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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 16 janvier 2025 22 min

Patrick Martin : "Nos régimes sociaux sont à bout de souffle, beaucoup n'osent pas le dire"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le président du MEDEF, patron des patrons. Vos questions, vos réactions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Patrick Martin, bonjour. Bonjour. Bonjour. Bienvenue sur France Inter, beaucoup de sujets à aborder avec vous ce matin, évidemment après le discours de politique général de François Bayrouille, avant la motion de censure qui sera donc votée ou non dans les heures qui viennent. Mais d'abord, revenons sur ce DPG, comme on dit Patrick Martin. Est-ce que vous avez compris sa vision, ses intentions, ses grands arbitrages pour le pays ?

C'est un discours, celui qu'a prononcé le Premier ministre, qui vous a rassuré ou inquiété ?

0:45
Patrick Martin

Qui nous a plutôt rassuré, en ce sens qu'il parle beaucoup d'économie, sans rentrer dans le détail, et j'y reviendrai si vous me le proposez, mais il parle par exemple de puissance économique, en soulignant que c'est le fondamental, c'est le préalable à l'influence de la France en toutes choses, diplomatique en particulier.

1:04
Invité

C'est un discours pro-business que vous avez entendu il y a deux jours ?

1:06
Patrick Martin

Moi j'ai entendu un discours pro-business, après il est assorti d'un certain nombre de considérations qui nous interrogent.

1:12
Invité

Ah bah justement, on va savoir, on va vous entendre, parce que vous êtes assez remonté, on va le dire, en arrivant dans le couloir jusqu'à ce studio, vous êtes assez remonté, et notamment sur la question des retraites. On va y venir, mais une question générale, vous avez présenté vos voeux, Patrick Martin, en début de semaine, en estimant nécessaire pour les patrons de davantage monter au créneau en 2025, pour défendre leurs convictions, leurs valeurs. Vous estimiez que le MEDEF devait être plus militant encore. Ça veut dire quoi ? Qu'il ne le faisait pas assez ? Qu'il n'intervenait pas assez dans le débat public, à votre sens, le MEDEF ?

1:44
Patrick Martin

Ne me faites pas dire que j'ai les yeux revolvers. Ah bah non, je ne me permettrais pas de dire ça. Non, non, si vous voulez, il y a un constat que j'établis, que le MEDEF établit depuis plusieurs mois, si ce n'est plusieurs années, c'est que dans le débat public, et donc dans la décision politique, l'économie n'est pas suffisamment prise en compte, ou, quand elle l'est, c'est d'une manière erronée ou tronquée. Je donne un exemple, on parle des retraites, on va parler des retraites. Enfin, il faut marteler le fait que ce sont les actifs, les entreprises et les salariés qui payent les retraites, elles sont par répartition, donc ce n'est pas un monde à part.

2:15
Présentateur

Est-ce que vous avez eu cette idée de monter au créneau, comme vous le dites, en regardant la campagne américaine et ce qui se profile avec l'arrivée de Trump à la Maison Blanche ? Est-ce que les patrons français, les grands patrons, devraient s'engager, pour reprendre votre mot, comme les patrons américains, faire de la politique, de l'idéologie, comme Elon Musk, comme Mark Zuckerberg, comme tant d'autres ?

2:37
Patrick Martin

Non, je ne pense pas. Et d'ailleurs, au regard de notre culture politique, les intrusions, je dirais, d'Elon Musk, y compris dans le champ politique allemand, quand ce n'est pas britannique, sont choquantes. Chacun doit rester à sa place. Elles sont choquantes. Après, qu'il ait de bonnes idées, pourquoi pas, il y a certainement des choses à retenir, mais pas ce mode d'expression et pas ce mélange des genres.

3:01
Invité

Il arrive au pouvoir dans quelques jours, il vous inquiète ? Elon Musk lui-même arrive au pouvoir, on ne parle pas de Donald Trump, parce qu'il va avoir un poste, il va y avoir un ministère.

3:09
Patrick Martin

Si vous me permettez...

3:10
Invité

De l'efficacité publique.

3:12
Patrick Martin

Moi, ce qui m'inquiète, c'est la confusion qui règne en France, et je ne mettrai pas ma main à couper que Donald Trump et Elon Musk resteront amis aussi longtemps que ça.

3:19
Invité

Alors, vous l'avez appris mardi, d'ailleurs vous l'avez appris mardi, vous l'avez appris avant, François Bayrou vous a prévenu qu'il comptait redonner, réouvrir, remettre en chantier la réforme des retraites et la confier aux partenaires sociaux ?

3:30
Patrick Martin

Oui, il vous l'avait annoncé, je crois savoir qu'il l'avait annoncé à tous les partenaires sociaux. Non, mais c'est lors des entretiens qu'on a eus ces derniers jours avec lui à Matignon, et c'est très bien ainsi. Après, il faut s'entendre et s'accorder sur les modalités de cette négociation.

3:45
Invité

Alors justement, il vous a confié, il vous réunit en conclave pour améliorer la réforme, sans totem ni tabou, même les 64 ans sont négociables, a-t-il dit. Est-ce que vous avez le sentiment qu'il vous donne la patate chaude, ou que c'est une bonne idée ? Vous aviez dit avant Noël, vous aviez dit, si j'étais lui, je confierais aux partenaires sociaux la discussion sur les retraites, elle serait beaucoup plus apaisée. Vous le dites toujours, ou là vous commencez maintenant que vous avez la responsabilité sur les épaules de trouver un accord, puisque c'est ça qui va se passer ?

4:15
Patrick Martin

Je ne suis pas un expert en droit canon, mais je ne crois pas me tromper en disant qu'un conclave c'est à huit clous. Or, je comprends au fil des heures, parce que le mode opératoire de cette discussion en négociation évolue dans un heure, je crois comprendre qu'il y aurait des interférences politiques, je crois comprendre par ailleurs que participeraient à cette négociation des organisations, ou en tout cas des personnes, qui habituellement n'en font pas partie. Moi je fais confiance aux partenaires sociaux, j'en fais partie, mais...

4:44
Présentateur

Qui ne doit pas être du conclave ?

4:47
Patrick Martin

Écoutez, on veut nous... si j'ai bien compris, parce qu'à nouveau c'est évolu dans un heure, et c'est assez déstabilisant. On veut nous faire parler de tous les régimes de retraite, moi je n'ai pas de légitimité, ça nous intéresse évidemment les retraites du public, puisque nous sommes des contribuables. Mais nous on n'a pas à voir dans nos négociations intéressantes le secteur privé, des organisations qui ne sont pas représentatives dans le secteur privé, c'est bien le moins.

5:09
Présentateur

Est-ce que Patrick Martin, vous voyez cette occasion comme une divine opportunité pour rester dans le vocabulaire religieux, l'occasion de tout changer ? Est-ce que vous êtes prêt à tout négocier, y compris l'âge de départ, ou est-ce que vous allez tout faire pour sauver les 64 ans ?

5:25
Patrick Martin

Écoutez, je pense qu'on est dans une situation à la fois politique, mais surtout économique, parce que moi ce qui m'intéresse c'est l'économie suffisamment instable pour qu'on saisisse l'occasion, mais de bonne fois bien sûr, on saisisse l'occasion de ces négociations pour reposer fondamentalement le sujet du financement de la protection sociale. Nos régimes sociaux sont à bout de souffle, tout le monde le sait, beaucoup n'osent pas le dire. Et bien réfléchissons au niveau, au financement, à la gouvernance de tous ces régimes sociaux.

5:55
Invité

C'est-à-dire que vous allez revenir en disant, dès le début, ouvrons la question de la retraite par capitalisation, pour parler clairement ?

6:03
Patrick Martin

Notamment, mais en étant très attentif à ce que, je ne vais pas dire surnoisement, mais de fait, on ne recrée pas des tuyauteries entre les régimes privés, je pense aux retraites complémentaires que les partenaires sociaux gèrent remarquablement bien, et des régimes qui eux sont chroniquement structurellement déficitaires.

6:23
Invité

Vous allez avoir face à vous des syndicats, la CFDT, la CGT, qui vont vous dire, nous, notre ligne rouge, notre volonté de changement, ça a été toujours les 64 ans. Est-ce que le MEDEF est prêt à se mettre d'accord sur les 64 ans, c'est-à-dire sur l'équilibre financier ? Est-ce que vous êtes prêt à ça, Patrick Martin ?

6:44
Patrick Martin

C'est la seule question. À un moment donné, il faut remettre les choses en perspective. Tout le monde déplore, enfin la plupart d'ailleurs, déplore le creusement de la dette française, 1000 milliards d'euros sur les 5 dernières années, beaucoup ne disent pas que la moitié de ce déficit résulte du déficit des retraites. Les 64 ans, sur le plan technique, sur le plan du rendement, c'est un socle du rétablissement des régimes de retraite.

7:07
Invité

Donc ce n'est pas négociable.

7:08
Patrick Martin

Mais on sait que la dernière réforme ne suffit pas. Donc moi, je suis prêt à tout entendre. Mais encore faut-il, et je n'ai pas de doute sur la sincérité et l'expertise de mes interlocuteurs, encore faut-il qu'on nous propose des solutions alternatives qui ne pèsent pas sur le coût du travail. La France est en train de décrocher en matière de compétitivité. Les prochains budgets PLF, PLFSS ne comportent aucune disposition qui permettront à la France de rester économiquement dans le jeu, de garantir la croissance, de garantir l'emploi. Donc moi, je vois la big picture.

7:41
Présentateur

Par ailleurs, vous avez une proposition qui ne va pas forcément faire plaisir aux retraités. Ils sont d'ailleurs quelques-uns au standard, et on va les entendre dans un instant. Vous estimez qu'ils sont trop bien traités, qu'il faudrait revenir sur un certain nombre d'abattements sur leurs revenus, sur le taux de CSG par exemple. Là, au moins, on ne peut pas vous accuser d'être dans le camp démagogique. Vous trouvez vraiment que les retraités sont des privilégiés, Patrick Martin ?

8:05
Patrick Martin

À aucun moment, je n'ai dit qu'ils étaient privilégiés. J'ai dit, en revanche, qu'il y a beaucoup d'efforts qui devaient peser, si je comprends bien, sur les entreprises, sur la croissance, sur l'innovation, sur l'emploi, et que si chacun devait y aller de sa contribution à l'effort de guerre, il ne serait pas illogique que les retraités eux-mêmes y participent, étant rappelés que ce sont les entreprises et les actifs qui payent les retraites. Si on affaiblit l'emploi, si on affaiblit les entreprises, eh bien, on affaiblit les retraites.

8:34
Invité

Pardon d'essayer de faire de l'exégèse de ce que vous dites ce matin, mais vous dites, cette réforme des retraites, la réforme Borne, elle n'était pas suffisante. Les 64 ans, ce n'est pas suffisant. Ça veut dire quoi ? Qu'il aurait fallu faire 65, 66, aux yeux du MEDEF ?

8:47
Patrick Martin

Ce n'est pas moi qui le dit, c'est le Conseil d'orientation des retraites.

8:51
Invité

Il dit beaucoup de choses, le Conseil d'orientation des retraites.

8:52
Patrick Martin

Non, mais il a dit qu'il y aurait un déficit, sans même prendre en compte les déficits des retraites publiques, de 14 milliards d'euros en 2030, en se fondant sur des hypothèses qui sont au minimum équilibrées et peut-être même optimistes sur la croissance et sur la productivité. Ce n'est pas moi, ce n'est pas Patrick Martin, ce n'est pas le MEDEF qui dit ça. Donc, si d'un commun accord, on ne trouve pas les voies et moyens de rétablir les retraites, mais pour les retraités eux-mêmes, c'est ça finalement l'enjeu, sans altérer la compétitivité de l'économie française, eh bien on continuera à décrocher.

9:25
Invité

Mais donc je ne vois pas comment vous pourriez vous mettre d'accord.

9:28
Patrick Martin

Mais si, il y a un certain nombre de sujets sur lesquels on peut...

9:30
Invité

Oui, sur la pénibilité, sur les femmes, etc. Mais sur les 60... Eux, ils vont dire, l'usure au travail, ils vont dire 64 ans. Et vous, vous allez leur dire non, on ne va pas revenir à 62 quand nous on pense qu'il faut être à 66.

9:42
Patrick Martin

Non, mais je pense... Je suis même assez affirmatif. Avoir des interlocuteurs syndicaux qui sont parfaitement lucides quant à la situation de l'économie. Je rappelle que le 17 décembre dernier, nous avons, c'est sans précédent dans l'histoire, publié un communiqué commun. Seule la CGT n'a pas signé. Toutes les autres organisations syndicales l'ont fait pour dire combien nous étions inquiets de la situation de l'économie et de l'emploi. Donc, je n'ai pas en face de moi, et je ne suis pas moi-même, dogmatique.

10:11
Présentateur

On va y venir justement, à la question économique et à ces plans sociaux qui risquent de se multiplier dans le pays, mais on file au standard. Bonjour, Ahmed. Bonjour. Et bienvenue sur France Inter. Vous avez une question à poser à Patrick Martin.

10:26
Auditeur

Oui, merci. Monsieur, est-ce que vous seriez prêt à accepter une hausse progressive et modérée des cotisations salariales et patronales, comme certains économistes sérieux le proposent, comme Michael Zemmour ? Ça permettrait de réduire le déficit, qui est moins important que ce qu'a dit M. Bayrou à l'Assemblée l'autre jour, puisqu'il a fait un petit tour de passe-passe en parlant de 40 à 50 milliards, ce qu'il faut. Voilà.

10:54
Présentateur

Merci, Ahmed, pour votre question-réponse, Patrick Martin.

10:57
Patrick Martin

Là aussi, j'essaie d'être factuel. Les retraites coûtent en France trois points de produits intérieurs bruts de plus que dans la moyenne des autres pays européens. Ça veut dire quoi ? 90 milliards d'euros de plus. Les entreprises françaises supportent des prélèvements obligatoires, même si on déduit ce qu'on appelle les aides que l'État rétrocède. Les entreprises françaises sont les plus taxées de l'OCDE, on va dire du monde économique développé. Donc, on peut tout imaginer, mais à la fin des fins, c'est quoi ? C'est la dynamique économique qui pourrait en souffrir. Voilà, c'est tout.

Et donc, si la dynamique économique, ce qui est le cas à cet instant, se dégrade, et bien à un moment donné, on ne peut plus payer nos régimes sociaux, dont les retraites. Alors, augmenter les cotisations, c'est une fausse bonne solution. Je rappelle que les salariés payent 40% de ces cotisations en déduction de leur net.

11:48
Invité

Le ministre de l'économie, Eric Lombard, a apporté des précisions sur le discours de politique générale de François Bayrou, parce qu'il avait très peu parlé de fiscalité, notamment de la taxe sur les plus hauts revenus, de l'impôt sur les sociétés. Bon, le ministre de l'économie dit dans les échos, les entreprises seront mises à contribution, notamment via la surtaxe d'impôt sur les sociétés, qui sera bien appliquée en 2025, avec un gain espéré du 8 milliards d'euros. Vous aviez accepté cet effort sous Michel Barnier, vous l'acceptez toujours sous François Bayrou ?

12:16
Patrick Martin

Non, non, j'avais accepté le principe d'un effort de la part des entreprises, mais sous réserve. Sous réserve de quoi ? Qu'il y a un effort beaucoup plus important sur ce qui est le vrai sujet, baisser les dépenses publiques. On ne voit pas grand-chose de ce point de vue.

12:30
Présentateur

Mais en tout cas, il ne faut pas toucher à la poule aux œufs d'or, comme le disaient La Fontaine et le Premier ministre.

12:36
Patrick Martin

Et je crois l'avoir dit avant lui.

12:37
Présentateur

Oui.

12:37
Patrick Martin

Parce qu'il faut tous qu'on cite les bons auteurs. La Fontaine.

12:41
Invité

Oui, alors donc, sur ce point-là, est-ce que vous acceptez ou pas un effort des entreprises qui pourraient apporter jusqu'à 8 milliards d'euros ? Ou est-ce que vous allez essayer de négocier ?

12:50
Patrick Martin

Ce qui nous importe, c'est qu'il y a une trajectoire qui apporte de la confiance. Est-ce qu'en l'État, ce qu'on entend apporte de la confiance ? Non. Pourquoi ?

13:01
Invité

Parce que les grands patrons n'acceptent pas qu'il faut aussi contribuer à la solidarité nationale ?

13:06
Patrick Martin

Mais ce n'est pas du tout mon propos. J'ai dit qu'on était d'accord pour contribuer à l'effort de guerre parce que les circonstances, l'état des finances publiques l'imposent. Mais...

13:15
Invité

Alors, dites-nous précisément, qu'est-ce qui vous inquiète dans ce que disent François Bayrou et Éric Lombard ? Parce que là, apparemment, la flat tax qui était sur la table, vous allez y échapper à l'augmentation de la flat tax, si j'ai bien compris.

13:25
Patrick Martin

Moi, je ne suis pas sûr d'avoir très bien compris parce que, parti comme ça, on va avoir sur les dividendes une taxation qui montera jusqu'à quasiment 40%. On va avoir sur des centaines d'entreprises, la mienne en fait partie, on va avoir ponctuellement mais quand même un impôt sur les sociétés qui va monter à 35,5%. Vous n'ignorez pas que les États-Unis vont baisser leur taux d'impôt sur les sociétés à 15%. Le Portugal vient d'annoncer qu'il allait baisser son taux d'impôt sur les sociétés à 15%, voire à 12,5%.

13:53
Invité

Mais en France aussi, il a baissé, Patrick Martin, depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron il y a 8 ans, il a baissé le taux d'impôt sensiblement sur les sociétés.

14:00
Patrick Martin

Mais il est revenu à peine dans la moyenne européenne. Oui, mais il était beaucoup plus haut. Mais il était anormalement haut et ça pesait sur la dynamique économique, sur l'emploi, sur l'innovation, sur la compétitivité de la France. Donc, je finis là-dessus. Moi, j'ai été très frappé la semaine dernière de voir que les trois grands partis politiques allemands en perspective des élections législatives proposaient tous des mesures offensives pour renforcer la compétitivité, renforcer l'attractivité de l'Allemagne, qui en a besoin. On fait exactement l'inverse.

14:31
Présentateur

Vous avez l'impression que la France est en train de décrocher, et de décrocher en Europe, mais de décrocher aussi par rapport aux États-Unis ?

14:38
Patrick Martin

Ce n'est pas une impression, c'est une réalité. C'est une réalité ? Bien sûr. Et alors, ça a été souligné au niveau européen, notamment par Mario Draghi, dans son excellent rapport. Mais moi, ce que j'observe, c'est qu'au sein de l'Union Européenne ? Il y a des pays qui se portent bien. La Pologne se porte bien. L'Espagne, le Portugal, l'Italie, d'une certaine manière. Il faut quand même que, tous ensemble, on en prenne conscience.

14:57
Invité

Vous dites que je suis admiratif de ce qui se passe en Italie avec Turja Meloni.

15:00
Patrick Martin

Mais je ne suis pas, d'une manière générale, admiratif.

15:03
Invité

Non, mais vous l'avez dit, c'est vrai que c'est intéressant. Qu'est-ce qu'elle fait qui vous inspire ?

15:07
Patrick Martin

Regardons les chiffres. Moi, je suis chef d'entreprise. Je sais à peu près lire et comprendre les chiffres. Le déficit public de l'Italie, qui était le vilain petit canard de la couvée en 2023, pardon. 981% ? Je me vieillais encore plus. Il était à 7,2%. En 2024, il est à 3,8%. Et sur les derniers mois, il est inférieur à 3%. Tous ces pays que je viens d'évoquer ont fait un effort considérable pour réduire leurs dépenses publiques.

15:37
Présentateur

Comment, dans ces cas-là, ne pas faire de la politique et essayer d'influer sur les arbitrages faits par le Premier ministre et le gouvernement ? Donald Trump sera investi dans quelques jours. Vous anticipez des remous dans l'économie mondiale à l'occasion du retour du milliardaire à la Maison Blanche. La perspective d'une guerre commerciale, vous la prenez au sérieux ? Et est-ce que la France et l'Europe sont suffisamment armées pour y résister ?

16:02
Patrick Martin

En fait, Donald Trump va prolonger et accélérer ce que les Etats-Unis font depuis des années déjà, y compris sous Joe Biden. C'est-à-dire muscler considérablement leur économie, singulièrement les secteurs de la tech. Et donc, nous, on ne peut pas être indifférent à ça. Les débats franco-français, ça renvoie à votre première question, les débats franco-français sont assez nombrilistes. On est dans un monde ouvert et c'est très bien ainsi. Il faut quand même qu'on en tienne compte dans nos décisions politiques, économiques et sociales.

16:32
Invité

Qu'est-ce que vous dites aux patrons français qui seraient tentés de partir aux Etats-Unis avec l'arrivée de Trump, qui promet de baisser sensiblement l'impôt sur les sociétés, de déréguler à tout craint, à tout va, de libéraliser absolument ? Et les patrons français qui se diraient, bon ben, on y va, nous, vous leur dites, allez-y, allez faire des bénéfices ailleurs, ou vous dites, soyez patriotes ?

16:51
Patrick Martin

Mais ça me désole, mais c'est déjà, c'est un état de fait. C'est pas qu'ils y réfléchissent, c'est un état de fait. Mais c'est pas que les patrons. Regardez ce chiffre très impressionnant, et ça c'est les épargnants, c'est les citoyens. Il y avait 220 milliards d'euros d'épargne française qui étaient investis dans les bons du trésor, dans la dette américaine fin 2023. C'est 330 milliards fin 2024. Ça a augmenté de près de 50%. Donc, qu'est-ce que les agents économiques, comme on dit, sont rationnels ? Ils se disent aux Etats-Unis, il y a de la croissance, il y a de la rentabilité, il y a une fiscalité qui est plus favorable. Donc ça n'est pas que les grands patrons.

Et nous, moi, je pense qu'il faut enrayer ça. Ça passe par quoi ? Ça passe par des débats beaucoup plus intelligents, si vous me permettez, que ceux auxquels on se livre actuellement. C'est-à-dire, comment renforce-t-on, ça renvoie au discours de politique générale du Premier ministre, la puissance économique de la France ?

17:48
Présentateur

Alors justement, la puissance économique de la France, elle passe notamment par la tech et l'intelligence artificielle dont fera parler François Bayrou. Il y aura un sommet de l'IA en France en février. Est-ce qu'on a déjà totalement décroché par rapport aux Etats-Unis qui sont en pointe ? En France, on a de belles et vieilles boîtes total LVMH L'Oréal. Ce sont de belles entreprises, mais elles sont toutes anciennes. Quelle entreprise française a été créée depuis Internet, c'est-à-dire depuis 25 ans, Patrick Martin ? Le CAC, ce ne sont pas des boîtes qui perturbent et qui transforment les vies des gens. Pourquoi ?

18:25
Patrick Martin

Alors, je voudrais vous dire que, parce qu'il y a des sujets positifs, et le MEDEF s'emploie à ce qu'ils existent, on a nous-mêmes organisé un tour de France de l'intelligence artificielle avec 20 étapes. On a commencé d'ailleurs à l'île de la Réunion, à laquelle on est très attaché, comme à tous nos territoires ultramarins, et on aboutira donc au même moment où s'ouvrira ce sommet de l'intelligence artificielle. On a des pépites en France, on a des pépites des entreprises, j'en cite une, mais il y en a bien d'autres, d'assosystème. On a surtout des pépites, c'est-à-dire des gens remarquablement formés et intelligents.

Eh bien, vous avez à peu près la moitié maintenant de nos ingénieurs de très haut niveau qui partent aux Etats-Unis. Voilà, et ce n'est pas uniquement pour des questions de salaire. C'est parce qu'il y a un système qui est dynamique, qui est ouvert, on ne se bride pas matin, midi et soir par des réglementations qui sont très stérilisantes.

19:14
Invité

Il ne s'agit pas de dire que tout va bien en France et qu'il n'y a pas des problèmes pour investir ou pour grandir quand on est patron ou chef d'entreprise. Mais c'est vrai que ça fait huit ans que on a un président de la République qui est un président qui s'est toujours défini comme pro-business et qui a fait des choses. Vous ne pouvez pas dire le contraire, il a fait des choses. La flat tax, l'ISF, la baisse de l'impôt sur les sociétés, il a fait un certain nombre de choses. Et au bout de sept ans, vous venez à ce micro nous expliquer que les gens partent malgré tout. Les montants distribués par les groupes du CAC ont atteint un nouveau record cette année pour ce qui est des dividendes.

Ce que je veux dire, c'est qu'il y a beaucoup d'entreprises qui vont bien aussi en France. Il y a beaucoup d'entreprises qui ont pu investir davantage, même dans la tech, même partout en Ile-de-France. Et pourtant, vous dites qu'ils partent. Alors, quelle est la solution si au bout de sept ans d'un président pro-business, ils partent quand même ?

20:10
Patrick Martin

Mais vous me faites dire des choses que je n'ai pas dites. Moi, j'ai sans aucun état d'âme salué la politique pro-business qui avait été initiée par le président Macron. Et je viens à l'instant de dire qu'il y avait en France des talents, des entreprises, des individus absolument remarquables. Et que les médias participaient à ça. Bon, le problème n'est pas là. Le problème, c'est qu'on est tous pris à la gorge par la dérive des finances publiques. Donc, je leur redis, il faut d'abord de la croissance. Parce que, sauf erreur de ma part, c'est bien la croissance qui génère des impôts et des cotisations sociales. Et puis, par ailleurs, il faut réduire les dépenses publiques.

D'autres pays l'ont fait. On est à 56% de dépenses publiques.

20:48
Présentateur

Patrick Martin, il y a aussi la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. Qu'avez-vous pensé de la nomination de Christophe Castaner, ancien ministre dans l'entreprise Chain, qui indigne les professionnels français de la mode, qui indigne également ceux qui se soucient des droits humains ? La Fédération du prêt-à-porter féminin ne comprend pas qu'il fasse aujourd'hui Christophe Castaner du lobbying pour un site de fast fashion chinois qui fait de la concurrence à l'industrie française et européenne. Qu'en pensez-vous ?

21:19
Patrick Martin

Moi, je ne distribue pas les bons et les mauvais points. En revanche, je suis inquiet, effectivement, de la marée montante très rapide. C'est les grandes marées de ces sites qui sont très créatifs, très agressifs et qui bénéficient, à certains égards, de dispositions dérogatoires. Par exemple, en deçà d'un certain montant, ils ne payent pas de TVA, leurs clients non plus, d'ailleurs, où ils bénéficient de tarifs postaux ancestraux que les Chinois avaient...

21:45
Présentateur

Donc, vous avez un avis ?

21:46
Patrick Martin

Je pense qu'il faut rétablir des conditions d'équité concurrentielle. Et ce n'est pas Christophe Castaner, à lui seul, qui va régler ça, ni l'accentuer.

21:54
Présentateur

Merci Patrick Martin, président du MEDEF, d'avoir été l'invité de France Inter ce matin. Bonne journée à suivre, la revue de presse. Sous-titrage Société Radio-Canada

Patrick Martin : "Nos régimes sociaux sont à bout de souffle, beaucoup n'osent pas le dire" — Patrick Martin · Pourquijevote