Motion de censure, hausse des impôts: l'interview en intégraltié d'Éric Coquerel (LFI)
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Il est 8h30, tout pile, sur RMC et BFM TV. Deux invités dans le face-à-face ce matin. On est ensemble jusqu'à 9h pour mieux comprendre les deux enjeux, les deux forces qui vont mécaniquement s'allier tout à l'heure pour faire tomber le Premier ministre.
C'est d'abord vous qui répondez à mes questions, Éric Coquerel. Bonjour. Merci d'être ici ce matin.
Au matin de cette motion de censure, tout à l'heure, c'est Jean-Philippe Tanguy du RN qui vous succédera. Et au fond, c'est l'ordre qui prévaudra cet après-midi dans l'hémicycle, puisqu'Éric Coquerel, vous allez être celui qui défendra à la tribune la motion du nouveau Front populaire, c'est-à-dire la motion qui devrait l'emporter et faire tomber le Premier ministre. Il ne vous a pas convaincu hier soir, Éric Coquerel ?
Ah non, je l'ai même trouvé assez pathétique pour tout vous dire. Dans cette manière de manifestement vouloir s'accrocher finalement à ce poste de Premier ministre dont il disait que ce n'était pas forcément lui qui l'avait voulu, mais qu'il répondait à une espèce de mission, y compris jusque dans des appels, j'ai même vu sur Twitter quasiment au RN sur des valeurs qu'on suppose communes pour dire au RN de ne pas voter notre motion. Donc il y a quelque chose qui, j'allais dire, où il montre à nouveau une faiblesse, mais ce qui est normal, parce qu'en réalité, son problème, c'est une légitimité qu'il n'a jamais eue du fait d'avoir aucune majorité à l'Assemblée, même plutôt une armée en déroute qui le soutient, mais aussi la volonté coûte que coûte de maintenir la politique pour laquelle il a été choisi, c'est-à-dire une politique qui avantage les plus riches, très inégale.
Voilà, j'ai vu M. Barnier finalement en homme de droite, peu conciliant. Éric Coquerel, vous vous rendez compte quand même que vous avez effectivement entre les mains, vous, tout à l'heure, la chute du gouvernement, le saut vers l'inconnu, comme le titre de la plupart des journaux depuis hier.
Et vous parliez à l'instant de la question des Français, du pouvoir d'achat, la conséquence mécanique, c'est ce qu'a dit Michel Barnier hier, ça va être une hausse d'impôts pour la plupart des Français ? Alors déjà, Pauline de Ballère, sachez une chose, c'est que je sens ô combien la responsabilité qui nous incombe et qui m'incombe, mais j'ai l'impression que la grande majorité des Français, dont parle sans arrêt M. Barnier, sont derrière nous.
Hier, il y avait les chauffeurs de taxi qui étaient mobilisés devant l'Assemblée nationale. Notamment à Marseille et une partie à Paris. Je peux vous assurer qu'ils souhaitaient la chute du gouvernement Barnier, tout simplement parce qu'ils espèrent que du coup, il y aura une autre proposition de budget qui tiendra compte de leur revendication.
Demain, ce sera les enseignants, la fonction critique. Une grève très suivie, qui s'annonce très suivie, effectivement, dans les écoles de France. Et si on en croit les études d'opinion, mais si on en croit aussi les élections de juillet, les gens ne veulent plus de ce gouvernement et surtout, ils ne veulent plus de cette politique.
Parce qu'ils ont bien compris une chose, c'est que c'est cette politique qui entraîne le pays dans le mur. C'est avec ça qu'il faut arrêter. On va revenir sur les conséquences politiques, effectivement.
Qui, après Michel Barnier ? Qui peut-être après Emmanuel Macron, dont vous continuez à demander également la démission ? Mais Éric Coquerel, sur cette question des impôts, qu'est-ce que vous dites aux 380 000 Français ?
Je dis que ce n'est pas vrai. Qui vont basculer mécaniquement, les styles, à cause des seuils. Et donc, ce n'est pas bien.
Ça, ce n'est pas bien. C'est faux. C'est faux.
Il en appelle à cela. C'est faux. Je vais vous expliquer pourquoi.
Il ment. Et le problème, c'est que ce n'est pas bien de jouer aux alarmistes, de dire que c'est le chaos économique. Regardez, les taux d'intérêt sont comparables à la Grèce.
Ils ont même expliqué qu'on réellitait nos taux. L'inquiétude sur les marchés dont nous parle, effectivement, M. Barnier.
Ils ont même expliqué que nos taux d'intérêt sont inférieurs à ceux pratiqués il y a un an vis-à-vis de la France. Bon, ce n'est pas bien de laisser penser que si, parce que c'est dans le cas où il y a ce qu'on appelle, vous savez, la fameuse loi spéciale qui permettrait juste de passer la fin de l'année, en réalité, l'an prochain s'appliqueraient les barèmes d'impôts de 2024. Donc, des gens qui ne payaient pas d'impôts les paieraient.
C'est donc prolongé. Vous simplement, pourquoi ce n'est pas vrai ? Parce que la règle est très clairement expliquée.
C'est un texte qui vise à, en gros, s'appliquer, allez, un mois, six semaines au maximum, et après, on discutera du budget. S'il y a un autre gouvernement et s'il y a un autre budget. Non, mais c'est...
Mais il n'y a pas de raison que les mêmes causes ne seraient pas les mêmes effets. Il n'est pas prévu, je vous le dis, il n'est pas prévu que le budget 2024 s'applique en 2025. Il est prévu juste que ça permette de passer la fin de l'année.
Donc, arrêtons de faire peur. Il y a même des amendements qu'on a été recherchés, qui ont été faits sur la dernière loi spéciale qui a été appliquée, où on s'aperçoit même qu'il est peut-être possible de bouger les barraines de la peau. Donc, j'allais dire que cette façon d'effrayer, de laisser penser que si le projet de loi de séance de la Sécurité sociale n'est pas appliqué, il n'y aura plus de carte vitale, alors même que les bénéficiaires, ce sont les retraités qui verront leur retraite indexée, puisque c'était prévu comme ça dans les textes existants, c'est pas bien.
C'est pas bien, je vous le dis très clairement, ça ne rende pas service au pays. Si on est tout à fait précis sur les retraités, les pensions de retraite les plus modestes allaient de toute façon être réindexées. Mais là, tout le monde va être indexé.
Oui, donc en fait, finalement, tant mieux pour les retraités les plus riches. Pour le pouvoir d'achat des Français, ce qui est en train de se passer, je parle sur le projet de loi de séance de la Sécurité sociale, est plutôt positif. Qu'est-ce qui se passe derrière ?
C'est-à-dire que là, à 16h, vous serez à la tribune, vous allez défendre cette motion de censure, vous dites que vous avez parfaitement conscience de la responsabilité qui pèse sur vos épaules, vous n'êtes pas convaincu par les appels, donc justement à la responsabilité de Michel Barnier hier. Qu'est-ce qui se passe derrière ? C'est-à-dire que quand même, vous allez avoir les voix du RN, dont vous-même, vous dites dans votre texte, c'est un peu paradoxal quand même, qu'ils sont vils d'extrême droite.
On parle de leur obsession, oui. – Oui. – Vous savez qu'on n'est pas d'accord avec le RN. – Oui, mais en même temps que vous voulez leur voix, c'est un peu paradoxal quand même. – Mais contrairement à ce que vous avez dit tout à l'heure, ce n'est pas une alliance.
Le RN se rallie à notre motion parce qu'il estime aussi qu'il faut faire tomber le gouvernement Barnier. Et personne, nous, à l'inverse de M. Barnier, on ne se met pas à suppliquer le RN sur leur valeur pour dire finalement, votez notre texte, on est d'accord. – Oui, mais ça fait un petit peu penser à ceux qui allaient voter avec une pince à linge sur le nez. – Mais nous, c'est… – C'est-à-dire qu'on veut vos voix, mais en même temps, on dit bien qu'on vous déteste. – Mais ça, il faut vous poser la question au Rassemblement national. – Je le fais dans un instant, juste après. – Nous, pour notre part, c'est notre motion qui passe.
Et on ne va pas inventer démagogiquement des accords avec le RN. On sait que c'est nos adversaires, d'accord ? Donc là, là-dessus, il y a quelque chose qui va tout à l'heure se jouer.
C'est qu'il ne vous a pas échappé qu'en juillet, ce gouvernement, le programme qu'il porte, était ultra minoritaire dans le pays. Donc, arithmétiquement, pour le faire tomber, c'est ça qui va s'exprimer dans l'Assemblée parce que ce gouvernement n'a jamais eu de légitimité. Et la responsabilité en accompte d'ailleurs plus à M.
Macron qu'à M. Bardi. Vous parlez de la suite, je vais y venir à votre question.
La suite, c'est qu'on ouvre un espoir en faisant ça. Parce qu'il n'y a pas de possibilité, la situation est bloquée, tant que ce gouvernement ne tombe pas. Et après, c'est M.
Macron qui a la responsabilité des choses. Il pourrait, par exemple, appeler un gouvernement NFP. On a montré à l'Assemblée qu'on était capable de faire passer des amendements, de bouger le budget dans le bon sens.
Et après tout, on pourrait très bien essayer d'appliquer ces amendements d'ici la fin de l'année et de faire passer un budget. J'en doute. J'ai compris que ce n'est pas ce qu'il se fait.
Non, mais soyons tout à fait honnêtes. Même s'il le faisait, vous n'auriez pas de durée de vie plus longue que celle d'un M. Barnier.
Ça, vous n'en savez rien. Ça, vous n'en savez rien. Mais ça serait à nous de le tenter.
Tout simplement parce qu'à l'inverse de M. Barnier, nous, quand nous présentons nos textes, nous n'avons pas 20 à 30 députés en plus divisés entre eux pour soutenir nos textes. Là, vous parlez de ce socle commun dont vous avez dit que c'est surtout une armée en déroute.
Qui est quand même la coalition la plus forte de l'Assemblée. Et nous avons été capables d'aller chercher des majoritaires de l'Assemblée sur nos textes. Donc ça, on l'a montré.
Sauf qu'Éric Coquerel, il y en a d'autres qui, au sein même du NFP, ont commencé à imaginer une autre stratégie. Si j'en crois, le chef du groupe socialiste à l'Assemblée, Boris Vallaud, qui encore ce matin dans le journal Le Figaro, appelle les partis, je cite, de l'arc républicain, c'est beaucoup plus large que le NFP, si je le comprends bien, à se mettre autour d'une table et à faire preuve de compromis autour d'un certain nombre de textes. Comment vous réagissez à ça ?
Je pense que c'est fictif et que c'est une impasse dans laquelle, aujourd'hui, ça conduit le parti socialiste. Ça veut quand même dire que les socialistes regardent plutôt ailleurs. Ils ne regardent pas tellement en votre direction.
Ils espèrent allier d'autres. Si les socialistes prennent ces responsabilités, on verra après la motion de censure. Je pense qu'ils se trompent complètement parce que les électeurs qui ont voté majoritairement pour le NFP, ils ont voté pour le NFP pour le gramme de rupture.
Si on commence à leur dire, finalement, ce que vous avez voté, mais ça ne nous pose pas de problème et on veut revenir aux années Hollande, c'est-à-dire une espèce de gauche d'accompagnement du système, je doute que c'est beaucoup d'avenir électoral pour le parti socialiste. Mais ils peuvent changer le parti socialiste. Moi, je leur dis une chose, ce qu'ils proposent là, c'est une fiction.
Et vous savez pourquoi c'est une fiction ? C'est que, par exemple, dimanche soir au Sénat, il y avait des amendements qui avaient été votés, des amendements de gauche. Qu'est-ce qu'ont fait les forces du socle commun auquel M.
Vallaud fait des avances ? Ils ont décidé d'annuler en deuxième lecture tous ces amendements. C'est-à-dire qu'il n'y a pas eu la moindre idée de compromis.
Et de la même manière, je vous fais remarquer que tous les amendements que nous avons votés en première lecture, sur le projet de loi de finance de la sécurité sociale, sur le projet de loi de l'État, quel est le parti de ce socle commun qui a exprimé l'idée que peut-être on pourrait retenir certains de ces amendements ? Aucun. Ils sont sur des projets politiques et économiques totalement différents d'une autre.
Et ça s'est vu aussi sur la réforme d'abrogation des retraites sur lesquelles ils ont fait de l'obstruction. – Éric Coquerel, c'est que le nouveau Front populaire est quand même déjà divisé. C'est-à-dire que, OK, vous allez voter avec le RN, avec eux, tout à l'heure, une motion de censure. – Je ne suis pas sûr que nos électeurs soient divisés. – Là, je ne parle pas des électeurs, je parle en l'occurrence des responsables politiques. – D'accord, mais moi, ce qui m'intéresse, c'est les gens qui nous ont donné une majorité.
Je ne suis pas sûr, peut-être que le Parti socialiste va, j'allais dire, s'isoler, se diviser, j'en sais rien. On verra bien, parce que là, pour l'instant, c'est des déclarations, on verra la suite. – Enfin, ce n'est pas n'importe qui, c'est le chef du groupe socialiste à l'Assemblée. – Je vous réponds, vous avez remarqué. – J'ai tout à fait remarqué que vous répondiez, en tout cas, aux socialistes. – Moi, je les appelle à la raison, on verra bien.
J'espère qu'avec nous, ils réclameront une chose, ils continuera à pousser pour un gouvernement NFP. Mais plus encore, et c'est là où je voudrais en venir, c'est que comme je pense que l'obstacle d'un gouvernement NFP, ce n'est pas le Parti socialiste principalement, l'obstacle principal, c'est M. Macron, qui a toujours dit qu'il ne voulait pas appliquer le programme de la gauche, parce que c'est contraire aux intérêts de ceux qui le défendent.
Eh bien, je pense que la question, et c'est ce que vous avez remarqué tout à l'heure, ça va être davantage maintenant l'avenir de M. Macron. – Vous appelez à la démission d'Emmanuel Macron ? – Oui, il y a eu beaucoup de monde, j'ai vu le maire de Cannes, M.
Morin… – Oui, alors là, vous avez des copains à droite. – Mais parce qu'il y a beaucoup de monde dans ce pays qui considère, y compris chez les anciens macronistes, qu'aujourd'hui, il est plus un obstacle, une solution. Et qu'à un moment donné, quand la situation est bloquée, il faut revenir devant le peuple.
On ne peut pas revenir dans un an, en tout cas, on ne peut pas attendre un an avant de revenir avec une dissolution de l'Assemblée, donc la solution, c'est des élections présidentielles. – Cette motion de censure que vous défendrez donc à 16h, tout à l'heure à l'Assemblée, elle a quand même pour vocation de faire tomber en réalité Emmanuel Macron. – Elle a pour vocation de censurer le pouvoir en place qui impose la même politique économique, et que je sache, en dernière instance, celui qui a choisi M.
Barnier, celui qui a choisi une majorité qui ne l'est pas et qui se retrouve dans ses difficultés, c'est M. Macron. – Et ceux qui voteront avec vous, c'est le RN, et justement, Éric Coquerel, merci d'avoir répondu à mes questions. – Sous-titrage ST' 501 –
Éric Coquerel