Christine Lavarde : "La biodiversité a un impact fort sur le fonctionnement de notre économie" - Vidéo
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On commence cette émission par cette alerte sur la protection de la biodiversité et sur son financement alors qu'en ce moment 43% des habitats naturels menacés sont jugés détériorés et que 18% des espèces sensibles sont menacées ou en voie d'extinction. Alors la France a une stratégie de protection de cette biodiversité mais elle n'est pas bien financée. Va-t-on vers une faillite de la biodiversité ? C'est la question qu'on va poser à Christine Lavard. Bonjour. Bonjour. Vous êtes sénatrice Les Républicains des Hauts-de-Seine et vous êtes membre de la Commission des Finances.
D'abord avant de parler de financement, Christine Lavard, est-ce qu'il faut s'inquiéter de l'état de notre biodiversité en France ?
Alors déjà j'ai envie de dire finalement pourquoi ce sujet est arrivé à l'ordre du jour de la Commission des Finances parce que c'est assez éloigné des domaines qu'on regarde traditionnellement.
C'est parce qu'en fait au-delà de se dire qu'il faut protéger les arbres, protéger les oiseaux, protéger, c'est l'ensemble, il faut avoir conscience que la biodiversité et avec l'ensemble des services qu'elle rend en fait un impact très fort sur le fonctionnement de notre économie et preuve en est le nombre de travaux qui sont menés par des institutions économiques, la Banque de France, la Banque européenne, l'OCDE notamment pour essayer de chiffrer l'exposition des différentes économies à la perte ou à la destruction de biodiversité et les chiffres font quand même froid dans le dos.
Pour la France, alors c'est assez difficile de l'estimer, mais on sait que c'est plusieurs dizaines de milliards d'euros par an de notre PIB qui est concerné et qui pourrait disparaître si jamais la biodiversité était trop malmenée.
Donc une biodiversité malmenée, ça a un impact déjà sur notre planète, notre environnement, notre santé, mais aussi sur l'économie, c'est ce que vous dites. Est-ce que ça pourrait s'aggraver aussi avec les conséquences qu'on voit actuellement du réchauffement climatique ?
Alors là, il faudrait inviter des écologues, des experts, mais on le sait bien, l'augmentation des températures va avoir des conséquences sur les mouvements migratoires des oiseaux, sur la... une chose toute bête. Regardez aujourd'hui les mares, les étangs. Dans beaucoup de cas, avec la hausse des températures, il y a une prolifération, pour faire simple, de ce qu'on appelle les algues vertes. Ça a forcément des conséquences ensuite pour les animaux qui vivent dedans et donc il va y avoir un déséquilibre qui va se créer dans cet écosystème de la mare.
Alors on va parler de la stratégie française en matière de biodiversité. Avec vous, Clémentine, vous avez lu les travaux de Christine Lavarde, un rapport qui est intitulé « Biodiversité, la stratégie qui n'a jamais reçu les moyens de ses objectifs ». Parlez-nous de ce rapport, Clémentine.
Eh bien justement, vous n'avez peut-être jamais entendu parler, mais la France s'est donnée une ligne de conduite en matière de biodiversité qu'on appelle SNB pour Stratégie nationale biodiversité. Et cette SNB, elle sert à intégrer des objectifs de préservation et de restauration de la biodiversité dans les politiques publiques. Elle s'appuie sur un cadre mondial qui a été défini lors de la COP15, c'était il y a 4 ans. Et la dernière stratégie nationale biodiversité, elle a été élaborée en 2023. Elle doit durer jusqu'en 2030.
Mais cette stratégie, elle peine à s'appliquer.
Oui, d'abord parce que la trajectoire financière de ce plan n'a pas été validée par les gouvernements successifs. Or, depuis 2023, ça ne vous aura pas échappé. Il y a eu quand même beaucoup de gouvernements successifs. Conséquence, la feuille de route sur la biodiversité reste indicative, mais pas obligatoire. Et puis, le frein principal à l'application de cette stratégie, ce sont les contraintes budgétaires. Ces dernières années, les lois de finances ne cessent de supérer des gels et des annulations. Cette année encore, les crédits ont été largement réduits. Résultat, nos ambitions en matière de biodiversité sont sous-financées.
Christine Lavarde, cette protection de la biodiversité, elle est victime finalement de nos problèmes budgétaires ?
C'est certain. C'est certain parce que les programmes du ministère de l'Écologie, et plus particulièrement ceux qui s'occupent de la biodiversité, sont les premiers à subir les gels, les surgels, les annulations de crédits. C'est malheureux parce qu'en fait, on fait un arbitrage entre le temps court, respecter nos objectifs de déficit, et le temps long, puisque ce n'est finalement pas immédiat quand une espèce disparaît. Les conséquences sur le fonctionnement des écosystèmes, c'est du moyen, c'est du long terme. Ce qu'on ne fait pas aujourd'hui, on le payera demain sur le fonctionnement de notre économie.
Aujourd'hui, le monde de l'agriculture est une profession, un secteur d'activité qui est particulièrement exposé à ces changements, à cette perte de biodiversité. Et en même temps, c'est très difficile, et on le voit bien, puisqu'aujourd'hui, on le sait tous, il faudrait accompagner la transition du modèle agricole. Mais c'est difficile, il y a plusieurs obstacles. Tout de suite, si on prend le temps immédiat, l'augmentation des prix de l'énergie a des répercussions directes sur le modèle économique des agriculteurs.
On le voit bien, alors même que là, on va commencer les moissons, et qui dit moisson, dit forcément besoin d'avoir de l'énergie et du pétrole pour faire fonctionner les tracteurs. Parce qu'aussi, aujourd'hui, l'ensemble des pays ne se sont pas dotés des mêmes règles de protection de l'environnement, et que plus on a des règles qui sont en faveur de l'environnement, plus aussi on ajoute des contraintes qui vont venir diminuer la rentabilité, parfois les rendements. Et donc, si on fait ça et qu'en fait, les règles ne sont pas mondiales, il faut qu'on trouve un moyen de soutenir nos agriculteurs.
Alors, il y a des contraintes économiques, mais on a l'impression que sous Emmanuel Macron, c'est plus facile de faire des économies sur l'écologie que sur d'autres domaines.
C'est plus facile, parce que je l'ai dit une fois, en début de discussion générale, c'est qu'aujourd'hui, les oiseaux ne vont pas manifester avec des pancartes dans la rue, ils ne bloquent pas les ronds-points. Donc, dans le court terme, c'est facile d'aller couper là, mais on sait tous que collectivement, on le paiera après-demain.
Est-ce qu'on pourrait sanctuariser, justement, à long terme, les moyens de l'écologie, de la protection de la biodiversité, comme on le fait, par exemple, sur l'armée, sur la justice, sur la police ?
C'est une question qu'on m'a posée hier en commission des finances, mais le vrai problème de mettre tout un tas de lois de programmation, c'est qu'on finit par complètement rendre non malléable le budget. Aujourd'hui, on a déjà quasiment 80% du budget qui est déjà défini par les engagements que l'État a pris, notamment les engagements de pension de retraite, mais aussi, si jamais on les appliquait vraiment, les différentes lois de programmation, programmation militaire, programmation de la justice, programmation de la recherche. Donc, si on en ajoute encore d'autres, finalement, il n'y a même plus besoin de faire un PLF, tout est déjà écrit d'avance.
Donc, en fait, l'écologie, c'est un peu la variable ?
Il n'y a pas que l'écologie qui est la variable, mais disons que je ne suis pas certaine que la loi de programmation soit la réponse, puisqu'on le voit bien, par exemple, la loi de programmation de la recherche, elle n'est pas vraiment respectée à l'euro près par rapport à ce qui a été écrit justement dans ce document cadre.
Alors, Clémentine, non seulement on ne met pas assez de moyens pour protéger la biodiversité, mais en plus, il y a des dépenses publiques qui sont néfastes à l'environnement et qui sapent les efforts de cette stratégie.
Oui, tout à fait, c'est ce que révèle ce rapport qui s'appuie sur un diagnostic réalisé par la Direction générale du Trésor et le Commissariat général au développement durable, 10,2 milliards d'euros de dépenses publiques seraient néfastes pour la biodiversité avec trois postes de dépenses principaux, les aides agricoles intensives à hauteur de 6,7 milliards, l'artificialisation des sols à hauteur de 2,9 milliards et la surexploitation des ressources naturelles autour de 730 millions d'euros. Attention tout de même avec ces chiffres, d'autres études mettent en avant d'autres chiffres.
L'Inspection générale du Trésor, par exemple, estime que ces subventions néfastes pour l'environnement tournent plutôt autour des 20 milliards d'euros. Donc, il y a une vraie incohérence avec, d'un côté, on dépense de l'argent pour essayer de préserver notre biodiversité et de l'autre, on dépense aussi de l'argent pour des politiques qui détruisent cette même biodiversité. Christine Lavarde, on ne pense pas aux conséquences de nos dépenses publiques sur la biodiversité ?
Alors là, c'est la grande ambition du gouvernement et de l'administration actuellement. C'est justement de se dire, on n'a pas les moyens pour venir renforcer les crédits positifs. Donc déjà, essayons de réorienter les crédits négatifs pour au moins limiter les atteintes à la biodiversité. Mais voilà, je prenais l'exemple du secteur agricole, puisqu'on voit bien qu'il pèse lourd dans les dépenses qui sont considérées comme défavorables à la biodiversité. Mais aujourd'hui, la transition du modèle agricole, la France ne peut pas décider seule.
Parce que si on fait nous tout seuls, finalement, on va complètement détruire notre système agricole parce qu'il deviendra absolument plus compétitif par rapport à nos voisins européens, oui, mais surtout les très grands producteurs à l'échelle mondiale. Donc la question de la biodiversité, parce qu'en plus, elle nous concerne tous les écosystèmes, ils se répondent les uns à les autres. Vous voyez bien, quand je vous parlais tout à l'heure des oiseaux migrateurs, finalement, les oiseaux migrateurs, ils vivent dans plusieurs écosystèmes. Donc si un est déréglé, leur système de migration complet va être perturbé. Donc il y a des instances internationales qui se saisissent de ces questions.
Vous avez parlé de la COP 15. Mais malheureusement, quand des très grands pays remettent en cause leurs engagements environnementaux, ceux qui sont dans des pays qui tentent quand même de les respecter, parce qu'on ne peut pas dire que la France ne fait rien, c'est difficile pour les acteurs économiques. Ils ont l'impression d'être complètement abandonnés. Alors qu'ils sont concernés, en fait, directement. C'est-à-dire que si on ne fait rien, l'agriculture d'après-demain, elle ne pourra pas du tout être l'agriculture d'aujourd'hui.
Donc il y a quand même une contradiction avec ce qui a été voté la semaine dernière au Sénat, c'est-à-dire la réintroduction de deux insecticides qui sont toxiques pour la biodiversité. Pour le coup, c'est vraiment des dépenses publiques qui sont néfastes pour la biodiversité. Ça a été voté par votre famille politique la semaine dernière.
Là, en fait, ce paradoxe que vous montrez, c'est tout ce que je viens d'expliquer. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous êtes en France, vous dites aux agriculteurs, vous n'avez pas le droit d'utiliser ces deux familles d'insecticides. Vous traversez la frontière. Vous vous trouvez dans des pays qui sont des pays de l'Union européenne où les agriculteurs ont le droit d'utiliser ces substances. Donc déjà, du point de vue du consommateur, vous n'êtes pas garantis de ne pas ingérer de ces substances, de ces pesticides, puisque le marché européen est quand même un marché ouvert.
Vous venez complètement mettre à mal l'agriculture française qui est plus compétitive ou en fait avec, en renant par exemple l'exemple des cerises qui est visée par ces insecticides, les quelques cerises que vous allez produire, elles ne vous permettent pas de vivre. Donc c'est là où je vous dis, ces questions-là, elles doivent être vraiment portées à une échelle large de manière à ce que les secteurs soient sur le même pied d'égalité. C'est pour ça que moi, je ne tire pas à boulet rouge sur l'agriculture parce qu'en fait, elle n'est pas responsable de ce poids des aides dommageables. C'est l'ensemble du modèle économique qui est à questionner.
Il y a une autre contradiction dans certaines mesures qui sont votées, notamment par la droite sénatoriale, de ce point de vue de la biodiversité, sur la lutte contre l'artificialisation des sols. Il y a un objectif ZAN, zéro artificialisation des sols net d'ici à 2050. C'est un objectif qui vient de la loi climat. Et la droite sénatoriale ne cesse de vouloir l'assouplir pour faciliter la construction de logements, ce qui est aussi un argument. Et peut-être, du coup, la bétonisation, cela va à l'encontre de la biodiversité, du coup.
Oui, mais là encore, c'est tout ce que vous dites, c'est tout à fait exact. Mais on vient de la discuter pendant plusieurs jours du projet de loi de logement, justement pour essayer de répondre à la demande de logement en France, qui est importante. Donc, il faut arriver à concevoir des politiques publiques, justement, qui allient les deux versants en même temps. Mais ce qui n'est pas neutre, c'est-à-dire qu'il faut aussi, quand on vient dire à ce moment-là qu'on ne veut pas faire d'artificialisation des sols, il faut aussi aller changer un peu l'idéal français, qui est la maison individuelle avec le petit bout de jardin.
Alors qu'effectivement, on pourrait très bien avoir des immeubles de 2, 3, 4 étages, avec un grand balcon qui aurait, en fait, à peu près la même superficie, parce qu'il y a quand même beaucoup de maisons qui sont plein pieds. Mais vous ne seriez pas dans votre maison. Vous devez subir vos voisins. Donc là aussi, il n'y a pas que les politiques ou les décisions qui sont aussi en cause. Il y a aussi le comportement des Français. Donc finalement, ce rapport, il doit au moins servir... De changer de culture, de logiciel. Voilà, un peu d'électrochoc.
Et de comprendre qu'aujourd'hui, le fonctionnement de notre économie se trouve justement face à plusieurs paradoxes que vous venez de dénoncer ou de décrire. Mais on ne peut pas tout faire reposer sur les politiques parce que c'est aussi nos comportements de citoyens. Et je reprends toujours l'exemple agricole. Si on acceptait de payer le vrai prix d'une alimentation saine, durable... Alors déjà, le poids de l'alimentation dans le budget des ménages serait beaucoup plus important, ce qu'il a été dans le passé. Mais il y a eu un vrai tournant, en fait, dans les années après-guerre, l'explosion, l'électroménager et autres, où l'alimentation est devenue finalement la dernière chose qu'on fait.
Enfin, je dis bien, à chaque fois que je dis ça, en fait, je me dis toujours, il y a ceux qui peuvent choisir, ceux qui peuvent décider, et puis après, ceux qui ne peuvent pas. Et cela, il faut continuer à les aider.
Alors, l'État a un rôle à jouer avec cette stratégie nationale dans la protection de la biodiversité. Vous le disiez, les citoyens ont un rôle à jouer. Mais également, les collectivités locales, par exemple, en renaturant les centres-villes et les centres-bourgs. On va en parler avec le maire d'Hivergauche de la ville de Laval, dans le département de la Mayenne, Florian Berco. Bonjour, M. le maire.
Bonjour, bonjour à tous et toutes.
Alors, Florian Berco, première question, comment votre municipalité agit-elle concrètement pour renaturer les espaces urbains ?
Oui, alors, peut-être le projet principal que nous avons mené, c'est la revégétalisation, renaturation des espaces publics. Et je pense à notre place centrale, place devant la mairie, la place du 11 novembre, qui est passée de 3% de végétalisation à un quart de végétalisation, en y remettant des bassins d'eau écologiques, des grandes esplanades d'espace vert, en replantant des espèces d'arbres qui puissent mieux résister aux fortes chaleurs et puis venir renforcer la biodiversité existante en ville.
On pourrait citer aussi les végétalisations de cours d'école pour montrer tout leur effet dans la période des fortes chaleurs parce que quand vous êtes à 50 degrés au soleil, vous descendez à 21 degrés à l'ombre sur les cours végétalisés. Donc, on voit bien que ça a un impact très fort. Et puis, on a des programmes de plantation d'arbres, généralement cofinancés par de différents programmes, là aussi pour stocker le carbone. Vous savez que les arbres sont les meilleurs climatiseurs qu'on puisse avoir.
Et on a même des entreprises, je pense au groupe La Poste, qui a financé des plantations d'arbres et même des entretiens de plantations pour notre compte dans leur stratégie zéro carbone et leur RSE d'ici 2040 ou 2050 selon les objectifs qui se fixent. Et donc, ça nous finance, nous, la renaturation et la revégétalisation. Et de penser, finalement, cette nature en ville, finalement, ça nous décentre. Ça a été très bien dit dans le débat d'avant. On est trop peut-être anthropocentré. Il y a aussi tout le vivant qui souffre aujourd'hui de ces fortes chaleurs, de ce dérèglement climatique. On voit bien que la biodiversité en prend un coup.
On voit bien que le vivant aussi, je pense aux oiseaux, ont plus de difficultés d'accès à la nourriture, à l'eau, à se déplacer. Et donc, penser à eux aussi, dans les villes et même en dehors des villes, parce qu'on pourrait parler aussi de la biodiversité dans le monde rural, c'est important. Et c'est pour ça que nous agissons, nous, collectivités locales, et nous n'attendons pas, évidemment, d'avoir des fonds verts pour agir.
On va en parler de ce fameux fonds verts dont on parle beaucoup en ce moment, Christine Lavarde. Une question sur cette renaturation à des centres-villes, remettre de la nature en ville, c'est un moyen d'allier protection de la biodiversité, mais aussi adaptation et atténuation du réchauffement climatique ?
Juste avant de répondre à cette question, je voulais revenir sur une petite allusion très intéressante. Le maire a évoqué l'action de la Poste, donc une action d'un partenaire privé. Et le rapport le montre bien. C'est-à-dire que les acteurs privés n'ont pas attendu les grandes lois, qu'elles soient françaises ou européennes, pour commencer à agir, parce qu'elles voient bien, en fait, comment leurs activités économiques, comment leur portefeuille est très sensible à ces évolutions et à ces pertes de biodiversité. Donc, les acteurs privés sont, en fait, des véritables acteurs et des leviers d'accompagnement, justement, pour accompagner l'État et les collectivités.
Et le sujet de la renaturation, enfin, on le voit bien, en fait, on revient un peu sur ce qui était le monde d'avant, et se dire qu'il faut retirer du bitume le plus possible, désimperméabiliser les espaces, parce que ça permet une meilleure pénétration des eaux pluviales. Effectivement, on va commencer à se dire qu'un parc ou un espace vert, ce n'est pas forcément celui qui va avoir les fleurs les mieux alignées dans un beau parterre, mais c'est celui qui va permettre d'avoir un écoulement, une gestion des eaux, avoir la biodiversité, enfin, les plantes naturelles de l'endroit où ils se situent qui vont pousser.
Et finalement, même pour les collectivités, en termes de coût d'entretien, c'est beaucoup moins onéreux, puisque la nature se régule elle-même.
Alors, pour remettre de la nature en ville, cela a un coût pour les collectivités locales. Et Clémentine, il y a un outil pour cela, ça s'appelle le fond vert, et il est malmené en ce moment.
Oui, on en parle beaucoup de ce fond vert avec les canicules, un fond vert qui a été créé pour soutenir la transition écologique des collectivités territoriales. Ce fond vert, il a été mis en place en 2023, et à cette époque, il était doté de 153 millions d'euros. En 2025, il est passé à 47 millions d'euros. Donc, encore une fois, on retrouve le même problème. Les crédits diminuent, et donc la charge pour les collectivités est plus lourde. Les projets sont freinés, voire abandonnés. Donc, il y a un vrai décalage entre les ambitions et les moyens donnés pour les réaliser.
Monsieur le maire, comment vous faites concrètement pour financer localement cette renaturation de votre ville ?
Après, c'est des choix politiques. On priorise, parce qu'on sait que les moyens mis à disposition sont plutôt décroissants. Depuis 2025, les collectivités sont en décroissance territoriale au niveau des moyens, des dotations données par l'État. Et donc, on va essayer de trouver des partenariats privés, comme j'ai pu le citer, avec le groupe La Poste dans sa stratégie de RSE et bas carbone, ou prioriser, ou redéployer des moyens qu'on mettait effectivement sur l'entretien d'enrobés pour se dire qu'on va végétaliser et adopter d'autres pratiques ou changer nos pratiques.
On est passé effectivement des fleurs importées aux fleurs locales, de la gestion de l'eau un peu différenciée ou la gestion aussi de la nature en différenciée. Là, on mettait des petites fleurs partout. On va venir avoir une gestion différenciée qui va peut-être moins nous coûter en fonctionnement et donc nous permettre d'investir. On voit bien que c'est tout le cycle de la gestion de l'eau, de la gestion de la terre qui nous amène à transformer nos habitudes. Après, il y a des nouveaux modèles économiques aussi à trouver.
Je pourrais citer l'exemple d'une ferme urbaine qu'on développe en bordure dans notre quartier prioritaire de Saint-Nicolas où là, on a décidé d'activer 10 hectares de nature pour venir nourrir les habitants à travers l'entreprise à but d'emploi portée par le dispositif Zéro Chômeur. Et donc, c'est des personnes très éloignées d'emploi qui sont salariées de l'entreprise et qui viennent planter des arbres fruitiers, du maraîchage et donc, d'une certaine manière, venir maintenir et accompagner l'écosystème sur la gestion de l'eau, la gestion de la terre et même la production agricole.
C'est dit, vous voyez, c'est des nouveaux modèles économiques qu'il faut inventer et qui vont rapporter à l'écosystème et aux vivants et même aux hommes et aux femmes qui vivent dans nos villes. Donc, je crois que des solutions, il y en a beaucoup. Il faut qu'on aille chercher ces petites utopies environnementales, toutes ces innovations pour trouver des modes de financement. Et je pourrais citer l'agence de l'eau qui a un rôle énorme. Malheureusement, les crédits ont été bien amoindris. Mais là aussi, la gestion du cycle de l'eau est essentielle. Sinon, ça se retrouvera dans la tarification de l'eau. On doit mieux gérer notre eau, déconnecter les réseaux d'eau pluviale de l'eau usée.
Ça, c'est essentiel. C'est ce qu'on mène, notamment dans notre écoquartier ferrier. On déconnecte ces eaux de pluie pour les gérer via des bassins de rétention d'eau, les noues. Donc, vous voyez, les solutions, il y en a. Elles ne sont pas forcément très coûteuses. Par contre, il faut réinventer le modèle.
Merci beaucoup, Florian Berco. Vous êtes, je le rappelle, le maire d'Hivergauche de la ville de Laval, en Mayenne. Merci pour votre intervention. Christine Lavard, on finit cette interview en regardant trois unes de la presse quotidienne régionale consacrée à l'actualité. La une du Courrier de l'Ouest et ce titre, la candidate Marine Le Pen chahutée dans le département de la Sarthe pour son premier déplacement de campagne. La une du journal L'Alsace, les infirmiers enfin autorisés à prescrire des pansements antidouleurs, des vaccins, des contraceptifs. Et puis, la une du progrès est consacrée à ce match de ce soir, France-Maroc, quart de finale de la Coupe du Monde à 22h.
Quelle une vous intéresse pour réagir ?
Allez, je vais choisir la troisième. Vous savez que j'ai une forte appétence pour le sport. Et puis, c'est finalement presque, enfin, c'est une information un peu heureuse dans ce climat. Et puis surtout, les ministres comptent beaucoup sur le fait que l'équipe de France aille très loin parce qu'ils en escomptent un rebond de croissance. Donc, on va leur souhaiter d'aller jusqu'en finale.
Ça peut vraiment avoir un impact, un succès sportif vraiment sur la croissance économique ?
Alors, on le sait tous, effectivement, parce qu'il va y avoir un peu de consommation. Mais j'étais un peu interloquée quand j'ai entendu les ministres au moment où il y avait ce comité d'alerte mardi matin et qui nous présentaient, en fait, la dégradation des perspectives de croissance française sur 2026, de terminer en disant, non, mais bon, si l'équipe de France va jusqu'en finale, on pourra peut-être remonter un peu. Finalement, se dire que... Vraiment ? Que la croissance...
Ils étaient sérieux.
Oui, enfin, je ne sais pas si c'était sérieux, mais j'ai trouvé que dans cette instance, qui était une instance sérieuse, se dire qu'on mettait en regard la croissance économique de notre pays à la victoire en Coupe du Monde de notre équipe de foot, ça dit quand même beaucoup de notre fragilité actuelle.
Avec peut-être bientôt Kylian Mbappé, ministre des Finances, du coup, si ça a un impact sur la croissance. Merci beaucoup, Christine Lavoie, d'avoir été avec nous pour parler de la protection de la biodiversité. Merci, Clémentine, pour toutes vos explications. Sous-titrage ST' 501
Christine Lavarde