Les Français et la politique : Comment expliquer cette grande défiance ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Jérôme Fourquet, politologue et notre invité. Bonsoir Jérôme Fourquet. On a appris au milieu de cette émission que euh le jugement dans l'affaire en appel de Marine Le Pen serait rendu le 7 juillet.
Est-ce que c'est un problème démocratique pour vous que des juges soient capables de d'impacter la physionomie de l'élection présidentielle de 2027 ? Alors, ça pose ça pose bien sûr euh toujours question euh à Forcei quand euh on on est sur le cas d'une d'une candidate qui putative hein, qui a déjà euh qui est déjà parvenu à accéder deux fois au second tour d'une d'une euh d'une présidentielle qui est favorite aujourd'hui dans les sondages qui est alors voilà, mais qui alors là où on peut nuancer un peu, c'est que euh comme la la première décision est est tombée il y a maintenant euh près d'un an, euh la formation politique en question, le Rassemblement national s'est mise en situation, ce qui était pas évident, de pouvoir proposer une alternative. C'est ce que les enquêtes d'opinion montrent, c'est qu'aujourd'hui Jordan Bardella en terme d'intention de vote comme de code de popularité frais je gal parfois dans certains sondages ferait un peu mieux que Marine Le Pen.
Et donc pour revenir à la question initiale qui était posée, ça se pose plus exactement dans les mêmes termes aujourd'hui maintenant que cette formation politique a potentiellement une alternative puissante et et efficace pour pour conclourir la à la magistrature supra. Néanmoins, il y a un sentiment d'écurement qu'on peut entendre de la part des Français qui disent chaque sondage leur défiance vis-à-vis du monde politique. Est-ce que ça ne peut pas aggraver encore une fois cette défiance envers les élites d'aujourd'hui ?
Alors, on peut penser que c'est on peut penser que c'est d'abord l'électorat du Rassemblement national qui doit être qui doit être en colère et et et être déstabilisé par cette décision de justice. Mais encore une fois, comme la décision initiale est tombée, la foudre est tombée maintenant il y a plus d'un an, le choc a été encaissé et cet électorat là de toute façon était, j'allais dire structurellement assez antisystème. Euh pour ce qui est du reste du corps électoral, on voit effectivement l'enquête du du CVPOV qui a été publié récemment que le le niveau de défiance euh des Français vis-à-vis de la classe politique en général euh est sans commune mesure avec ce qu'on peut constater ailleurs.
Alors, il faut s'interroger sur les causes de cette spécif dans les autres pays européens payé. Euh alors euh il faut revenir un petit peu en arrière et se rappeler euh l'enthousiasme et l'espoir qu'avait suscité la candidature puis la première élection d'Emmanuel Macron en 2017 autour d'une promesse de révolutionner, c'était le titre de son livre Révolution, révolutionner euh les institutions, le paysage politique, dépasser le vieux clivage gauche- droite qui était présenté comme étant totalement sclérosé et sclérosant. Et nous sommes maintenant 9 ans plus tard et beaucoup de Français, y compris parmi ceux qui avaient voté initialement pour lui, considèrent que le compte n'y est pas, que leur vie ne s'est pas amélioré, que l'État du pays euh n'a pas non plus évolué positivement et donc ce souffler étant retombé, on est dans cette défiance qui est plus importante que jamais.
Euh là, c'est les causes, j'allais dire un peu anciennes maintenant, les causes plus conjoncturelles, plus récentes. Euh, on revient encore une fois à Emmanuel Macron, c'est la décision de de dissou de l'Assemblée nationale qui a plongé le pays dans l'immobilisme. Euh, un immobilisme que les Français constatent tous les jours, absence jusqu'à une période très récente du budget.
Ça veut dire que dans le monde associatif, dans les collectivités locales, dans beaucoup de secteurs, euh et bien euh tout ça était un peu au ralenti puisque il y avait pas la perfusion de l'argent public. Euh et cette ces sentiment d'une France qui était relativement à l'arrêt était d'autant plus euh perturbante et d'autant plus déstabilisante que les Français constataient tous les jours que la marche du monde euh s'était euh réenclenchée et que les changements géopolitiques économiques étaient étaient majeurs et que le pays lui restait à qu voir s'enfoncer dans ses difficultés déficit euh niveau de niveau d'insécurité. mais également performance économique et éducative en Berne.
Encore une question Jérôme Fourqu avant de passer la parole à mes camarades. La nomination aujourd'hui d'Améline Monchalin, ministre des comptes publics à la tête de la Cour des comptes. Ça désigne pour vous le verrouillage de toutes les grandes institutions.
Conseil constitutionnel, Cour des comptes peut-être Conseil d'État, Banque de France de la part d'un Emmanuel Macron qui veut enjamber son départ de 2027. Alors peut-être souhaite-il enjamber puis placer des petits cailloux pour un un hypothétique retour. Alors, ce serait pas le premier quand même, si on veut être un peu objectif, à placer des proches ou des gens de sa sensibilité dans le dans les les principal euh institutions françaises.
On rappelle aussi que nous sommes quelque part euh une République un peu monarchique avec des milliers de postes qui sont à la main du président de la République pour les grandes institutions culturelles, pour les cours que vous avez évoqué. Euh et donc le président, le monarque républicain bien se sert de ce de ce droit-là. Euh ce ne serait pas non plus euh euh le premier profil politique assiéger euh à la à la Cour des comptes, hein.
Elle remplace monsieur Moscovici, il y a eu Jox, il y a eu Séin euh avant avant elle. Alors là, ce qui interroge, c'est qu'elle était au budget, qu'elle était qu'elle était encore relativement jeune, donc elle va pouvoir rester assez longtemps. Mais tout ça fait aussi suite à euh une polémique qui avait euh occupé une partie de l'actualité au moment de la nomination de Najad euh Oui.
à Jad Valobel Cassem euh à cette même institution comme si euh euh pour un certain nombre de Français, il y avait il existait un certain nombre de de de sinécur de places qu'on pouvait occuper quand euh on avait euh Oui. Soit les faveurs du roi, soit qu'on avait euh eu un parcours politique. Alors jef le Jun, une question à Jérôme Fourquet.
Euh cher Jérôme Fourquet, moi je vous aime beaucoup parce que bon, vous êtes politologue mais vous êtes aussi un observateur de la société française et avec des tas d'indicateurs, vous réussissez à nous montrer l'évolution de notre pays. Vous avez décrit il y a quelques années un archipel, c'est-à-dire une France qui était en fait en état de fragmentation, de division assez importante. Est-ce que vous croyez qu'aujourd'hui la politique, l'élection présidentielle par exemple a encore les moyens de ressouder les Français autour de de quelque chose ou est-ce que vous pensez pas que c'est trop tard et que et que ça va être beaucoup plus compliqué que ça ?
Alors euh je pense quand quand j'ai parlé d'Archipel euh c'était pour vous vous l'avez rappelé euh souligner les les éléments de fragmentation, mais dans un archipel euh en général on fait du commerce d'une île à une autre, il y a des navettes de bateau, on parle la même langue et donc il y a encore euh un j'allais dire euh des forces euh cohésives qui sont assez importantes. Ronan parlait dans sa fameuse formule du plébiscite de de tous les jours et quand Ronan écrit ça, il y avait pas tous les jours un plébiscite dans toutes les campagnes françaises pour se dire nous sommes français et et vive la France. Pourquoi je dis ça ?
Parce que cet archipel euh a fait preuve à différents moments très importants de notre histoire récente de sa capacité à se rassembler encore majoritairement. Je dis pas à 100 % mais encore majoritairement à la fois dans des moments heureux, on en a beaucoup parlé, c'est les fameux Jeux Olympiques par exemple, mais également dans les moments beaucoup plus douloureux et beaucoup plus sombres, ce sont les attentats de 2015-216 qui avaient été pensés par les stratèges de ceux qui avaient envoyé les commandos commettre les attentats en France comme devant être une étape vers emmenant le pays vers un début de guerre civile avec des euh des tensions justement entre les îles de différentes îles de l'archipel pour reprendre cette image et puis ensuite un cycle de représaille qui se serait enclenché. Et alors même que la France a été le pays qui a été le plus durement touché en Europe par les attentats, cette ce scénario de de guerre civile n'est pas n'est pas venu.
Donc on voit qu'il y a encore ces ces ces forces de rappel, même si euh il y a également ces ces facteurs de de fragmentation. et vous parliez de la politique, on voit aujourd'hui également dans le paysage électoral une illustration de cette fragmentation, hein. Voilà, une des thèse que je défense, c'est que la décomposition recomposition du paysage politique n'est qu'une mise en conformité tardive du paysage électoral avec la réalité profonde du pays.
On était organisé sur un bon vieux match gauche- droite mais qui ne correspondait plus à l'état profond du pays. Et quelque part, tout ça a été mis en cohérence en tout cas en Oui. en Oui. en cohérence ces dernières années sans que la clarté du paysage politique y gagne force fortement forcément.
Joseph Massiscaro, une question à Jérôme Fourquet. Oui, vous avez dit donc en effet très justement qu'on était organisé avant sur un match gauche-droite hein. C'était c'était la Doxa qu'on apprenait à Sciencepo he quand on y passé.
Euh mais cette cette Doxa était évidemment était tirée des institutions qu'on avait. Est-ce que aujourd'hui vous pensez vraiment votre fort intérieur que les institutions françaises de la 5e ne sont pas totalement à bout de souffle ? Fourquet.
Alors euh peut-être on peut inverser le le le raisonnement que que vous avez euh que vous avez proposé en disant que nos institutions, notamment nos modes de scrutin très important euh étaient calés sur un paysage politique qui était binaire. C'est pour ça qu'on avait des élections à deux tours qui remetaient une espèce de primaire comme on dirait aux États-Unis au premier tour à droite et à gauche et puis au deuxième tour chaque camp bloc contre bloc se rassemblait à partir du moment où on est dans une situation archipélisée un minima trois grands pôles. Je dis bien un minim bloc central et on voit qu'il est très euh très très gazeux aujourd'hui.
La gauche est aussi divisée puis le le Rassemblement national. On voit bien que nos institutions et nos modes de scrutin ne fonctionnent plus. Euh donc il faudrait changer le mode de scrutin.
Alors changer le mode de scrutin et où mais souvent ça va ensemble la culture politique à la fois des électeurs, des militants, mais aussi des responsables politiques. Moi, je suis convaincu que en leur fort intérieur, beaucoup de dirigeants politiques de premier plan considère que à leur profit la vieille mécanique va se remettre en marche qu'on va sortir de ce cauchemar de 10 ans du macronisme et que après la présidentielle s'il la gagne et bien ils auront comme on apprenait à Sciencep une majorité à l'Assemblée nationale à leur main. Pas sûr vous.
Rien n'est plus euh incertain que cela de de mon point de vue. Et c'est peut-être euh un élément qu'il faudrait qu'il faudrait prendre en compte. Euh cette euh cette comment dire cette synergie entre les modes de scrutin, les institutions et la culture politique euh s'exprimait parfaitement dans une phrase qui avait été prononcée par un député socialiste qui s'appelait André Leniel, pour le pas citer, en 1982.
Il avit tort parce que voilà et qui disait à un adversaire de droite qui s'usquait que la gauche nationalise à tour de bras. Chers collègues, vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire. Et donc c'est ça, je pense le fond euh de sauce de la culture politique française qui est encore partagée par beaucoup de nos dirigeants.
Il se disent "On va gagner et celui qui gagne rafle la mise et ensuite pendant toute la durée du mandat, il peut imposer euh sa vision des choses." On nous dit aujourd'hui, il faut le président de la République le premier, il faut apprendre à faire des compromis, à négocier, mais on a été formaté collectivement dans une culture d'affrontement politique très violente avec un mode de scrutin qui était très très binaire. Et donc on nous prend comme exemple les Allemands, les Italiens, les Espagnols qui sont tous eux formatés depuis des décennies maintenant dans un mode euh de scrutin parlementaire avec des majorités relatives.
Et qu'est-ce que ça change ? Bah ça change beaucoup de choses parce que euh ça fait très longtemps en Allemagne et c'est quasiment jamais arrivé depuis 1945 qu'une formation politique fasse 50 % des voix à elle toute seule. Mais l'ONI en Italie arrive au pouvoir à la tête d'une coalition qui est minoritaire en voie.
Euh et donc tout ça vous dit quoi ? Ça vous dit que vous allez être fatalement obligé après le scrutin de négocier avec certains de vos alliés ou de vos adversaires. En France, sous la 5e avec notre mode de scrutin à de tours, on n'a pas du tout eu l'habitude de fonctionner avec ça et je pense que c'est une habitude qu'il va falloir que nous prenions collectivement.
Merci beaucoup Jérôme Fourquet. Le titre de votre livre, c'est Métamorphose française française aux éditions du Seuil. Et euh effectivement, vous y décrivez euh tout cette mutation à l'œuvre dans notre pays.
Et puis je vous signale aussi la couverture du JD News, la révolte des oubliers. Ça aussi c'est un thème que vous évoquez souvent, c'est Français à beau qui veulent se faire entendre policier agriculteur soignant gilets jaunes. C'est oubliés encore une fois de du progressisme que l'on célèbre dans la capitale. [musique] Merci beaucoup Porquet.
Euh Jourf jeunes et Joseph Massescaron dans un instant.
Marina Ferrari