Le salon de l'agriculture inauguré en bon ordre - Reportage C dans l'air 22.02.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Quand on est corrézien, il faut y aller. - L.Sénéchal: Le président a coupé ce matin le ruban pour ouvrir le salon à 8h devant les équipes de "C dans l'air".
Il a pu circuler beaucoup plus calmement que l'an dernier. - Tout s'est déroulé comme il l'avait espéré. C'est dans une ambiance presque décontractée qu'E.Macron a pu inaugurer le Salon de l'agriculture, dont l'égérie, cette année, se nomme Oupette, une vache limousine.
Traditionnelle déambulation, comme avec l'un des leaders de la révolte des agriculteurs, l'an passé. ... - Le président de la République avait préparé le terrain avant l'ouverture, rencontrant en privé chacun des syndicats, pour ne froisser personne et un maître mot: apaiser les esprits. - E.Macron: En général, j'appelle au calme, au dialogue respectueux, au respect des uns et des autres et à la considération.
On sait que beaucoup d'agriculteurs sont en situation difficile et qu'il y a une souffrance dans certains territoires et dans certaines filières. Certains réussissent bien. Je le dis aussi pour les jeunes qui veulent s'installer: il y a de l'avenir dans l'agriculture.
Mais le calme est la bonne réponse. - Bien loin de la chaotique ouverture du Salon de l'agriculture l'an passé, E.Macron hué, sifflé par des agriculteurs ayant forcé le barrage des policiers. 2 heures d'échanges musclés avec les syndicats de la profession. - Vous avez annoncé plein de mesure, des bonnes, des mauvaises.
Appliquez toutes celles qui sont applicables. - E.Macron: On va arrêter de dire que l'agriculture est foutue.
Sinon, ce n'est pas la peine d'aller chercher des jeunes. Si le discours ambiant est de dire que l'agriculture est foutue et qu'il faut des aides de trésorerie, pas la peine de s'emmerder. On ferme tout de suite le magasin. - Il aura fallu un an pour que des mesures soient inscrites dans la loi.
Des baisses de charges fiscales et sociales ou bien la non-interdiction de produits phytosanitaires, s'il n'y a pas d'alternative. La ministre de l'Agriculture assume un projet de loi et d'orientation agricole largement tourné vers le productivisme. - Les agriculteurs produisent.
Il faut réhabiliter l'acte de production, d'autant que nous sommes dans un monde instable. Reconquérir notre souveraineté alimentaire suppose de produire. Sinon, quelle dette alimentaire va-t-on laisser à nos enfants? - Une vision saluée par les principaux syndicats agricoles, même si, selon eux, le compte n'y est pas encore sur le niveau des revenus et sur l'accord du Mercosur. - Si on peut comprendre que l'Europe a des intérêts offensifs quand on parle d'innovation, de voiture, d'agriculture, ce n'est pas le paillasson sur lequel on vient s'essuyer les pieds en permanence en Europe. - On veut le résultat, le concret, que, demain, les producteurs puissent produire, mais pas pour exporter.
Déjà produire pour remplir les assiettes. - Le chef de l'Etat s'est prononcé ce matin en faveur d'une ratification totale du Ceta, le traité de libre-échange entre l'UE et le Canada. Un accord qui suscite les inquiétudes du monde agricole français. - L.Sénéchal: Le problème numéro 1 des agriculteurs, c'est celui des revenus qui ont baissé de 15 % sur les 2 dernières années? - F.Denhez: Il y a eu une première loi qui a prétendu réguler...
Elle date de 1973. La loi EGalim est la dernière. Elle n'a rien réglé du tout.
Il y a 6 centrales d'achat qui achètent à 17 500 industries agroalimentaires et 2300 coopératives, dont certaines sont aussi grosses que le moins gros groupe financier. Tant qu'on n'aura pas réglé ce problème, cassé les reins de la grande distribution, il y aura toujours ce goulet d'étranglement de 6 centrales d'achat qui sont toutes à l'extérieur de la France pour ne pas payer d'impôts... - L.Sénéchal: Et pour éviter les règles mises en place par la loi EGalim. - F.Denhez: Les syndicalistes n'osent pas dire en off que leurs problèmes, c'est Leclerc, Super U, Intermarché...
Donc on va taper sur une préfecture, un président de la République, l'OFB. Le coeur du problème, c'est bien la fixation des prix. L'agriculture est le seul secteur économique où le producteur ne fixe pas son prix.
Il y a ensuite la baisse du pouvoir d'achat. Il y a une moindre appétence des Français pour acheter des produits de qualité bruts. La loi n'y est pas du tout.
Elle prétend mettre en place une souveraineté alimentaire. Mais on a bien entendu que cette souveraineté alimentaire, c'est exporter toujours plus alors que la loi dit qu'il faut aussi remplir les assiettes des Français par une agriculture locale, laquelle est la seule à rapporter aux agriculteurs. Tout est contradictoire.
On n'a pas réglé le problème des prix. Tant qu'on ne voudra pas payer le prix de la nourriture à son juste prix, ça n'ira pas mieux. - L.Sénéchal: Question. - G.Macke: Pour l'instant, les prix agricoles sont les prix du marché.
C'est selon la loi de l'offre et de la demande. - L.Sénéchal: Que change la loi EGalim?
Elle était censée régler cette question. - G.Macke: C'était bien son principe, en tout cas.
Mais elle a été assez largement détournée. C'est intéressant de constater que le gouvernement, qui veut limiter les contrôles aux agriculteurs, par contre, veut augmenter les contrôles sur les industriels et les distributeurs qui ne respecteraient pas la loi EGalim. A moins d'administrer les prix, d'être encore plus interventionniste en tant qu'Etat...
Il y avait la question des prix planchers. Il faut aussi constater que les revenus des agriculteurs sont très inégaux. On ne le dit pas beaucoup.
Ils sont plus inégaux que l'ensemble de la société française. Il y a des agriculteurs qui vivent très bien, comme les très grands céréaliers. Il y a aussi des patrons de boîtes qui sont plus que des PME.
Il y en a qui ont un très bon niveau de vie. Après, il y a les éleveurs de bovins, typiquement, qui gagnent moins d'un Smic pour travailler 80 heures par semaine, sans vacances et sans week-end. Ils ont une maigre retraite, aussi.
Il y a des disparités très fortes. C'est assez compliqué à calculer, en plus. Il y a des revenus non agricoles.
Il y a beaucoup d'agriculteurs qui ont une partie de leurs revenus qui ne sont pas directement de leur exploitation. - L.Sénéchal: Parce qu'ils ont d'autres activités à côté? - G.Macke: 30 % des agriculteurs ont une autre activité à côté. - F.Denhez: La production agricole, c'est à peine 30 % des revenus des agriculteurs.
Il y a aussi les revenus du patrimoine dégagés par les terres qui augmentent à mesure qu'on acquière des terres. Plus on est riche, plus on est riche. - G.Macke: Pour régler la question des revenus des agriculteurs, ce sera de toute manière compliqué dans un modèle où, en plus, la volatilité des coûts reste très forte.
On peut avoir une année catastrophique parce qu'il a plu beaucoup ou parce qu'au contraire, il y a eu une sécheresse. On reste dans des revenus qui sont très inégaux d'une année sur l'autre. - O.Détroyat: On a aussi eu des injonctions contradictoires de la part du politique, très fortes.
L'an dernier, on sortait de 2 ans de très forte inflation alimentaire. Le mot d'ordre était de baisser les prix. Le gouvernement avait anticipé les négociations commerciales pour demander aux industriels de baisser les prix, quitte à refaire pression sur le monde agricole.
On est un peu dans un va-et-vient systématique entre "il faut faire baisser les prix" et le Salon de l'agriculture, qui vient d'ouvrir, et le fait qu'il faut redistribuer la valeur. Il y a un sujet de disparités...
Il y a des éleveurs qui vivent très bien, sur des productions de qualité. Dans les élevages porcins, ça va plutôt bien en ce moment.
Emmanuel Macron