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interviewLCP (sur YouTube)· 3 mai 2026 14 min

Emmanuel Taché, député "Rassemblement National" | La politique et moi !

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Mon invité a fait carrière dans les milieux de la mode, de la culture, des médias également, tout en s'engageant en politique dès ses 18 ans, d'abord à droite et aujourd'hui au Rassemblement National. Générique --- Bonjour, Emmanuel Taché. -Bonjour monsieur. -Alors, je vous avoue qu'en préparant l'émission, je me suis longuement interrogé sur le choix de ma cravate.

Parce que ce n'est pas tous les jours qu'on reçoit un ancien chroniqueur de mode. Vous avez fait cela sur France 3. Vous avez aussi travaillé dans de prestigieuses maisons de couture, on va en parler.

Mais d'abord un extrait d'une de vos chroniques sur France 3. Alors, je crois que ce jour-là, c'était le thème "Quel look faut-il avoir après une journée de ski ?" *-Ecoute, après le ski, *pas besoin de ressembler à un bibendum. *Donc on enlève sa doudoune, ses Moon Boots et on essaye *de ressembler à un être humain *qui s'habille de façon chic et correcte. *Toujours dans les tenues *d'après-ski chic, *là, nous allons voir pour le soir.

On va privilégier encore une question de matière, par exemple avec ce très joli gilet *qui est en chèvre. *Voilà, donc on continue à préconiser *les escarpins pour une tenue du soir. *C'est beaucoup plus chic que les Moon Boots. -J'aime vos conseilles de look après ski.

C'est important de garder du style après une journée de ski. -C'est toujours important de se tenir. -Vous avez commencé votre carrière très jeune, je crois, dans le milieu de la mode.

Vous aviez 18 ans. -J'avais 18 ans. -Et c'était chez Pierre Cardin ? -Oui, c'était chez Pierre Cardin.

C'était absolument pas...

Vous savez, la vie a beaucoup plus d'imagination que nous. M. Cardin aménageait une boutique dans le Marais.

Je passais par là. Il était au milieu de ses ouvriers. Je n'avais évidemment pas de curriculum vitae.

Je me suis précipité au BHV, pour ne pas le citer, pour aller acheter un bloc papier et un crayon, Et je me suis arrêté dans un bistrot. J'ai rédigé une lettre avec mon numéro de téléphone. Il n'y avait pas le 06 à l'époque. -Vous y êtes allé au culot, quoi. -Je suis allé au culot et M.

Cardin a rappelé très directement chez mes parents le soir pour me dire que j'avais rendez-vous le lundi matin. -Ca veut dire que vous étiez déjà passionné de mode à l'époque ? Comment C'est arrivé ? -Toujours.

Alors, je ne sais pas, ma grand-mère était une couturière émérite, c'était de la couture de maison. Et j'étais fasciné par les matières, par le travail, notamment, de M. Saint-Laurent.

Et c'était une époque, dans les années 80, lorsque j'étais enfant, où la haute couture et la couture étaient en ébullition, avec des talents qui émergeaient. Et cette couture-là, moi, petit garçon, me faisait rêver. -Et alors, ça vous a amené à côtoyer, aussi, pas mal de people, non ?

J'ai retrouvé une photo de vous avec Dita Von Teese. -Alors je ne l'ai peut-être pas verrouillé mon profil Facebook. Mais oui, il y en a pas mal, oui.

Ca, c'est un dîner de la mode, un gala de la mode contre le sida. -Alors, à l'époque, vous faisiez appeler Emmanuel de la Pagerie, notamment dans ces chroniques sur France 3. Plus tard, ça a été Emmanuel Taché de la Pagerie, alors que vous êtes né Emmanuel Taché.

Pourquoi est-ce que vous avez choisi, décidé d'ajouter une particule comme ça ? -Parce que j'avais trouvé ce nom, j'étais en Limousin, il y avait ce nom-là que je trouvais joli. Et je me disais que peut-être ce serait plus commode pour faire carrière dans la mode. -Mais est-ce que c'est peut-être parce que vous auriez rêvé de naître dans une famille de la noblesse impériale ?

Parce que la famille Tascher de la Pagerie... -Là, il y a une analogie qui, à l'époque, quand ça a été fait, moi, je ne l'avais pas faite. -D'accord. -Et puis après, il s'est passé ce qu'il s'est passé après, mais ça, c'est la vie. -Alors, après, vous avez dû renoncer à cette particule, parce que la famille Tascher de la Pagerie... -"Taschere". -"Taschere", pardon, je ne sais pas comment on dit.

Elle a intenté une action en justice après votre élection comme député du Rassemblement National, et donc vous avez dû renoncer à ce nom que vous avez porté pendant très longtemps, qui était un nom d'usage. -Pendant trois décennies. -Ca a été compliqué pour vous ? -Ca a été une déflagration personnelle, intime. -Ca touche à votre identité, du coup ? -Ca a touché à mon identité, à mon intimité, à mon image, mais pas à mon image en tant que politique, plus à mon intimité, à ma personne.

J'ai découvert la haine sur les réseaux sociaux. -Ah oui ? -Les insultes, la méchanceté gratuite de la part d'anonymes qui s'acharnent.

Enfin, c'est la vie, on ne fait pas la guerre. Donc, c'est ainsi. -Si on reprend votre parcours, après Pierre Cardin, vous avez aussi travaillé pour le couturier Dominique Sirop. -Oui. -Vous avez eu mille autres vies.

Je crois que vous avez été patron d'une galerie d'art en Italie. -Pas patron, j'étais collaborateur. -Employé ?

Collaborateur. Vous avez été l'assistant personnel de Stéphane Bern sur l'émission "Sagas". -C'est ça. -Vous avez été collaborateur d'une députée UMP. -Oui. -Est-ce qu'il y a un fil rouge dans tout ça, chez vous ? -Je l'ai dit en préambule, la vie a plus d'imagination que nous.

Moi, quand j'étais enfant, je vais faire très court, j'habitais en banlieue parisienne et le balcon de l'appartement familial donnait sur le périphérique. Il y avait d'un côté les voitures qui partaient à Paris et celles qui allaient plus loin en banlieue. Et je n'étais pas heureux, petit garçon, et je me disais : "Toi, tu n'as pas le choix.

Il faut que tu t'en sortes, il faut que tu suives les phares qui vont à Paris." Et... je n'avais pas de grandes ambitions en termes d'études.

Moi, je voulais être libre très vite. -La politique, elle est entrée très tôt dans votre vie. Et alors, d'une certaine façon, l'Assemblée nationale également.

J'ai découvert que vous avez fréquenté le Palais Bourbon déjà enfant ? -Oui. -Expliquez-nous un peu. -Maman était au secrétariat de Pierre Mauroy à l'époque.

Elle avait travaillé pour la maison du Nord-Pas-de-Calais aussi, quand le PS était triomphant. C'est comme ça qu'elle est arrivée dans ces arcanes-là. Et moi, lorsque je n'avais personne pour me garder... -Le mercredi, c'était Assemblée ? -C'était soit Assemblée, soit Matignon. -Matignon, parce qu'elle a aussi...

Elle était au secrétariat. -Donc quand il était Premier ministre. Mais ça veut dire que votre maman était de gauche ? -Elle était de gauche, pas encartée.

Mon père était... quand il était jeune, un membre des jeunesses communistes.

Et voilà ce que ça donne. Rires -Expliquez-nous, justement. Vous n'êtes jamais retrouvé dans ces valeurs-là ? -Les valeurs... -De la gauche. -Moi, j'ai toujours la prétention d'avoir une fibre sociale, dans mes actions politiques, qui compte énormément pour moi. -Qui est liée à vos racines familiales ? -Oui, peut-être, mais qui n'est pas antinomique avec la logique de droite, vraiment.

Mais je ne suis pas devenu de droite par réaction. J'ai toujours cru que l'individu devait être mis au centre de la société et pas forcément le collectivisme. -Et donc, il y a 18 ans, c'est ni le Ps ni le Parti communiste que vous avez rejoint, mais alors le RPR, à l'époque.

Vous y êtes resté jusqu'en 2012 à peu près, je crois ? -Oui, c'est ça. J'ai quitté l'UMP... -Parce que c'est devenu l'UMP après. -J'ai quitté, J'ai fait la seconde campagne de Nicolas Sarkozy. -Donc vous en avez fait deux, des campagnes de Nicolas Sarkozy, 2007, 2012.

Il a porté vos espoirs à un moment ? Vous vous êtes retrouvé en lui ? -Comme de nombreux Français.

C'est-à-dire que Sarkozy avait suscité un espoir, avait des propositions claires pour le pays, notamment raccommoder un pays qui était déjà abîmé et rapprocher les Français entre eux. Force est de constater que les cinq ans n'ont pas été...

Voilà, la feuille de route n'a pas été tout à fait respectée. Moi, j'ai refait, parce que je suis un bon petit soldat, campagne volontiers pour le président Sarkozy, en sachant intimement qu'on ne renouvellerait pas l'essai. -Vers la même époque, vous avez participé à la fondation du mouvement GayLib, qui existe encore.

C'est le premier mouvement gay de droite en France. Je le précise parce qu'à l'époque, ça avait pas grand-chose d'évident. Etre de droite et s'affirmer gay, ce n'était pas évident, ce n'était pas facile.

Qu'est-ce qui vous a convaincu de faire ça ? -Ce qui nous a convaincu, c'est suite aux...

Les Français, en tout cas les parlementaires, ont le don de s'écharper sur des choses qui devraient faire consensus. C'est la suite des débats concernant le PACS. -Le pacte civil de solidarité, la première union civile ouverte aux couples homosexuels. -C'est ça.

Où ça a été, à droite...

ça a été un carnage. Hormis, là, je peux la remercier, le combat et le beau discours de Roselyne Bachelot. Mais on s'est dit, on était cinq, il me semble : "Il y a un vrai travail à faire.

Les conservateurs américains sont dans une logique d'inclusion." Le mot venait d'arriver des Etats-Unis. Il faut absolument qu'on arrive à faire comprendre à nos dirigeants, nous, à droite, que l'évolution légale ou civile d'un citoyen ne peut pas être conditionnée à sa sexualité et que ça doit être mis hors champ.

Pour ça, il fallait avoir un peu de courage, pour aller voir M. Raffarin, M. Juppé, être reçu par Claude Chirac, qui nous a filé un coup de main à l'époque, d'ailleurs.

Et afficher une part d'intimité, mais parce qu'en fait, là encore, il s'agissait de dénoncer le fait qu'une sexualité ne pouvait pas conditionner sa vie dans la société. Et l'accès aux droits, et le fait qu'on ne pouvait pas vivre de citoyenneté à deux vitesses. -Après l'échec de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2012, vous êtes parti en Italie, vous occupez de cette galerie d'art.

Et quand vous êtes revenu en France, c'est vers le FN que vous êtes tourné, c'était le Front National à l'époque. Qu'est-ce qui vous a fait basculer vers ce parti-là ? -Toujours le virus politique qui ne m'avait pas quitté, bien que j'étais heureux dans mes fonctions.

Et puis le fait d'être...

Vous savez, quand vous écoutez une personne comme Marine Le Pen, qui est ma patronne, qui n'était pas encore à l'époque, quand vous votez pour la première fois, c'était lors des régionales, pour le Front National de l'époque, vous le faites parce que vous écoutez une femme comme Marine Le Pen et vous vous dites : "Mais je pense à 98 % ce que pense cette femme." Et quand vous êtes piqué par la politique, vous prenez votre courage par la main et vous y allez, dans l'optique de peut-être pouvoir être utile. Moi, j'étais simple militant et je le suis toujours lorsque j'ai rejoint Marine Le Pen. -Et vous êtes devenu, vous avez été élu député en 2022.

Et dès le début de votre mandat, vous vous êtes engagé sur des sujets liés aux droits des femmes. Et vous avez notamment été rapporteur d'une proposition de loi pour aider les femmes victimes de violences conjugales. On va revoir un extrait de votre prise de parole en commission à l'Assemblée. *-L'esprit de ce texte *d'extraire la victime des griffes de son bourreau *en lien avec les travailleurs sociaux. *Pour 59 % d'entre elles, *la nécessité de quitter le domicile est réelle.

Seuls 18 % le quittent avant d'y revenir. *Là encore, au-delà de l'oppression psychologique, *le manque de ressources financières *ou d'accès à ces ressources constitue *le frein majeur *au départ définitif. *La victime, souvent charge d'âme, *la question des enfants est aussi au corps du sujet. *Les violences économiques font partie intégrante *des violences conjugales. *S'il y a 30 ans de cela, *ma mère avait bénéficié de cette aide, *le chemin de sa résilience aurait certainement été *plus court et plus serein. -Vous évoquez ce qu'a vécu votre mère à l'époque. -Oui, qui n'était pas de l'ordre physique. -C'était des violences morales ? -C'était des violences comme elles peuvent s'exprimer dans n'importe quel couple. -Mais c'est ce qui a déterminé votre engagement en tant que député pour la cause des droits des femmes ? -Certainement.

Vous savez, nos actions prennent naissance toujours dans une part d'intime. Oui, je crois qu'on choisit aussi ses combats par rapport à des épisodes de la vie. -Cette loi sur les violences conjugales, ça a été la première loi adoptée par l'Assemblée avec un député du Rassemblement national comme corapporteur.

C'est une fierté pour vous ? -C'est stricto sensu une véritable satisfaction de voir que l'on est utile, que l'on sert à quelque chose et je remercie les collègues quels que soient les bancs, et je l'ai dit dans ma prise de parole finale, sur des sujets, et sur l'essentiel, nous pouvons nous entendre, ça honore le combat politique. -En 2024, "Politico" vous a classé parmi les 30 couples politiques de l'année, les "power couples", comme disent les anglo-saxons.

Vous n'en faites pas un secret, mais vous ne vous affichez pas dans les pages People. Vous êtes en couple depuis très longtemps avec Sébastien Chenu, qui a lui aussi été engagé à droite dans le mouvement GayLib et qui a aussi rejoint Marine Le Pen, qui est député, vice-président de l'Assemblée. Là, c'est une question plus intime, mais il est élu à mille kilomètres de vous.

Comment vous faites pour vous voir ? Ca ne doit pas être évident ? -C'est une organisation.

Nous sommes des êtres profondément attachés à la vie et à la mort l'un à l'autre. Il est dans le Nord, je suis dans les Bouches-du-Rhône, nous avons Paris en point de jonction. Voilà, Sébastien me rejoint à la maison dans le Sud dès qu'il le peut.

Mais vous savez, au bout de 33 ans de vie privée, on arrive très bien à organiser son intimité. -On va conclure l'émission avec un quiz. Alors, un quiz spécial consacré au style en politique.

On va commencer par l'homme politique le plus stylé, selon vous, avec une contrainte, vous n'avez pas le droit de choisir ni dans votre parti, ni dans leurs alliés. -Alors, je dirais Edouard Philippe. -Edouard Philippe ? -Ouais. -C'est quoi ? -Belle allure. -Et la femme politique la plus stylée ? -Bachelot.

Elle est plus politique, mais Bachelot. -Elle a des choix osés. -Oui. -Mais qu'elle assume pleinement.

Et la pire faute de goût en politique, mais alors là, je ne parle pas de vêtements, je parle vraiment de politique pure. -La malhonnêteté, la traîtrise. -Ce sera le mot de la fin. -Voilà. -Merci, Emmanuel Taché, d'être venu dans "La politique et moi". -Merci.