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interviewLCP — La Politique et moi (sur YouTube)· 25 mars 2025 14 min

Christophe Bex, le postier de La France Insoumise

Audio original de l'émission.

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il a été postier, délégué syndical à l'université, Gilet jaune et désormais député. Mon invité se revendique de toutes les luttes sociales, mais des luttes qu'il s'efforce de rendre festives. Il siège aujourd'hui au sein du groupe La France Insoumise, ici à l'Assemblée nationale.

Générique Bonjour, Christophe Bex. -Bonjour, merci pour votre invitation. -De rien.

Quelques mois après votre élection en 2022, vous avez posé une question au gouvernement sur les problèmes de pouvoir d'achat des Français. Ca a été l'occasion pour vous de porter dans l'hémicycle le combat que vous avez mené en tant que Gilet jaune. On vous regarde. -Il y a pratiquement quatre ans, jour pour jour, des femmes et des hommes se levaient.

Revêtus d'un gilet jaune, ils et elles occupaient les ronds-points, manifestaient partout en France. Ils ont été insultés, stigmatisés et victimes d'une violente répression. Leur faute, avoir repris et chanté : "On est là, on est là.

Même si Macron ne le veut pas, nous on est là. Pour l'honneur des travailleurs et pour un monde meilleur, même si Macron ne le veut pas, nous on est là." Oui, oui pour un monde meilleur.

Oui pour la possibilité de vivre... -Merci. -Je le disais dans votre présentation, vous qui avez été Gilet jaune, vous vous sentez aujourd'hui investi d'une responsabilité particulière quand vous siégez dans l'hémicycle ? -Disons que par mon parcours, c'est vrai que je n'étais pas programmé pour être député.

Je suis devenu député sur le tard et j'ai basculé en tant que député parce que je militais sur le terrain et je me suis dit : "C'est bien, mais ce serait bien aussi de prendre des responsabilités, se présenter à une élection pour justement représenter les gens que je côtoyais au quotidien et essayer de porter leur voix au sein de l'hémicycle. C'était ça, en fait, mon idée. Et puis, c'est faire le lien entre le terrain, les luttes, et l'Assemblée nationale. -En préparant l'émission, j'ai cherché des images de vous dans les manifestations à Toulouse et dans sa région et je suis tombée sur ça.

Regardez. Chant politique Vous avez fondé une chorale avec les Gilets jaunes, ça s'appelait L'Echo Râleur, avec vous, on le voit en chef de choeur. Est-ce que pour vous c'est aussi ça, lutter, ça passe par le chant, une dimension festive ? -L'idée, c'est qu'on faisait les manifs pour les Gilets jaunes tous les samedis à Toulouse.

Je voyais beaucoup de gens qui étaient isolés ou qui avaient peur parce qu'il y a eu une répression énorme. Et le fait de chanter, de regrouper un collectif, on se donne du coeur et il y avait un côté plus fort. Quand on chante, il y a la voix qui porte et on entraînait des gens venus nous voir.

Et petit à petit, le groupe s'est constitué, dix, quinze, vingt, trente, cinquante personnes qui se mettaient à chanter. Et ça, ça donnait une force au mouvement et on était reconnus. Alors L'Echo Râleur des Gilets jaunes, c'est en référence justement à ce qui s'est passé au début des années 80 avec les groupes alternatifs. -Les Gilets jaunes ne sont pas votre premier combat, vous avez été postier pendant 16 ans.

Est-ce que c'est là-bas, est-ce que c'est au sein des PTT que vous avez mené vos premières luttes ? -Alors, rentrer au PTT, les gens ne savent plus ce que c'est. Moi, ça m'a permis déjà...

Je suis un enfant de la ruralité, j'ai fait des petits boulots, puis après, j'ai passé un concours à la fonction publique, les PTT. Et quand je suis arrivé à une période où, justement, les PTT étaient en crise, parce qu'on a détruit les PTT, administration d'Etat, pour en faire une société anonyme, et ça, ça m'a donné aussi une conscience de lutte, parce que c'est...

L'amour du service public, les PTT, c'est quand même fort. C'est le calendrier, c'est la lettre au Père Noël, ça rentre chez les gens, c'est le facteur, c'est Jacques Tati. Il y a toute cette image populaire et on a cassé les PTT.

Donc forcément, au début, je n'étais qu'un militant, je participais à des manifs, mais je n'avais pas de responsabilités syndicales. Et petit à petit, ça m'a forgé. Je reconnais que les PTT m'ont permis aussi de faire une ascension sociale, en passant des concours internes, mais aussi au niveau de la lutte.

Donc ça m'a apporté les deux. -Vous avez ensuite travaillé à l'université Jean Jaurès de Toulouse, où vous étiez délégué syndical. Vous avez aussi combattu le projet d'enfouissement de déchets nucléaires à Bure et participé à Nuit debout.

Lutter, finalement, c'est une seconde nature chez vous, c'est inscrit dans votre ADN ? -Partout où il y a de la lutte...

On a parlé des Gilets jaunes, mais Nuit debout, c'était avant les Gilets jaunes. Et c'est toujours intéressant de voir comment va se passer, justement, la lutte, comment les gens s'organisent. On vient en observateur, on essaye de participer.

Et c'est toujours intéressant quand le peuple se met en mouvement. Parce qu'il y a des élus, mais... si on n'est pas porté par les gens, par la lutte, nous, on ne sert pas à grand-chose.

Moi, quand je parle à l'hémicycle, dans l'hémicycle, quand je vais en circonscription, ça, j'adore aller en circonscription, rencontrer les gens, ça permet aux gens de se conscientiser. Ils vont se mobiliser contre une antenne, ils vont se mobiliser contre une fermeture de classe. Et les gens, ça va les toucher personnellement.

Et du coup, peut-être que cette lutte-là va leur permettre d'élargir leur conscience et de militer pour d'autres...

Comme j'ai fait, moi, j'ai milité, justement, au sein des services publics, au sein des PTT, et ça m'a permis, après, de déborder ma sphère personnelle. C'est-à-dire que la sphère, après, publique, il y a une sphère bien plus large, comme les Gilets jaunes. -Vous avez adhéré au parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon vers 2012.

Cinq ans plus tard, vous vous êtes présenté aux législatives sous les couleurs de la France Insoumise. Cet engagement politique, c'était tout simplement la suite logique de vos engagements syndicaux, de vos luttes syndicales ? -Oui, c'est ça.

Au moment des élections de 2017, il y a Macron qui est élu président, et il y a eu un consensus pour ma candidature en 2017. Et le but était d'avoir un pied dans la rue et un pied dans l'hémicycle pour faire remonter, parce que c'est bien de lutter, mais il faut aussi faire passer des lois pour essayer de faire changer la vie des gens. C'était cette bascule-là que j'ai opérée un peu tard.

Et n'ayant pas le profil d'un député...

Comme je dis, je suis un enfant de la ruralité, je n'ai pas fait d'études supérieures, mais c'est mon vécu, mon expérience qui m'ont dit : "Vas-y, c'est le moment d'y aller, il y a une fenêtre et on y va." -Aujourd'hui, vous vous sentez légitime en tant que député ? -La légitimité, c'est toujours compliqué parce que, oui, je me sens légitime parce que j'ai été élu, légitime vis-à-vis des citoyens et des citoyennes, mais après, dans le milieu des députés, quand on rencontre des gens qui sont là depuis des années, il y a une petite barrière sociale, je veux dire, au niveau même de mon cursus.

Moi, comme je dis, c'est mon vécu, c'est mon expérience, mais je n'ai pas les capacités, on va dire, intellectuelles où je n'ai pas...

Et puis, même si je suis un jeune député, je suis un vieux député. Dans mon groupe, je suis le deuxième plus vieux. Donc, la légitimité, ça se construit jour par jour, mais j'ai mon expérience qui parle pour moi. -Dans un article qui vous était consacré, vous avez cité l'historien américain Howard Zinn, qui disait : "Tant que les lapins n'auront pas d'historiens, l'histoire sera racontée par les chasseurs." Est-ce que vous luttez aujourd'hui pour que les lapins puissent écrire un jour l'histoire face aux chasseurs ? -L'histoire populaire, quand on regarde notre histoire, elle est toujours écrite par les vainqueurs.

L'histoire de France, c'est l'histoire des rois. Et moi, ce que j'adore, c'est ce qu'a fait Howard Zinn ou d'autres en France, qui écrivent justement le quotidien des gens. Et l'histoire au niveau horizontal. -Ce qu'on appelle la microhistoire aussi. -Qui nourrit les luttes et qui met en valeur justement les hommes et les femmes qui sont souvent oubliés dans notre histoire populaire.

Parce que s'il n'y a pas d'histoire populaire, il n'y a pas d'histoire. -Il y a une personnalité qui tient une place particulièrement importante dans votre engagement politique, c'est François Ruffin. Je crois qu'entre vous, tout a commencé dans son journal Fakir en 2014, c'est ça ? -François Ruffin, justement, quand on parle d'histoire populaire, lui, il fait un journal, enfin, ce n'est plus lui qui gère le Fakir, mais c'est un journal d'enquête sociale, donc il va au plus près des gens et il laisse la parole aux gens.

Il ne se met pas en valeur. Et puis, il a la capacité, avec son écriture fluide, de relater tout ça. Donc, Fakir, j'ai adhéré tout de suite et je me suis dit : "Tiens, je vais être préfet fakirien," c'est-à-dire promouvoir Fakir dans la région toulousaine.

Et puis, avec le film "Merci Patron !", ça lui a donné un éclairage national et forcément, c'est une personne qui m'intéresse. -Quand François Ruffin a quitté la France Insoumise, vous avez partagé les mêmes critiques que lui à l'encontre de Jean-Luc Mélenchon, mais vous êtes resté au groupe La France Insoumise, dans lequel vous siégez toujours.

Pourquoi ? -A cette période, juste avant le deuxième tour des élections législatives, j'ai des doutes. J'ai des doutes, je me pose la question: "Est-ce que je vais rester au sein de la France Insoumise ?" Et puis par la suite, en analysant, en se posant, en réfléchissant, je me suis dit que l'endroit où je pourrais le mieux lutter, c'est au sein du groupe de la France Insoumise au niveau des idées et au niveau du programme.

Comme je dis toujours, Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain, François Ruffin sont des gens qui passent, comme avant Léon Blum, Jean Jaurès. Moi, ce qui me porte, ce sont les idées et les conquis que nous avons eus tout au long des luttes sociales et qu'il faut préserver et même élargir. On va fêter justement les 80 ans de la sécurité sociale.

Et donc, c'est sur ça qu'il faut se battre. Et après, les gens qui passent, ce sont des éclaireurs qui nous portent. Et Jean-Luc Mélenchon a ce rôle-là.

Il a réussi à reconstruire une gauche, tout simplement une gauche, en France. Et grâce à lui, il existe encore une gauche en Europe et plus particulièrement en France. -Vous expliquez que pour vous, un député, c'est un peu un capteur de la société qui doit avoir, et vous l'avez dit au début de cette émission, un pied dans la rue et l'autre à l'Assemblée.

Etre député, ce n'est pas plutôt légiférer et contrôler l'action du gouvernement ? -Alors si, bien sûr. Et ça, il faut essayer de le faire comprendre aux gens, qu'on est élu dans une circonscription.

Mais on est avant tout député de la nation. Mais on est rattaché à une circonscription qui nous nourrit, Quand on va faire des propositions de loi, des amendements, on se nourrit de ce qui se passe dans nos circonscriptions. On va rencontrer les agriculteurs, les petits commerçants, les enseignants, les élus.

On fait des auditions, on va dire, en direct. Et puis, moi, je me nourris aussi de mon quotidien. Je prenais le train tous les matins.

Je connais les problèmes de transport pour aller travailler. Donc, tout ça, ça nous nourrit. Et j'en ai besoin.

Si je reste enfermé dans l'hémicycle, je reste dans une bulle, je vais côtoyer d'autres députés et puis, on va se dire: "Mais tout va bien ici." -Parmi les combats que vous menez justement ici, à l'Assemblée, il y a la défense des services publics, on l'a évoqué, et puis il y a la légalisation encadrée du cannabis. Ce sont vos capteurs de la société qui vous ont amené à parler de ce sujet, à le mettre en avant ? -La légalisation du cannabis, on voit bien que c'est un échec depuis des années.

Ce n'est pas moi qui le dis, un ministre de l'Intérieur l'a dit à l'époque de Jospin. Et qu'il faut aller vers cette voie-là. Il y a des expériences qui ont été faites, que ce soit en Allemagne, au Canada ou même au Portugal, ils ont dépénaliser toutes les drogues, mais on voit bien que c'est un échec actuellement et que je m'appuie sur le rapport du CESE, qui était pour une légalisation encadrée du cannabis, justement pour qu'il y ait une réponse sanitaire et non pas judiciaire à la consommation du cannabis. -Qu'est-ce que vous répondez à Bruno Retailleau, le ministre de l'Intérieur, qui déclare que la légalisation du cannabis aboutirait à augmenter la consommation ?

A côté des réseaux légalisés, se développe toujours le marché noir. Qu'est-ce que vous lui répondez ? -Je suis d'accord avec lui quand il parle des jeunes.

Il y a énormément de jeunes qui fument. Et que là, c'est dangereux le cannabis quand on a moins de 18 ou 21 ans. C'est pour ça qu'il faut l'encadrer.

C'est pour ça qu'il faut une réponse sanitaire et non pas...

Un jeune qui va fumer du cannabis, c'est pas en l'arrêtant, en le mettant en garde à vue que ça va aller mieux. Il faut justement permettre un encadrement sanitaire et on pourra réduire la consommation que si l'Etat contrôle la distribution, la production et la consommation du cannabis. -Très rapidement, si vous vous intéressez tant à ce sujet, c'est parce que vous-même vous fumez ? -J'ai fumé du cannabis, comme...

Je crois que la moitié des Français ont fumé du cannabis. -Très gros consommateur européen. -On est le plus gros consommateur et on pénalise le plus.

Donc il y a un problème, M. Retailleau. -Je vous propose maintenant de conclure cette émission avec un quiz.

Et je vais vous proposer des phrases que vous allez devoir compléter. Si je vous dis : "Quand on a été postier, siéger à l'Assemblée..." -C'est magique.

C'est porter le courrier. Voilà, c'est porter le courrier des gens, donc je continue mon rôle de messager. -De facteur. -Voilà. -"Dans la chorale des députés LFI, la plus belle voix..." -On a des très belles voix.

Mathilde Panot a une très belle voix. -Ah, très bien. -Elle pourrait être le choeur, justement... -Chef de choeur, peut-être. -Chef de choeur, voilà. -"Je porte une casquette, car..." -Eh bien, c'est en hommage un peu aux luttes.

Et puis, mon père portait une casquette aussi. Et donc, il y a quelque part une petite tradition. Et puis, c'est pour se préserver de la tête parce que je n'ai plus de cheveux.

Mais il y a un petit message avec les luttes ouvrières, le front populaire. Et puis, en hommage à mon père qui, malheureusement, est disparu. -Merci beaucoup, Christophe Bex, d'être venu dans "La politique et moi". -Je vous remercie.

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