Vous regardez le nombre de lits supprimés dans les hôpitaux, le recul de l'âge de la retraite. La même chose, les suppressions d'emplois, la même chose, ce chantage à la compétitivité, enfin bon, la même chose. Donc, il y a déjà une grosse partie d'abstentionnistes, et puis après, il y a ceux qui jouent le jeu de l'élection.
C'est-à-dire, on vous dit, il faut choisir celui qui sera élu. Alors, comment ça se passe ? Eh bien, on cherche celui qui promet, qui se pose en sauveur suprême, et puis qui est un peu crédible. C'est quand même plus crédible, c'est-à-dire susceptible de passer le deuxième tour, par exemple. Alors, évidemment, immédiatement, moi, je suis mise hors course dans ce processus-là. Et pourtant, je pense et je suis convaincue que mes idées, elles portent, que mes idées, elles touchent et elles renforcent, elles donnent confiance dans beaucoup de femmes et d'hommes du monde du travail. En tout cas, cette politique-là, moi, je pense que c'est...
Elle est très importante, oui, pour tous ceux qui ne se résignent pas.
Pour autant, est-ce que vous avez des soutiens et des relais dans les Alpes-Maritimes et dans le Var ? Vous étiez tout à l'heure dans la vallée de la Roya, chez Cédric Ayrault. Est-ce qu'il vous soutient ?
Non, il ne me soutient pas. Il a invité tous les candidats à la présidentielle, si j'ai bien compris. Voilà. Alors, certains ont fait le choix de ne pas aller le voir, d'autres d'aller le saluer. Parce que moi, effectivement, dans le combat qu'il mène et dans l'action qu'il a eue vis-à-vis des migrants, je le rejoins. Je le rejoins dans ce combat-là. Je le rejoins dans cette idée d'un accueil inconditionnel de femmes et d'hommes en grande souffrance. Oui, je le rejoins. Je me sens solidaire. Donc, effectivement, pour moi, c'était l'occasion d'aller le saluer et finalement de le dire. Maintenant, non, il a ses idées.
Il y a d'autres candidats, je pense, qui iront aussi le voir et répondre aux questions, d'ailleurs, posées par les compagnons d'Emmaüs. Parce que, en fait, ça a été l'occasion pour les compagnons d'Emmaüs d'interpeller les candidats à la présidentielle.
Et Mme Artaud, pour que les choses soient tout à fait claires, est-ce que vous croyez encore qu'une victoire est possible par les urnes ?
Ma victoire ?
Votre victoire. Celle de vos idées ?
Est-ce que moi, je peux être élue présidente de la République ? Je pense que pour que je sois portée au pouvoir, il faudrait qu'il y ait une ébullition, une vague de grèves, de mobilisation. Il faudrait qu'en fait, le monde du travail prenne confiance en lui. Voilà. Et découvre sa force, sa capacité de faire les choses. Parce que vous voyez, ce qui me différencie, moi, de tous les autres candidats, c'est que je dis dans cette élection que les travailleurs, ils sont capables eux-mêmes de changer leur sort. Il ne faut pas attendre de sauveur suprême. En tout cas, moi, je ne me pose pas en sauveur suprême. Je pense que ça n'existe pas. Donc, je dis, nous sommes capables de changer notre sort.
C'est à nous d'aller chercher un certain nombre d'objectifs. Par exemple, la répartition du travail pour qu'il y ait zéro chômeur, des augmentations de salaire. C'est à nous de nous battre pour cela. Alors, évidemment, quand les salariés, les chômeurs, les retraités ne se sentent pas en mesure de se battre et de se faire respecter, ben oui, mon discours, pour eux, bon, il est peut-être beau, mais il n'a pas de réalité. Mais, encore une fois, la situation pourrait changer s'il y avait, encore une fois, des vagues de grèves, une remontée de la combativité ouvrière. Et là, ça pourrait faire des scores plus importants et peut-être, peut-être, peut-être même me porter au pouvoir.
Donc, en 2022, aujourd'hui, vous pensez que vous croyez encore au lendemain qu'il chante ?
Pas le lendemain. Moi, je ne pense pas au grand soir. Je ne crois pas au grand soir et au lendemain. C'est un peu ça que vous décrivez tout de même.
Un mouvement de grève ? Non, un mouvement.
Un mouvement, dans la durée, en effet. Vous savez, le mouvement des Gilets jaunes est très intéressant parce que, bon, il nous a tous surpris. Et on a vu, finalement, une capacité de révolte intacte et de la part d'hommes et de femmes, très éloignés, en fait, de la politique et même très éloignés de toute organisation, de militantisme. Certains n'avaient jamais été syndiqués de leur vie, par exemple. Eh bien, n'empêche. Ils ont essayé de se battre. Pour eux, c'était une évidence, il fallait se rassembler, il fallait s'organiser. Et regardez comment la politisation, finalement, a fait son chemin.
Les revendications de départ et les revendications d'arrivée, ou en tout cas les discours, n'étaient pas les mêmes. Les gens se transforment, les gens se conscientisent au travers de ce genre de mouvement. Moi, j'imagine, effectivement, un mouvement Gilets jaunes multiplié par 100 et, surtout, qui rentre dans les entreprises. Qui rentre dans les entreprises là où les travailleurs ont de quoi se sentir forts. Parce qu'en fait, dans les entreprises, ce sont eux qui produisent toutes les richesses, qui font tourner la baraque, qui produisent les profits, qui produisent les capitaux. Et donc, ils peuvent se sentir forts et ils sont susceptibles de s'organiser et de demander des comptes.
Les syndicats ne jouent plus leur rôle dans les entreprises ?
Je pense que les syndicats, s'il n'y a pas ce rapport de force, s'il n'y a pas une lutte collective, s'ils négocient à froid, eh bien, ils sont condamnés, finalement, à ne rien obtenir. Regardez quand est-ce que les augmentations de salaire les plus importantes ont eu lieu. Elles ont eu lieu quand il y a eu des grèves, des grèves qui se sont d'ailleurs répandues et qui se sont transformées en grèves générales. Moi, en ce moment, face à la flambée des prix, je pense qu'il faut augmenter de façon conséquente les salaires de 300, de 400, de 500 euros. On me dit, mais c'est complètement dingue.
Mais il faut se souvenir qu'en mai 68, le SMIG, c'était le SMIG à l'époque, a été augmenté de 35 %, 35 %, vous voyez ? Alors, ce n'est pas les augmentations, là, qui sont proposées de 2 ou de 3 % qui ne couvrent même pas l'inflation. Donc, vous voyez que, oui, le rapport de force peut, en effet, inverser les choses et faire que le grand patronat lâche un certain nombre de choses. Mais sans cette pression venue d'en bas, eh bien, même les syndicats sont en réalité impuissants.
La gauche est aujourd'hui particulièrement éclatée et à un niveau historiquement faible. Quel regard vous portez sur cette situation ?
Eh bien, moi, je ne suis pas nostalgique de la gauche au gouvernement parce que, je l'ai déjà un peu dit tout à l'heure, mais elle a mené la même politique que la droite et elle a finalement fait tomber les coups aussi durement sur les travailleurs que la droite ne l'a fait. Bon, moi, j'ai en tête Jospin, qui a autant privatisé que la droite. J'ai en tête Hollande. Alors, c'est sûr que, pendant la campagne, la finance, c'était son ennemi. Mais pendant les 5 ans de son mandat, il a servi, la finance. Il a servi et il a, y compris, fait cette fameuse réforme du Code du Travail. Il a fait reculer le Code du Travail. C'était la loi El Khomri. Donc, moi, j'ai manifesté.
Je me suis battue contre ces gouvernements. Alors, je peux vous dire que, voilà, je ne suis pas nostalgique. Il n'y aura pas d'union de la gauche. Moi, je ne le regrette pas.
Mais aujourd'hui, Mme Arthaud, un tiers des Français semblent prêts à voter pour l'extrême droite. Comment vous l'expliquez ?
Je l'explique par un climat. Alors, d'abord, quand vous dites un tiers, vous ne comptez jamais l'abstention. Et attention, cette abstention, il faut la compter. Et même, je rajouterais, moi, à cette abstention, toutes les femmes et les hommes étrangers, les travailleurs immigrés, justement, étrangers, qui n'ont pas le droit de vote. Alors, vous savez, ça fait déjà un bon paquet. Un bon paquet. Et moi, je ne les oublie pas. Je ne les oublie pas parce que, précisément, ils font partie du monde du travail. Et eux aussi, ils peuvent se mettre en colère. Et eux aussi, ils renforceront le monde du travail quand celui-ci se mettra en mouvement.
Mais bon, si on regarde donc les votants, vous avez raison qu'il y a un poids et une influence de l'extrême droite dans le monde du travail, que j'observe aussi. Alors, moi, je relis cette influence-là, justement, à un sentiment de démoralisation et de résignation. C'est-à-dire que quand on ne se sent pas en mesure de demander des comptes à ceux qui s'enrichissent sur notre dos, eh bien, on va taper sur plus pauvre. On va taper sur celui qui est différent, sur celui qui est immigré, sur celui qui est au chômage, etc. Et c'est ça, le vote de Le Pen ou le vote de Zemmour.
C'est de dresser les pauvres les uns contre les autres et de laisser, finalement, le grand patronat et la grande bourgeoisie prospérer sur notre dos. Alors, voilà, il faut réaliser qu'avec ça, on ne peut que reculer. On ne peut que reculer. Et quand j'entends, moi, Zemmour expliquer qu'il faut encore reculer l'âge de la retraite, quand j'entends dire, alors que les grandes fortunes ont été multipliées par deux, là, les cinq grandes fortunes ont vu leur patrimoine être multipliées par deux pendant la pandémie, M. Zemmour considère qu'ils ne sont pas encore assez riches ? Il veut encore baisser les impôts des plus riches ? Mais franchement, alors, voilà, au moins, il a le mérite.
Zemmour, il a le mérite de nous remettre en tête que tous les politiciens qui sont anti-migrants sont aussi farouchement anti-ouvriers, anti-ouvriers, et du côté, en fait, de la grande bourgeoisie. Alors, pour Zemmour, c'est d'autant plus clair que, de toute façon, c'est le candidat direct de la grande bourgeoisie, il a été carrément lui choisi par Bolloré. Bon, au moins, les choses sont claires.
Alors, dans cette émission, nous relayons aussi des questions d'internautes. Une première question de Christian, 55 ans, il habite à Grasse. Nathalie Arthaud, je m'apprêtais à voter pour Philippe Poutou, mais il n'aura sûrement pas ses parrainages et ne pourra pas se présenter. Que pourriez-vous me dire pour me donner envie de voter pour vous ?
Moi, j'ai envie de lui dire que, il faut, dans cette élection, que tous ceux qui ne se résignent pas à cet ordre social aussi inégalitaire qu'injuste, et qui savent que ce ne sont pas les élections qui changeront notre sort d'exploiter, il faut qu'ils se rassemblent, il faut qu'ils se montrent, il ne faut pas qu'ils restent invisibles. Et j'appelle aussi tous ceux qui sont prêts à s'abstenir, mais pour leur dire, attention, l'abstention, n'a pas de signification politique. Si vous êtes révolté, il faut le dire, il faut l'affirmer. L'affirmer, justement, en vous reliant à un camp. Voilà, le camp des travailleurs. Et ce camp des travailleurs, ce n'est pas Nathalie Arthaud.
Ce n'est pas Nathalie Arthaud. C'est d'affirmer cette idée que ceux qui font tourner la société sont légitimes à dire nos intérêts de travailleurs d'abord. Les salaires doivent passer avant les dividendes, les conditions de travail doivent passer avant les sinecures de quelques-uns, les retraites, les retraites, les pensions de retraite doivent passer avant les grandes fortunes. Donc voilà, c'est dire, le monde du travail, il est essentiel. Leurs intérêts doivent passer d'abord et avant tout. Et même, en fait, l'ensemble de la société, elle doit être organisée d'abord, d'abord, pour répondre aux besoins et aux intérêts de ceux qui la font tourner.
Donc c'est tout cela qu'on veut porter dans cette campagne. J'espère qu'effectivement, il aura envie de faire en sorte que ce message soit exprimé. Et moi, j'espère que Philippe Poutou, il a encore une dizaine de jours pour les avoir. J'espère qu'il les aura. J'espère qu'il les aura parce que ça ne nous affaiblit pas. Il a sa voix, il mène sa campagne, y compris avec ses axes, avec des préoccupations qui ne se recoupent pas complètement avec les miennes. Et moi, effectivement, je me concentre sur le monde du travail, à notre habitude, fidèle à nos convictions, le camp des travailleurs. Mais on est complémentaires d'un certain côté.
Donc moi, je souhaiterais plutôt que Philippe Poutou les ait et qu'on soit deux à batailler sur les plateaux si possible. Alors, on va poursuivre sur votre programme, Lionel Paoli.
Absolument. Vous en avez parlé, la volonté de porter le SMIC à 2 000 euros net et d'augmenter tous les salaires d'à peu près 300 euros, minimum 300 euros. La question évidente, comment vous financez tout ça ?
Eh bien, on finance tout ça en allant voir où l'argent, où est-ce que l'argent passe dans cette société. Où est-ce que l'argent passe ? Parce qu'il passe bien quelque part, cet argent. Cet argent-là qui est accumulé à un pôle. Mais vous vous rendez compte, les sommes astronomiques ? Aujourd'hui, maintenant, les plus grandes fortunes, alors, elles ont dépassé les 100 milliards. 100 milliards. Le plus riche de France, c'est Bernard Arnault. Mais on pourrait en dire autant de Pinot, de Muliez, etc. Mais lui, il touche deux SMIC à la minute. Deux SMIC à la minute. Tous les profits des grandes entreprises ont flambé. Alors, ces Stellantis, je crois qu'ils sont autour de 13 milliards.
13 milliards, ils ont vendu moins de voitures, ils ont fait plus de profits. Alors, vous voyez, d'abord, cet argent, c'est le fruit de notre labeur, c'est le fruit de l'exploitation. C'est aussi le fruit, je pense, des subventions publiques qui ont été captées au passage de cette pandémie, du quoi qu'il en coûte. Voilà, c'est le fruit de tout ça. Alors, cet argent, il existe bien quelque part. Alors, moi, une mesure importante que je porte et dont j'espère pouvoir convaincre beaucoup de travailleurs, c'est qu'on devrait avoir le droit d'aller mettre notre nez dans les comptabilités, dans tous les contrats qui sont signés dans les grandes entreprises. Parce que là, précisément, on verrait.
On verrait qu'il y a de l'argent. On verrait où sont les circuits de l'argent, qui se fait les marges. Et on verrait, encore une fois, qu'il y a de l'argent. On verrait qu'il y a de l'argent pour augmenter les salaires, pour porter le SMIC à 2 000 euros nets par mois, pour embaucher aussi, pour répartir le travail. Mais on verrait qu'il y a de l'argent. Parce que moi, voilà, il ne faut pas marcher. Il n'y a pas d'argent, on ne peut pas payer ses salaires, ça fait trop de charges, etc. Mais comment on les paye, ces grandes fortunes ? Comment on les paye, tous ces dividendes ? Quelqu'un se pose la question d'où l'argent sort ? Alors, cet argent, il existe. Il existe.
Alors, il faut effectivement faire la transparence. Donc moi, c'est l'abolition du secret des affaires et la possibilité, pour les travailleurs, d'aller voir les comptabilités.
Mais alors, pardon, entre les travailleurs et les grandes fortunes, il y a un juste milieu. Pour vous, on est riche à partir de quels revenus ?
Mais justement, ce n'est pas la question de la richesse. Moi, je ne me pose pas la question en ces termes, parce que c'est une notion qui est très relative. Moi, je vais vous dire, j'ai eu une discussion sur un marché qui a été une grande leçon politique. C'était un jeune qui avait toujours vécu au RSA et qui m'expliquait que pour lui, le SMIC, c'était être riche. Et ses yeux brillaient. Il n'avait jamais touché le SMIC. Et pour lui, être au SMIC, c'était déjà... Ça aurait été une libération. Pour lui, ça voulait dire être riche. Donc la richesse, c'est une question très relative. Mon problème, ce n'est pas ça.
Mon problème, c'est qu'on a effectivement une grande bourgeoisie qui possède les capitaux et qui a donc le pouvoir sur les grandes entreprises. Le pouvoir de quoi ? Le pouvoir précisément de fixer les salaires. Le pouvoir d'embaucher ou de ne pas embaucher. Le pouvoir même de fermer. De fermer leur entreprise. De mettre la clé sous la porte. Et puis de jeter les salariés, là, comme des Kleenex usagers. Voilà. C'est ce pouvoir-là que je conteste, moi. Et je pense qu'il faut leur prendre ce pouvoir. Moi, je pense que ce n'est pas normal que des multinationales soient dominées, soient gérées par quelques centaines d'individus parce qu'ils sont richissimes.
Je pense que ces multinationales, elles ont été fabriquées, construites. Elles ont pu se déployer, se développer grâce aux labeurs de générations de travailleurs. D'ailleurs, pas que français, mais de travailleurs de par le monde. Et qu'en réalité, ça devrait nous appartenir. Ça devrait être propriété collective, finalement, de l'ensemble du monde du travail.
Oui. Alors, une deuxième question d'internaute. Elle nous vient de René, 72 ans, de Carros dans les Alpes-Maritimes. Que ferez-vous pour nos petites retraites si vous êtes élue ?
Alors, moi, je pense que 2 000 euros minimum, c'est pour vivre. Qu'on soit au travail, qu'on soit à la retraite ou qu'on soit même handicapé. Parce que quand vous allez louer un logement, le propriétaire ne vous demande pas est-ce que vous travaillez, est-ce que vous êtes au chômage, que vous êtes à la retraite, pour adapter le loyer en fonction de vos possibilités ? Non, non. Il ne vous demande pas... Alors, il regarde combien vous gagnez parce qu'il va être sûr qu'on puisse payer. Mais il n'adapte pas son loyer, vous voyez. Donc, moi, j'observe quoi. J'observe que les loyers, ils sont au même niveau qu'on soit à la retraite, qu'on soit invalide, qu'on soit en activité.
Le prix du pain, c'est pareil. Des fruits et légumes, c'est pareil. Il faut 2000 euros pour vivre dignement dans ce pays riche. 2000 euros, c'est un minimum pour moi. Un minimum pour une vie décente. Moi, ça me met très en colère de voir aujourd'hui que des femmes et des hommes qui triment du matin au soir ou qui ont bossé toute leur vie en sont à calculer le moindre centime d'euros, à se dire, « Je ne peux pas m'acheter ce bout de viande. Je ne peux pas m'acheter du fromage cette semaine. » Je ne peux pas. Ça me révolte. Ça me révolte. Et puis, bon, aujourd'hui, c'est même des difficultés pour faire son plein d'essence pour aller au boulot. Mais on marche sur la tête, là.
On marche sur la tête.
Alors, pour entrer un peu dans les détails, certains points de votre programme me semblent-ils assez flous. Vous êtes enseignante, vous voulez créer des postes dans l'éducation. Combien ? Combien de postes ?
Oui, c'est vrai, vous avez raison. C'est flou parce que, justement, moi, je ne vais pas poser à la future présidente de la République. Je sais très bien que dans les circonstances actuelles, je suis à contre-courant, etc. Moi, ce que je propose, c'est une politique et des perspectives pour ceux qui veulent se battre. Pour ceux qui veulent se battre. Et je pense que un des objectifs, c'est en effet qu'il y ait zéro chômeur. Qu'il y ait zéro chômeur. Parce que tout le monde doit pouvoir gagner sa vie. Mais ça, c'est un objectif. Cet objectif, pour moi, il est simple et il est facile, en fait, à atteindre. Parce que, vous l'avez souligné, oui, il manque des bras dans l'éducation.
Il manque des bras dans les EHPAD. Il manque des bras dans les hôpitaux. Alors, qu'est-ce que moi, je proposerais ? Dans une société normalement constituée, voilà, une société qui marche... Si on avait un gouvernement au service de la population, des salariés, de l'écrasante majorité, eh bien, il demanderait aux enseignants combien il vous faut de postes, combien il vous faut d'enseignants supplémentaires. Il nous demanderait à nous. Moi, je suis enseignante. Je peux vous dire de combien j'ai besoin de collègues en plus pour pouvoir travailler en petit groupe, combien on a besoin de CPE, d'AESH.
Vous savez, ces personnes qui accompagnent les jeunes en situation de handicap et qui sont payées aujourd'hui à 800 euros et qui sont en plus précarisées. Moi, je peux vous faire le compte sur mon lycée, en effet, eh bien, qu'on demande à l'ensemble des enseignants qu'on demande dans les transports publics, qu'on demande dans les hôpitaux. Du jour au lendemain, on aurait une liste, sans doute, de centaines de milliers d'emplois à créer. Là, tout de suite, immédiatement. Alors, vous voyez, il y a de quoi, en fait, en créer des emplois. Bien sûr, là, on retourne sur la question avec quel argent ?
C'est là qu'il faut, évidemment, faire la transparence sur les circuits financiers, sur où va l'argent dans cette société.
Mais pour vous, le problème n'est qu'un problème de personnel ? Les problèmes dans l'éducation, le classement de la France au classement PISA qui n'est pas très favorable, ce n'est qu'un problème de personnel ? Je pense que c'est essentiel.
Vous savez, quand on est enseignant, on ne fabrique pas des paires de chaussures. Voilà, il faut s'intéresser à chaque élève, à chaque enfant, à chaque jeune, partir de ce qu'il est et essayer d'attiser sa curiosité, de développer son esprit critique. Ça veut dire s'intéresser à lui. Mais aujourd'hui, on n'est pas capable de faire ça. On n'est pas capable. Vous savez, moi, quand je réfléchis à mon métier, je pense qu'il a beaucoup de points communs à celui des aides-soignantes ou des infirmières. Souvent, j'ai l'impression de faire de la maltraitance. De la maltraitance. Oui, parce qu'on arrive avec des jeunes qui arrivent au lycée le matin en laissant derrière eux.
Enfin, justement, le problème, c'est qu'ils ne laissent pas derrière eux. Mais ils ont une foule de problèmes. Une foule de problèmes. Des problèmes de famille, des problèmes de logement, parfois, des problèmes liés à la misère et à la précarité, en fait. Je parle des quartiers populaires, je ne parle pas des lycées, des centres-villes bourgeois. Mais dans les quartiers populaires, c'est ça. Et moi, je peux vous dire qu'à Aubervilliers, c'est ça.
Eh bien, ces jeunes qui arrivent avec tous ces problèmes qui les rongent et qui font qu'en effet, ils ne sont pas forcément très disponibles, pas forcément très concentrés et même peut-être qu'ils n'ont même pas déjeuné le matin et qu'ils n'ont pas réussi à dormir la nuit. Eh bien, moi, je les soumets à la question, j'ai envie de dire. À la question. Et je leur demande finalement de travailler avec autant d'efficacité, autant de concentration que d'autres. Eh bien, je pense que c'est de la maltraitance. Alors oui, il faudrait pouvoir s'intéresser, travailler en petits groupes, partir de ce que les jeunes sont. C'est ça qui serait une véritable...
C'est ce qui permettrait vraiment à chacun de s'épanouir. Moi, quand j'entends dire « Ah oui, mais il y en a qui ne sont pas faits pour l'école », c'est que l'école, elle n'est pas faite pour eux. Voilà, moi, c'est comme ça que je vois les choses. Parce que des enfants, des jeunes qui ont envie de découvrir des choses, mais voilà, ils sont comme ça. Les enfants, ils ont envie de découvrir des choses.
Alors, toujours sur les enseignants, une question d'internaute. Olivier, 37 ans, la Seine-sur-Mer dans le Var. Anne Hidalgo propose de doubler le salaire des enseignants. Est-ce que vous y êtes favorable aussi ?
Oui, oui, mais pas que des enseignants. Pas que des enseignants.
La rémunération des enseignants, c'est un problème aujourd'hui ?
Bien sûr, c'est un problème. Vous vous rendez compte, il démarre à 1 700 euros net, puis bon, y compris quand on a de l'ancienneté, l'écart se creuse avec ce qui se passe dans le privé à même diplôme équivalent. Donc évidemment, il y a aussi une crise des vocations. Et vous savez, moi je pense à ce qui se passe dans mon lycée, par exemple, à Aubervilliers. On arrive avec, chaque année, des enseignants qui ont été mutés. Des jeunes enseignants. Des jeunes enseignants qui ont été mutés, qui ont appris leurs mutations des fois au mois d'août qui se retrouvent avec des difficultés pour se loger dans la région parisienne.
Et alors, vu leur salaire, si vous voulez, c'est des difficultés qui durent. On en est là. On en est là. Donc, un doublement, alors je sais que ça a fait sourire. Alors, bon, sourire, ça a mis en colère pas mal d'enseignants parce que, bon, moi aussi, parce que la gauche, elle a été au pouvoir. Que ne l'a-t-elle pas fait ? Que ne l'a-t-elle pas fait ? Mais en même temps, d'autres aussi ont rejeté en disant, mais c'est complètement irréaliste, etc. Non, mais sauf que d'oublier le salaire d'un enseignant, ça veut dire qu'on est payé comme en Allemagne. Donc, c'est pas irréaliste. Ça se passe chez nos voisins. Comme quoi, c'est possible. Comme quoi, c'est possible, vous voyez ?
Vous avez pris une position contre la chasse à cour,
mais apparemment, pas spécialement contre la chasse traditionnelle. Celle-là, vous la tolérez ? Je pense qu'il faut l'encadrer. Alors là, surtout au vu des dernières, du drame qu'il y a eu dans le Cantal de cette jeune fille de 25 ans, en plus la chasseuse qui avait 17 ans. Enfin, j'ose pas imaginer ce qui se passe aujourd'hui dans sa tête. C'est deux vies qui sont brisées, en fait. Et donc, je pense qu'il faut encadrer. Il faut encadrer. Et je crois, même si je suis pas une spécialiste, que les armes ont monté en puissance et beaucoup trop, beaucoup trop. Et que maintenant, c'est quasiment des armes de guerre. Donc là aussi, il y a un encadrement à réaliser.
Donc voilà, moi, je suis plus pour l'encadrement et je pense que les choses pourraient se passer bien. Moi, je suis moi-même originaire d'un département rural, la Drôme. j'ai toujours vécu entouré de chasseurs, promener dans les bois avec des chasseurs non loin. Il y a des choses qui doivent être possibles. En effet, on doit pouvoir cohabiter, je le pense.
Il y a un thème qui est peu abordé dans votre programme, c'est le climat. J'ai lu que vous souhaitiez engager une politique concertée, planifiée à l'échelle de la planète. Mais plus concrètement, que faudrait-il faire ?
Moi, je suis pour la planification écologique, il n'y a pas de problème. Je pense qu'il faut planifier et je le développe dans mes meetings ce soir, en meeting à Nice, donc je vais le développer. Mais la planification écologique, pour qu'elle ait un sens, il faut avoir quelque chose à planifier. C'est-à-dire qu'il faut tenir les rênes. Il faut tenir les rênes d'ArcelorMittal, il faut tenir les rênes de Peugeot, il faut tenir les rênes de Michelin, il faut tenir les rênes de Total. Il ne faut pas les laisser faire ce qu'ils veulent.
parce que c'est bien beau de parler de planification écologique, mais si on laisse ces multinationales faire ce qu'elles veulent, et c'est ce qui se passe aujourd'hui, on les laisse faire ce qu'elles veulent, en fait. On planifie quoi ? Rien du tout. Alors moi, je pense que cette planification écologique, elle doit aller de pair avec l'expropriation de ces grands groupes. Il faut qu'on les prenne en main, il faut qu'on arrête avec cette propriété privée, capitaliste, qui finalement crée des chassures gardées, des chasses gardées.
On n'a pas le droit d'aller voir le programme, le plan de développement d'ArcelorMittal, on n'a pas le droit de savoir quels sont les plans de Total, mais enfin, c'est l'avenir de la planète, c'est notre avenir, c'est l'avenir de l'humanité qui se joue là-dedans, c'est eux en fait qui pèsent, qui prennent des décisions, qui engagent toute la société. Donc moi, je pense qu'il faut vouloir l'expropriation de ces grands groupes, et là, oui, on pourrait recenser les besoins, et on pourrait produire en fonction des besoins, ni trop, ni trop peu, mais arrêter avec ce gaspillage, ce marché, cette loi de l'offre et de la demande, cette gabegie, incroyable.
Moi, voilà, dans mon programme, il y a l'idée qu'on arrêterait de fabriquer des yachts qui font 127 mètres de long et qui ne sortent même pas de leur chantier naval, c'est le yacht de Jeff Bezos, il a mis un demi-milliard dedans, alors ils l'ont construit, ils ne savent plus comment le faire sortir du chantier naval, il faut détruire un pont à Rotterdam, enfin bon, c'est de la folie, c'est de la folie, donc on arrête avec ces caprices de riches, on arrête de produire ce qui rime à rien, voilà, de servir ces caprices de riches et les richesses, les richesses naturelles, les moyens de production, on les met au service de l'essentiel, l'essentiel, c'est le logement, c'est le transport public, l'essentiel, c'est de nourrir la planète.
Alors, une dernière question d'internaute sur un thème qu'on n'a pas abordé, la sécurité, question de David, 47 ans de Fréjus, quel avenir pour la police municipale ?
Quel avenir avec Nathalie Arthaud au pouvoir ?
Voilà, c'est ça.
Bon, on ne fait pas...
On voit qu'elles se développent beaucoup, les polices municipales.
Oui, mais moi, bon, ce que je veux dire un peu justement, enfin, je veux dire ma position par rapport à ce tout sécuritaire et à cette crispation-là.
C'est une préoccupation des Français.
Oui, et c'est une réalité et que dans des cités populaires, une bande de trafiquants, de petits délinquants, ça peut pourrir la vie. Ça, je le sais. Ça, je le sais, je connais. Je ne dis pas ça de ma fenêtre de Neuilly. Voilà, non, je vis dans les quartiers populaires, je vis en Seine-Saint-Denis, je sais ce que c'est. Voilà. Mais ce que je pense, c'est que cette fuite en avance sécuritaire et répressive, elle ne rime à rien, elle ne peut pas résoudre le problème parce que le problème, il a des racines sociales. Il a des racines sociales.
C'est en effet, ce chômage de masse, cette précarité, le fait qu'on ne propose rien de constructif à cette jeunesse, qu'on ne lui donne pas sa place, qu'on la marginalise, c'est des frustrations, c'est la marginalisation, c'est aussi ce renvoi, se renvoie à le racisme qui monte. Forcément, ça provoque des réactions de rejet. Mais c'est tout ça qu'il faut changer. Moi, je pense que le problème, un problème social, doit trouver une solution sur le terrain social, du changement de la société. Et là, on pourrait effectivement, peut-être, enrayer cette délinquance et ces trafics en tout genre.
Alors, une réponse en un mot, la plupart des polices municipales sont armées aujourd'hui. Est-ce que vous y êtes favorable ?
Non, je suis contre. Absolument contre. Et d'ailleurs, regardez combien... Vous savez, s'il y a beaucoup... S'il y a... Pourquoi ? Les suicides des policiers sont aussi nombreux. Je crois que c'est aussi lié à ça. Vous voyez ? Parce que... À l'armement des policiers. Mais oui, bien sûr. Bien sûr. Quand on a une arme et qu'on veut se suicider, je peux vous dire que, en général, on ne se rate pas. Donc, oui. Je suis contre. Je suis contre. Je suis contre parce que... D'abord, ça les mettra eux-mêmes en difficulté, en réalité, dans des situations où... Et encore une fois, ce n'est pas ça qui les protégera et qui nous protégera.
Vous êtes bien d'accord sur le fait que le fait d'être armé n'entraîne pas forcément le fait de se suicider et qu'il y a d'autres causes beaucoup plus profondes et beaucoup plus sérieuses que le fait d'avoir une arme ?
Exactement comme la délinquance. Il y a des causes plus profondes. Il y a des causes plus profondes, en effet. Mais vous savez quand même que la plupart des tentatives de suicide échouent. Parce que précisément, voilà, ce n'est pas forcément simple. Mais quand on est armé, c'est plus simple. Et puis, vous savez, on nous dit souvent oui, mais quand même, mais le terrorisme, le terrorisme, je crois que l'antiterrorisme, ce n'est pas de la compétence des polices municipales. Voilà.
Alors, on va terminer sur un registre un petit peu plus léger avec une rubrique qu'on a dans cette émission qui s'appelle Moi, présidente. Trois petites questions très simples, Nathalie Arthaud. Vous, présidente, vous choisissez quel lieu pour célébrer votre victoire le 24 avril prochain ?
Je pense que s'il y avait un nouveau pouvoir, un nouveau gouvernement, des travailleurs qui arriveraient, je pense que ce serait la fête dans tous les quartiers populaires. Je pense que ce ne serait pas la fête à un endroit, ce serait une liesse généralisée. Voilà. Je pense que ce serait une... Beaucoup... On entendrait... Vous savez, un petit peu comme lors des victoires, des matchs de foot aux Coupes du Monde, ça serait ça.
Vous, présidente, qui faites-vous entrer au Panthéon ?
Je pense qu'on pourrait peut-être soumettre cette décision, y compris, pourquoi pas, au vote démocratique. Oui, ça pourrait être un référendum.
Vous, présidente, est-ce que vous passez vos vacances dans le Var au fort de Brégançon ?
Mais moi, présidente, je crois qu'il n'y aura plus de présidence de la République. Donc, peut-être que le fort de Brégançon serait transformé pour des colonies de vacances, par exemple. Ça pourrait être sympa. En plus, il paraît qu'il y a une piscine et il y a plein de trucs. Il y a une salle de ciné.
Elle est toute petite, la piscine.
En tout cas, ça ferait un bon lieu pour des colonies de vacances.
C'est une idée. Merci beaucoup, Nathalie Arthaud.
Je vous remercie.
Merci à tous de nous avoir suivis. Cette interview est à retrouver demain, samedi, dans nos journaux, Nice Matin, Var Matin et Monaco Matin avec les décryptages de nos journalistes. Cet entretien est également à retrouver en replay sur nos réseaux sociaux. Merci à tous et à très bientôt Bonne soirée à tous.
Merci. Écoutez, je vous remercie.
Nathalie Arthaud