Entretien exclusif avec Valérie Pécresse aux Universités d'été d'Oser la France
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Et donc le premier entretien est avec Valérie Pécresse, ancienne ministre et présidente de la région Île-de-France. Bonjour à tous. Bonjour Madame Pécresse. Donc sur ce 15 de France... C'est bon, on m'entend. Sur ce 15 de France, ce qu'on s'est dit, c'est qu'on n'allait pas forcément passer chacune des propositions dans le détail parce que sinon le temps étant limité, ça serait peut-être un peu fastidieux. Donc on va se concentrer sur certains points. Et vous m'avez dit que ce dont vous préfériez parler, c'était l'immigration, l'éducation et le travail. Mais peut-être par rapport à la vision globale, on voit que c'est un projet qui est fort sur l'État.
Le tiers, Margaret Thatcher, qui est en vous, disons plus libéral, comment il se sent par rapport justement à la vision globale d'Ozé la France ?
Bien, d'abord, je voudrais saluer Julien Aubert et puis Jean-Philippe Mallet parce que Jean-Philippe Mallet est un ancien des Yvelines. C'est un républicain de l'autre rive. Et donc c'est intéressant de voir qu'Ozé la France dépasse les clivages traditionnels pour aller sur un autre clivage qui s'est révélé extrêmement puissant, notamment pendant les régionales en Ile-de-France, qui est républicain communautariste. Et je crois que c'est un clivage qui fait des recompositions dans la vie politique française.
Et aujourd'hui, le sujet du patriotisme, qui est quand même au cœur du programme d'Ozé la France, est un sujet qui, à mon avis, transgressera beaucoup de clivages dans la prochaine présidentielle. Alors, sur les propositions, les 15 propositions, je ne vais pas les détailler toutes, mais elles me parlent, un grand nombre me parlent, notamment dans le domaine économique, dans le domaine social. Ce que je crois, c'est qu'il faut qu'on retrouve la fierté française. Et c'est mon projet. Et la fierté française retrouvée, ça veut dire, effectivement, quelque part, oser la France. Ça veut dire faire le choix de la France. Ça veut dire faire le choix du français, vous l'avez dit.
Ça veut dire faire respecter nos lois. Et je pense que c'est l'essentiel. Et que dans vos propositions, il y a cette idée que nos lois doivent être respectées. La souveraineté aussi constitutionnelle de la France doit être respectée, y compris par les traités internationaux. Et puis, il y a cette idée aussi que, dans l'économie, nous devons aussi faire jouer la préférence européenne et le produire local. Donc, sur tous ces sujets-là, vous me trouverez à vos côtés. Et ce n'est pas une posture de ma part. Moi, j'invite tout le monde à aller regarder ce que j'ai fait dans ma région. Parce que moi, je fais de la politique par la preuve.
Et ceux d'entre vous qui sont franciliens savent très bien que nous, nous avons fait une clause Molière dans tous nos marchés publics, qui est aujourd'hui instaurée. On dit small business act. Je vais me faire huer. Un pacte pour les petites entreprises qui fait que 80% des entreprises qui ont de la commande publique en Ile-de-France sont des PME. Et 80% sont franciliennes. Donc, on a réussi à faire cela, à faire ce que vous appelez du patriotisme économique, en le faisant, en utilisant toutes les règles. Parce que la vérité, c'est que nos amis partenaires, mais aussi concurrents allemands, eux, ils font ça. Ils défendent les intérêts de l'Allemagne. Ils les défendent au niveau européen.
Ils les défendent au niveau économique. Et ils les défendent aussi au niveau politique. Donc, nous pouvons le faire dans le cadre des lois existantes. Et c'est ça que je suis venu dire. Un président de la République qui préside ce pays doit pouvoir défendre les intérêts de la France et réveiller le rêve français.
Je reviens malgré tout à ma question sur le libéralisme. Parce que, justement, l'État est moins puissant aujourd'hui. Mais comment faire pour redresser l'État ? Et qu'est-ce que vous considérez, en revanche, que l'État peut-être n'a pas vocation à faire ?
Pour moi, un État fort, c'est un État qui, d'abord, assure ses missions premières. Et les missions premières de l'État, c'est protéger, éduquer et soigner. Protéger, éduquer, soigner. C'est ça, la première mission de l'État. Or, aujourd'hui, le drame de la France, c'est que nous sommes champions du monde du paiement des impôts, ou presque, et que nous n'avons malheureusement plus des services publics champions du monde. Et c'est ça qui nous désespère. Parce que nous, nous aimons l'État. Nous aimons l'État, mais nous aimons surtout la notion même de service public, de service au public. C'est dans l'ADN français.
Et ce que je pense, et vous allez me demander, vous me parlez de libéralisme, c'est que je crois qu'il faut libérer les énergies. Qu'aujourd'hui, il faut que l'État se ressente sur ses missions, et qu'il les exerce vraiment. Sécurité, immigration, protection des frontières, éducation nationale. Il faut qu'on les exerce vraiment. Santé, il faut désormais faire un pacte avec les Français sur la santé. Tout ça, c'est le cœur de l'État. Mais à côté de ça, il faut savoir lâcher prise. Les collectivités ont montré dans la crise Covid qu'elles étaient beaucoup plus agiles que l'État. Et aujourd'hui, on fait tout en doublon. Aujourd'hui, on surnorme. Aujourd'hui, on surtaxe.
Aujourd'hui, on suradministre. Souvenez-vous, Clémenceau disait, en France, on sème les fonctionnaires, on récolte les impôts. Voilà. Nous, on a récolté les impôts et on continue de semer les fonctionnaires. Donc, le sujet aujourd'hui, il est simple. Oui, il faut une dose de libéralisme pour libérer cette énergie. Il faut débureaucratiser. Il faut dénormer. La Suède, qui était un peu dans la même situation que nous, c'est-à-dire comme l'Albatros de Baudelaire, vous savez, avec les ailes tellement grandes qu'il n'arrive plus à s'envoler. Nous, c'est un peu la France. On a des administrations tellement grandes qu'elles nous empêchent de nous envoler.
Il faut aujourd'hui qu'on raisonne en prenant chacun qui peut faire mieux que l'autre. La commune, cœur du pacte républicain, tout ce que la commune peut faire, il faut lui permettre de le faire. Le département, dans les très, très grandes régions, le département s'est affirmé comme un échelon absolument indispensable. Et aujourd'hui, on ne peut plus envisager ce qui pouvait encore être le cas il y a quelques années de supprimer cet échelon départemental. La région comme stratège, une région à qui on devrait donner les politiques de l'emploi. Aujourd'hui, on sectionne les politiques. Chacun fait tout. Vous ne pouvez pas imaginer. Et du coup, il y en a un ambroglia mini horrible.
Donc oui, il faut libéraliser tout en renforçant l'État. Et cette libération des énergies renforcera l'État qui, lui, se concentrera sur ce qu'il doit faire pour que la France soit la France.
Pour en venir à un point précis, le point 11 sur la réindustrialisation, justement, est-ce que l'État a vocation à se préoccuper de protectionnisme pour vous ?
Ce que je ferais si je suis présidente de la République, c'est que j'instaurerais un comité de la souveraineté industrielle et numérique auprès du président de la République. Et que ce comité, il doit servir à quoi ? Il doit d'abord servir à identifier tous les produits qui sont des produits de souveraineté. Vous avez vu que pendant la crise Covid, on n'avait plus de Doliprane. On n'avait plus de curare pour endormir les malades. Aujourd'hui, on s'aperçoit qu'on n'a plus de composants électroniques et que toute notre industrie automobile, aujourd'hui, ne peut plus produire. Ou notre industrie d'électroménager parce que les composants n'arrivent plus.
Donc, nous devons faire la liste tous les ans des produits qui sont indispensables à l'économie française. Et on doit se mettre en position de les produire. De la même façon, s'il y a des investisseurs étrangers qui veulent venir investir en France, il faut qu'il y ait une décision politique qui valide leurs investissements dans notre pays. et leur rachat d'entreprises, notamment dans les startups du numérique, mais pas que, dans tous les secteurs stratégiques. C'est ce qui se passe aux Etats-Unis avec la procédure du CFIUS qui oblige chaque entreprise étrangère qui veut investir aux Etats-Unis à passer par ses fourches codines.
Et puis, par ailleurs, il faut aussi que nous puissions, en matière industrielle et en matière de commande publique, exiger la réciprocité de nos partenaires. Je vais vous donner un exemple. On ne parlera pas d'écologie, on n'aura pas le temps. Moi, je pense que le prochain président de la République doit être un écologiste sincère. Mais je pense que la vraie écologie, elle est de droite. Parce que nous sommes tous des écologistes et nos maires sont déjà des écologistes. Mais des écologistes de la solution, des écologistes du beau, du bon. Pas des écologistes de l'idéologie, de la tatillonnerie administrative, de la paperasse qui est contre l'économie. Pas des écologistes de la décroissance.
Et pour en revenir à cette question de l'industrialisation et de l'écologie et du protectionnisme, j'ai passé le plus grand appel d'offres mondial de bus électriques en Ile-de-France. Le plus grand. Pour décarboner les transports. Or, nous voulons une France, en 2050, totalement décarbonée. Ces bus électriques, il y avait des concurrents chinois et des concurrents français. Et bien, comment j'ai écarté les concurrents chinois ? Je les ai écartés parce que j'ai fait un audit de responsabilité sociale et environnementale. Et qu'on s'est aperçu qu'ils ne respectaient pas du tout les mêmes règles sociales et environnementales que nous.
Et j'ai dit, même s'ils sont moins chers, je ne les prends pas RSE. Et donc, j'ai pu prendre Euliez, Iveco, Alstom et donc des bus français. Mais c'est important parce qu'aujourd'hui, on ouvre nos marchés publics à la Chine alors que nos industriels, eux, ne peuvent pas vendre et candidater au marché chinois. Dans la plupart des marchés aux Etats-Unis et en Amérique, on doit produire sur place. Donc, nous ne devons plus avoir une Europe naïve qui se laisse marcher sur les pieds. L'Europe, elle doit défendre les intérêts de la France. Elle doit défendre les intérêts des pays européens. Et par ailleurs, on doit pouvoir, nous aussi, aller défendre nos intérêts industriels à Bruxelles.
Parce que les normes qui sont votées par Bruxelles, ce n'est pas les fonctionnaires français qui les influencent. Loin de là, c'est les fonctionnaires allemands. Et là aussi, moi, j'enverrai tous les jeunes fonctionnaires qui démarrent dans la vie, je les enverrai passer trois ans à Bruxelles pour comprendre comment l'Europe fonctionne et pour influencer les normes européennes. Parce que là aussi, vous avez peut-être vu, mais le pacte ferroviaire européen qui a été adopté, il est favorable à Siemens. Il n'est pas favorable à Alstom-Bombardier. Pareil pour nos agriculteurs. Toutes les normes qui sont votées sont des normes qui ne sont pas des normes à l'avantage de la France.
Justement, précisément, vous évoquiez un comité national, donc pour regarder quels sont les produits qui sont des vrais produits d'intérêt national. Est-ce que quand on est dans une zone monétaire commune, est-ce que quand le droit de la concurrence est décidé au niveau européen, est-ce que ça a du sens d'imaginer une réindustrialisation au niveau national ou plus exactement comment imaginer pouvoir le mettre en œuvre ?
Là aussi, il faut avoir une politique de la concurrence complètement différente. Il nous faut des champions européens. Si je poursuis avec cet exemple du train et du ferroviaire, la fusion Siemens-Alstom nous aurait permis d'avoir un grand champion européen. Bon, et on a refusé parce que, soi-disant, il n'y avait pas de grand champion chinois encore sur le marché. Parce que vous croyez qu'il ne va pas arriver, le grand champion chinois dans le ferroviaire ? Il va arriver très vite. Donc, on est en train de détricoter nos fleurons. Un autre exemple terrible, le nucléaire. La France a renoncé à défendre l'industrie nucléaire en Europe.
Le pacte de relance écologique, le Green Deal européen, inclut des investissements dans les chaudières au gaz et pas des investissements dans le nucléaire. Alors que l'objectif de l'Europe, c'est Europe zéro carbone en 2050. Mais Europe zéro carbone en 2050, ça veut dire qu'on va consommer, allez, combien ? C'est Julien qui est le spécialiste, 40% d'électricité en plus en 2050 ? Il va bien falloir la produire, cette électricité. Nous, on a une filière industrielle française d'excellence qui produit de l'énergie décarbonée. Alors, effectivement, ça veut dire qu'il faut aussi qu'on travaille sur le risque nucléaire.
Ça veut dire qu'il faut qu'on soit champion industriel du nucléaire, qu'on continue à investir énormément. Mais on a laissé l'Europe sortir les investissements nucléaires du pacte de relance. Est-ce que c'est sérieux et est-ce que ça défend les intérêts de la France ?
On a vu sur les deux derniers présidents, François Hollande s'était fait élire en disant qu'il voulait changer le pacte de stabilité budgétaire. On ne l'a pas fait. Emmanuel Macron avait aussi beaucoup de projets avec un grand discours à la Sorbonne sur l'Europe. Valérie Pécresse, présidente de la République, qu'est-ce qu'elle dit lors de sa première rencontre à un chancelier ou une chancelière allemande ? Et tout simplement, comment elle reprend la main, comment la France pèse à nouveau sur l'Europe ? Parce que toutes ces questions-là, de toute façon, passent par le verrou européen.
Je lui dis qu'on n'a pas fait l'Europe pour que ce soit le ventre mou du monde. Et un ventre mou, c'est quelque chose qui ne protège pas. Et nous, on a fait l'Europe pour nous protéger. On n'a pas fait l'Europe pour se faire balader et pour devenir, j'allais dire, le grand marché des produits chinois ou des produits américains. On n'a pas non plus fait l'Europe pour se faire piller nos données personnelles. J'ai vu que la souveraineté numérique était un sujet sur lequel vous travaillez. C'est absolument indispensable. Nos données doivent être stockées en France. Nos données doivent être considérées comme un bien public commun français. Et elles ne doivent pas partir à l'étranger.
Et on doit avoir vraiment une vraie protection face aux GAFAM. Mais cette protection, elle ne peut être qu'européenne. Vous voyez bien. Donc, on n'a pas fait l'Europe pour être le ventre mou du monde. Et ça vaut aussi en termes diplomatiques. Ça vaut aussi en termes de lutte contre l'islamisme, qui est un combat, une guerre commune. Parce que ce que les islamistes veulent... Vous savez, je préside la région qui a connu le plus d'attentats. Là, on est en train de juger les attentats du 13 septembre du Bataclan, qui ont endeuillé toute la France, mais qui se sont déroulés chez nous. Et moi, j'étais à quelques centaines de mètres de là où ça s'est produit, le soir où ça s'est produit.
Donc, je ne sais pas si vous imaginez le choc que ça a pu être pour nous. Bataclan, Samuel Paty, dans un collège très tranquille, d'une petite ville de nos chères Yvelines, on a assassiné un professeur parce qu'il voulait défendre le droit de caricaturer. Voilà. Donc, dans mon territoire, typiquement, cette lutte contre l'islamisme, on a compris depuis des années que c'était une bataille de civilisation. Et qu'en réalité, les islamistes veulent tuer ce que nous représentons. Et quand je dis ce que nous représentons, ce n'est pas seulement la France, c'est l'Europe, c'est nos valeurs, c'est nos valeurs, les droits de l'homme, c'est le droit de la culture, notre culture, notre liberté. Voilà.
Ils veulent nous asservir. Donc, on ne peut pas réagir comme ça. Et l'Europe ne peut pas, de ce point de vue, être naïve. Elle doit être très lucide et elle doit être virile, si je peux me permettre cette expression.
Si un chancelier ou une chancelière allemande vous répond, oui, oui, oui, sur le terrain des principes, oui, oui, oui. Mais dans la réalité, de toute façon, vous n'avez plus la puissance et surtout, vous n'avez plus la force financière ou l'équilibre des finances publiques qui vous permet de poser sur l'Europe.
Alors, d'abord, ce que je reproche à Emmanuel Macron, c'est effectivement de donner beaucoup de leçons, de faire beaucoup de beaux discours, mais de ne pas réussir à trouver les alliés qu'il faut. Et ce qui est vrai, c'est qu'aujourd'hui, en Europe, nous devons nous trouver des alliés. Et on doit aller chercher des États pour soutenir notre politique. Et ça, ça suppose une vraie politique de partenariat. Et moi, si j'étais présidente de la République, j'enverrais tous les ministres auraient un secrétaire d'État chargé d'être présent à Bruxelles.
Et ce secrétaire d'État aurait comme mission d'aller voir tous les pays à chaque politique pour essayer de trouver un consensus, pour essayer de défendre les intérêts de la France. Notre problème aujourd'hui, moi, je crois que Nicolas Sarkozy était le dernier président qui, au Conseil des ministres, pointait les ministres en vérifiant si on était allé à Bruxelles pour défendre nos dossiers. Voilà. Je crois pas que Hollande le faisait. Je pense que Macron... Bon, on a des ministres qui sont des amateurs, donc forcément, je suis pas sûre qu'ils soient très souvent à Bruxelles. Mais il faut absolument faire ça. Parce que c'est là-bas aussi que tout se décide.
Donc si on a la paresse de pas y aller, et donc je pense qu'il faut qu'on ait des secrétaires d'État qui, non seulement, puissent faire le lien avec les régions, les régions, toutes les régions, c'est-à-dire qu'un ministère, c'est pas à Paris. C'est un ministère, ça tourne et ça va dans toutes les régions. Pour vérifier que la politique que ça mène n'est pas en train d'être antagoniste avec la réalité de nos territoires. J'étais dans le Var il y a quelques jours où ils ont été classés en zone tortue. Le Var a été classé en zone tortue. Ils peuvent même plus agrandir une station d'épuration. Donc la protection des tortues, ça va avant l'assainissement.
Excusez-moi, mais trop d'écologie tue l'écologie. Il y a un petit sujet quand même. Et par ailleurs, ils ont un très beau projet de centre de recherche mondial sur le rosé. Rosé qui est devenu un de nos excédents de balance commerciale. Un formidable succès. Eh bien, aujourd'hui, les tatillonneries les empêchent de faire. Donc on a besoin que les secrétaires d'État aillent dans les territoires pour vérifier que toutes les normes qui sont votées à Paris ne sont pas contradictoires avec la réalité du terrain et qu'ils aillent aussi à Bruxelles pour défendre les intérêts de la France. Et je pense que ça, c'est absolument crucial.
Mais vous voyez, diriger un gouvernement, c'est connaître le système. Parce que quand on ne connaît pas le système, on ne peut pas le changer. Et c'est ça la compétence versus l'amateurisme.
Et dans la compétence, il y a aussi malgré tout une hiérarchie des normes en place. Jusqu'où vous êtes prête à aller dans d'éventuels bras de fer avec l'Europe ?
C'est mon métier. J'ai été au Conseil d'État pendant 10 ans. Et moi, je n'accepte pas ce qui est en train de se produire aujourd'hui. Je n'accepte pas ce qui est en train de se produire aujourd'hui. Quand j'ai appris le droit public, le Conseil constitutionnel avait une jurisprudence qui consistait à dire qu'il n'était pas là pour venir contredire la volonté du législateur. C'était la jurisprudence traditionnelle du Conseil constitutionnel qui disait s'il y a une volonté exprimée par le législateur dans le cadre des principes fondamentaux de la République, bien sûr.
Mais c'était quand même, il y a 30 ans, quand j'ai appris le droit constitutionnel, encore la volonté du législateur qui primait. Aujourd'hui, on a l'impression qu'on a bâti une espèce de moloque qui s'appelle la jurisprudence et que cette jurisprudence est en train aujourd'hui de couper là encore les ailes aux législateurs. Si le peuple souverain qui a élu des députés souhaite se protéger contre l'islamisme, se protéger contre des flux migratoires incontrôlés, à ce moment-là, on a un juge, le juge constitutionnel, qui interprète la Constitution et qui vient contrecarrer la volonté du législateur. Donc on a un vrai sujet aujourd'hui.
Et moi, ce que je ressens et ce que j'ai dit, c'est que le général de Gaulle, en 1958, quand il fait la Constitution de 1958, il l'a fait pour protéger le pays. Je rappelle qu'il met quand même dedans l'article 16, c'est-à-dire un article qui permet de donner tous les pouvoirs au président de la République en cas de crise. Donc quand on fait cette Constitution de 1958, c'est pour se protéger. Voilà. Pas pour protéger nos ennemis. Certainement pas. Donc la construction intellectuelle de la jurisprudence aujourd'hui, qui est celle du Conseil constitutionnel, va, à mon sens, trop loin. Elle est trop tatillonne.
Les grands principes de la République, je vous donne un exemple qui m'a énormément choqué. Quand le législateur a voté à plusieurs reprises, et notamment le Sénat, mais Eric aussi était à l'origine de ça, a voté à plusieurs reprises que la consultation habituelle des sites djihadistes était un délit. Alors on nous dit « Ah oui, mais il y a des chercheurs, M. Perrineau, qui de temps en temps vont y aller ». Le chercheur qui y va, il dira « Je suis chercheur ». Voilà. Mais il ne sera pas poursuivi. Mais, enfin, quelqu'un qui va, de manière habituelle, consulter des sites djihadistes, c'est quand même quelqu'un qui va se retrouver complètement imbibé de leur idéologie.
Donc c'est quelqu'un qui est un sympathisant. Bon. Voilà. Dire que c'est un délit... Je vous rappelle que c'est un délit d'aller consulter des sites pédophiles. Eh bien, le Conseil constitutionnel a dit « Non, ce n'est pas constitutionnel, c'est attentatoire aux libertés ». Je ne comprends pas cette décision. Et il y en a plein d'autres. Donc ce que je crois, c'est qu'à un moment donné, il va falloir faire deux choses. D'abord, vis-à-vis de la Cour de justice des communautés européennes, vous en avez parlé. Alors oui, la Cour de justice des communautés européennes, ou la Cour européenne des droits de l'homme, font aussi leur jurisprudence de leur côté.
Vous avez vu quand même un arrêt assez sidérant de la Cour de justice des communautés européennes, qui a dit que désormais, c'était la Cour de justice des communautés européennes qui allait nous dire comment organiser le travail de nos militaires. Et qu'il fallait les mettre aux 35 heures. Sauf quand ils étaient sur le terrain. Enfin, ils sont toujours sur le terrain. Parce que Vigipirate, c'est quoi ? Ce n'est pas des militaires sur le terrain ? Bon. Donc évidemment, il faut... Il y a eu ça. La Cour européenne des droits de l'homme, c'est pareil.
Qui impose, par exemple, que les mineurs isolés sans papier, qui aujourd'hui ne sont plus des enfants des rues, c'est des filières clandestines d'immigration. La Cour européenne des droits de l'homme impose, interdit que nous les reconduisions dans leur pays, alors qu'ils ont une famille. Or, la loi, elle a été faite pour des orphelins. Elle n'a pas été faite pour des enfants qui ont une famille au pays, qui sont envoyés dans le cadre de réseaux mafieux, qui d'ailleurs vont les réduire en esclavage. C'est-à-dire que notre laxisme conduit à ce que 40 000 adolescents soient envoyés, soient arrachés à leur famille et envoyés dans d'autres pays. C'est quand même fou.
Notre laxisme est inhumain, en réalité, pour ces enfants. Bref, je le dis sur tous ces sujets, il faut rétablir ce qu'on appelle l'identité constitutionnelle de la France. Et ça, c'est quelque chose qui est très fort, qu'on a opposé au traité européen par le passé. Alors, en général, c'était plutôt pour défendre des libertés, mais là, ça pourrait être pour défendre notre sécurité. L'identité constitutionnelle de la France, c'est dans les traités de l'Union européenne.
C'est quelque chose qui nous permet d'attaquer en excès de pouvoir la Cour de justice des communautés européennes ou la Cour européenne des droits de l'homme, si elles viennent empiéter sur ce qui fonde, j'allais dire, l'identité de notre nation. Et c'est normal, parce que l'Europe, c'est une Europe des États-nations, qui décident ensemble de construire quelque chose. Ça n'est pas un État fédéral. Et donc, il faut qu'on puisse réaffirmer cette identité. Je vais même d'ailleurs vous faire un peu peur, puisque nous sommes ici dans le Vaucluse. Il faut savoir que pour les pompiers, la CJCE vient de juger que les pompiers volontaires devaient être soumis aussi à cette loi sur les 35 heures.
Ce qui pourrait avoir un effet absolument dévastateur dans toutes les régions du sud de la France, dans lesquelles les pompiers volontaires sont une force absolument indispensable pour venir au secours des pompiers professionnels. Vous imaginez, si vous travaillez, mettons, 40 heures dans la semaine, vous n'avez plus que 8 heures à consacrer à l'activité bénévole de pompiers volontaires. Même si c'est une activité bénévole, ils veulent la mettre dans le cadre de la loi sur les 48 heures maximum, sur la loi sur le temps de travail. Ce qui est juste totalement absurde. Donc vous voyez, c'est très concret et ce n'est pas des cas d'école.
C'est très concret, mais justement, la solution, c'est quoi ?
C'est à chaque fois qu'il y a une jurisprudence qui n'est pas conforme à l'esprit de la Constitution française, la France fait ce qu'on dit, ce qu'on appelle, ce que la Cour constitutionnelle de Karlsruhe a fait en Allemagne. Elle fait une procédure ultra-viresse, ça veut dire en excès de pouvoir contre un arrêt de la CJCE. C'est-à-dire qu'on peut s'abstraire d'une jurisprudence qui serait contraire, on va dire, à l'ordre constitutionnel français. Les Allemands le font. Les Allemands l'ont fait. Donc nous, on peut le faire.
La Commission n'acceptera toujours, d'ailleurs.
Eh bien, écoutez, il va falloir qu'elle s'y fasse. Parce que nous, on n'est pas pour le Frexit. Nous, on est pour une Europe qui protège.
Sur le référendum, justement, puisqu'on a parlé de la question de l'immigration en particulier, la proposition sur un référendum pour réorienter la politique migratoire, est-ce que ça vous prenez ? Et les propositions qui vont avec ? L'abolition du droit du sol, la fin du regroupement familial ?
Alors, je prends l'idée d'un référendum. J'en prends même l'idée de deux référendums. Parce que je crois qu'il faut qu'on ait un référendum sur l'immigration. Parce qu'il faut stopper. Il faut stopper l'immigration incontrôlée. Il faut aller d'une immigration subie à une immigration choisie. Ça fait des années qu'on dit qu'on va le faire. On ne l'a pas fait. Pour le faire, il va falloir passer outre plein d'obstacles juridiques.
Ça veut dire qu'il faut qu'on soit prêt, le 24 avril, quand le président de la République est élu, à passer une loi, une loi de valeur constitutionnelle, pour instaurer ces quotas, pour instaurer un certain nombre de règles, notamment pour éviter toutes les fraudes à l'asile. Moi, je propose de changer complètement nos règles en matière d'asile, et que l'asile soit obligatoirement demandé à la frontière. Vous savez qu'il y a beaucoup de demandeurs d'asile qui traversent des pays sûrs. Dans ces pays sûrs, on pourrait aller dans nos ambassades demander un visa pour la France, le droit d'asile sur la France. Et si on arrive à la frontière, eh bien on est retenu à la frontière.
On est retenu à la frontière, et la demande d'asile est instruite dans le délai maximum d'un mois recours compris. Alors je sais que là, on met sous tension à peu près toute l'administration française, et c'est d'ailleurs un des vrais sujets. Je pense qu'en matière judiciaire, comme en matière de droit d'asile et droit des étrangers, il va falloir faire un recrutement massif, y compris faire venir des retraités, pour pouvoir écluser le stock. Quand j'étais jeune juge, je suis arrivée, et il y avait 3 ans de retard dans le jugement des ordonnances de reconduite à la frontière. 3 ans.
Eh bien un jour, il y a eu un président du Conseil d'État qui est arrivé, qui a dit, on ne peut pas avoir 3 ans de stock, il va falloir qu'on le réduise à 6 mois. Mais pendant un an, on a tous travaillé comme des fous, on était en brigade avec des juges retraités et des jeunes qui venaient d'arriver. Et on peut même prendre des juristes assistants pour faire ça, sous le contrôle d'un vrai juge, et on réduit et on abat le stock. Voilà. Parce qu'on ne peut pas rester avec 3 ans de décision non jugée. Alors ça vaut pour les demandeurs d'asile, bien sûr, mais ça vaut aussi pour la délinquance du quotidien, où on ne peut pas attendre 3 ans que tous les flagrants délits soient jugés.
Ce n'est juste pas possible. Voilà. Donc on fera comme ça un premier référendum sur l'immigration, où on revoit le droit d'asile, où on revoit le droit des mineurs isolés. Les mineurs isolés, j'étais chez Eric, à Menton, vous savez qu'un mineur isolé qui refuse un test osseux, parce qu'il a du poil blanc dans sa barbe et qu'il a l'air d'avoir 30 ans, et qu'on se dit que peut-être qu'il n'est pas mineur isolé, un mineur isolé, soi-disant, qui refuse un test osseux, avec la loi Hollande, il est présumé mineur, présumé mineur. Et Macron, évidemment, n'a rien changé à cette loi, parce que de toute façon, il ne change rien à rien sur ces sujets-là. Macron, méfiez-vous, hein.
Il va venir sur notre terrain, parce qu'il a compris que la France, aujourd'hui, elle était profondément à droite, et que c'est les solutions de la droite qui sont bonnes sur le pays. Il va venir en parole sur notre terrain. Mais là, j'ai les parlementaires qui vont vous confirmer. Il fait systématiquement voter le contraire. Systématiquement. Ah, mais attendez. Les clandestins, ils leur donnent, aujourd'hui, 50% de réduction dans les transports en commun. Et j'ai essayé de faire voter 4 fois par les parlementaires de droite l'abrogation de cette disposition. 4 fois, ils l'ont maintenue. Moi, ça me coûte 40 millions d'euros en Ile-de-France.
Donc il faut un premier référendum sur l'immigration, où on stoppe tout.
Et l'abolition du droit du sol ?
Alors, sur le droit du sol, je pense qu'il faut...
Et du regroupement familial ?
Je pense qu'on ne peut pas donner la nationalité française à des enfants de clandestins. Parce qu'aujourd'hui, qu'est-ce qu'on voit ? On voit, et le pire, c'est évidemment à Mayotte, ou c'est évidemment en Guyane française, mais pas que. On voit arriver des clandestins qui viennent uniquement pour que leurs enfants puissent être français. Donc ça, ça n'est pas possible. Et sur le regroupement familial, il va falloir durcir les conditions. Alors moi, j'ai un sujet.
Et durcir ou arrêter ?
On ne peut pas totalement arrêter le regroupement familial. D'abord, parce qu'on peut tous, aujourd'hui, épouser une personne étrangère. Et le fait qu'elle soit étrangère ne l'exonère pas forcément de venir en France un jour nous rejoindre. Donc moi, je ne suis pas pour l'arrêt total du regroupement familial. En revanche, moi, je veux qu'on durcisse complètement les conditions de ressources. Parce que le sujet, c'est quand on se regroupe, il faut avoir les moyens d'élever sa famille. Et il ne faut pas venir le faire pour pouvoir toucher des allocations ou des prestations. Donc moi, j'ai deux bémols à ça.
Un, moi, je refuse qu'on donne les prestations sociales, ce qu'on appelle non contributives, les allocations, les aides au logement, etc. Je refuse qu'on les donne avant 5 ans de séjour régulier en France. Voilà. Parce que quand on vient en France, ce n'est pas pour toucher des allocations. C'est pour travailler, c'est pour s'intégrer, premièrement. Et deuxièmement, je pense qu'il faut qu'on conditionne tout titre de séjour à la maîtrise de la langue française. J'ai vu que le français était la grande cause que vous vouliez mettre au plan national. Je suis totalement d'accord avec ça. Là encore, vous allez me dire que je prends beaucoup l'exemple de l'Allemagne.
Oui, je prends beaucoup l'exemple de l'Allemagne parce qu'un certain nombre des associations de gauche qui nous écoutent ne pourront pas dire que l'Allemagne, ce n'est pas des démocrates. Voilà. Bien. En Allemagne, pour avoir un titre de séjour, il faut 600 heures de cours d'allemand et réussir, réussir un test d'allemand. Nous, en France, c'est 100 heures de français et il faut juste prouver qu'on est allé au cours. Comment voulez-vous vous intégrer ? Comment voulez-vous mieux vous assimiler si vous ne parlez pas la langue ? Surtout que le français, ce n'est pas une langue facile.
Et comment une maman issue de l'immigration peut-elle élever son enfant et lui donner toutes ses chances de réussir dans la vie si elle ne maîtrise pas elle-même notre langue ? Donc il faut que la langue française soit la priorité, ça mènera à l'éducation. Et le deuxième référendum que je veux faire, je le dis, c'est sur la protection contre le terrorisme. Parce que cette question de « il faut s'armer contre l'islamisme ». Et aujourd'hui, s'armer contre l'islamisme, ça suppose de prendre un certain nombre de dispositions qui, à mon avis, risquent d'avoir des petits problèmes avec le Conseil constitutionnel quand on voit ce qu'il a jugé sur les sites djihadistes.
Mais moi, je prône un serment de laïcité et des valeurs de la République pour tout agent public qui est recruté. Et la possibilité de le révoquer s'il est soupçonné de radicalisation. Et non pas seulement de le mettre de côté. Parce qu'aujourd'hui, si vous trouvez un agent qui est radicalisé dans un service public, vous n'avez le droit que de le mettre de côté. Alors je ne sais pas ce que ça veut dire « mettre de côté ». Le mettre dans des fonctions moins sensibles. Mais c'est quoi la fonction moins sensible ? Quand on est éducateur, quand on est enseignant, quand on est infirmier, c'est quoi la fonction moins sensible ?
Donc il faut que ça puisse être une cause réelle et sérieuse de révocation ou de licenciement. Mais sur tous ces sujets de lutte contre l'islamisme, pareil, je pense que tous ceux qui se rendent coupables de collusion avec les terroristes islamistes doivent pouvoir être condamnés avant qu'ils commettent les attentats. Et ça, ça suppose que l'intelligence avec l'ennemi, qui était une incrimination dans le code pénal en temps de guerre, puisse être utilisée comme délit vis-à-vis de toutes les personnes qui se radicalisent.
De façon à ce qu'on puisse les mettre en prison avant qu'elles commettent un attentat ou les renvoyer chez eux parce qu'ils se rendent coupables de ce délit s'ils sont étrangers. Voilà. C'était une proposition qui figurait dans le programme de François Fillon. Et malheureusement, nous n'avons pas pu la mettre en œuvre. Et tout ça, il faudra le faire par un deuxième référendum.
Le temps passe, mais il y a un point sur les institutions. Vous avez beaucoup parlé des juges, parce que c'est une chose que de réaffirmer le principe, par exemple, de la supériorité de la Constitution. Mais après, il y a la manière dont les magistrats, qu'ils soient le Conseil constitutionnel ou les magistrats tout simplement, appliquent le droit. Est-ce que la responsabilité des juges, vous le dites vous-même, vous êtes juge administratif, c'est une proposition que vous êtes prête à retenir ? Et le cas échéant, comment fait-on quand des magistrats appliquent le droit d'une manière qui ne correspond pas à celle que le législateur a voulu ?
Moi, je n'accablerai pas les juges. La justice, aujourd'hui, est l'immense parent pauvre, l'immense parent pauvre de nos politiques publiques. Si vous regardez, on dépense plus que tous les autres pays dans tous les domaines, sauf en matière de justice. Donc le premier sujet, c'est de recruter massivement des greffiers, des juges. On a moitié moins de juges que l'Allemagne, toujours elle. Et on a beaucoup moins de places de prison que l'Espagne ou la Grande-Bretagne. Le sujet, c'est qu'aujourd'hui, on a une justice qui ne peut pas juger rapidement et dont les peines ne sont pas exécutées. Donc le sujet, c'est d'une remise à plat totale du fonctionnement. Et la responsabilité des magistrats ?
Oui, mais avant de les rendre responsables, il faut leur donner les moyens d'agir. Parce que si vous avez une pile de dossiers comme ça devant vous, ce qui est le cas d'à peu près tous les juges, dire que c'est vous qui êtes responsable de la pile, c'est quand même un petit peu abusé. Donc le sujet aujourd'hui, avant d'aller sur la responsabilité des juges, qui est souvent, en fait, la plupart des temps, la responsabilité des juges, elle est mise en cause pour délai déraisonnable. Et le délai déraisonnable, c'est la pile dont je vous parle.
Donc il faut absolument qu'on déjudiciarise un grand nombre de contentieux, ça veut dire qu'on les enlève de la compétence des juges, qu'on mette, je vous l'ai dit, des assistants juridiques auprès des juges, qu'ils aient une vraie équipe, que les trucs faciles à juger, que ce soit jugé sous le contrôle du juge par des assistants, et que, par ailleurs, on fasse revenir des juges retraités pour, là encore, écluser le stock. Et quand on aura réussi à aller beaucoup plus vite en matière judiciaire, vous allez voir que tout va changer.
Moi, je suis pour les comparutions immédiates, pour les flagrants délits, et pour tous les flagrants délits, y compris pour les mineurs, dès lors qu'ils sont récidivistes. Parce que, quand le président de la République se fait gifler, ah, ben ça, l'individu, il passe aux comparutions immédiates, et puis il est immédiatement en prison. Mais est-ce que c'est le cas lorsque c'est un policier ? Est-ce que c'est le cas lorsque c'est un prof ? Est-ce que c'est le cas lorsque c'est un maire ? Un pompier ? Non. Est-ce que c'est le cas quand c'est l'un d'entre vous ? Non plus. Ben voilà, ça, c'est deux poids, deux mesures, ça s'appelle l'injustice.
Donc il faut qu'on réforme profondément notre justice et qu'on lui donne les moyens de juger. Alors les prisons, parce que le problème, c'est que vous ne pouvez pas juger si vous n'avez pas une sanction suprême qui est la prison. Voilà. Et alors, une certaine gauche va vous dire, mais oui, mais la prison, c'est l'école du crime, et donc il ne faut jamais emprisonner. Voilà. Ça, c'est la doctrine Taubira, accrue par Emmanuel Macron. Moi, je n'y crois pas. Je crois que ce qu'il fait, les caïds, c'est de revenir dans le quartier avec un bracelet électronique après avoir insulté un policier, après avoir frappé une vieille dame, après avoir dégravé, avoir brûlé une voiture.
C'est ça qui craint un caïd. Ce n'est pas le fait d'aller en prison. Donc ce que je souhaite aujourd'hui, c'est qu'on revienne sur la doctrine selon laquelle une peine de prison de moins d'un enferme n'est pas exécutée. Il faut les exécuter. Alors comment on fait ? Parce que les prisons, ça fait 10 ans qu'on nous les promet, on ne les voit pas sortir de terre. Eh bien, on utilise ce fameux bracelet électronique qui sert aujourd'hui à renvoyer dans leur quartier les délinquants au grand désespoir des victimes.
On l'utilise et on ouvre des casernes désaffectées, on ouvre des bâtiments publics désaffectés et on y met les délinquants sous bracelet électronique, géolocalisés, et on leur interdit de sortir, sinon ils vont en prison. Et là, vous allez mettre hors d'état de nuire. Vous allez éloigner de leur quartier des chefs de bande qui pourrissent la vie du quartier et qui aujourd'hui se comportent comme des caïds. Sur la question de la délinquance, il se trouve que c'est un sujet que je connais bien, étant moi-même installé en Seine-Saint-Denis, comme vous le savez, un département de tous les défis, on va le dire comme ça, de tous les défis républicains.
Il faut emmerder plus les délinquants qu'ils n'emmerdent la société. Donc petit, petit délinquant, petite sanction, mais sanction immédiate. Et grand délinquant, grande sanction. Et il faut graduer les sanctions. Rodéos sauvages, on confisque la moto et on l'envoie à la casse. Est-ce que vous vous êtes rendu compte qu'aujourd'hui, les amendes pour les consommateurs de drogue, l'amende minorée, c'est 150 euros, et que si vous roulez à 43 km heure dans une ville, en centre-ville, c'est 135 euros ? Ben oui, non, mais de temps en temps, ça ne fait pas rire. Voilà, voilà la hiérarchie des normes en France. Ben oui, je sais bien.
Mais c'est pour ça, c'est pour ça, c'est pour ça, c'est pour ça qu'il faut qu'on revoie l'échelle des peines et des sanctions. Et les sanctions, elles doivent être faites de façon à être appliquées. Alors il y avait un dernier sujet dont je voulais vous parler.
Le travail, vous m'aviez dit.
Alors, oh zut, il y en avait deux. Ou l'éducation. L'éducation et le travail. Éducation d'abord.
Il y a quand même une ou deux questions que la salle tenait à vous poser.
Ah oui, ben ils vont me les poser. Non, mais sur l'éducation. Je l'ai dit, une immigration incontrôlée et une intégration ratée, ça disloque une nation. Et aujourd'hui, il y a le sujet intégration ratée. Mais il y a le sujet éducatif tout court. Nous sommes aujourd'hui une nation dont le système éducatif va mal. Ça fait dix ans que le niveau baisse. Vous parlez à Oséla France très justement du niveau de français. Mais intéressez-vous aussi au niveau de mathématiques. J'étais il y a quelques jours avec des ingénieurs en Lorraine qui venaient me voir pour me dire, on ne trouvera plus de jeunes pour nos usines demain parce que le niveau de maths ne cesse de baisser.
Ça fait des années qu'on n'arrive plus à recruter les professeurs de maths. Maintenant, on n'arrive plus non plus à recruter les professeurs français.
Sur saut national.
Alors concrètement, ça veut dire quoi ? D'abord, il faut que nos jeunes aient à nouveau envie d'être professeurs parce qu'aujourd'hui, on n'arrive plus à recruter les profs. Alors Alain Hidalgo va vous dire, doublez les salaires. D'abord, ce n'est pas possible. Ça coûte 150 milliards d'euros. Mais ce n'est pas seulement une question de valorisation des salaires. C'est d'abord une question de respect du professeur parce que si les élèves ne respectent pas les profs, quel jeune a envie d'aller dans un métier où on n'est pas respecté ? Donc le sujet, c'est d'abord la discipline.
Et la priorité, c'est de remettre des surveillants dans les classes et des surveillants pas en contrat précaire de septembre à juin. Des surveillants professionnels qui connaissent les élèves et qui vont les suivre pendant toute leur scolarité comme il y avait avant. Et ceux qui mettent le soupe dans l'établissement, les perturbateurs, on les punit systématiquement. Et quand on les exclut, on ne les réinscrit pas dans le collège d'à côté. Ça s'appelle les polyexclus. C'est ceux qui sont les plus irratrapables. On les met dans des centres d'encadrement renforcé où pendant un an, on va leur donner des cours spéciaux pour les remettre ensuite dans le système s'ils sont réparés.
Mais s'ils ne vont pas revenir perturbés. Par ailleurs, il faut que dans nos établissements... Aujourd'hui, on est une société. Je vais la faire court. De la file d'attente, du piston et de l'immobilité sociale. Voilà la France. Donc nos services publics, il faut qu'on puisse les réformer. Mais l'école est devenue la plus inégalitaire d'Europe. Alors certains font de l'évitement, vont dans le privé. Et ceux qui vont dans le public font quoi ? Les classes moyennes. Ils payent des petits cours à leurs enfants. Donc l'école n'est plus gratuite. Et ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'une famille défavorisée, la réussite de son enfant, met plusieurs générations.
Et ça, ça n'est pas le modèle gaulliste. Ça n'est pas le modèle de la droite libérale. Ça n'est pas le modèle chrétien-démocrate. Ça n'est pas un modèle de droite sociale. Nous, on est les défenseurs de l'ascenseur social, du travail, de l'effort et du mérite. Et donc il faut, et c'est ce que je voudrais faire, faire une réserve éducative de professeurs retraités et de professeurs d'actifs pour aller faire du soutien scolaire gratuit dans les établissements scolaires. Il faut faire l'autonomie des établissements, des collèges et des lycées pour que les proviseurs et les principaux puissent choisir leurs équipes éducatives. Et que ce soit des volontaires, pas des malgré nous.
Parce que quand on va dans un quartier sensible, il faut être volontaire. Il faut faire revenir des personnes qui sont salariées du privé aujourd'hui, en deuxième carrière, comme enseignants, avec des projets éducatifs. Et puis, évidemment, il faudra mettre le paquet pour faire des externats d'excellence, là où c'est le plus dur, parce qu'on a besoin aussi de faire émerger des élites, des quartiers populaires. Il faut que l'égalité des chances, ça marche. Et dernière chose, pour les élèves qui ne sont pas scolaires, il faut mettre l'entreprise dans le jeu.
Ça veut dire que l'apprentissage, les TPE de moins de 10 salariés, on doit leur faire, on doit leur enlever toute leur charge patronale sur l'apprentissage et ils doivent nous prendre les apprentis.
Et il y a une question que vraiment les gens tenaient à vous poser, parce qu'elle est revenue, j'ai regardé, c'était comment pouvez-vous convaincre les adhérents et les militants d'Oser la France que dans un deuxième tour, le cas échéant, si vous n'êtes pas qualifié, si vous êtes la candidate et que vous n'êtes pas qualifié, vous ne ralliez pas Emmanuel Macron. Et quelle est l'attitude que vous adoptez à ce moment-là ? C'est une question qui revenait vraiment beaucoup.
Mais attendez, vous ne pouvez pas vous poser cette question-là, ce n'est pas possible, enfin. Vous avez déjà intégré la défaite ? Mais vous avez déjà intégré la défaite ? Mais c'est quoi enfin ? Mais c'est quoi oser la France ? Mais levez-vous, mais battez-vous, mais on va y être au deuxième tour et on va gagner. Et Marine Le Pen, elle ne sera pas au deuxième tour. Marine Le Pen ne sera pas au deuxième tour. Parce qu'aujourd'hui, Éric Zemmour est un boulet à ses pieds. Éric Zemmour est un boulet à ses pieds. Aujourd'hui, c'est le candidat de la droite qui sera au deuxième tour et qui battra Emmanuel Macron. Et c'est ça, moi, que je vous propose de faire. Voilà.
Et arrêtez de vous mettre dans un scénario de défaite. Ce n'est pas comme ça qu'on gagne une élection.
Merci beaucoup, Valérie Pécresse. Alors, Valérie Pécresse avait un emploi du temps chargé. Donc merci beaucoup d'être venu. Merci à Lourmarin.
Et j'aurais bien aimé vous parler d'une de mes grandes mesures aussi, qui est la revalorisation de 10% des salaires, pour que, enfin, les salaires payent plus que l'assistance et payent plus que le travail au noir. Et là-dessus, vraiment, posez-vous la question. Mais je pense que c'est absolument indispensable qu'on retrouve la valeur travail dans notre pays.
Un grand merci. Donc je crois qu'il y a un train qui vous attend. Donc merci d'avoir fait le déplacement ici, à Lourmarin, dans le Lubéron. Bonne route à vous. Bonne route à vous.
Valérie Pécresse