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InterviewBFM TV (sur YouTube)· 17 avril 2023 24 minContradictoireActualité / polémiqueRetraitesSolidarités & familleTravail & emploiInstitutions & élections

Allocution d'Emmanuel Macron: la réaction de Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 15 %Attaque 65 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:30OuverteRéponse directe

    Il vous tend la main à vous, qu'est-ce que vous faites ce soir, qu'est-ce que vous lui dites ?

  • 1:37OuverteRéponse directe

    Mais est-ce que vous dites non définitivement ?

  • 1:45OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous avez le même état d'esprit ? Est-ce que vous vous dites que vous irez un jour à l'Elysée ?

  • 2:59RelanceRéponse directe

    Ça veut dire que vous laisserez donc des réunions se faire sans vous ?

  • 3:38OuverteÉludée

    Et s'il vous propose une grande conférence sociale après le 1er mai, est-ce que vous accepterez ?

  • 4:10OuverteRéponse directe

    Dans quel but, maintenant que la réforme est promulguée, qu'est-ce que vous pouvez encore espérer ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:33Invité politiqueFait
    « Mais le problème c'est qu'il nous tend la main après nous avoir fait un bras d'honneur, c'est-à-dire après avoir promulgué sa réforme dans la nuit de vendredi à samedi »
  • 0:40Invité politiqueFait
    « alors que solennellement toutes les organisations syndicales lui ont demandé de tirer les leçons de la censure du Conseil constitutionnel en lui disant que la loi sortait abîmée du Conseil constitutionnel »
  • 1:01Invité politiqueFait
    « nous lui proposions de revenir devant le Parlement en vertu de l'article 10 de la Constitution qui permet d'amener en seconde lecture un projet de loi qui aurait été censuré par le Conseil constitutionnel »
  • 1:51Invité politiquePromesse
    « Mais nous on ira avec grand plaisir à l'Elysée si Emmanuel Macron retire sa réforme »
  • 4:43Invité politiqueFait
    « Le premier objectif, c'est que ce n'est pas parce qu'une réforme est promulguée qu'on ne peut pas la retirer. La preuve, c'est ce qui s'est passé sur le CPE où 10 jours après la promulgation de la loi, la loi n'a pas été appliquée. »
  • 4:54Invité politiqueFait
    « Ensuite, le Conseil constitutionnel doit statuer le 3 mai sur le référendum d'initiative partagée. »
  • 6:05Invité politiquePromesse
    « Alors, sur le référendum d'initiative partagée, nous y croyons vraiment comme possibilité de sortie de crise. »
  • 6:51Invité politiqueFait
    « Donc si jamais le RIP n'était pas validé le 3 mai prochain par le Conseil constitutionnel, la première leçon qu'il faudrait en tirer, c'est que là, on a une crise sociale, une crise démocratique. »
  • 9:35Invité politiqueFait
    « puisque c'est cette réforme des retraites qui n'est pas nécessaire économiquement et qui est très violente. »
  • 11:41Invité politiqueFait
    « Moi, je suis extrêmement inquiète par la radicalisation du pouvoir, par cette pratique verticale et violente du pouvoir et par la stratégie du pourrissement qui est celle d'Emmanuel Macron »
  • 13:36Invité politiqueFait
    « Et c'est pour ça qu'il n'a pas pu faire voter sa réforme à l'Assemblée Nationale. »
  • 14:09Invité politiqueFait
    « Il n'a pas été élu pour faire cette réforme des retraites. Et c'est une trahison très grave. »
  • 14:41Invité politiqueFait
    « Non, non, non. La comparaison des systèmes internationaux, il ne faut pas seulement comparer un seul paramètre. »
  • 18:50Invité politiqueChiffre
    « les prix alimentaires ont augmenté de quasiment 20% en un an et les salaires stagnent »

Temps de parole

  • Invité politique77 %
  • Présentateur7 %
  • Présentateur 26 %
  • Invité4 %
  • Invité 24 %
  • Invité 32 %

2,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonsoir Sophie Binet, merci d'être avec le secrétaire général de la CGT, merci d'avoir accepté de réagir ce soir après l'allocution d'Emmanuel Macron en direct sur BFM. Emmanuel Macron qui a dit ses regrets ce soir, de ne pas avoir convaincu, de ne pas avoir fait que cette réforme des retraites avait été acceptée. Emmanuel Macron qui dit qu'il ne peut pas rester sourd, que personne ne peut rester sourd à la colère, il parle de cette colère et il tend la main d'une certaine manière au syndicat, en disant il va falloir qu'on se retrouve, il va falloir qu'on discute de choses très concrètes, travail, usure professionnelle, l'emploi des seniors, etc.

Il vous tend la main à vous, qu'est-ce que vous faites ce soir, qu'est-ce que vous lui dites ?

0:33
Invité politique

Mais le problème c'est qu'il nous tend la main après nous avoir fait un bras d'honneur, c'est-à-dire après avoir promulgué sa réforme dans la nuit de vendredi à samedi, alors que solennellement toutes les organisations syndicales lui ont demandé de tirer les leçons de la censure du Conseil constitutionnel en lui disant que la loi sortait abîmée du Conseil constitutionnel, encore plus déséquilibrée qu'avant et qu'il ne pouvait pas la promulguer telle qu'elle.

Et nous lui proposions encore une porte de sortie, comme nous lui en proposons depuis le début du conflit, à savoir par exemple, nous lui proposions de revenir devant le Parlement en vertu de l'article 10 de la Constitution qui permet d'amener en seconde lecture un projet de loi qui aurait été censuré par le Conseil constitutionnel, ce qui aurait permis d'ailleurs d'avoir un premier vote du Parlement, étant donné que le Parlement a été empêché de voter.

Et donc le problème c'est qu'Emmanuel Macron nous claque la porte au nez en promulguant sa loi de nuit en plein week-end et puis tout d'un coup là il nous explique ce soir, il nous parle de dialogue social, il nous explique que sa porte est grande ouverte alors que ça fait trois mois que sa porte est fermée, sachant qu'on le sollicite depuis trois mois pour être reçu pour faire le point sur ce conflit.

1:37
Invité

– Mais est-ce que vous dites non définitivement ? Tout à l'heure Laurent Berger disait, il expliquait son délai de décence en disant « le moment viendra où j'irai ». Est-ce que vous avez le même état d'esprit ? Est-ce que vous vous dites que vous irez un jour à l'Elysée, que vous répondrez à son invitation ?

1:51
Invité politique

– Mais nous on ira avec grand plaisir à l'Elysée si Emmanuel Macron retire sa réforme parce qu'aujourd'hui le sujet…

1:57
Invité

– Si je ne le fais pas, c'est jamais.

1:59
Invité politique

– Il ne faut jamais dire jamais, ça c'est un proverbe classique, mais en attendant, la CGT elle prend ses décisions avec les salariés, avec les syndiqués, on a une intersyndicale qui décide ensemble, là l'intersyndicale elle a décidé, et c'est assez inédit pour le souligner quand même, de ne pas rencontrer Emmanuel Macron s'il promulguait sa loi, il a promulgué sa loi, c'est vraiment dommage parce qu'il avait 15 jours pour promulguer, s'il avait attendu quelques jours pour promulguer, s'il nous avait dit aujourd'hui, demain, je vous reçois, je ne promulgue pas, je vous reçois pour faire le point avec vous sur l'état du pays, là on y serait allé, évidemment.

Mais le problème c'est qu'il promulgue, et il fait comme si, après ce passage en force, on pourrait passer à autre chose, alors que là, nous on n'est pas sur un sujet technocratique, ça a des conséquences concrètes sur nos vies. Ce qu'il faut comprendre, c'est que là, on ne parle pas d'une question abstraite, on parle d'une réforme qui consiste à nouveau les deux ans de vie, sur laquelle le président de la République passe en force, donc c'est pour ça qu'on ne peut pas juste dire, on tourne la page, on passe à autre chose, en attendant.

2:59
Invité

– Non ? – Ça veut dire que vous laisserez donc des réunions se faire entre Emmanuel Macron, Laurent Berger et les autres syndicats qui souhaitent y aller, qui vont parler usure professionnelle, emploi des seniors, sans vous. – Non mais là, ce n'est pas le sujet de ce soir, puisque tous les syndicats… – Ça va être tout le sujet des semaines à venir.

3:14
Invité politique

– Non, le sujet de ce soir, c'est l'ensemble des syndicats qui se relaient à vos micros pour vous dire tous la même chose, c'est-à-dire que nous n'irons pas rencontrer Emmanuel Macron pour parler d'autre chose que du retrait de la réforme, et nous nous sommes mis d'accord là-dessus. – Demain ? – Demain, et jusqu'au 1er mai, ce 1er mai c'est dans 15 jours, déjà c'est assez long comme séquence.

3:34
Invité

– Oui mais après le 1er mai, vous nous réinviterez et on vous dira ce qu'il sache. – Et s'il vous propose une grande conférence sociale autour de tous ces thèmes après le 1er mai pour se mettre d'accord sur la loi qui accompagnera la réforme des retraites et qui entrera en application à l'automne ? Est-ce que vous accepterez de participer à cette grande conférence sociale ?

3:53
Invité politique

– Moi je ne sais pas faire du syndicalisme fiction. Une mobilisation sociale, ça se construit au jour le jour. Là, on a un horizon à 15 jours avec la date du 1er mai où nous appelons l'ensemble des Françaises et des Français, l'ensemble des salariés et des jeunes à venir manifester en nombre pour faire de ce 1er mai un 1er mai exceptionnel. Il est déjà historique, c'est la première fois que tous les syndicats appellent au 1er mai, ça ne s'est jamais produit. Il sera exceptionnel par son niveau de mobilisation.

Il y aura en plus, je vous l'annonce en exclusivité, de très nombreux syndicats étrangers qui viendront du monde entier pour montrer leur solidarité, leur soutien vis-à-vis de notre mobilisation. Donc ça sera un 1er mai exceptionnel. Et là, l'actualité, c'est la construction de ce 1er mai et nous appelons tout le monde à venir manifester.

4:35
Invité

– Dans quel but, maintenant que la réforme est promulguée, comme vous l'avez très bien dit, qu'est-ce que vous pouvez encore espérer ?

4:41
Invité politique

– Nous avons deux objectifs. Le premier objectif, c'est que ce n'est pas parce qu'une réforme est promulguée qu'on ne peut pas la retirer. La preuve, c'est ce qui s'est passé sur le CPE où 10 jours après la promulgation de la loi, la loi n'a pas été appliquée. Donc c'est toujours possible. Ensuite, le Conseil constitutionnel doit statuer le 3 mai sur le référendum d'initiative partagée. Ça fait partie des portes de sortie que le gouvernement est en train de fermer et qui seraient intéressantes.

Quand il y a un conflit, un blocage entre tout le pays et l'Elysée, un homme tout seul quand même, il faut redire les choses, éventuellement, le moyen de sortir, c'est de revenir devant le peuple pour pouvoir voter. Et puis, dernier élément de manifestation le 1er mai, c'est de dire que la priorité, ce n'est pas de reculer l'âge de départ en retraite, c'est d'augmenter les salaires, de répondre à la pénibilité au travail, de répondre à la crise environnementale, de faire l'égalité femmes-hommes, enfin, au lieu d'en parler tous les jours et de faire l'inverse sur le terrain, etc.

5:33
Présentateur

Madame Binet, deux choses. Un, vous y croyez vraiment au référendum d'initiative partagée. On attend la décision le 3 mai. Vous pensez que c'est possible que, sur le plan constitutionnel, le président, parce que vous vous accrochez à ça, finalement, c'est peut-être votre dernière porte de sortie. Est-ce que vous y croyez, un ? Et deuxièmement, pour rebondir sur ce que disait Maxime tout à l'heure, le menu qui a été fixé des discussions, est-ce que déjà, au moins, le menu, en dehors du fait qu'il manque les retraites, ça vous convient ?

6:03
Invité politique

Alors, sur le référendum d'initiative partagée, nous y croyons vraiment comme possibilité de sortie de crise. Il pouvait pouvoir être intelligent et voulait vraiment faire l'apaisement. J'ai entendu ces mots dans la bouche d'Emmanuel Macron. C'est un mot très important pour nous, puisqu'on l'y appelle depuis 3 mois. S'il voulait apaiser la situation, la solution, une des solutions, ça pourrait être de revenir devant le peuple et de dire « Ok, on va laisser trancher le peuple ».

Après, d'un point de vue constitutionnel, je ne suis pas constitutionnaliste, personne ici sur ce plateau, mais le problème du RIP, c'est que, je pourrais le dire de façon un peu provoquante, on se demande parfois s'il n'a pas été fait pour ne jamais marcher. Parce qu'il est assorti d'une telle masse de conditions, qui en plus sont contradictoires entre elles. C'est-à-dire que, pour que ça marche, il faut que ça soit une réforme, une réforme qui ne coûte rien aux finances publiques et une réforme qui ne porte pas sur des mesures fiscales. Donc à partir de là, c'est quand même difficile de satisfaire. Et puis, une réforme qui ne consiste pas à abroger une loi déjà existante.

Donc là, on voit qu'on a déjà quatre conditions qui sont potentiellement contradictoires entre elles. Donc si jamais le RIP n'était pas validé le 3 mai prochain par le Conseil constitutionnel, la première leçon qu'il faudrait en tirer, c'est que là, on a une crise sociale, une crise démocratique. On aurait aussi peut-être une crise de régime avec un problème sur un instrument qui est supposé aider en cas de crise sociale. Parce que le RIP, il a quand même été mis en place suite au Gilet jaune, pour permettre de sortir des conflits. Et qui, manifestement, ne peut pas jouer son rôle. C'était 2008, le RIP. Le RIP, c'est 2008.

En tout cas, manifestement, ne peut pas jouer son rôle du fait des clauses qui la sortissent. Donc ça, ça sera des leçons à tirer. Sur votre deuxième question, qui est importante aussi, la question du menu des réjouissances auxquelles le locataire de l'Elysée nous invite, le problème, c'est que pour l'instant, le menu, il n'est pas très appétissant. D'abord, pour nous, le plat de résistance, ça doit être le retrait de la réforme des retraites. Et ensuite, sur le reste des AGAP, on nous parle de quoi ? On nous parle de la réforme du lycée professionnel. Bon, ça, je rappelle que ça fait six mois que tous les enseignants de lycée professionnel et tous les élèves dénoncent cette réforme.

Je n'ai pas le temps de rentrer dans les détails, mais qui consiste à casser la scolarité des élèves, en plus, les plus défavorisés, qui ont besoin de temps d'enseignement et qui ont besoin de passer du temps en classe. On supprime encore plus le temps passé en cours. Deuxième chantier dont il nous parle, la question du RSA en disant, en gros, on va mettre au travail les personnes qui sont sur des minima sociaux. Je rappelle que toutes les organisations syndicales dénoncent cette stigmatisation des personnes privées d'emploi qui n'ont pas choisi d'être privée d'emploi,

8:30
Présentateur

C'était quand même un petit peu ça.

8:34
Invité politique

Troisième chose dont il nous parle précise, la question de l'immigration en nous disant qu'il va falloir durcir les choses sur l'immigration illégale. Je rappelle que toutes les organisations syndicales disent que quand il y a des travailleuses et des travailleurs qui sont en France, ce qu'il faut, c'est leur permettre de travailler dignement, leur donner des papiers pour mettre fin au dumping social que constitue l'immigration. Et par contre, sur ce qui pourrait ressembler à du sucré à des choses intéressantes, moi j'ai entendu des mots-clés, j'ai entendu carrière, revenu, senior, etc.

9:05
Présentateur

Pénibilité. Et pas de limites, pas de tabous dans la discussion, c'est ce que dit le président.

9:08
Invité politique

Oui, oui. Mais là, franchement, ça ressemble à un miroir aux alouettes. Ça fait depuis le Covid qu'Emmanuel Macron nous parle du monde d'après et nous dit on va tourner la page, on va investir dans les services publics, on va développer l'école, développer les hôpitaux, on va revaloriser les premiers de corvée, les premières lignes, on va enfin mieux les payer, etc. Depuis trois ans, on ne voit rien venir et les seules choses qu'on voit venir, c'est tout l'inverse puisque c'est cette réforme des retraites qui n'est pas nécessaire économiquement et qui est très violente.

9:39
Présentateur

Il y a eu le Ségur de la santé quand même, qui a permis de revaloriser certains salaires à l'hôpital.

9:44
Invité politique

D'accord, sauf qu'il ne vous a pas échappé qu'il y a toujours une mobilisation massive des soignantes et des soignants qui disent que le Ségur n'est pas à la hauteur et n'est pas suffisant.

9:51
Invité

Mais justement, est-ce que ce n'est pas le moment de se saisir de ces sujets et de dire « Banco, monsieur le Président, on accepte, mais vous nous laissez faire, vous nous laissez écrire cette page ? »

10:01
Invité politique

Nous, on dit « Banco, on accepte, mais commencez par retirer la réforme des retraites » parce que vous voyez bien qu'en passant en force, c'est quand même le minimum du respect. Là, on a dit sur tous les tons et à chaque fois, de façon extrêmement pacifique et responsable, que cette réforme ne passait pas, qu'il fallait la retirer. Et là, le Président de la République passe en force en promulguant sa réforme et en faisant comme si, 48 heures après, on pouvait venir discuter de plein d'autres sujets. Mais non, ce n'est pas possible, en fait. Mais pourquoi ? Parce que la CGT n'a pas de problème avec Emmanuel Macron, la CFDT non plus.

Nous, c'est le Président de la République, on parle avec lui, il n'y a pas de souci. Le problème, c'est les Françaises et les Français qui ont un problème avec Emmanuel Macron. C'est les salariés qui ont un problème avec Emmanuel Macron. Parce que sa réforme ne passe pas.

10:44
Présentateur

Ce soir, dans cette allocution, Emmanuel Macron dit d'une certaine manière et redit que cette réforme, elle est passée, elle va avancer et elle va s'appliquer. Mais quand on écoute Laurent Berger, votre camarade de la CFDT, si je puis dire, lui-même dit aujourd'hui, on n'arrivera pas à faire faire marche arrière au Président de la République. On n'y arrivera pas. Il le dit, Laurent Berger, sur les retraites.

11:06
Invité politique

Non, sinon, pourquoi est-ce qu'on ferait le 1er mai ? L'ensemble des organisations syndicales appellent à un 1er mai historique et inédit pour retirer la réforme des retraites et pour mettre à l'ordre du jour le progrès social. Donc la CFDT appelle au 1er mai, c'est bien parce que la CFDT pense, et ça fait 10 ans au moins que la CFDT n'avait pas manifesté le 1er mai, que ce 1er mai va servir à faire reculer Emmanuel Macron mieux vaut tard que jamais. Il est toujours temps de reculer.

11:32
Invité

Sophie Binet, vous disiez il y a quelques jours qu'Emmanuel Macron était en train de devenir le président du chaos. Selon vous, on va droit vers le chaos aujourd'hui ?

11:39
Invité politique

Oui, tout à fait, je confirme. Moi, je suis extrêmement inquiète par la radicalisation du pouvoir, par cette pratique verticale et violente du pouvoir et par la stratégie du pourrissement qui est celle d'Emmanuel Macron, puisqu'il opère ce passage en force en pariant sur, d'abord, le pourrissement dans la rue et donc il y a aussi des consignes qui sont données aux forces de l'ordre, etc. Et puis aussi sur la tripartition de la vie politique en se disant qu'en 2010, Sarkozy, quand il passe en force sur la réforme des retraites, il l'a payé dans les urnes derrière en 2012 puisqu'il y a eu une alternance politique.

Et après, je ne reviendrai pas sur la fin de la séquence qui n'a pas été à la hauteur, loin de là, des attentes populaires. Mais en attendant, il y a eu les urnes en parlant. Là, Emmanuel Macron, il joue sur la tripartition de la vie politique et sur le fait qu'aujourd'hui, c'est le Rassemblement National qui, d'un point de vue politique, profite de la séquence. Ce qui est extrêmement grave parce que nous, à la CGT, nous considérons qu'il n'y a pas pire pour le pays que le Rassemblement National, que c'est extrêmement dangereux pour notre démocratie, mais aussi très concrètement pour les salariés du pays. Pourquoi ?

Parce qu'au lieu de rassembler les salariés face aux employeurs, au gouvernement, le Rassemblement National organise la mise en opposition, la division du salariat, du monde du travail avec sa politique de préférence nationale. Et donc, avec sa stratégie politicienne, Emmanuel Macron joue avec le feu et trahit encore une fois le mandat sur lequel il a été élu. Ou je rappelle, il a été élu en 2022 pour faire barrage au Front National, pas pour mettre en place sa réforme des retraites.

13:14
Présentateur

Vous savez la réponse qu'il a apportée à plusieurs reprises. avant le premier tour, il avait mis la retraite, l'allongement, enfin, 65 ans avant le premier tour. Et les députés Renaissance, à l'époque La République En Marche, avaient dans leur programme aussi d'augmenter l'âge de départ à la retraite. Et d'ailleurs, c'est peut-être pour ça qu'ils n'ont pas eu la majorité absolue. Voilà, on est bien d'accord.

13:34
Invité politique

Et c'est pour ça qu'il n'a pas pu faire voter sa réforme à l'Assemblée Nationale.

13:36
Présentateur

Mais reconnaissez qu'il ne l'avait pas mis dans son programme. Il n'a pas été seulement élu pour faire barrage au Rassemblement National. Tout à fait.

13:44
Invité politique

Mais donc, si on suit votre raisonnement sur lequel je suis d'accord, c'est la raison pour laquelle il n'a pas eu de majorité à l'Assemblée Nationale et pour laquelle, du coup, il n'a pas eu de majorité pour faire voter sa réforme des retraites. Et donc, il devrait en tirer toutes les conséquences. Parce que lui n'a pas été élu pour faire cette réforme des retraites. Il a été élu par un certain nombre de personnes. Et la CGT y a aussi contribué pour faire barrage au Rassemblement National que nous considérons comme un ennemi dangereux pour la démocratie. Il n'a pas été élu pour faire cette réforme des retraites. Et c'est une trahison très grave.

Je vous le dis ce soir aussi avec une forme de colère froide. C'est très grave ce qui se passe pour la démocratie de notre pays. Et c'est aussi très grave pour l'image de la France à l'international qui est complètement écornée par la séquence où, aujourd'hui, la France n'a plus aucune crédibilité à faire la leçon à tous les régimes autoritaires dans le monde.

14:30
Présentateur

Il ne vous aura pas échappé qu'à l'international, tous nos voisins, l'âge de départ à la retraite, ce n'est pas 62 ans. C'est 65, 66, 67. Il doit rester deux pays en Europe, je crois, où on est à 62.

14:40
Invité politique

Non, non, non. La comparaison des systèmes internationaux, il ne faut pas seulement comparer un seul paramètre. Donc les choses ne peuvent pas se faire comme ça. Par exemple, en Espagne, c'est 37,5 annuités de cotisation. Nous, en France, on est à 42 et bientôt à 43 ans. Donc ce n'est pas comme ça qu'il faut comparer les choses. Par contre, à l'international, nous, ce que nous disent nos homologues internationaux, c'est pour ça qu'ils seront très nombreux à venir le 1er mai manifester avec nous à Paris. Ce qu'ils nous disent, notamment, par exemple, les Allemands, ils nous regardent avec des yeux ronds, en nous disant « Mais ce qui se passe en France, on ne comprend pas.

Ça ne pourrait jamais arriver chez nous. On n'aurait jamais, pendant trois mois, autant de grévistes et autant de manifestants et un gouvernement qui passerait en force. »

15:18
Présentateur

– Ce n'est pas le même système politique aussi.

15:19
Invité politique

– Voilà, exactement. Ils ont une démocratie sociale qui fonctionne et un système politique qui est beaucoup moins autoritaire, moins vertical, et ils n'ont pas une 5e République. Et donc il y a la majorité des pays européens où ça ne pourrait pas exister. Donc on est sur une forme d'autoritarisme et de radicalisation du pouvoir qui aujourd'hui construit une impasse sociale et démocratique qui est grave.

15:38
Invité

– Nous sommes dans un régime autoritaire ?

15:40
Invité politique

– On est dans un régime qui est de plus en plus autoritaire, oui. Et avec cette pratique du pouvoir, Emmanuel Macron, c'est très dangereux parce qu'en termes de message à l'international, la France, c'est le pays des libertés, le pays des droits humains, le pays des droits sociaux. Et donc quand on s'adresse au monde depuis la tribune de l'ONU, depuis la tribune de l'Organisation internationale du travail, par exemple, la France, elle a aussi un devoir d'exemplarité. Et aujourd'hui, qui se frotte les mains ?

16:05
Présentateur

– C'est le pays qui dépense le plus pour la protection sociale, qui a un montant de prélèvements obligatoires très important et qui sont quand même reversés beaucoup des Français.

16:14
Invité politique

– Mais en attendant, c'est le pays qui passe en force contre la mobilisation d'une très large majorité de Français et contre l'avis de tous les syndicats. Et donc qui se frotte la main de la séquence ? Évidemment, la Russie est très contente de la séquence parce que comme ça, ils peuvent renvoyer Macron dans ses buts en disant arrêtez de stigmatiser le recul des libertés en Russie, regardez ce que vous faites en France.

16:31
Présentateur

– Sauf que la propagande russe, c'est peut-être pas notre affaire aujourd'hui.

16:33
Invité politique

– Non mais d'accord, mais en termes d'exemplarité, c'est important et c'est pour ça que tous les syndicats du monde, enfin beaucoup vont venir le 1er mai à Paris pour nous soutenir, pour dire que la France c'est pas rien, ce qui se passe en France c'est pas rien et quand en France on passe en force contre les syndicats une réforme de régression sociale, derrière ça tire les droits de tous les travailleuses et les travailleurs

16:52
Invité

dans le reste du monde, donc c'est grave. – Pour en revenir à l'allocution d'Emmanuel Macron, il a aussi confirmé Elisabeth Borne que vous avez rencontré jusqu'au 14 juillet et je crois que vous lui aviez dit justement qu'elle ne pouvait pas qu'être un fusible. Quand vous l'avez vu, qu'est-ce qu'elle vous avait répondu déjà ? Est-ce que vous pensez désormais qu'elle peut précisément ne pas être qu'un fusible alors qu'elle est affaiblie mais néanmoins maintenue par le président jusqu'au 14 juillet ? Est-ce que ça sert encore à quelque chose pour vous de discuter avec elle à l'avenir par exemple ?

17:21
Invité politique

Oui, c'est vrai que quand on l'avait rencontré, j'avais essayé de faire appel aussi à sa responsabilité puisque moi j'étais auparavant secrétaire générale de la CET des cadres et donc la responsabilité c'est quelque chose qui est important pour nous.

Ce n'est pas un fusible, ce n'est pas une exécutante, c'est une première ministre devant le pays et donc quand on est responsable, on doit aussi être capable de dire au vu de l'état du pays la solution en responsabilité à prendre, ça serait de ne pas aller au bout sur cette réforme des retraites et on a bien compris dans la séquence que la réforme des retraites, elle était là par la volonté d'un seul homme Emmanuel Macron alors que le reste de son gouvernement n'a pas d'appétence particulière pour la réforme qu'il n'y a aucune urgence à faire cette réforme, oui à part Bercy, je suis d'accord avec vous mais sinon il n'y a pas d'urgence à faire cette réforme des retraites et qu'il y a toute une possibilité, une palette de scénarios différents pour trouver les 12 milliards d'euros si Emmanuel Macron nous avait dit je ne promulgue pas mais par contre je vous demande de nous faire des propositions de financement précises, concrètes, réalistes mais on serait venu avec grand plaisir et là on aurait pu avoir un dialogue de grande qualité pour trouver des solutions ensemble et on était prêt à faire des compromis sur des solutions de financement

18:29
Invité

Outre le retrait, qu'aurait pu annoncer ce soir Emmanuel Macron pour apaiser justement le pays selon vous ?

18:38
Invité politique

Le retrait ? Outre le retrait, qu'est-ce qu'il aurait pu annoncer ?

Outre le retrait, par exemple sur les salaires, là il n'a pas prononcé le mot salaire, il a prononcé le mot revenu Pour nous ce n'est pas exactement pareil, il y a un problème de salaire en France puisque les prix alimentaires ont augmenté de quasiment 20% en un an et les salaires stagnent et donc pour la première fois on a des salaires qui baissent en euros constants qui sont décrochés du coût de la vie avec des millions de travailleuses et de travailleurs qui ne peuvent même plus remplir leur frigo Donc s'il avait dit quelque chose de fort sur les salaires en disant par exemple la proposition de la CGTL est toute simple, c'est de dire qu'il faut indexer l'augmentation des salaires sur l'augmentation des prix Ça existe en Belgique

19:13
Invité

Ce qui avait déjà été le cas

19:14
Invité politique

Voilà, ce qui avait été le cas jusqu'en 1983 en France, ça existe en Belgique, ça marche très bien Sauf qu'on dit que c'est une pire à l'inflationniste quand on indexe C'est ça, sauf que là aujourd'hui en France on a l'inflation sans avoir l'augmentation des salaires Donc on voit bien qu'il n'y a pas de... Mais une inflation plus modeste que les autres pays auront Oui, 20% sur les prix alimentaires, c'est pas modeste Et par contre en Belgique, il y a l'indexation des salaires sur les prix et il n'y a pas d'explosion inflationniste, les Belges vont bien

19:39
Invité

Non, non, l'inflation en Belgique est très très importante

19:42
Invité politique

Non mais d'accord, mais en attendant les Belges n'ont pas cette perte de pouvoir d'achat qu'aujourd'hui ont les Français

19:48
Invité

Donc vous auriez voulu une indexation des salaires sur les prix

19:51
Invité politique

Ça par exemple, ça aurait été quelque chose S'il nous avait dit concrètement on va parler de ça Là l'oreille aurait peut-être commencé à s'ouvrir S'il nous avait dit concrètement je veux parler de comment est-ce qu'on sanctionne les entreprises qui ne font pas l'égalité professionnelle Peut-être que, parce que si on faisait ça, ça permettrait de financer le déficit sur les réformes des retraites L'égalité professionnelle, ça permettrait de solutionner les 12 milliards de déficit Je le redis pour montrer que c'était quand même pas compliqué de trouver ces 12 milliards Il y a toute une série de choses qu'il aurait pu dire Mais de façon concrète, pas de miroir aux alouettes Comme il a fait là ce soir J'ai envie de vous dire, c'est presque poétique tellement c'était creux Il y avait quand même quelque chose un peu de cet ordre là On avait l'impression d'un scénario, d'un grand théâtre qui nous rejouait Mais qui était en déconnexion totale par rapport à ce qui se passe dans le pays depuis 3 mois On pourrait parler de grand enfumage C'est un décalage complet par rapport aux aspirations des salariés, des jeunes Et puis encore plus des personnes qui sont mobilisées Et qui, je le rappelle pour certains, ont fait 40 jours de grève, ont perdu plus d'un mois de salaire

20:54
Présentateur

Sophie Binet, on a pendant que vous parlez ces images en direct de Rennes On avait des manifestations, des tensions tout à l'heure du côté de Paris Manifestations aussi à Nantes, à Marseille Vous parliez de cette colère Le président parle de cette colère ce soir aussi S'il n'y a pas de retrait, cette colère ira où ?

21:12
Invité politique

S'il n'y a pas de retrait, nous on continuera à mobiliser les salariés A en discuter en intersyndical Pour obtenir que cette réforme ne s'applique pas d'une façon ou d'une autre C'est-à-dire d'une façon ou d'une autre ? Il y a plein de façons de ne pas appliquer une réforme C'est-à-dire sur le CPE, on se souvient de Jacques Chirac qui promulgue la réforme Et puis ensuite fait voter une nouvelle loi qui abroge la disposition sur...

21:37
Présentateur

Donc ce soir vous y croyez encore ? Bien sûr C'est encore votre objectif ?

21:40
Invité politique

Bien sûr, tout à fait Et d'ailleurs j'en appelle aux députés à voter Les députés peuvent très bien voter une loi d'abrogation de la réforme des retraites C'est techniquement tout à fait faisable Et ça offrirait une solution de sortie de crise

21:51
Présentateur

Vous imaginez les députés de la majorité allant à l'encontre d'Emmanuel Macron ce soir pour voter une loi contre cette loi ?

21:56
Invité politique

En fait ce que j'imagine très bien c'est que la majorité est minoritaire C'est ce qu'on a vu dans l'hémicycle et c'est pour ça qu'ils ont été obligés de recourir au 49-3

22:06
Présentateur

Mais il n'y a pas de majorité alternative non plus ?

22:08
Invité politique

Bah pas de majorité alternative

22:09
Présentateur

Quand vous avez un 49-3 ou vous avez la NUPES qui vote avec le Rassemblement National, c'est pas une majorité alternative ?

22:15
Invité politique

Pas de majorité alternative pour faire un gouvernement alternatif Par contre il y a une majorité qui refuse la réforme des retraites Et c'est pour ça qu'Emmanuel Macron a sorti le 49-3 Sinon il ne l'aurait pas fait s'il était majoritaire dans l'hémicycle Donc ça nous on l'a bien regardé et donc on pense qu'il y a aussi des solutions qui peuvent se trouver de ce côté-là

22:33
Invité

Mais Sophie Ligier, vous ne dites pas comme Laurent Berger qui dit on ne pourra pas manifester pendant encore 6 mois Vous dites on peut tenir encore 6 mois Vous appelez d'ailleurs à manifester les 20 et 28 avril prochains alors que l'intersyndicat ne le fait pas

22:45
Invité politique

Non non c'est pas ça, en fait les 20 et 28 avril prochains il y a des actions qui sont décidées par les territoires et les professions Par exemple le 20 avril prochain c'est les cheminots qui font une journée sans cheminots Le 28 avril prochain c'est la journée mondiale contre les morts au travail et les accidents du travail J'en profite pour rappeler que la France détient le triste record européen de la mortalité au travail et des accidents du travail C'est pour ça que cette réforme des retraites est d'autant plus scandaleuse Et donc à l'occasion du 28 avril il y a des journées d'action Là une journée qui va être faite par la CGT de la construction qui est très concernée par les morts au travail Donc c'est des actions sectorielles pour rythmer la préparation du 1er mai

23:24
Invité

Vous disiez Aurélie, vous voulez d'autres journées de manifestation pendant encore quoi ? Des semaines ? Des mois ? Est-ce qu'au mois de mai par exemple il faut continuer à manifester ?

23:31
Invité politique

Non non, une mobilisation sociale ça se construit au jour le jour C'est pour ça que je vous disais tout à l'heure du syndicalisme fiction je sais pas faire

23:38
Invité

Par exemple vous pourriez dire stop au 1er mai, on arrête, après on passe à autre chose

23:43
Invité politique

En fait les décisions on les prend d'abord Ça c'est demain Non c'est dans 15 jours, c'est loin en fait, en termes de mobilisation sociale c'est très loin Les décisions on les prend en intersyndicale et on les prend aussi avec les salariés, avec les syndiqués Puisque la mobilisation, moi je n'ai pas de bouton pour appeler à la manifestation ou à la grève C'est les salariés qui décident de se mettre en grève ou pas Donc c'est pas nous qui allons décider Est-ce que ce sera votre souhait ? C'est fini ?

24:06
Présentateur

Vous pouvez répondre à cette dernière question

24:09
Invité politique

Le souhait c'est de se mobiliser jusqu'au retrait pour gagner le retrait Puisque nous voulons gagner dans cette mobilisation Et nous sommes confiants sur le fait que nous allons sortir gagnant d'une façon ou d'une autre

24:18
Présentateur

On doit vous libérer Sophie Bille Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce soir en direct pour réagir après cette allocution du président de la République

Allocution d'Emmanuel Macron: la réaction de Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT · Pourquijevote