L'invité de Louise Lampire
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Chapitres
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:21InvitéFait
« Anita Conti, elle était océanographe, elle naît en 1899, elle meurt en 1997. »
- 4:04PrésentateurFait
« elle a aussi documenté la Seconde Guerre mondiale puisqu'elle a participé à la guerre des mines pendant la drôle de guerre à Dunkerque, Boulogne dans le Nord. »
Temps de parole
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Difficile de trouver de nouvelles informations inédites à raconter quand on a l'impression que le sujet a été trifouillé de fond en comble. Il y a des livres et des films d'Anita Conti, des livres et des films sur Anita Conti. Et pourtant, c'est une femme au parcours tellement riche qu'on peut encore parler d'elle de façon inédite. Et c'est ce que vous avez fait, Frédéric Brunckel. Bonjour. Frédéric
? Ça
marchait super bien juste avant qu'on passe en direct et il semble qu'on vous a perdu. Frédéric Brunckel, grand reporter. Ah, ça y est, c'est bon, on vous entend. Bonjour,
Frédéric. Bonjour,
Louise.
Vous êtes grand reporter, auteur, réalisateur de films documentaires, mais aussi écrivain. Vous avez plusieurs cordes à votre arc et vous signez aujourd'hui ce livre d'Anita Conti, La Grande Dame de la Mer, paru chez Paul Sen. À quel moment vous vous êtes dit qu'il y avait encore tant de choses à raconter sur elle
?
Il est clair que je lui devais beaucoup à Anita Conti, je lui devais d'avoir su mettre en mots la première dans les années... Enfin, quand ses livres ont été réédités dans les années fin 90, début 2000, d'avoir mis en mots beaucoup de choses sur les marins et qui m'ont beaucoup servi, qui étaient un peu inviatiques pour moi.
Et
puis, à la faveur d'un film que j'ai fait il y a quelques années, il y a trois ans, pour lequel j'avais regardé toutes les photos qui existent d'elle à Lorient, il y
a
50 000 photos, vous pensez, elle a photographié toute sa carrière, pendant toute sa carrière, et elle a photographié beaucoup les marins. Et de ces photos, j'ai compris beaucoup de choses, de regarder ses photos, de la suivre avec son appareil autour du cou. Et je me suis dit, il y a encore beaucoup de choses à raconter, il y
a
beaucoup de choses à raconter en suivant ses photos, en suivant le fil de sa vie par les photos qu'elle a prises. Et ça a donné le livre dont vous parlez, qui est édité aujourd'hui chez Paulsen.
Et c'est justement la singularité de votre livre, c'est l'histoire d'Anita Conti par Anita Conti, grâce à des clichés complètement inédits. Anita Conti, elle était océanographe, elle naît en 1899, elle meurt en 1997. C'est donc près d'un siècle d'études de la mer qu'elle laisse derrière elle, notamment ses milliers de photos. Comment vous y avez eu accès en vous rendant à Rennes
?
Eh bien, c'est à Lorient.
À Lorient, pardon.
Vous savez, c'est à Lorient, oui. Et les photos sont en ligne, c'est un petit peu laborieux de regarder 50 000 photos en ligne, mais en tout cas, les documentalistes qui travaillent, qui classent ces photos aux archives municipales de Lorient sont tout à fait rompus à l'exercice et nous ont beaucoup aidés
et
nous ont permis de regarder toutes ces photos. Nous ont envoyé des tonnes et des tonnes et des tonnes de photos qu'on a regardées. Et puis, au moment de faire le film, je parle du film avant le livre, parce que c'était la première pierre dans cette construction, on a pu reconstituer la vie d'Anita Conti grâce aux photos et découvrir certaines choses et s'apercevoir qu'elle était là à tel moment parce qu'elle avait pris la photo, qu'elle était avec les populations africaines, qu'elle était dans tel ou tel bateau, qu'ensuite, elle a embarqué. Et ça a été un ravissement parce que ça a donné du sens à tout son travail et à tous ces clichés merveilleux qu'elle a faits.
Parce qu'il faut savoir qu'elle a embarqué, elle a passé sa vie en mer et toujours avec un appareil autour du cou. Et elle faisait des clichés et elle a fait des clichés comme personne n'en a fait de la mer, des marins et de ces hommes qui risquaient leur vie et qui risquent toujours leur vie d'ailleurs. Et vous savez, elle a aussi documenté la Seconde Guerre mondiale puisqu'elle a participé à la guerre des mines pendant la drôle de guerre à Dunkerque, Boulogne dans le Nord. Et elle a photographié les marins qui étaient mobilisés et qui se lançaient dans la guerre des mines pour déminer les ports français. Et elle a photographié des gens qui n'existent plus, qui sont morts au combat.
Et on sent son émotion
à
ce moment-là. On sent l'émotion aussi dans les bateaux. On sent le moment où elle regarde ces hommes avec vraiment de la compassion et de
l
'empathie. Elle les comprend. Et c'est ça qui est merveilleux chez elle.
C
'est aussi l'un des autres points forts de cet ouvrage.
C
'est que son parcours d'océanographe, elle s'en détache un petit peu pendant cette période 1939-1950. Anita Conti, et ce sera ma dernière question ce matin à Frédéric. Elle a 36 ans quand elle embarque à bord d'un chalutier breton pour une mission scientifique dans les mers du Nord. C'est le point de départ de toutes ces expéditions. Vous, Frédéric, vous avez embarqué plusieurs mois à bord d'un bateau aussi. C'était un chalutier à Saint-Malo puisque vous êtes installé en Bretagne. À l'issue de ces mois en mer, vous avez signé un livre, Hommes de tempête, c'est paru chez Grasset en 2021.
Entre les écrits d'Anita Conti qui pour certains ont presque un siècle, est-ce que vous, vous avez pu observer quelles sont les similitudes ?
Les
similitudes,
elles
sont patentes. C'est bon si les techniques ont changé, si beaucoup de choses ont changé à bord des navires. Les hommes restent les mêmes. et ce qui va motiver les hommes à partir et à rester à partir des mois. Il faut savoir que les grands marins, ce qu'on appelle comme ça, ce sont les grands navires qui partent 8-9 mois par an. Et ce sont les mêmes, parce que la société a changé, les marins ont changé, mais les marins sont toujours décalés par rapport à la société. Et je les ai trouvés à bord du Joseph Roti, c'était ce chalutier-là qui est parti à la casse l'année dernière.
Après 50 ans de bons et loyaux services, ces hommes sont les mêmes, ils ont les mêmes doutes au moment de partir, ils ont les mêmes joies au moment de rentrée, ils ont les mêmes incapacités de se
faire
à la terre. Et les écrits d'Anita Conti m'ont énormément servi à comprendre les hommes, à comprendre ce qui se jouait à ce moment-là sur les mers.
Les techniques évoluent, mais la mer, elle, reste la même et donc le fond du métier aussi. Anita Conti, La grande dame de la mer, c'est votre livre. Frédéric Brunkel s'est paru chez Paul Sen, c'est passionnant, les archives sont inédites et c'est ce qui le rend d'autant plus passionnant.