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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 27 juin 2026 10 min

Guerre au Moyen-Orient : nouvelle escalade entre l'Iran et les États-Unis ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

dans un Moyen-Orient en pleine recomposition". Bonsoir, Lucas Menget. Agnès Levallois, bonsoir.

Vous êtes présidente de l'iReMMO. Je rappelle votre livre aux éditions du Seuil. Elizabeth Sheppard Sellam, vous êtes maître de conférences à l'université de Tours et spécialiste de la politique de défense et sécurité américaine.

Pourquoi Donald Trump a-t-il mis autant de temps à réagir après qu'un cargo a été frappé dans le détroit d'Ormuz? -D.Rigoulet-Roze: Parce qu'il en a marre de cette guerre.

Son état-major ne pouvait pas laisser des frappes iraniennes frapper un cargo dans le détroit d'Ormuz sans qu'il y ait une réplique américaine. Dans son hésitation de 24 heures, Donald Trump a tout fait pour se dire s'il y avait moyen de taper sur les doigts des Iraniens sans escalade. En fait, ce n'est pas une reprise de la guerre, mais c'est un niveau de conflictualité raisonnable pour répondre à une attaque.

Ca fait partie de ce qui va se passer, je pense, pendant toute la période de négociations. Ce sont des escalades régulières avec un Donald Trump qui veut se consacrer au 250e anniversaire de l'indépendance américaine et aux élections de mi-mandat qui comptent beaucoup plus pour lui. Il aimerait qu'on retienne qu'il a gagné cette guerre et qu'on passe à autre chose. -A.Casse: Qui a provoqué l'escalade?

Les Iraniens qui ont tiré sur ce cargo? Dans quel but? Pour montrer qu'ils ont la main? -D.Rigoulet-Roze: Bien sûr.

Pour montrer qu'ils ont la main et qu'ils ne vont pas la laisser. Ils ont dit à multiples reprises qu'ils ne reviendraient pas au statu quo avec la libre circulation inconditionnelle qui existait avant le début de la guerre. En plus, il y a le débat sur le péage qui n'est plus d'actualité.

Il est transformé avec des frais de gestion qui est un habillage. -A.Casse: Ce sera un péage. -D.Rigoulet-Roze: On voit l'embarras des Omanais.

Ils disent qu'il n'y a pas de péage, mais qu'ils doivent envisager des frais de gestion. Il y a une ambiguïté là-dessus. Ce sont les gardiens du golfe.

Pour Téhéran, ils montrent qu'ils gardent la main dessus. Donald Trump n'a pas fait attention à tout. Les Iraniens savent négocier.

Les articles 4 et 5 relatifs au détroit prévoient une ouverture inconditionnelle pendant 60 jours. Après, quid? Les modalités seraient à définir en coopération avec l'Iran.

L'Iran n'a pas accepté qu'une deuxième route soit proposée qui longe Oman. Cela se substituerait aux deux routes qu'ils avaient préétablies. C'est un signal.

Ils n'acceptent pas une route alternative. Ils ont tiré quatre drones. Trois ont été abattus et l'un d'eux aurait abattu un cargo singapourien.

Donald Trump a été obligé de réagir. Il y aurait sinon un problème de crédibilité en cause. -A.Casse: Est-ce que les Iraniens ont pris l'ascendant sur Donald Trump, psychologiquement?

Ils auraient sollicité des psychologues pour sonder l'état d'esprit de Donald Trump. -E.Sheppard Sellam: C'est possible.

On sait que les Iraniens ont de grandes compétences en négociations. -A.Levallois: C'est possible.

On sait que les Iraniens ont de grandes compétences en négociations. Les négociations avec les Américains durent depuis très longtemps. Ils ont déjà été confrontés à Trump pendant son premier mandat.

Ils ont une connaissance du personnage. Ils savent gérer ses faiblesses psychologiques. Il suffit de le flatter de façon telle qu'on puisse obtenir quelque chose.

Il y a cette impatience de Trump qui est devenue légendaire. Actuellement, il veut passer à autre chose et très vite car il a d'autres impératifs que cette guerre. Elle lui coûte très cher.

Il ne sait pas comment en sortir. Pour les Iraniens, c'est du pain béni. Avec cette compétence dans l'art de la diplomatie qu'ils ont, ils peuvent travailler avec des psychologues.

Je ne sais même pas s'ils ont besoin de bons psychologues. Les diplomates iraniens sont en mesure eux-mêmes de comprendre comment cette administration américaine fonctionne et comment travailler avec elle, et comment obtenir ce à quoi ils veulent arriver. Quand on voit la nature de l'accord signé, on voit bien que les Iraniens ont remarquablement négocié.

Ou alors les Américains ont tellement peu négocié pour que Trump s'en sorte, peut-être. -A.Casse: Ils font peut-être du Trump, aujourd'hui.

Ils menacent de claquer la porte des discussions menées en Suisse, c'était une façon de prendre Trump à son propre piège? -E.Sheppard Sellam: Effectivement.

Il est assez volatile, et il faut toujours se méfier de Donald Trump. Il est toujours capable de tout. Dans la mesure du possible, entre lire son livre et comprendre son passé, ils essayent d'utiliser ses propres outils.

On le voit dans son livre qui a quelques décennies, mais pousser les gens à bout, demander le maximum, faire peur, il le fait. Il n'aime pas qu'on joue à son jeu. -A.Casse: "L'art du deal", les Iraniens l'auraient lu et relu.

C'est un jeu dangereux dans le monde? Une source dirait que ce serait un hubris Iraniens. -L.Menget: Effectivement, les Iraniens sont arrivés en position très confiante.

Il ne suffit pas d'avoir lu "L'art du deal" pour comprendre tous les enjeux des négociations. Il n'y a pas que Trump dans ces négociations. Il y a des gens très compétents sur le dossier nucléaire aux Etats-Unis.

Il y a des gens en Europe qui ont beaucoup travaillé avec des Américains et qui peuvent leur indiquer sur quelles pistes avancer. Les Iraniens, cette guerre leur a permis de reprendre une assise régionale et de dire qu'ils sont cette nation millénaire, qu'ils sont les plus forts, et qu'ils arrivent même à battre les Etats-Unis, le "Grand Satan". Ils arrivent à la table des négociations en étant fragiles.

Il ne faut pas sur-exagérer...

On parle de victoire iraniennes, mais le pays est brisé. Il n'y a plus d'ayatollah, enfin, un ayatollah invisible et blessé. Il y a des dissensions énormes dans l'Etat iranien.

Le pays risque de se fracturer à l'intérieur. Entre les pragmatiques, les durs, les pro-nucléaire...

Ca peut se fracturer sur ce mur qui est fragile. -A.Levallois: Les premières émissions qu'on a faites sur ce sujet, on parlait des Iraniens qui devaient être prudents.

En montrant leur assurance... -A.Casse: Lucas Menget disait qu'il ne fallait jamais humilier Donald Trump. -A.Levallois: Exactement.

Je relativise complètement cette expression. Ils ont l'air de tenir, les Iraniens, mais c'est un pays affaibli depuis des années et des années. Ca date d'avant cette guerre.

Il ne faut pas tomber dans ces raccourcis qui consistent à dire que les Américains sont humiliés et que les Iraniens sont vainqueurs. On est loin de cela. -L.Menget: Trump peut s'énerver d'un coup.

Si on lui marche trop sur les pieds, il va exploser et dire qu'ils repartent. -A.Casse: Les Iraniens ont l'air d'avoir compris quels sont les points de faiblesse de Donald Trump.

On a eu l'annonce de l'accord le jour de son anniversaire. Il y a les 250 ans de l'anniversaire de l'indépendance américaine. C'est à leur avantage? -D.Rigoulet-Roze: Il faut qu'ils soient prudents.

Ils ont fait des erreurs, les Iraniens. Quand on évoque le recours à des psychologues par rapport au livre de Donald Trump, c'est vraisemblable. Ils ont fait des erreurs en juillet 2025.

Ils ne pensaient pas que Donald Trump frapperait. Il y a une métaphore au jeu d'échecs. On en attribue la mention aux Iraniens.

A l'issue de la guerre, ils ont fait un pat. Ils sont exsangues économiquement, mais ils ont réussi à ne plus être en situation de bouger, mais la partie est nulle parce qu'ils ne peuvent plus jouer. Ils ont été en mesure de faire prévaloir des intérêts dans le cadre de la négociation postérieure au conflit.

C'est très habile. La marge n'est pas aussi illimitée qu'on peut le croire. Ca va se mesurer avec la question des sanctions, des dégels.

Il y aura une dimension conditionnelle qu'ils ne maîtrisent pas.