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InterviewRadio France (sur Site radio)· 30 juin 2026 6 minComplaisantActualité / polémiqueTravail & emploiÉconomie & entreprises

"J'ai rarement connu des conditions de fermeture comme celles-là" indique l'avocate des salariés de la CIBEM

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Défensif 100 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:24OuverteRéponse directe

    Bonjour maître. On imagine que ce mardi 30 juin 2026 restera comme une journée difficile pour les salariés de la Cibem dont vous défendez les intérêts de certains.

  • 1:06OuverteRéponse directe

    Ça veut dire que la fin était devenue compliquée pour les salariés de la Cibem, les conditions de travail ?

  • 3:09OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'est suffisant pour fermer une usine ?

  • 3:50OuverteRéponse directe

    Lactalis qui a promis de reclasser les 104 salariés de Saint-Pierre-en-Auge dans d'autres entreprises du groupe, qu'en est-il vraiment ?

  • 4:37OuverteRéponse directe

    Certains ouvriers de la Cibem ont saisi la justice et les prud'hommes. Quel sera l'objectif pour vos clients, Maître Brandt ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:12PrésentateurFait
    « La Cibem ferme officiellement ce matin à Saint-Pierre-en-Auge. »
  • 0:17PrésentateurChiffre
    « Jean-Baptiste Marie, c'est 104 salariés qui se retrouvent sur le carreau. »
  • 0:20PrésentateurChiffre
    « Plus de la moitié d'entre eux ont saisi la justice. »
  • 0:42PrésentateurFait
    « quand on a annoncé sans ménagement à ces 105 salariés que l'usine allait fermer mais qu'elle n'allait pas fermer immédiatement »
  • 0:55PrésentateurFait
    « Ils étaient les derniers à fabriquer ces boîtes de fromage en bois agrafé »
  • 2:30InvitéChiffre
    « On sait très bien que c'est difficile à accepter pour les salariés mais je dirais que dans 80% des cas, ça se passe quand même relativement bien. »
  • 3:32PrésentateurFait
    « Bien sûr, nous aurions pu vendre des boîtes de camembert à des tas de concurrents mais il n'était évidemment pas question pour le groupe que nous puissions aller travailler pour des concurrents. »
  • 3:53PrésentateurFait
    « Alors, ça a été un véritable échec et je pense même là encore que ça a été une des grandes difficultés de la fermeture »
  • 4:41PrésentateurFait
    « le premier objectif, ça ne peut pas être l'emploi puisque vous savez que quand un site ferme, on ne peut pas faire réintégrer les salariés. »

Temps de parole

  • Présentateur71 %
  • Invité23 %
  • Présentateur 26 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Ici Normandie, prenez le temps. 7h46, merci d'être avec nous. La Cibem ferme officiellement ce matin à Saint-Pierre-en-Auge. Plus de 40 ans d'histoire industrielle pour cette usine qui fabriquait des boîtes à camembert. Jean-Baptiste Marie, c'est 104 salariés qui se retrouvent sur le carreau. Plus de la moitié d'entre eux ont saisi la justice. Leur avocate est notre invitée.

0:24
Invité

Oui, c'est Élise Brand. Bonjour maître. Bonjour. On imagine que ce mardi 30 juin 2026 restera comme une journée difficile pour les salariés de la Cibem dont vous défendez les intérêts de certains. C'est la fermeture officielle de leur usine.

0:36
Présentateur

C'est la fermeture officielle mais vous savez la journée la plus difficile a plutôt été le 15 septembre 2025 quand on a annoncé sans ménagement à ces 105 salariés que l'usine allait fermer mais qu'elle n'allait pas fermer immédiatement mais qu'elle allait fermer 9 mois plus tard en leur demandant d'accélérer les cadences puisqu'ils étaient un fournisseur du groupe Lactalis. Ils étaient les derniers à fabriquer ces boîtes de fromage en bois agrafé et que l'annonce a été faite à midi et demi et qu'il a fallu à 13 heures que chacun reprenne sa place à sa machine.

1:06
Invité

Ça veut dire que la fin était devenue compliquée pour les salariés de la Cibem, les conditions de travail ?

1:10
Présentateur

Les conditions de travail étaient devenues extrêmement difficiles puisque le dernier mois, les dernières semaines, il ne restait plus qu'une dizaine de salariés sur le site. Les machines étaient démontées mais bien évidemment il n'était pas question de dispenser ces salariés de venir travailler. Ils ont été dans l'obligation de venir sur le site et de nettoyer le site qui n'avait pas été entretenu évidemment depuis plusieurs années. Donc ça a été vraiment une fermeture dans des conditions très très difficiles.

1:37
Invité

C'est quelque chose vécu comme un choc pour les salariés qui ont été habitués à travailler sur les chaînes de production et là qui se retrouvent, vous dites, à faire le ménage ?

1:45
Présentateur

Voilà, à faire le ménage, oui, à passer le balai un peu partout, à nettoyer, à ranger, à démonter leurs propres machines. Vous imaginez un peu psychologiquement ce que ça représente ? Oui, oui, ça a été extrêmement difficile. Et ça a été extrêmement difficile également, surtout l'annonce de la fermeture, lorsqu'on leur a dit qu'il fallait accélérer les cadences parce que vous comprenez, on n'avait plus besoin d'eux. On allait se fournir auprès d'un prestataire extérieur au groupe Lactalis mais il fallait absolument faire des stocks pour qu'il n'y ait pas de rupture pour les usines de production. Donc ça a été vraiment pour eux, ils se sont sentis particulièrement méprisés en fait.

Voilà, je crois que le terme est bien choisi. Ça a été un mépris et surtout une fermeture, je dirais, qui s'est déroulée dans des conditions de déshumanisation totale. Je pense que fermer une entreprise, vous savez, c'est quelque chose de très difficile. On sait très bien que c'est difficile à accepter pour les salariés mais je dirais que dans 80% des cas, ça se passe quand même relativement bien. Il y a une écoute des salariés, il y a une écoute de leur désespérance sociale, c'est difficile pour une population qui est peu formée, dans une région où il y a peu d'emplois, de perdre son emploi dans des conditions aussi brutales.

Mais là j'avoue que j'ai rarement connu des conditions de fermeture comme celles-là.

2:51
Invité

Maître Élise Brandt, avocate d'une partie des salariés de la Cibem à Saint-Pierre-en-Auge qui ferme officiellement aujourd'hui et l'invité d'ici Normandie ce matin. Vous avez parlé de Lactalis, ce géant mondial du lait. En effet, la Cibem était l'une de ses filiales. Ils ont estimé que la production n'était plus rentable. Est-ce que c'est suffisant pour fermer une usine ?

3:11
Présentateur

Alors, disons que la Cibem, si vous voulez, c'est ce qu'on appelle au sein d'un groupe un centre de coût. C'est-à-dire qu'elle n'a pas à être rentable. La Cibem, elle fournit un service au profit du groupe. Son client, le monoclient, c'est le groupe. Donc on n'est pas là pour faire des bénéfices mais pour fournir un service. Évidemment, il ne peut pas y avoir de notion de rentabilité puisque nous n'avons pas la possibilité de démarcher d'autres clients. Bien sûr, nous aurions pu vendre des boîtes de camembert à des tas de concurrents mais il n'était évidemment pas question pour le groupe que nous puissions aller travailler pour des concurrents.

Donc la notion de rentabilité telle qu'elle est présentée par le groupe Lactalis est complètement faussée, si vous voulez. Économiquement, elle n'a aucun sens.

3:48
Invité

Lactalis qui a promis de reclasser les 104 salariés de Saint-Pierre-en-Auge dans d'autres entreprises du groupe, qu'en est-il vraiment ?

3:53
Présentateur

Alors, ça a été un véritable échec et je pense même là encore que ça a été une des grandes difficultés de la fermeture puisque dès le jour de l'annonce de la fermeture, il a été promis à chaque salarié un poste dans le groupe. Et au moment de la fermeture, il y a eu les offres de reclassement. D'abord, il n'y en avait pas pour tout le monde. Ça a été donc déjà une première découverte, un premier choc pour les salariés. Et surtout, il y a un nombre relativement important de salariés qui ont accepté des postes de reclassement dans le groupe. Ils sont partis, ils ont pris leurs prétendus nouveaux postes et ils se sont rendus compte que ces postes n'existaient pas.

Il y a plusieurs salariés qui sont restés plusieurs semaines sans rien avoir à faire. Et puis finalement, on leur a dit, il n'y a pas le choix, vous devez partir parce qu'il n'y a pas de poste qui est réservé pour vous. Donc si vous voulez, ça a été un double impact psychologique.

4:35
Invité

Certains ouvriers de la Cibem ont saisi la justice et les prud'hommes. Quel sera l'objectif pour vos clients, Maître Brandt ?

4:40
Présentateur

Alors, le premier objectif, ça ne peut pas être l'emploi puisque vous savez que quand un site ferme, on ne peut pas faire réintégrer les salariés. Ça, ce n'est pas possible. Donc la première vocation de cette action, elle est malheureusement purement indemnitaire. Mais il ne faut pas voir que l'aspect indemnitaire. Il est très important dans notre demande également que l'aspect de méconnaissance des risques psychosociaux, cette absence de gestion des risques psychosociaux par l'employeur soit vraiment mise en avant. Il y a un aspect indemnitaire, mais il y a un aspect humain qui est vraiment au cœur du débat que nous aurons particulièrement dans le conseil de prud'hommes.

5:08
Invité

Et évidemment, on suivra cela sur ICI Normandie. Merci beaucoup, Maître Élise Brandt, avocate d'une partie des 104 salariés de la Cibem, cette usine de fabrication des boîtes à camembert, un filial de Lactalis, qui ferme donc très officiellement ses portes aujourd'hui à Saint-Pierre-en-Auge. Mais vous l'avez entendu dans cette interview, certains déjà n'y travaillaient plus depuis plusieurs semaines. Bonne journée !

5:31
Présentateur

7h51 sur ICI Normandie, Charlotte Cardin.