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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 25 juillet 2017 10 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileJusticeSolidarités & famille

José Bové : "A quoi ça sert d’être riche si on ferme notre pays à des gens en souffrance ?"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 15 %Attaque 65 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:29OuverteRéponse directe

    Vous avez lancé un appel à Emmanuel Macron pour que la France accepte d'ouvrir ses frontières aux réfugiés. Pourquoi dites-vous cela ?

  • 2:18RelanceRéponse directe

    Le maire de Nice a dénoncé les provocations de Cédric Hérou. Votre réaction ?

  • 3:47OuverteRéponse partielle

    Est-ce qu'il faut faire une distinction entre les réfugiés et les migrants économiques ?

  • 5:24FerméeRéponse directe

    Donc vous vous dites qu'il faut ouvrir les frontières sans contrôle ?

  • 5:57OuverteRéponse partielle

    Et donc cette personne vient par exemple du Mali, du Niger... il faut les accepter ?

  • 7:39OuverteRéponse directe

    Qu'en pensez-vous du plan migrant du gouvernement ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:01PrésentateurChiffre
    « 111 500 migrants et réfugiés sont arrivés en Europe par la mer depuis le 1er janvier, dont 85% en Italie. »
  • 0:13PrésentateurChiffre
    « 2 360 migrants sont morts en tentant la traversée, chiffre de l'Organisation Internationale pour les Migrations. »
  • 1:36Invité politiqueFait
    « Or, aujourd'hui, ces règles de droit sont complètement bafouées. »
  • 4:24Invité politiqueFait
    « il faut parler d'esclavage, il faut parler de torture, il faut parler de viol, tout ça c'est ce qui se passe. »
  • 6:59Invité politiqueFait
    « Quand un réfugié arrive en Italie, on lui prend ses empreintes digitales. Et on fait croire à ces réfugiés que parce qu'ils ont donné leur empreinte digitale, ça équivaut à une demande de droit d'asile. »
  • 7:43PrésentateurChiffre
    « le plan migrant du gouvernement prévoit plus de 12 000 places d'hébergement pour les demandeurs d'asile et réfugiés d'ici 2019 »

Temps de parole

  • José Bové79 %
  • Présentateur21 %

1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

111 500 migrants et réfugiés sont arrivés en Europe par la mer depuis le 1er janvier, dont 85% en Italie. 2 360 migrants sont morts en tentant la traversée, chiffre de l'Organisation Internationale pour les Migrations. José Bové, député européen Europe Écologie Les Verts, se trouve dans les studios de nos amis de France Bleu Azur à Nice. Bonjour José Bové.

0:28
José Bové

Bonjour.

0:29
Présentateur

Vous avez lancé un appel à Emmanuel Macron pour que la France accepte d'ouvrir ses frontières aux réfugiés. Pourquoi dites-vous cela ? La France accueille des réfugiés.

0:39
José Bové

Écoutez, ça fait maintenant trois jours que je suis ici dans les Alpes-Maritimes. J'étais dans la vallée de la Roya avec un ami paysan, Cédric Héroux. J'ai rencontré les associations citoyennes. Hier, j'étais à Nice pour permettre à des réfugiés de faire leur demande de droit d'asile. Et qu'est-ce que j'ai constaté ? Hier, 130 personnes qui voulaient faire leur demande dans différentes villes de France ont été arrêtées dans le train à Cannes et ont été toutes renvoyées à la police de l'air et des frontières et ont été renvoyées en Italie cette nuit. Ce qui est quand même assez incroyable.

C'est-à-dire qu'il y a des règles de droit, des règles de droit qui permettent à des réfugiés de faire des demandes d'asile. Or, aujourd'hui, ces règles de droit sont complètement bafouées. Et on entend des hommes politiques comme M. Ciotti se féliciter qu'on renvoie des gens qui sont en demande de droit d'asile. Et j'ai pu constater, en étant avec ces réfugiés pendant deux jours dans la vallée de la Roya, qu'on avait en grande majorité des gens qui viennent du Soudan, qui viennent d'Érythrée, et qui donc sont tout à fait, aujourd'hui, habilités à demander le droit d'asile. C'est complètement scandaleux ce qui est en train de se passer.

2:12
Présentateur

Le maire de Nice, Christian Estrosi, a écrit au procureur pour dénoncer les provocations de votre ami Cédric Hérou, cet agriculteur qui a fait passer d'Italie en France 200 migrants. Et ce n'est pas la première fois. Votre réaction ?

2:25
José Bové

Alors, ma réaction, elle est très simple. C'est que M. Estrosi essaye de faire de l'agitation de la provocation politique. Pourquoi je dis ça ? C'est que Cédric Hérou et toutes les gens de la vallée de la Roya ne vont pas chercher des réfugiés. Les réfugiés passent la montagne. Aujourd'hui, c'est possible. On est en été. Il n'y a pas de neige. Les gens traversent et arrivent chez Cédric parce que c'est le seul point d'accueil possible où ils sont en sécurité.

Et les gendarmes, les forces de l'ordre qui sont dans la vallée en permanence, puisqu'il y a même un checkpoint pour rentrer dans la vallée de la Roya, ce qui paraît incroyable sur le territoire français, mais c'est comme ça, eh bien, s'accordent avec Cédric Hérou pour organiser les choses. Et hier, on est parti de la vallée de la gare de Breil pour aller à Nice. Les billets de train ont été achetés pour permettre aux gens de descendre à Nice, commencer leur démarche ou à la préfecture de Nice, soit pour aller à Nantes, à Marseille ou d'entre vous. Donc on n'est pas du tout dans une situation de passeurs, de clandestins.

Tout ça se fait au grand jour et justement dans l'objectif, non pas de faire un appel massif, comme j'entends souvent dire, mais de permettre juste à la dignité de pouvoir être respecté.

3:47
Présentateur

José Bové, est-ce qu'il faut faire une distinction entre les réfugiés et les migrants économiques qui, eux, ne relèvent pas du droit d'asile ?

3:56
José Bové

Vous savez, ce n'est pas à moi de dire un tel est un réfugié, l'autre c'est un demandeur uniquement économique. Vous savez, on ne sait pas faire la différence aujourd'hui. Aujourd'hui, on a des gens qui sont en grande souffrance. Les personnes avec qui j'ai pu parler, soit en français quelques-uns, en anglais beaucoup, ont vécu de telles situations, ont mis deux ans, trois ans pour traverser l'Afrique ou pour être réduits en esclavage en Libye, parce qu'il faut parler d'esclavage, il faut parler de torture, il faut parler de viol, tout ça c'est ce qui se passe. C'est leur quotidien avant qu'ils risquent d'être noyés en Méditerranée.

Donc on a affaire à des personnes en souffrance, quelles que soient les raisons qui les ont amenées à partir, mais beaucoup, ce sont des situations de guerre, des situations de dictature, soit effectivement des paysans chassés de chez eux, parce qu'il y a aussi la question climatique qui chasse de plus en plus de gens. Donc tout ça fait qu'il y a aujourd'hui une nécessité d'avoir de l'humanité. On n'est pas aujourd'hui pour savoir, on n'est pas là pour parler du statut d'un tel ou d'un tel, mais pour se dire aujourd'hui comment est-ce qu'on peut traiter un être humain.

Chaque être humain a le droit d'être respecté en tant que tel, et on ne parle pas là de corps d'envahissement, et les termes sont dangereux aujourd'hui. On voit bien comment M. Estrosi ou M. Ciotti, qui m'a attaqué encore hier, jouent sur ces sentiments de peur d'envahissement. C'est un langage très très très dangereux.

5:24
Présentateur

Donc vous vous dites qu'il faut ouvrir les frontières sans contrôle ?

5:28
José Bové

Je dis qu'il faut aujourd'hui faire en sorte que toute personne qui demande le droit d'asile puisse voir son dossier instruit. Et pour cela, il doit pouvoir rentrer normalement sur le territoire français.

5:45
Présentateur

Et donc cette personne, José Bovesciel, vient par exemple du Mali, du Niger, du Nigeria, du Sénégal, des pays qui font de la croissance économique, il faut les accepter.

5:57
José Bové

Aujourd'hui, c'est à la commission qui instruit les dossiers de décider quel doit être... Moi, alors qu'il est, ce n'est pas à moi de me substituer à l'OFPRAC et l'organisme qui permet de valider ou pas. Ça, c'est un autre débat. La question aujourd'hui, elle est, il y a des gens qui demandent à bénéficier du droit d'asile, que ce soit en France, en Allemagne, dans n'importe quel pays.

Aujourd'hui, moi, ce que je constate ici, dans les Alpes-Maritimes, c'est que systématiquement, des gens, y compris des Érythréens, qui, eux, bénéficient d'un statut spécial, que ce soit des mineurs isolés, que ce soit des familles, eh bien, peuvent être contrôlés, ramenés à menton à la police de l'air des frontières et renvoyés en Italie, en toute illégalité, à tel point que même la justice commence à s'en émouvoir, parce qu'on n'a pas le droit de le faire. Aujourd'hui, il faut connaître le système. Quand un réfugié arrive en Italie, on lui prend ses empreintes digitales.

Et on fait croire à ces réfugiés que parce qu'ils ont donné leur empreinte digitale, ça équivaut à une demande de droit d'asile. Et la France, et je dirais souvent l'administration, c'est ce qu'elle dit. Or, il y a deux phénomènes. On demande, on prend les empreintes pour bien enregistrer la personne. Pour autant, la personne n'a pas, dans la quasi-totalité des cas, demandé le droit d'asile en Italie, auquel cas, elle a le droit de se rendre dans un autre pays de l'Union Européenne pour demander le droit d'asile. Et on n'a pas le droit de renvoyer ces gens-là en Italie. On fait un abus de pouvoir complètement incroyable.

7:39
Présentateur

José Bové, le plan migrant du gouvernement prévoit plus de 12 000 places d'hébergement pour les demandeurs d'asile et réfugiés d'ici 2019 et un effort accru pour l'intégration, mais un durcissement des renvois pour les déboutés. Qu'en pensez-vous ?

7:56
José Bové

Écoutez, il faut que le plan se mette en œuvre. Moi, j'attends, j'ai des contacts avec différents organismes. Moi, j'espère qu'on va être en capacité d'accueillir dignement, qu'on va être capable de donner des plans d'hébergement. Mais je vois que pour l'instant, on est très loin de ça. Alors, j'encourage effectivement, moi, les pouvoirs publics à mettre en place des structures. Je mets en garde aujourd'hui un certain nombre de gens qui essayent de manifester en disant, on ne veut pas de centre d'accueil près de chez nous. J'ai entendu hier à la radio, effectivement, qu'à Tarbes ou Dieu sait où, il y avait des gens qui essayent de mûrer pour empêcher que des centres d'accueil se fassent.

Ça paraît quand même incroyable. C'est-à-dire qu'on a une déconnexion entre la réalité humaine et la logique, effectivement, d'exclusion. Moi, je pense qu'il faut que l'État assume sa responsabilité. S'il s'y engage, tant mieux. Mais là, il faut que toute la chaîne, c'est-à-dire que ce soit la police, que ce soit les services préfectoraux, que ce soit les organismes d'instruction, eh bien, puissent travailler à une vitesse normale. C'est vrai qu'aujourd'hui, quelqu'un qui demande le statut de réfugié, eh bien, son temps de mise en œuvre de son dossier sont des temps très longs.

Et pendant ce temps-là, eh bien, ces personnes sont souvent seules dans la rue, malheureusement, parce qu'il n'y a pas de structure d'accueil et risquent d'être renvoyées en Italie sans aucune raison à n'importe quel moment.

9:29
Présentateur

José Bové, vous restez avec nous dans les studios de France Bleu Azur à Nice pour répondre aux questions des auditeurs. Interactive 01 45 24 7000 à propos de ce dossier des migrants, des réfugiés, mais aussi d'autres dossiers, notamment l'agriculture en France et aussi l'action en général de Nicolas Hulot, le nouveau ministre de la Transition écologique. Dans l'immédiat, il est 8h32. – Sous-titrage Société Radio-Canada

José Bové : "A quoi ça sert d’être riche si on ferme notre pays à des gens en souffrance ?" — José Bové · Pourquijevote