DISCOURS SUR L'AVENIR DE L'EUROPE - Mélenchon
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 45 %Attaque 50 %Défensif 5 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:55PrésentateurFait
« Il n'y a donc de souveraineté que dans le peuple. »
- 8:10PrésentateurFait
« L'Office de sécurité alimentaire, ça existe déjà. »
Temps de parole
- Présentateur100 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle claude-sonnet-5 · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Monsieur le Président, mes collègues, Monsieur le Ministre, la géopolitique a toujours commandé la politique et la longue histoire de France en atteste. Encerclée je ne sais combien de fois sous l'ancien régime, envahie quatre fois par notre voisin au cours d'un siècle, un peu plus d'un siècle, agressée par toute l'Europe lorsque nous avons fondé la République, nous avons comme leçon de notre histoire, pour finir, décidé de nous orienter vers la construction d'une Union européenne. C'est notre histoire et rien ne sert de revenir sur les conditions dans lesquelles elle s'est faite. Par contre, nous pouvons tous sur la suite. La cause est devenue confuse en France.
Et la nation française, qui est la nation politique en Europe, comme le reconnaissent tous nos voisins, a besoin de savoir où elle va. De ce point de vue, depuis 2005, tout est confus puisque la France a voté non et le traité de Lisbonne a prétendu que c'était oui. Puis le président Hollande, ayant d'abord dit qu'il renégocierait le traité budgétaire, pour finir la signée, sans renégocier rien du tout. C'est pourquoi les deux interventions du président Macron sont les bienvenues. Celles qu'il a faites à la conférence des ambassadeurs, puis celles qu'il a faites à la Sorbonne.
Parce que nous sortons enfin de cette demi-teinte de la politique des petits pas qui ne disaient pas où elle va au juste, ni par quel chemin elle compte passer. C'est donc une opération de clarification à laquelle je souscris. J'ajoute que je partage son diagnostic. On ne peut plus continuer comme ça. Le chemin actuel ne mène nulle part, sinon tu as une dislocation sur laquelle ensuite nous disputerions des responsabilités. Elle ne mène nulle part. Et nous avons besoin de transformer la prochaine élection européenne en un vrai débat politique sur l'avenir de l'Europe. Cela, j'y souscris. Mais l'essentiel du discours du président Macron est dans une bascule du paradigme européen.
Pour la première fois, un président de la République française définit la souveraineté de la France comme étant conditionnée par celle de l'Europe. Devant les ambassadeurs, il dit, pour la France, le lieu de notre souveraineté, aujourd'hui, c'est l'Europe. Le lieu de notre souveraineté, c'est l'Europe. À la Sorbonne, il dit, l'Europe seule peut, en un mot, assurer une souveraineté réelle. Je vais droit à mon désaccord. Je suis en désaccord complet avec cette formule. Et je voudrais qu'on l'entende comme un moment de pensée philosophique, politique, parce que c'est sur ce terrain qu'on arrivera à avoir un débat. Qu'est-ce que la souveraineté ?
Elle est évoquée 18 fois dans le discours de la Sorbonne, mais elle n'est jamais définie. Qu'est-ce que la souveraineté ? C'est l'autorité sans partage d'un groupe sur la population qui le compose et le territoire qui l'occupe. Et la légitimité de cette autorité sans partage, c'est la démocratie. C'est parce que la loi est votée par tous qu'elle s'applique à tous. Il n'y a donc de souveraineté que dans le peuple. Et il n'y a de communauté, que la communauté légale, constituée par le peuple constituant, qui décide des lois qui s'appliquent à lui. Voilà où est la souveraineté de la France. Dans son peuple, et cette définition est celle de son histoire. Il n'en existe pas d'autre.
Il n'y a pas de lieu de la souveraineté. Il ne faut pas confondre la souveraineté et la puissance. Mais la puissance de la France est liée à la souveraineté de son peuple, pas à son commerce extérieur, pas à ses échanges commerciaux. Elle est liée à la souveraineté du peuple. Parce que c'est le peuple qui a toujours tiré la France de toutes les impasses dans lesquelles ses élites maintes fois l'ont enfermée. Je vous mets en garde contre l'idée que viendrait se substituer au paradigme central de l'autorité populaire des chiffons rouges qu'on partagerait. Par exemple, l'Europe de la défense, qui est devenue la nouvelle mode.
Oubliant qu'elle avait été le sort de communautés européennes de défense quand elle nous a été proposée. La défense n'est pas un projet commun. La défense, c'est l'Europe de la guerre. Contre qui, je vous prie ? Eh bien, il faut dire les choses comme elles sont, à longueur de résolution de l'Union européenne. C'est contre la Russie. Je ne suis pas d'accord. La Russie est un partenaire, pas un ennemi. Nous n'avons pas à nous organiser contre les Russes. Par contre, nous devons nous souvenir que nous avons une stratégie de défense de la France qui repose sur la dissuasion nucléaire. On en pense ce qu'on veut. Mais la dissuasion nucléaire est l'arme ultime des Français.
La dissuasion nucléaire ne se partage pas. On ne met pas 29 doigts sur le bouton du nucléaire. C'est déjà assez grave qu'il y en ait un qui puisse le faire. On pense ce qu'on veut de cette stratégie. Mais en attendant, c'est celle de la France. Elle n'est pas compatible avec l'existence des batteries antimissiles que l'OTAN a installées en Pologne et dans les pays périphériques de la Russie comme une menace. Car cela signifie que l'Europe pourrait devenir un théâtre de bataille. Ce à quoi, nous Français, nous nous sommes toujours refusés. La dissuasion nucléaire est tout azimut.
Et quand on demandait au général de Gaulle s'il ne trouvait pas que c'était un peu beaucoup, compte tenu de l'existence d'un allié des États-Unis d'Amérique, il soutenait que le monde n'allait pas plus mal depuis qu'on avait pris cette décision. Et il avait raison. Ce qui tue l'Europe, c'est d'avoir rendu impossible l'intérêt général européen. C'est-à-dire d'avoir empêché son peuple, ses peuples, de constituer ensemble un intérêt général. Et cet intérêt général est nécessairement un intérêt social. Les traités européens interdisent l'harmonisation sociale, interdisent l'harmonisation fiscale. Ils ne connaissent qu'une règle, la concurrence libre et non faussée.
C'est-à-dire la compétition de chacun contre tous, à l'intérieur des nations et entre les nations. Et c'est parce qu'on a agi de cette manière que progressivement, les nations deviennent des coquilles vides où ceux qui sont les plus avantagés ne veulent plus prendre en charge ceux qui le sont moins. Et ça vous donne un indépendantisme généralisé, régional, des plus favorisés face à ceux qui le sont moins. et je voudrais vous montrer que le résultat est déjà sous vos yeux, sous nos yeux à tous. Les frontières dont nous sommes tous attachés à l'idée qu'elles ne doivent pas bouger car nous savons quand elles bougent les dangers que cela fait peser sur tout le continent.
Les frontières n'ont cessé de bouger autour de nous. En Yougoslavie, 7 États à la place d'un, 400 000 déplacés Tchéquie et Slovaquie partagés en deux. Sans cri et sans heurts, tant mieux. Et nous pourrions continuer maintenant. La question du Brexit resoulève la question des frontières entre l'Écosse et le Royaume-Uni, entre les deux Irlandes. Nous avons les Flamands en Belgique qui récriminent contre l'appartenance au Royaume avec les Wallons. Nous avons la Catalogne sous nos yeux. Pourquoi tout cela est-il comme cela ? Parce que la substance de la nation, le contrat qui la fonde, c'est-à-dire la souveraineté du peuple et son intérêt social commun, sont démembrés. Voilà ce qui tue l'Europe.
Plus que tout autre égoïsme, plus que toute autre construction bureaucratique incompréhensible. Alors, il faut changer de cap. Ce sera l'objet de cette élection. Je le souhaite en tout cas. Et je souhaite qu'on le fasse aussi clairement que possible. On m'a dit « Ah, mais il y a un Parlement européen, le peuple est représenté ». Pas du tout. Le Parlement européen est le seul Parlement au monde qui n'a aucune possibilité de proposer une loi. Dans le meilleur des cas, le Parlement européen partage son pouvoir avec la Commission et avec le Conseil.
Et le reste du temps, 70% des choses qui se votent au Parlement européen pourraient aussi bien être votées dans un club de philatélistes, vu que ça n'a aucune espèce d'incidence pratique sur le reste de l'Europe. Il faut changer de cap. Il faut permettre que soit possible l'harmonisation sociale et l'harmonisation fiscale entre les peuples d'Europe. C'est ce que nous avons appelé le plan A. Il faut un plan A pour changer de cap. Vous en avez proposé un avec une dizaine ou une quinzaine de propositions. Monsieur le ministre, je vous invite à regarder dans le détail les propositions du président Macron. Quelqu'un a mal rédigé les fiches.
Parce que le numérique, ça existe déjà et ça va être réglé en 2019. L'Office de sécurité alimentaire, ça existe déjà. La police des frontières, ça existe déjà. Et ainsi de suite. La seule chose qui n'existait pas jusque-là, c'est l'idée absconse que la France n'est plus de commissaire à la Commission européenne. Et que alors que nous avons déjà cinq présidents, pourquoi n'aurions-nous pas deux parlements par-dessus le marché ? Puisque ce qui est proposé, c'est la confusion. Il nous faut des règles claires sur le nerf qui agit tout le reste de l'organisme. Mettre fin à l'indépendance de la Banque Centrale Européenne. Organiser le rachat de la dette publique directement aux États.
Car vous en avez pour cent ans à rembourser cette dette dans toute l'Europe. Personne ne la remboursera jamais. Sachez-le, mes chers collègues. Et c'est absurde de proposer aux générations qui viennent de n'avoir pour objectif que de payer une dette. La liquidez n'est rien. C'est de la technique et je m'en ouvre à vous quand vous voulez. Ensuite, maintenir le niveau de l'euro au niveau du dollar. Chaque fois que l'euro est surévalué, nous nous ruinons. Prohiber les instruments financiers toxiques. Taxer les transactions financières. Contrôler les mouvements de capitaux. Organiser la conférence européenne sur les dettes souveraines. Arrêter la libéralisation des services publics.
Mettre en place un protectionnisme solidaire. J'ai vu que le président commence à le proposer en mettant une taxe carbone aux frontières de l'Europe. Bon, ben c'est déjà un début. Alors si ça vaut pour le carbone, ça doit valoir pour le reste. Mettre fin au dumping à l'intérieur de l'Union Européenne. Refonder la politique agricole pour garantir l'autosuffisance alimentaire qui était garantie par la première PAC et qui ne l'est plus aujourd'hui. Enfin, abandonner le marché carbone qui est un droit à salir quand on a les moyens. Mesdames, Messieurs, mes chers collègues. La France n'est pas mineure. La France est souveraine, et elle peut l'être.
La France est contributeur net pour 7 milliards d'euros en Europe qui sert à organiser des infrastructures de nos concurrents. La France n'est ni occidentale, ni européenne. La France est universaliste parce qu'elle est présente sur les 5 continents. La France est francophone parce que c'est la langue qui sera celle du 3ème groupe mondial d'ici peu. J'ai fini. Je veux partager avec vous bien sûr le souci de l'Europe, mais d'abord l'optimisme de ma patrie républicaine. Merci, M. Mélenchon. Merci.
Merci.