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Podcast / conversationAudencia· 6 juillet 2026 58 minComplaisantFond programmatiqueÉconomie & entreprisesNumériqueDéfenseEurope & international

Quand la géopolitique finance les start-up, avec Bruno Le Maire I GEOPOLITICS & VENTURE CAPITAL #1

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 76 %Attaque 14 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:17OuverteRéponse directe

    Quel regard portez-vous sur le monde d'aujourd'hui dans cette nouvelle phase de mondialisation ?

  • 5:07OuverteRéponse directe

    À quel moment avez-vous pris conscience de la bascule vers une logique plus conflictuelle ?

  • 6:33OuverteRéponse directe

    Comment l'Europe peut-elle répondre à l'Inflation Reduction Act américain ?

  • 8:35OuverteRéponse directe

    Pourquoi la Chine représente-t-elle une menace pour l'industrie européenne ?

  • 11:25OuverteRéponse directe

    Comment l'Europe peut-elle devenir une puissance souveraine sans maîtriser son financement de l'innovation ?

  • 14:15OuverteRéponse directe

    Avez-vous vu une évolution de la vision des start-ups et de l'innovation pendant votre mandat ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 13:36Bruno Le MaireChiffre
    « Nous avons une large partie de l'Épargne européenne, 35000 milliards d'euros, une grande partie qui va financer les entreprises américaines, les bons du trésor. »
  • 31:04Bruno Le MaireChiffre
    « J'ai mis en place pour la première fois de l'histoire européenne une dette en commun à hauteur de 750 milliards d'euros pour protéger nos entreprises face au Covid. »
  • 33:56Bruno Le MaireChiffre
    « Pour les seuls semi-conducteurs, il faut investir environ 100 milliards d'euros par an, 1000 milliards sur 10 ans. »
  • 38:49Bruno Le MaireFait
    « Si vous n'avez pas de financement européen, vous ne décidez plus en Europe. »
  • 54:27non_speechFait
    « la DGSI donc les services de renseignement intérieur français ont renouvelé un contrat avec l'entreprise américaine Palentir »
  • 54:40non_speechFait
    « en Allemagne euh c'est une entreprise française qui a été mandatée pour gérer du big data et de l'intelligence artificielle dans sur certaines problématiques de renseignement »
  • 55:06non_speechFait
    « transférer des données aux Américains sans avoir de possibilité de les garder, de les contrôler »
  • 55:20non_speechPromesse
    « il vaut mieux une solution nationale et il vaut mieux voir avec OVH Cloud »
  • 55:49non_speechFait
    « des logiques de contrôleissement étranger pourrai faire fuir certains types d'investisseurs »
  • 56:00non_speechFait
    « ce qui fait l'attractivité d'un marché, c'est pas son ouverture, c'est sa puissance »
  • 56:15non_speechFait
    « si vous leur offrez un vrai développement industriel et technologique sur la base de la protection du marché européen, ils viendront »
  • 56:32non_speechFait
    « L'idée que parce que on défendrait nos intérêts, nos technologies, nos savoir-fairs, nos brevets, ça empêcherait le capital de venir. Mais c'est une idée stupide. »
  • 56:40non_speechFait
    « je pense au cloud, je pense au calcul quantique, je pense au semi-conducteur »
  • 56:50non_speechFait
    « Les investisseurs, qu'est-ce qu'ils veulent ? Ils veulent des boîtes qui marchent, qui tournent et qui sont rentables. »

Temps de parole

  • ?100 %

≈ 0,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Locuteur

Vous avez des puissances qui ont fait le choix de n'investir que dans une seule brique. C'est à nous de nous protéger et c'est la première responsabilité publique protéger nos actifs industriels et technologiques. [musique]

0:17
Non speech

[musique]

0:21
Locuteur

Bonjour tout le monde. Notre conversation aujourd'hui avec Bruno Lemire s'inscrit dans une courte série d'interview exceptionnelles avec des acteurs politiques économiques qui sont partie prenante et observateur de ces relations entre capital risque compétition technologique mondiale et financement. Ce sujet je développe en détail dans mon ouvrage et fait partie des travaux que nous menons à Odensa Business School. Bruno le maire bienvenue dans notre entretien ce jour. Merci beaucoup de prendre de votre temps. Merci à vous pour investiguer ces thématiques au combien importantes. Alors Bruno, vous avez un long parcours au service de l'État.

Vous avez commencé au ministère des affaires étrangères, puis ensuite vous avez été collaborateur de Dominique de Ville sous la présidence de Jacques Chirac. Euh puis ensuite vous avez été élu local, élu et réélu député à de nombreuses reprises. Euh et vous avez été ministre de l'agriculture et désormais vous détenez le record. Félicitations du temps passé en tant que ministre de l'économie et des finances. euh avec plus de 7 ans en poste euh sous la présidence d'Emmanuel Macron. Vous avez donc traversé avec de haute responsabilité les grandes transformations économiques euh géopolitiques et technologiques des 20 dernières années.

Vous avez aujourd'hui une autre forme d'engagement notamment en partageant un petit peu votre temps sur une activité bah proche de la mienne hein. Vous enseignez chez nos amis suisses de l'université de Lausanne et vous êtes également désormais conseiller senior pour le cabinet de conseil Macro Alvisory Partners dont le cœur de métier se concentre he sur les sujets géopolitiques et et économiques. Vous avez été pendant quelques mois également stratégique external advisor auprès du bord de d'ASML.

Alors pour celles et ceux qui nous regardent et qui ne connaissent pas SML, vous aurez peut-être l'occasion d'en reparler, mais ASML c'est une entreprise néerlandaise qui est un des acteurs les plus stratégique dans l'industrie des semi-conducteurs dans le monde. Elle fabrique avec un quasi monopole he les machines de lthographie qui produisent les puces microélectroniques les plus avancés au monde. Donc vous avez été à la fois acteur et témoins direct de l'un des acteurs industriels les plus sensibles de la compétition technologique mondiale. Euh ce qui rend évidemment votre témoignage d'autant plus intéressant.

Et donc pendant cette entrevue, nous aurons l'occasion d'échanger sur les grands désordres géopolitiques du monde et leurs conséquences, hein, sur le financement des start-ups et la compétition euh technologique. Donc, nous verrons hein, dans ce cadre-là les mécanismes publics euh et comment il se confrontent éventuellement avec les pratiques privées, comment tout ça s'entremêle, se conjugue et se complète. Merci à nouveau d'être avec nous aujourd'hui.

Alors peut-être pour commencer, monsieur le maire, quel regard portez-vous sur le monde d'aujourd'hui euh dans cette peut-être nouvelle phase de mondialisation peut-être, mais vous nous le direz, une phase où technologie, capital et puissance géopolitique sont plus imbriquées que jamais. D'abord, merci pour votre invitation. Il y a deux choses qui me frappent beaucoup en regardant ce qui s'est passé depuis 25 ans.

La première, tout le monde le dit, mais ce n'est pas pour autant que c'est faux, c'est que la force a remplacé le droit et que désormais la force brute, qu'elle soit militaire, financière, technologique s'impose sur toutes les règles comme très souvent dans les périodes de rupture dans l'histoire de l'humanité. C'est des périodes charnières où avant de reconstituer un nouveau droit, l'ancien droit disparaît et ce sont des moments de rapport de force brutaux. La deuxième chose, c'est que dans ce moment charnière, les besoins d'investissement sont absolument colossaux parce que nous allons construire la vie de la planète des 80 90 100 prochaines années.

Et les besoins d'investissement vont être absolument considérables d'abord dans la technologie, les data centers, l'IA, les semiconducteurs. Vous avez parlé d'ASML où d'ailleurs je continue de travailler. Les investissements sont colossaux. des investissements nécessaires. On le voit, je m'exprime une journée de mai où il fait plus de 35° sur la décarbonation, la lutte contre le réchauffement climatique, c'est indispensable et on ne pourra y arriver qu'en investissant massivement dans l'industrie verte et des investissements indispensables également dans euh l'innovation de rupture, le calcul quantique ou d'autres éléments qui sont absolument clés pour l'avenir.

Donc nous allons avoir besoin d'argent et les puissances qui vont gagner, c'est celles qui vont pouvoir à la fois investir dans leur sécurité, la défense, dans la décarbonation et dans l'innovation. Vous avez des puissances qui ont fait le choix de n'investir que dans une seule brique. Le meilleur exemple, c'est la Russie. Elle claque tout son argent sur la défense, les missiles, les troupes pour mener sa guerre illégitime contre l'Ukraine. Mais c'est au détriment de toute forme de décarbonation ou de toute forme d'investissement dans l'innovation et de bien-être social aussi. Et bien entendu du bien-être social. L'Europe, elle doit investir dans les trois compartiments.

Elle doit renforcer sa sécurité pour être protégée face à une menace russe qui est imminente. Elle doit investir dans l'innovation pour gagner en productivité et donc garantir la prospérité des meilleurs salaires à chacun. Et elle doit urgemment investir dans la décarbonation et dans l'industrie verte pour arriver à lutter contre l'chauffement climatique et tout simplement pour garder une vie vivable en Europe et sur la planète. Tout ça va demander beaucoup d'argent. Pendant longtemps, monsieur le maire, l'Europe a pensé mondialisation principalement sous l'angle du commerce et de l'ouverture des marchés.

Euh à titre très personnel pour vous, à quel moment vous avez pris conscience qu'on était dans une bascule, un moment de bascule dans une logique plus conflictuelle, de rivalité technologique, géoéconomique ? À quel moment vous dit "OK, on est en train de changer le monde ou on est au début d'une rupture Je citerai de moments de rencontre. Tout ça c'est des processus longs mais nous sommes rentrés dans une mondialisation brutale avec une arsenalisation de tous les rapports commerciaux. Nous y sommes. Ça s'est fait en plusieurs étapes. On le voit chaque jour dans les médias et on le voit chaque jour. Et pour moi c'est deux moments de prise de conscience très brutaux.

Le premier c'est au moment du déplacement du président de la République Emmanuel Macron à Washington. sous Joe Biden au moment où la guerre en Ukraine venait de démarrer et Joe Biden avait décidé de mettre en place l'inflation Reduction Act, c'est-à-dire une politique d'attraction de l'industrie et des capitaux vers les États-Unis [raclement de gorge] ultra agressive avec des crédits d'impôts considérables, des démarchages auprès de nos propres entreprises pour leur dire "Venez aux États-Unis, non seulement l'énergie est moins chère, mais en plus vous aurez des subventions." Ça, j'imagine en tant que ministre de l'économie à l'époque vous deviez être alerté par des chefs d'entreprise.

Franç alerté par chef d'entreprise dans les marchés, qu'est-ce que l'on fait ? C'est plus intéressant d'investir aux États-Unis qu'en Europe. Et j'ai eu un entretien avec la secrétaire du trésor de l'époque, Jeanette Hélène, qui était pourtant une bonne amie avec laquelle je m'entendais bien, extrêmement brutale, où je lui ai dit "On a la guerre en Ukraine, nous avons les prix du gaz qui exposent, nous sommes dans une situation économique extraordinairement difficile." Et qu'est-ce que vous faites à ce moment-là ? Vous nous flanquez dans la figure une politique ultra agressive de le relocalisation des activités aux États-Unis. Réponse de Janet Yen. Bah vous avez qu'à faire la même chose.

Et là j'ai compris qu'il y aurait plus de cadeaux. Plus aucun cadeau de la part des États-Unis. Chacun [grognement] pour soi. La guerre commerciale déclarée démerdez-vous. Et Trump quand il est arrivé ensuite avec ses tarifs tout aussi agressifs, ça n'est que la prolongation de cette politique. N'allons pas croire que si jamais demain des démocrates devaient revenir au pouvoir à Washington, ça changerait quoi que ce soit la politique américaine. La politique commerciale américaine restera brutale et agressive vis-à-vis de l'Europe. C'était le premier moment de prise de conscience.

Le second, c'est au moment du déplacement en Chine où j'ai eu un entretien avec le conseiller économique du président Shisingping qui avait eu vent de ma volonté d'imposer des tarifs sur les véhicules électriques chinois. Donc, il m'a interrogé là-dessus. Je lui dis oui, moi je trouve que c'est complètement unfair, injuste d'avoir d'un côté des véhicules électriques chinois sur lesquels vous travaillez depuis 20 ans qui sont ultra subventionnés, qui rentreraient librement sur le march européen, ça va tuer notre industrie automobile. On était en 2021 2022, ça remonte déjà à plus de 4 ans. Réponse du chinois.

Si vous mettez des tarifs doués sur les véhicules électriques chinois, ce sera la guerre. Nous aurons des mesures de rétorsion et nous ne nous laisserons pas faire. Là, j'ai compris aussi que quoi qu'il arrive, les Chinois feraient tout pour déverser leur surcapacité industrielle dans tous les domaines. Les panneaux solaires, les éoliennes, les véhicules électriques, les semi-conducteurs sur le marché européen et que par conséquent, il fallait qu'on change de logica et qu'il fallait que nous prenions des mesures de protection.

Et je n'hésite pas à utiliser ce terme nous avons besoin d'un protectionnisme ciblé en Europe qui doit reposer sur des tarifs sur des produits industriels qui ont été lourdement subventionnés qu'ils viennent de Chine ou qui viennent d'ailleurs. Une vraie préférence européenne mais pas le bullshit de préférence européenne qui est en train d'être mis en place par la Commission. C'est pas de la préférence européenne, c'est de la préférence pour tout le monde. Bah quand vous préférez tout le monde, c'est que vous n'aimez personne. C'est exactement ce que fait la Commission européenne.

Il est déplorable que la Commission européenne n'ait pas été en mesure de prendre des vraies mesures de préférence pour les produits réalisés en Europe avec de la valeur en Europe, des usines en Europe, des ouvriers en Europe et de la production sur le sol européen. Là, c'est tous Azimut, la préférence européenne, donc ce sera complètement inefficace. Et troisème élément de protectionnisme auquel je crois, c'est utiliser les marchés publics qui sont un levier considérable en terme de financement pour privilégier là aussi la production en Europe.

On y est encore loin mais vous voyez deux prises de conscience, un entretien avec Jean Hélène, secrétaire au trésor américaine et un entretien avec le conseil économique de Kishing Ping. J'ai vu que le monde dans lequel on était rentré ne serait plus jamais le même. Donc une alerte vers l'Occident et une alerte vers l'Orient. Mais nous sommes pris en état entre les deux. Bien sûr. D'un côté des États-Unis qui se claquem avec un mur de tarif. De l'autre une Chine qui est en surcapacité industrielle et qui cherche un marché. Le meilleur marché pour elle, c'est quoi ? C'est l'Europe. Il faut comprendre cette situation géopolitique, il faut la vivre.

Il faut l'avoir en tête car c'est sur la base ce réalisme que nous prendrons les bonnes décisions pour protéger nos emplois, nos usines, nos technologie et nos savoir-faire. Qui dit puissance technologique, économique et et militaire dit aussi son financement. C'est précisément là où tout se joue et c'est le but de de notre échange aujourd'hui. Comment aujourd'hui on peut être une puissance souveraine sans maîtriser son financement de l'innovation, son industrie financière dédiée aux start-up et aux autres compartiments de l'innovation. Comment comment aujourd'hui on peut vivre dans une forme de paradoxe peut-être en Europe et en France ?

Pas totalement bien évidemment, mais on ne peut pas, je clair avec vous que si nous n'avons pas la puissance financière, nous n'aurons pas la puissance économique. Et si nous n'avons pas la puissance économique, nous n'aurons pas la puissance politique. La puissance politique qui n'est pas adossée sur la puissance économique et financière, c'est du vent. parle en l'air, on se fait plaisir, on fait des discours mais personne n'en a rien à Pardon d'être aussi clair que ça. Si on ne se dit pas, il dit quelque chose mais derrière il y a de la puissance économique, des industries, des usines et puis il y a beaucoup d'argent donc de la capacité à investir, votre parole politique ne vaut rien.

Donc il faut reconstituer en Europe une vraie puissance financière et une vraie puissance économique. sur la puissance financière, n'attendons pas grand-chose des États parce que ils sont tous ou presque dans des situations budgétaires qui sont très difficiles et accessoirement, enfin, je le dis aussi pour notre audience qui nous regarde, presque la moitié de l'argent dans le capital risque européen provient de l'argent public. Exactement. Donc vous voyez que les marges de manœuvre sont extrêmement réduites et pour moi la priorité politique c'est de rétablir les finances publiques.

Donc il faut évidemment mieux allouer les ressources, faire en sorte qu'il y ait davantage de ressources publiques qui aillent vers l'innovation, vers la recherche, vers les universités, moins vers le social. Et on doit être aussi clair que cela. Sinon là aussi on raconte n'importe quoi. Mais il faut bien voir que les vraies réserves financières elles sont en réalité dans l'épargne privé et chez les investisseurs privés. Et le vrai scandale européen, ce qui devrait susciter un vrai mouvement de révolte en Europe, c'est que nous avons une large partie de l'Épargne européenne, 35000 milliards d'euros. une grande partie qui va financer les entreprises américaines, les bons du trésor. Pourquoi ?

Bah tout simplement parce que comme il y a pas de marché unique des capitaux, il y a pas les mêmes règles partout. Vous êtes une entreprise ici, je suis dans une jeune entreprise, vous devez lever de l'argent. Vous allez aller en France voir une banque française ou un investisseur français ou un fond français. Ça obira à certaines règles en cas de faillite, en cas de difficultés, d'appel des créanciers, des règles de solvabilité, enfin tout ce que vous connaissez par cœur. Si vous allez en Allemagne, c'est d'autres règles. Si vous allez en Italie, c'est encore d'autres règles. La supervision, c'est pas la même en France, en Allemagne ou en Italie.

Moyen en quoi notre capital est morcelé là où il devrait faire bloc. Et si vous êtes dans des entreprises très innovantes qui ont besoin de beaucoup de capitaux, pas des centaines de millions d'euros mais des milliards, ben comme vous pouvez pas les trouver sur le marché européen qui n'est pas rassemblé, vous allez les chercher dans les pays du golf, aux États-Unis ou ailleurs. Si on veut de l'argent, il faut unir notre épargne. Vous avez passé, on le disait en introduction, plus de 7 ans à Per, avant l'attaque de la Russie en Ukraine illégitime de 2022 et cetera.

Est-ce que sur cette période de temps, vous avez vu au sein de l'État mais aussi plus largement une vision différente sur les start-ups et l'innovation ? Est-ce que c'était uniquement vu et peut-être que vous ne partagerez pas ça comme une classe d'actif, voilà, d'innovation et de développement compétitif, un actif peut-être plus stratégique avec une portée géopolitique ou cette vision vous semble encore assez éloignée bah de de des acteurs privés et publics avec lesquels vous vous interagissez ? Je pense que malheureusement notre vision des start-ups est encore très biaisée. Je suis même pas sûr pour tout vous dire que le terme start-up soit le bon parce qu'il sonne trop américain.

En réalité, je préfère parler de petites entreprises de tech ambitieuse, très créatrice qui repose sur l'imagination, la capacité de création exceptionnelle de nos compatriotes, en particulier des plus jeunes, pas seulement mais souvent des plus jeunes qui tout d'un coup disent tiens, il y a un truc à jouer là sur l'IA, sur les semi-conducteurs, sur le quantique et qui créent leur boîte. Je préfère parler d'entreprise que de start-up une fois encore et qui veulent grandir. Ça c'est la première chose. Comprendre que derrière ce mot start-up qui somme très anglais, très américain, il y a en réalité tout un tissu entrepreneurial plein d'imagination de créativité qui fait la force française.

La deuxième chose, c'est de bien comprendre que il faut pas rester petit et que le défi c'est pas d'avoir une myiade de petites entreprises, c'est que ces entreprises puisse grandir, passer à l'échelle et qu'on puisse les accompagner dans leur développement.

et le passage à l'échelle pour prendre votre mot qui est le bon mot, c'est souvent ce qu'il y a de plus difficile dans notre pays, tout simplement parce qu'on manque de capitaux, parce qu'il y a des risques qui sont importants, parce qu'en plus il y a une culture qui ne privilégie pas le risque et que quand vous créez une boîte, bah un coup ça marche, un coup ça marche pas et il faut tomber, se relever, essayer encore réussir la prochaine fois et c'est comme ça qu'on arrivera à avoir de nouveaux géants parce que l'objectif, je le redis, notre objectif à 25 ou 30 ans ne doit pas d'avoir une miriade de petites entreprises toutes de taille modeste qui sont ensuite racheté par les Américains parce que c'est ce qui se passe le risque malheureusement c'est d'avoir des petites entreprises ultra performantes très créatrices de valeur elles existent qui grandissent il faut mieux les accompagner et qui deviennent des champions mondiaux mistral est un très bon exemple mais mistral c'est malheureusement l'arbre qui cache la forêt.

Donc ce pourquoi moi je veux me battre, c'est l'accompagnement financier de toutes les jeunes entreprises de la tech créatrice de valeur pour qu'elle devienne demain des champions mondiaux. Je l'ai fait d'ailleurs quand j'étais ministre des finances, a créé un fond avec les Allemands, les Espagnols, les Néerlandais. Il y a plein d'initiatives nouvelles qui peuvent être prises. Je me suis battu pour cette union des marchés de capitaux. On a progressé, pas suffisamment, mais on a progressé. Mais l'objectif doit être de se dire d'ici 10 ans, il y a des nouveaux champions nationaux et européens qui remplacent les anciens champions. Tout à l'heure, vous parliez d'arsenalisation.

On sait que les États-Unis ont depuis longtemps arsenalisé leur système financier, le dollar mais bien au-delà. On sait qu'aujourd'hui la Chine utilise le capital risque aussi comme un outil de d'influence voire de renseignement économique hein par l'intrusion de l'écosystème start-up américain et cetera. Euh selon vous, est-ce que l'Europe a vraiment pris conscience euh de cette dimension géopolitique voire quasi militaire, hein, qu'on peut avoir euh par le financement des start-ups, que ce soit directement ou indirectement ? Est-ce que c'est prise de conscience qui a été faite ? Je pense que la prise de conscience est pas encore totalement là.

Elle figure dans le rapport excellent de Mario Dragui, mais le rapport, il a pas été appliqué. Et d'ailleurs, nous réfléchissons avec Maillo Dragui à prendre un certain nombre d'initiatives pour que les mesures de son rapport soient réellement appliquées. Ma deuxième remarque, c'est qu'en fait on a une opportunité qui est enor massif. Quand on regarde la situation géopolitique, les décisions ératiques de Donald Trump, notamment sur l'Iran, la région du Golf, conduisent à un recul du dollar comme monnaie de réserve internationale. Il représentait à peu près 60 % des réserves des banques centrales mondiales. C'est tombé un peu plus de 40 %.

Est-ce que le RIMB, la monnaie chinoise peut prendre la place ? parce que elle n'a pas la surface internationale que peut avoir le dollar. Il reste une place béante pour que l'euro devienne une des grandes monnaies de réserve internationale.

Donc c'est à nous de saisir cette chance en affirmant la puissance de la monnaie européenne, en développant la digitalisation de la monnaie européenne, en en faisant une des monnaies d'échange des matières premières parce que c'est là que ça se joue en accélérant l'Union des marchés de capitaux pour montrer au monde entier que l'euro c'est un marché financier qui est unique mais avec ça vous pouvez faire de l'euro demain la monnaie de réserve internationale qui concurrente France le dollar. Quel est l'énorme avantage que vous en tirez ? Ben en tirez un avantage de change qui fait que vous êtes celui qui sur le marché international ne dicte pas les prix mais au moins influ sur eux.

Donc je pense que pour les 30 prochaines années là aussi ça doit être un objectif que l'euro devienne une des monnaies de réserve internationales au côté du dollar. Merci pour pour ces éléments. On va revenir à la France et à votre action de ministre notamment pendant vos 7 ans à Bercis. vous avez considérablement resserré, affermis le contrôle des investissements étrangers en France. Euh alors la France n'est pas du tout le seul pays, hein, c'est c'est un mouvement global. Mais pourquoi l'avez-vous fait ?

Est-ce qu'il y a eu des alertes dont on n'a pas forcément entendu parler d'ailleurs dans les médias qui vous ont amené et qui ont amené les services de Bercy à à à vous inviter à resserrer ? Voilà. Quelle a été la motivation derrière ? Vous pouvez pas faire le constat que nous sommes rentrés euh dans un monde de prédateur et euh laisser votre poulailler quand ouvert. C'est pas open bar. Sinon, chacun va venir se servir. Le renard va rentrer dans le poulailler et dévorer une à une les habitantes du poulailler européen. Donc c'est à nous de nous protéger et c'est la première responsabilité publique, protéger nos actifs industriels et technologiques.

J'ai regardé ce qui existait et j'ai vu d'abord qu'il y avait des pans entiers de notre industrie, de notre agriculture qui n'était pas couvert par le décret sur les investissements étrangers en France. Donc, j'ai élargi la portée du décret, notamment par exemple à certains produits agricoles qui sont stratégiques, à certains produits d'innovation et technologique qui sont absolument stratégiques aux données parce que c'est stratégique de façon à mieux protéger nos actifs. Puis j'ai fait une deuxième chose qui me paraît totalement important, c'est abaisser le seuil de détention à partir duquel nous engageons le contrôle. Le filet est plus large et les mailles sont plus fines.

C'est le meilleur résumé qu'on puisse faire. Le filet est plus large, les mailles sont plus fines. Le ministre de l'économie a donc plus de pouvoir pour empêcher que des prédateurs viennent se servir sur le marché européen et notamment sur le marché français. Je m'interroge un petit peu parce que évidemment dans le casadre du livre que que j'ai écrit, j'ai discuté avec des des homologues dans différents pays, [grognement] il se trouve que la France est quand même plutôt en avance. Alors, on peut dire que peut-être l'exemple américain est encore plus fin, mais c'est c'est quand même incomparable aussi.

Mais sinon dans le reste des pays occidentaux, on est probablement le pays qui a le dispositif le plus complet. Comment vous avez à l'époque peut-être aidé accompagner vos homologues européens pour qu'il sophistiquent voir créer parce que il y a encore quelques pays qui n'ont pas du tout de contrôleissement étranger. Alors plus beaucoup, je crois que c'est deux ou trois encore dans le casadre de l'Union européenne. Est-ce que vous avez eu l'occasion de voilà d'aider vos homologues sur c Il y a eu beaucoup de discussions sur notamment euh le périmètre du contrôle des investissements étrangers notamment avec nos homologues allemands mais aussi avec euh l'Italie.

Euh la France, comme vous le dites, a été très en avance là-dessus parce que nous avons des pépites technologiques et que très souvent ce à quoi s'attaquent les prédateurs américains ou chinois en premier lieu américain, c'est pas des très grandes entreprises, c'est des petites PME ultra spécialisées. Ça peut être sur de l'optique, ça peut être sur la défense, ça peut être sur des munitions, des choses qui sont à peine visibles, ça peut être sur des biomédicaments, des choses qui sont parfois quasiment invisibles lorsqu'on regarde de très loin. C'est des petites entreprises qui peuvent avoir 50 80 salariés mais qui ont un niveau de production et de technologie exceptionnel.

C'est elle qu'il faut protéger en priorité. Le 2e débat que j'ai ouvert avec nos homologues européens, il a pas encore abouti, c'est de me dire "Mais il faut avoir les mêmes instruments que les Américains, c'est-à-dire protéger contre les investisseurs mais contrôler aussi les exports." Je suis favorable à ce que nous mettions en place au niveau européen, un contrôle des exportations pour interdire certaines exportations qui sont trop sensibles. Le contrôle des exportations aux États-Unis est un bras armé de l'administration américaine d'une puissance invraisemblable.

Quand vous interdisez à l'entreprise d'exporter vers la Chine ou vers un pays qui est perçu comme un adversaire par les États-Unis, vous imaginez le levier que ça vous donne. Moi, je voudrais qu'en Europe, on se dote exactement du même instrument. Interdire des transferts de technologie dont nous estimons qu'il pourrait affaiblir le continent européen et la France. Là, on on parle de ce que vous avez fait. Permettez-moi aussi d'évoquer quelque chose que vous n'avez pas fait. Dans le dispositif américain, pardon, vous comparez avec les les US, il y a aussi un contrôle des investissements à l'export.

Euh parce que notamment, il y a eu ces polémiques en 2024 que c'est exactement le point que je soulève, c'est-à-dire il y a un trou dans la raquette, nous nous contrôlons les investissements entrant. Ouais. Il faut que nous mettions en place un contrôle des investissements sortant. Je l'ai proposé. Ça se heurte à ce que vous décriviez parfaitement tout à l'heure. C'estàd que l'Europe vit encore même si les choses évoluent et que il y a des vrais changements qui vont dans la bonne direction mais elle vit encore dans ce fantasme du doux commerce. Elle vit encore dans ce fantasme du libre échange.

Et donc l'idée qu'on puisse interdire à une entreprise d'exporter parce que ces technologies sont trop sensibles, ça heurte en profondeur l'idéologie dominante européenne. Et pour moi, le rôle de la France, c'est précisément de faire évoluer cette idéologie dominante. On y est arrivé. La dette en commun, bah c'est nous qui l'avons fait. En l'espèce, c'est moi qui l'ai négocié avec Olaf Scholz, le ministre des finances allemandes de l'époque. On a fait bouger les lignes, on a changé l'idéologie européenne. Les tarifs douignés sur les véhicules électriques chinois, c'est moi qui les ai mis en place et négocié contre la vie de beaucoup de ministres des finances européens, notamment allemands.

On a fait bouger l'idéologie européenne quand nous avons mis en place la politique industrielle franco-allemande avec mon homologue de l'époque Péter Altmeer à qui je rends hommage parce qu'il a été capable vraiment d'un d'un vrai changement dans l'approche européenne de l'industrie. L'Europe était totalement hostile à toute idée de politique industrielle. Bah nous avons fait bouger l'Europe sur l'idée d'une politique industrielle quand nous avons autorisé les subventions publiques pour des entreprises de technologies nouvelles alors queavant c'était complètement interdit. Aucune subvention publique. Les Américains en donnent, les Chinois en donnent à leurs propres entreprises.

Nous, on fait rien. On a réussi à faire bouger l'idéologie européenne. Et pour moi, la vocation historique de la France, pays fondateur de l'Union européenne, c'est de dire "Nous sommes dans un temps nouveau, nous allons réinventer une nouvelle Europe." Merci pour ça. Très très intéressant. J'aimerais revenir brièvement sur cette question de l'export de capitaux pour des pays avec lesquels nous pourrions être en compétition pour pas dire plus.

En 2024, peut-être l'aviez-vous su, il y a eu un rapport du congrès américain qui a évoqué des milliards de dollars euh de fonds de capital risque américain qui ont financé des centaines de start-ups chinoises impliquées dans le développement de solutions militaires pour la monnaie populaire de libération, l'assurance de masse, la trait deigour et cetera. Ça a amené à certains débats et à euh bah évidemment à des corrections à la fois réglementaires, législatives et et d'actions privées. On n'a pas vu de conséquences en France ou en Europe de cela.

Est-ce que c'est des ch qui ont été un petit peu discutés ou alors certainement on n'est pas du tout dans les mêmes proportions qu'aux États-Unis, mais est-ce que voilà ça a été un petit peu analysé et il y a eu des conséquences qui ont pu en être tiré ou pas du tout ? Alors ça a été analysé. Il y a un deuxième rapport côté de celui de Maodragi qui est un très bon rapport, c'est le rapport de Enrico l'État qui chiffre à 300 milliards d'euros le montant d'épargne européenne. C'est c'est votre épargne, c'est votre assurance vie, c'est le produit d'épargne retraite des français qui va financer la technologie américaine. Super. Donc il faut évidemment apporter une réponse à ça.

Et pour moi, les deux réponses, c'est d'abord créer notre propre marché de capitaux pour que du coup il y ait plus besoin d'aller investir ailleurs. Vous pourrez investir en France ou en Europe. Et la deuxième réponse contrôle des exportations, que ce soit de capitaux ou de biens, pour s'assurer que l'argent va bien financer en priorité absolue la croissance européenne et les entreprises européennes.

Est-ce que c'est ça euh votre réponse ou votre avis en tout cas sur ce subtil équilibre entre attrait euh de capitaux étrangers, libre commerce en Europe, développement de nos propres industries ou est-ce que vous auriez euh euh par votre expérience euh passée ou actuelle d'ailleurs euh d'autres pistes euh de réflexion à mettre sur la table ? Le principe absolu du commerce, et je parle pas du libre échange, c'est ce qu'en bon français on appelle le level playing field. Qu'est-ce que ça veut dire ? Les mêmes règles pour tous. Vous ne pouvez pas être le dernier continuant à respecter des règles que les autres ne respectent plus.

Si vous voulez jouer un jeu qui est le jeu du commerce mondial, il faut le jouer sur les bases des mêmes règles que celles qu'appliquent les Chinois et les Américains. Les Chinois et les Américains protègent leur marché, protègent leur industrie et s'assurent que les financements chinois vont vers la Chine, les financements américains vont vers l'Amérique en priorité absolue. Nous devons tout simplement faire la même chose, ni plus ni moins.

Pendant que vous étiez ministre, avant aussi et encore aujourd'hui, les plus gros tours de financement des start-ups en France et en Europe proviennent d'un resseur étranger, notamment américain, mais pas seulement, aussi du golf, euh de Singapour, de Chine, du Japon et cetera. À quel point ça vous inquiétez ? À quel point ça vous semble aujourd'hui critique et quit à être dépendant, quel dépendant choisir ? C'est critique. Qui a l'argent décide. et c'est une règle universelle. Donc si vous n'avez pas de financement européen, vous ne décidez plus en Europe.

À partir du moment où vous avez une partie du capital à hauteur de 40 50 60 % une entreprise qui est détenue par des fonds étrangers ou nêtes plus souverain. Est-ce qu'on manque d'argent en Europe ? Non, ça chacun doit bien le comprendre. C'est pas l'argent qui manque. Il y a 35000 milliards d'euros d'épargne. Mais vous ne pouvez pas le collecter dans un seul fond. Donc lorsqu'une entreprise veut lever des sommes importantes à partir du milliard d'euros même en dessous, elle trouve pas en Europe. C'est c'est trop compliqué. C'est la croix et la bannière. Faut qu'elle aille prendre un petit morceau ici, un petit morceau là. C'est pas les mêmes règles.

C'est beaucoup plus simple d'aller à New York, de négocier avec un fond et le fond vous dit "Je vous passe 3 milliards." Bah vous signez avec lui parce que c'est simple, parce que c'est direct, parce que les choses se font facilement et que la vitesse d'exécution est absolument clé. Donc nous devons arriver à faire la même chose en Europe. Ça n'exclut pas d'ailleurs au passage d'avoir des investissements public mais comme la marge de manœuvre sur investissement public est limitée par la situation budgétaire. La proposition que je défends, c'est de refaire de la dette en commun pour financer notre avenir.

H J'ai mis en place pour la première fois de l'histoire européenne une dette en commun à hauteur de 750 milliards d'euros pour protéger nos entreprises face au Covid et financer le chômage partiel. 750 milliards d'euros. des nuits blanches de négociation avec Olaf Scholz à Paris, à Berlin et à Hambourg et une discussion finale avec le président de la République et la chancelère de l'époque Angela Merkel pour boucler l'impossible de la dette en commun. Le truc que les Allemands n'ont jamais voulu parce qu'ils estimaient que c'était l'épargne des Allemands qui allaient financer les gabis des Français pour parler simplement. On y est arrivé. Mais on y arrivé pourquoi ?

Pour protéger notre actif passé. Si nous sommes un grand continent, ce que je crois, on doit être capable de faire la même chose pour financer nos actifs futurs, l'innovation, la défense et l'industrie verte. Pourquoi aujourd'hui ça paraît impossible ? Tout simplement parce que les Allemands vous disent, "Attendez, vu la situation de la France qui a retiré sa réforme des retraites, qui ne fait pas les efforts nécessaires, on va pas s'engager là-dedans." Donc, je fais une proposition très concrète, c'est de mettre sur pied un programme dette contre dette. La France accepte de s'engager sur une réduction sur plusieurs années de son niveau de dette publique avec des engagements fermes. Hm hm.

Et de l'autre côté, l'Allemagne accepte de lever 1000 milliards d'euros de dette européenne en commun pour financer un l'effort de défense, 2 l'effort de décarbonation et 3 l'effort d'innovation notamment sur l'intelligence artificielle et sur les semiconducteurs. Voilà un projet franco-allemand qui me paraît à la hauteur des événements. Tout le reste malheureusement est très souvent pas à l'échelle. H et pas à la hauteur de la rapidité des mouvements que nous connaissons.

Alors, sans aller sur ce niveau d'échelle, euh extrêmement ambitieux, euh à votre avis, quel peut être le rôle dans ce dans ce développement-là de d'acteurs publics tels que BPI France, la Caise des dépôts mais les équivalents euh européens Ca des dépôts palestiti, KFW Capital en Allemagne, comment ces acteursl ces banques de développement public peuvent être des bras armés à cette bien faire comprendre les choses à nos auditeurs. Ces banques font un travail formidable. Nicolas Dufour et la BPI font un travail formidable. Mais ils vont dégager quoi comme capacité d'investissement net chaque année ? 4 milliards, 5 milliards ?

Je suis conseiller spécial d'ASML, entreprise vous l'z parfaitement décrite, qui fait de la l'hogravure pour faire des semi-conducteur de la finesse la plus avancée au monde. Nous nous estimons que sur la seule politique des semi-conducteurs pour avoir une filière de production de semi-conducteurs en Europe qui sont partout. C'est dans cet éclairage, c'est dans votre iPhone, c'est dans cette horloge qui est au-dessus de nous, mais c'est aussi dans la voiture électrique qui m'attend dehors. C'est aussi dans tous les outils de communication. et nous sommes complètement dépendants de l'approvisionnement américain ou asiatique.

Pour les seuls semi-conducteurs, il faut investir environ 100 milliards d'euros par an, 1000 milliards sur 10 ans. Donc vous voyez bien que les banques publiques de développement font un trou travail formidable. Elles aident des petites entreprises à démarrer, les fameuses start-up. Elles apportent des financements qui sont très précieux. Elles peuvent parfois soutenir des entreprises de la tech qui sont en difficulté, qui traversent une passe difficile et je rends hommage à BPI, je rends hommage à leurs équipes, ils font un boulot formidable mais vous pouvez pas leur demander l'impossible, peuvent pas financer à eux seuls tous les besoins d'investissement qui sont derrière nous.

Donc chacun doit comprendre que ce n'est pas à la maille et que vous ne pourrez pas financer tout ce qui est nécessaire uniquement sur la base des banques publiques d'investissement. Monsieur le maire, vous avez été aussi après avoir eu le record de la plus grande période en tant que ministre de l'économie des finances, le record du plus court ministère à la tête du ministère des armées. Je ne fais jamais les choses à moitié. Vous êtes quelqu'un de très entier.

Si on converge ces deux éléments-l et qu'on voit un peu le développement considérable des start-ups orientés sur les technologies de défense ou les technologies dual et leur financement qui dans l'ensemble des pays occidentaux ou même de l'OTAN parce que évidemment les États-Unis sont sont leaders sur le sujet, on voit des montants assez considérables qui sont en train d'être d'être levés par ces start-up là. D'ailleurs, quand vous étiez ministre, il y a eu des cas de tentative de prédation, hein, de du fond de la CIA envers des entreprises comme Préligence, par exemple. Euh sur cette classe d'actif un peu particulière, euh est-ce que ça doit on doit avoir les mêmes règles du jeu ?

Est-ce qu'on doit avoir les mêmes types d'acteurs financiers publics et privés, euh les mêmes politiques publiques ou est-ce que vous imaginez qu'il faut après vos deux expériences euh quelque chose de de surmesure ? Alors, je parlerai uniquement de mon expérience de des finances, comme vous l'avez rappelé, la l'expérience de ministre des armées ayant duré 12h, c'est un peu court pour en tirer des mais c'est un sujet qui m'a toujours passionné, qui m'a passionné quand j'étais jeune diplomate il y a plus de 30 ans, que je suivais les sujets de prolifération. Donc, euh, je considère que c'est un sujet évidemment vital. Première remarque, nous sommes excellents.

La France est excellente sur les technologies militaires de pointe. que soit sur la vision, les munitions, le guidage, les communications, l'optronique, on est excellent, parmi les meilleurs au monde. Donc tant mieux si vous avez des jeunes entreprises qui sur des segments de marché extraordinairement précis se mettent sur ce sujet parce que nous avons tout le tissu industriel pour que ça marche. Il y a quelques jours, j'étais à Montluon. Euh j'ai eu euh la chance et l'honneur de visiter le site de Safran à Montluon euh qui fait des accéléromètres euh qui fait du guidage d'avion, de sous-marin par des dispositifs d'une technologie exceptionnelle.

Et quand vous voyez la qualité de ce qui est produit sur le site Safran de Montluon, vous vous dites "La France a encore de belles décennies devantelles et a des capacités de puissance qui sont exceptionnelles." Donc tant mieux que nous ayons un nouvel écosystème de petites entreprises qui prennent le relais et qui viennent challenger ces grandes entreprises qui font la fierté de la France comme safran. Est-ce qu'il faut des règles spéciales ? Oui. Que là le contrôle, il doit être décuplé. euh c'est forcément des proies parce que il y a un niveau de savoir-faire technologique est exceptionnel et que la situation géopolitique qui est particulièrement instable rend ses proies désirables.

Donc il faut les protéger encore mieux et s'assurer que le décret IF fonctionne à plein. En troisème lieu, pour le financement, bah il faut évidemment garantir un financement qui soit un financement souverain, national ou européen, mais éviter que ce soit un financement de puissance hostile. Quand on parle de chaîne de financement, d'industrie du capital risque, on est obligé de parler de la fin de l'histoire, donc la revente ou la cotation en bourse.

Or, on sait aussi que sur ces euh particuliers euh secteurs assez stratégiques, bah justement, il y a du contrôle des cuplés sur les reventes et on sait qu'on revend bien avant tout à des grandes entreprises industrielles ou technologiques américaines. Donc, comment on concilie ça ? le fait de revendre très cher pour alimenter le financement de ces start-ups et donc voilà rendre cet écosystème rentable tout en euh tout en essayant de préserver sa souveraineté. Comment on joue sur ce sur ce paradoxe ? La réponse pour moi, c'est d'avoir un écosystème industriel puissant. Hm hm. Pourquoi est-ce qu'on revend des petites entreprises, des grandes entreprises américaines ?

Et pour parler encore plus clairement à Google, Amazon, Facebook, Microsoft, Les gars FAM bah tout simplement parce qu'elles existent aux États-Unis qu'elles existent pas en Europe. Donc si vous voulez éviter la revente de pépites ou de jeunes entreprises françaises et européennes ultra brillantes et ultra performantes financé sur fonds public européen parce que à la base c'est des jeunes scientifiques, des jeunes chercheurs qui ont été financés sur fonds public européen. Si vous voulez éviter la revente aux États-Unis, bah il faut créer un écosystème industriel et avoir des champions industriels. Je me suis battu par exemple pour l'investissement que euh ASML a fait dans Mistral.

Bah c'est le meilleur exemple. Là vous avez vous avez un financement par la plus grande capitalisation boursière européenne ASML, plus de 550 milliards d'euros aujourd'hui de valeur qui vient aider à se développer une entreprise qui maintenant est devenue puissante qui est mistrale. Ça c'est ultra vertueux parce que vous créez un écosystème de la tech qui va de lavure par profond jusqu'à l'intelligence artificielle et la proposition d'intelligence artificielle surmesure et industrielle que va proposer Arthur Mench et Mistrral. Ça c'est l'exemple vertueux. Bah c'est cet exemple là qu'il faut développer. L'industrie est la réponse à tous nos problèmes d'indépendance et de souveraineté.

La trajectoire, on la voit mais j'ai envie de vous questionner sur le chemin quand même parce que disons qu'à 5 10 ans, ce que vous proposez semble réaliste, faisable ou en tout cas souhaitable vraisemblablement. Comment on fait dans les 12 36 prochains mois où on n pas encore massivement des SML capables d'investir dans les start-ups européennes que Safran, Naval, d'Asso, Airbus vont pas se mettre à racheter ou financer des dizaines ou des centaines de start-up sur les sujets de souveraineté. Comment on tient ce paradoxe et c'est ce subtil équilibre pendant voilà pour moiil faut avancer sur la base de trois piliers.

Le premier, j'en ai parlé très longuement, c'est la protection et il faut pas hésiter à montrer les dents. Vous venez chez nous, on mort. C'est aussi simple que ça. La deuxième chose, c'est développer très rapidement des capacités de financement privé plus importante doublé de ce projet dette contre dette que je propose pour lever 1000 milliards d'euros de dette en commun sur la base de l'engagement. Ça ça peut aider aussi beaucoup. Et puis le troisème volet mais qui est le plus difficile peut-être et sans doute le plus vital, c'est d'apprendre à travailler collectivement.

Quand vous regardez la situation de l'Europe du point de vue de l'IA et des semi-conducteur, tout le monde vous dira c'est désespéré. Je crois pas du tout. Je pense qu'en réalité nous avons toutes les briques, mais nous ne savons pas construire le mur. Nous avons une brique à la base avec SML. C'est ces grandes machines qui vont arriver à graver des circuits de 2 nanomè, c'est-à-dire 100000 fois plus fin qu'un de vos cheveux. sur des circuits des transistors, vous avez les meilleurs laboratoires de recherche de la planète, le CEA, le CTI à Grenoble, l'IMEC en Belgique. Il y a pas mieux au monde. Faut juste qu'on réalise cela. Vous avez des producteurs de semi-conducteurs de grande qualité.

C'est ST microélectronique, toujours à Grenoble. C'est une Finéon. Vous avez en Grande-Bretagne un champion du design puces. Mais le problème c'est quoi ? Bah c'est que chacun vit sa vie de son côté. C'est ça notre vrai problème, c'est pas de ne pas avoir les capacités, c'est de les rassembler. Et pour les rassembler, il faut de l'initiative politique mais il faut un élément absolument clé en bout de chaîne, c'est qu'il y ait de la commande car c'est la commande qui garantit le financement et la soutenabilité sur le long terme. Donc il faut mobiliser l'écosystème industriel.

Ça peut être Simens, ça peut être Airbus, ça peut être Nokia, ça peut être Eriksson et d'ailleurs ils le font qui s'engage sur 10 ans à dire si vous vous rassemblez, si vous produisez des semi-conducteurs en Europe au sol européen, on vous les achète. Et vous imaginez ce que ça veut dire ? Ça veut dire que vous avez des très grandes entreprises industrielles qui ont des reins financiers ultra solides, qui s'engagent sur des dizaines de milliards d'euros de commande et donc qui sécurise votre investissement sur la tech. L'investissement sur la tech, il peut pas venir comme ça de n'importe où. Il faut qu'il y ait la base industrielle, la base scientifique, elle existe.

Qu'on la rassemble, il faut le faire, mais qu'il y ait sur 10 ans des perspectives d'achat et de commande qui vous sécurisent financièrement. Ça c'est tout le travail que nous essayions de faire actuellement et pour moi c'est le travail le plus important. J'ajoute un dernier point qui est absolument vital, on en parlait tout à l'heure, c'est le contenu européen. Le jour où vous direz, on en est très loin, vous ne vendez plus un iPhone en Europe. Si dans cet iPhone, il y a pas 30 % de composants européens, vous allez voir comment on va se dépêcher de produire des puces en Europe. Ça va discipliner tout le monde. Ça va discipliner tout le monde.

Vous parliez du cas très intéressant d'ASML qui a investi dans Misral. Effectivement, ça fait du bruit. C'est un cas assez intéressant. D'un industriel, on ne peut plus hardware. Enfin, c'est c'est des grosses machines, vous l'évoquez. Dans une entreprise, on ne peut plus virtuelle ou digital. Et d'ailleurs, il y a eu beaucoup d'autres industriels ou investisseurs dans ce tour de table. Comment euh qu'est-ce que ça nous dit de la coopération européenne ou ou interindustrie d'ailleurs en Europe ? Est-ce que c'est l'arbre qui cache la forêt et la tête d'épingle ? Est-ce que c'est juste le usard mais la la suite de la troupe suie ? Voilà. Qu'est-ce que ça nous dit ?

Alors, c'est une grosse tête d'épingle parce que vous prenez quand même les deux plus gros acteur chacun dans leur domaine. Absolument. SML c'est le plus gros sur la litogravure et Mistral c'est désormais le plus gros sur l'IA. Aussi, je le dis à tous nos compatriotes qui nous écoutent, arrêtez de vous jeter des sacs de cendre sur la tête, on est quand même très bon. Notre modèle est foireux et l'organisation globale, politique et sociale est très mauvaise. Mais si vous changez le modèle, croyez-moi, il y a des atouts derrière à faire valoir qui sont exceptionnels.

Donc là, on a mis les deux plus gros ensemble et comme vous le dites parfaitement, nous avons montré que on pouvait jeter un pont entre le hard et le soft, entre un producteur de grosses machines qui sont réalisé sur des dizaines et des dizaines d'hectares de salles blanche avec des machines qui font 10 fois la taille de cette pièce et un producteur de logiciel, un producteur de IA au service de l'industrie. Ben, c'est un modèle que les autres entreprises doivent suivre. La deuxième leçon que j'en tire, c'est qu'il y a plus à attendre des entrepreneurs que des politiques. Politiques mettent beaucoup de bâtons dans la roue. Les entrepreneurs enlèvent ces bâtons et trouvent des solutions.

C'est pas un politique he qui a fait l'investissement de ASML dans Mistral. Ce sont des ingénieurs, ce sont des chefs d'entreprise, ce sont des personnalités du privé qui ont compris que l'indépendance européenne ça devait pas être un mot, ça devait être des faits. Ce ce cas me semble d'autant plus intéressant qu'on a parlé un petit peu desch ou des technologies militaires, des start-ups de défense. Or, il y a quand même une forme de timidité dans ce secteur.

pas qu'en France d'ailleurs, mais on est en train de finir une étude à Audiencia Business School sur sur les grands corporés de Vic dans la Bitd mondiale dans la base industrielle et technique de défense et on voit quand même assez peu comparativement à d'autres acteurs ou à d'autres secteurs d'investissement de ces grands corporailes dans les start-ups ou d'alliance comme on a pu le voir dans le cas de Mistral et comment on détend comment on stimule comment on on invite ces acteursl dans cette industrie au combi importante et pour laquelle la France est bonne on est le deuxième exporte ortateur d'armement dans le monde après les États-Unis pour ben multiplier peut-être ce genre de de collaboration ici lié au civil mais demain dans lach je confirme qu'il y a beaucoup de c'est pas de la fréosité c'est une certaine prévention à l'égard du secteur de la défense.

Ça fait peur on se demande de quoi il retourne. Il y a des intérêts stratégiques derrière. Donc il y a une certaine prévention. Cette prévention, elle va être levée par les événements. La guerre est de retour en Europe. La Russie a attaqué l'Ukraine. Il est probable que la Russie poursuive sa politique militaire agressive à l'égard d'autres pays européens. Et donc ce qui paraissait exceptionnel et un peu décalé il y a quelques années va devenir une urgence. L'investissement dans l'outil de défense, dans cette fameuse Bitd. Et donc là dirait qu'il faut faire appel au patriotisme de chacun. Nous avons besoin de ces équipements. C'est une question patriotique.

C'est pas qu'on veut conquérir le reste du monde. Ça fait des siècles que nous avons compris au moins des décennies que ça n'était plus souhaitable. Il faut nous protéger. Et si vous voulez vous protéger, il faut des missiles qui soient bien guidés. Il faut des systèmes antimissiles qui soient performants. Il faut des capacités d'optique qui soient les meilleures au monde. Il faut des capacités de communication qui soient totalement sécurisé. Il faut [grognement] des missiles de moyenne portée pour prévenir une agression venue du territoire russe. Et tout ça demande beaucoup beaucoup d'investissement. Donc je pense que c'est les faits géopolitiques qui vont lever les préventions économiques.

Mais pour focaliser ma question vraiment sur la collaboration des grandes entreprises de défense dans les start-ups comme SML l'a fait avec Mral, même si on parle d'une grosse start-up avec Misral. Euh aujourd'hui, notamment avec les commandes qui pleuvent, ces grands industriels de la défense sont très rentables. Certains sont enfin des niveaux de rentabilité, enfin on connaît leur compte, la plupart sont cô en bourse. Ils regorgent de liquidité et pour autant n'ont pas multiplié les investissements dans des start-ups qui euh pourtant en ont besoin, qui sont parfois membres de leur supply chain, de leur sur des technologies, vous l'évoquez extrêmement critique.

Quels sont d'après vous les les freins qu'il faut réussir à abaisser pour leur permettre de collaborer plus, y compris financièrement par de l'investissement via le corporate venture capital. Mais voilà qui est un peu plus d'open innovation dans un milieu qui peut-être un petit peu plus par nature secret présent. Alors alors pour le coup le politique peut jouer un rôle en rassemblant les acteurs h et puis en donnant des exemples positifs. Je reviens à l'exemple de Safran Montluon.

J'ai pas cité technologies sont très sensibles, mais Safran a racheté il y a pas très longtemps euh une entreprise qui était une PME qui l'a aidé à vraiment beaucoup progresser dans ces systèmes de géolocalisation des avions ou des euh sous-marins sans dépendre du signal GPS, donc sans risque de brouillage, sans risque de tromperie de la part du signal euh GPS. Je pense que c'est ces exemples là qu'il faut mettre sur le devant de la scène et le rôle des rest politique peut-être de rassembler tous les acteurs de l'industrie de défense, les PME qui sont autour et de regarder comment est-ce qu'on peut créer des écosystèmes qui soient beaucoup plus performants.

On l'a fait pour les lanceurs spatiaux en créant petites entreprises à côté du géant Arian pour essayer d'inciter à travailler sur un lanceur récupérable. Faisons la même chose dans l'industrie de défense pour montrer les bons exemples, montrer les résultats positifs et bien faire comprendre que il n'y a que ce travail en commun qui te permettra de réussir. Après, il y a aussi un vecteur, vous avez été ministre de l'économie, l'État ou les États européens d'ailleurs sont souvent actionnaires de ces grands groupes de défense. Il y a aussi peut-être voilà, c'est ce qui leur donne toute la légitimité pour prendre la parole, rassembler ces entreprises.

Après, très souvent c'est des participations à hauteur de 10 ou 15 %. Euh, il faut faire très attention parce que l'État actionnaire quand il a 10 ou 15 %, il a un peu tendance à considérer que c'est lui qui pilote l'entreprise. Quand vous avez 10 ou 15 %, vous pouvez prendre des initiatives et c'est même souhaitable. C'est pas vous qui pilotez l'entreprise. On peut aider, on peut contribuer mais on peut aider. Mais on ne décide pas. Exactement. Bruno Lemè, vous évoquiez cette cette ambition d'essayer de fédérer les les différents pays européens dans dans une perspective commune he et de toujours mieux intégrer pour mieux se défendre et mieux se protéger.

La France semble plutôt leader là-dessus. Vous avezqué de nombreuses initiatives. Quels furent les pays qui ont été supportives, comme on dit en mauvais français de ce de cet talent, de cette ambition et à l'inverse, lesquels furent plus des freins ? Je crois que malheureusement le pays le plus réticent à l'idée de la protection du marché européen et qui a été le plus long arrivé à cette idée de souveraineté, c'est le plus puissant, c'est l'Allemagne. Et celui qui vous dit ça est un grand tenant du franco-allemand avec la conviction absolue qu'il faut aller à un moment donné vers une véritable union franco-allemande pour résister face à la Chine et face aux États-Unis.

Mais la réalité c'est que nos amis allemands vivaient sur un modèle de triple dépendance. Dépendance aux marchés chinois pour leur économie, dépendance aux matières premières russes pour leur énergie et dépendance aux armées américaines pour leur sécurité. Ce modèle là s'est effondré et ça oblige à réinventer un modèle. et nos amis allemands n'ont pas encore réinventé ce modèle-là.

Donc plutôt que de critiquer, ce qui est pas très utile, il faut partir du constat que il y a beaucoup de divergence entre nous et que soit nous nous éloignons davantage et c'est la fin de la construction européenne, soit nous prenons chacun de ces désaccords, nous essayions de les résoudre et de les résoudre par le haut au service d'une vraie souveraineté, d'une vraie puissance européenne. C'est ma proposition. Mais je le dis très clairement, le pays avec lequel l'écart idéologique est souvent le plus important, c'est paradoxalement celui qui nous est le plus proche, l'Allemagne. D'où ce défi considérable des décennies qui viennent.

Et à l'invers furent les pays les plus accompagnateurs de cet élan français, de cette de cette dynamique ? J'imagine que vous aviez quelques alliés qui qui s'inscrivaient aussi dans cette Alors, on a eu des on a eu des alliés sur l'idée de souveraineté technologique, parfois surprenant. Les Pays-Bas ont beaucoup aidé parce que ils ont des enjeux technologiques qui sont importants. La Belgique a aidé également, je pour en citer d'autres. La Pologne est un pays qui a une conscience stratégique très forte, tout simplement parce que géographiquement est à la frontière avec la Russie.

Et je pense d'ailleurs de manière globale que l'intérêt de la France est d'investir très fortement politiquement vers les pays de l'est. C'est d'ailleurs ce qu'elle a commencé à faire depuis quelques années. Mais c'est très important que nous retrouvions un lien très puissant avec les pays de l'Est. Récemment, la DGSI donc les services de renseignement intérieur français ont renouvelé un contrat avec l'entreprise américaine Palentir hein qui fait couler beaucoup d'ancre entreprise qui est à la fois très polémique outreatlantique et et en Europe.

Euh donc ce contrat questionne évidemment et de l'autre on sait qu'en Allemagne euh c'est une entreprise française qui a été mandatée pour gérer du big data et de l'intelligence artificielle dans sur certaines problématiques de renseignement en Allemagne. Comment on explique ce paradoxe ? comment on arrive à naviguer dans ce dans ces contradictions et ces surprises parfois il faud demander aux responsables concernés qui ont fait ces choix là. Moi, je pense que dès que nous aurons trouvé une solution française notamment avec OVH Cloud, il faudra utiliser la solution française et si elle est pas encore à l'échelle et ben voir comment est-ce qu'on la met à l'échelle.

Ça doit être ça notre orientation. Privilégier une solution française. C'est ce qu'on a dans les discours aujourd'hui. C'est ce qu'on entend. Oui, mais ça doit être dans les dans les faits, dans les actes parce que transférer des données aux Américains sans avoir de possibilité de les garder, de les contrôler, alors j'imagine qu'il y a un certain nombre de firewall et de précautions qui ont été mises en place. Bien entendu, je fais toute confiance à la DGSI pour cela.

Mais néanmoins, quelle que soit la qualité des précautions qui ont été prises et des mesures de protection qui ont été décidées, il vaut mieux une solution nationale et il vaut mieux voir avec OVH Cloud pour citer un acteur qui a fait vraiment de très gros progrès depuis des années mais qui représente aujourd'hui une part de marché qui est très très petite voir comment les aider à se développer plutôt que de prendre la solution de facilité qui est de prendre un acteur étranger. Bruno Leemer, comment on peut réussir à concilier cette ambivalence entre attrait des capitaux étrangers et euh préservation de nos enjeux de souveraineté ?

Euh on sait que peut-être des logiques de contrôleissement étranger pourrai faire fuir certains types d'investisseurs alors qu'on a besoin d'argent, vous l'avez dit, pour développer nos start-ups et nos industries. Ce qui fait l'attractivité d'un marché, c'est pas son ouverture, c'est sa puissance.

Donc ça ne va jamais arrêter les investisseurs qui viennent du Golf, qui viennent d'Asie du Sud-Est, viennent de Singapour avec le fond TMASC ou qui viennent actif en France et qui est évidemment le bienvenu en France ou des grands investisseurs américains que ce soit Blackstone, Black Rock, Kak ou d'autres, eux ce qui va les arrêter c'est pas qu'il y ait des règles strictes, ils le comprennent parfaitement. Ce qui peut les arrêter, c'est s'il y a plus d'industrie. Donc si vous leur offrez un vrai développement industriel et technologique sur la base de la protection du marché européen, ils viendront.

L'idée que parce que on défendrait nos intérêts, nos technologies, nos savoir-fairs, nos brevets, ça empêcherait le capital de venir. Mais c'est une idée stupide. C'est même le contraire de ce qui va se passer. Si vous arrivez à créer un écosystème industriel et technologique sur deux nouvelles technologies, je pense au cloud, je pense au calcul quantique, je pense au semi-conducteur pour vous citer trois exemples très concrets, mais je pourrais citer aussi l'industrie verte avec les batteries électriques ou avec les éoliennes offshore. Vous allez avoir des investisseurs qui vont venir. Les investisseurs, qu'est-ce qu'ils veulent ?

Ils veulent des boîtes qui marchent, qui tournent et qui sont rentables. Ben le seront si nous protégeons notre marché. Bah, je trouve que c'est un magnifique mot pour conclure cet entretien. Merci beaucoup Bruno Lem. Merci à vous. Merci pour cet échange partage d'expérience passée et actuel et merci à toutes elles et tous ceux qui nous ont regardé aujourd'hui. Et bien évidemment nous invitons à regarder les prochains épisodes de cette courte série de podcast avec quelques invités exceptionnels pour parler capital risque géopolitique et compétition technologique mondiale. À très bientôt.

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Non speech

[musique]