"Quand la température interne s'emballe, les fonctions de l'organisme sont chamboulées", explique un épidémiologiste
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
6h21, on dort mal, on transpire, on est ronchon, au ralenti, pourquoi souffre-t-on autant de la canicule ? Pourquoi nos organismes supportent-ils aussi mal ces chaleurs extrêmes ? Bonjour Kevin Jean, vous êtes épidémiologiste à l'école normale supérieure de la rue Dulme, spécialiste des liens entre santé publique, environnement et changement climatique. Alors concrètement, qu'est-ce qui se passe dans nos corps pendant une canicule ?
Alors dans nos corps, notre corps, notre métabolisme est calibré pour fonctionner, pour maintenir une température interne à 37 degrés. Et quand l'air extérieur devient trop chaud, le corps met en place des mécanismes pour réduire cette température, et c'est ça qui nécessite de l'énergie, qui fait fonctionner notre cœur, nos poumons, nos reins également, et qui peut fatiguer l'organisme.
Moi je vois, on peut se le représenter un petit peu comme votre ordinateur quand il fait trop chaud, donc quand il fait trop chaud, votre ordinateur commence à ventiler pour se rafraîchir, c'est comme nous, on allaite un peu, on respire, le corps s'emballe un petit peu, le fonctionnement ralentit aussi, il va moins vite votre ordinateur, puis après vous pouvez avoir ces blackouts, et après il bug, voilà tout à fait, donc ça c'est les coups de chaleur, on peut faire des malaises par la chaleur, et puis finalement, si la température se maintient très haute, votre ordinateur lâche, et c'est le composant le plus faible en gros qui va lâcher le premier, et dans le corps humain c'est un peu la même chose malheureusement, si on a des insuffisances cardiaques, respiratoires, rénales, et bien c'est des choses qu'on arrive à compenser en temps normal, mais avec un effet trop prolongé de la chaleur, et des mécanismes qui permettent de thermoréguler, c'est ces organes-là qui risquent de faillir en premier.
Alors là on a des températures qui parfois dépassent les 40 degrés, mais même quand il fait 37 degrés, pourquoi on est si chaud finalement quand il fait 37 dehors, alors que nos corps sont déjà à 37, on pourrait se dire finalement c'est pareil, c'est bon, tout va bien.
Ce 37 degrés c'est un équilibre dynamique en fait, le corps produit, le métabolisme produit de la chaleur, et il doit l'évacuer pour rester à 37 degrés, et il l'évacue, la température optimale à l'extérieur, pour avoir un métabolisme à peu près au niveau de base, c'est 26 degrés. Donc quand la température extérieure est plus chaude, le corps n'arrive pas à évacuer cette chaleur, et du coup la température interne s'emballe.
Et pourquoi certaines personnes souffrent plus que d'autres à âge égal ? Je ne parle pas des personnes âgées, des enfants, mais deux adultes qui ont le même âge, il y en a un qui va mieux supporter que l'autre.
Alors il y a d'une part des variabilités individuelles, génétiques, d'autre part on sait que le corps humain a également une certaine forme d'acclimatation, il peut s'acclimater dans une certaine mesure, bien entendu. Le fait d'avoir été exposé à la chaleur dans les quelques semaines qui précèdent, fait qu'à une même température, on va déclencher les mécanismes de thermorégulation plus rapidement. La sudation, la vasodilatation vont se déclencher plus rapidement. Donc voilà, on sait qu'on a une petite capacité métabolique à s'acclimater à ces fortes températures. Et est-ce que ça agit aussi sur notre psychisme ? Tout à fait.
Donc quand la température interne s'emballe, de toute façon toutes les fonctions de l'organisme sont chamboulées, y compris la régulation hormonale. On sait qu'elle est modifiée par les hausses de température et ça vient modifier là aussi l'équilibre de certaines hormones qui ont une influence sur l'humeur. On sait également que les nuits chaudes, on a bâti encore un record cette nuit de température, sont des nuits où on dort mal. Ça, ça joue sur l'irritabilité, la vigilance. Et donc on sait qu'on a tous ces effets également sur le psychisme et la santé mentale. Et l'oxygénation du cerveau aussi. Et l'oxygénation du cerveau, tout à fait.
Alors heureusement, il y a votre livre, Kevin Jean, pour apporter une dose d'optimisme. Parce que vous nous dites, en fait, si on agit pour le climat, eh bien on agit aussi pour notre santé.
Tout à fait. On a entendu qu'on a créé une espèce d'opposition entre atténuation au changement climatique et adaptation. Il faut de toute façon réduire nos émissions de gaz à effet de serre si on veut que chaque année, les canicules ne soient pas pires les unes que les autres. Et la bonne nouvelle, c'est que ça, on peut le faire tout en promouvant des pratiques, un environnement qui soit favorable à la santé, que ce soit en termes de qualité de l'air, en termes d'espace, d'urbanisme favorable à la santé. Par exemple, pour promouvoir les transports actifs, la mobilité active, la marche, le vélo.
On peut le faire en améliorant la qualité de nos assiettes également, dans un sens qui soit favorable à des régimes alimentaires et des systèmes alimentaires plus durables. Et tout ça, quelque part, c'est des solutions qui permettent d'une part des progrès climatiques, donc d'améliorer, de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, mais également d'améliorer notre santé. Et tout ça, c'est également des choses qui nous rendent moins vulnérables en tant qu'individu et en tant que collectif que société à des vagues de chaleur. On sait que les maladies chroniques sont des facteurs de vulnérabilité pendant ces vagues de chaleur.
Toutes ces mesures de réduction de gaz à effet de serre permettent également de prévenir ces maladies chroniques.
Mais vous, vous le voyez effectivement d'un oeil positif, mais pour plein de gens, ça va être une contrainte. Il y en a qui disent, moi, j'ai envie de continuer à prendre la voiture et envie de continuer à manger du bœuf.
Et alors, peut-être que pour ces gens, ce n'est pas une contrainte. Ce qu'on est en train de vivre pour l'instant, le fait qu'on ait des écoles fermées, qu'on ait des jeunes qui doivent, des enfants, des jeunes, même tout un chacun, qui soient confinés à la maison, en souffrant de la chaleur. Enfin, la contrainte, pour moi, elle est là. Elle est plus que sur... Il y a une hiérarchie des contraintes. Oui, tout à fait. Non, mais on le voit bien, là. On est en train de vivre quelque chose qui ne ressemble à rien de ce qu'on a connu, qui va laisser des traces de long terme. Ça ne sera pas fini avec la canicule.
Il y a des effets sur la santé, sur la santé mentale, qui vont, quelque part, se manifester sur le long terme, là aussi. Et donc, pour moi, la contrainte, elle est là.
Et ces politiques climatiques, on pourrait en voir les effets, vous et moi, ou c'est pour les générations suivantes ?
Non, toutes ces politiques climatiques, on sait que c'est des politiques qui agissent sur le court terme en termes de santé. Améliorer l'activité physique, améliorer la qualité de l'air, la qualité des régimes alimentaires, c'est des choses qui sont payantes en termes de santé publique à l'échelle de quelques semaines, de quelques mois. Donc là, on ne parle pas du tout... On n'a pas besoin de se projeter dans des décennies pour en voir les effets.
Donc, soigner la planète, c'est bon pour notre santé. C'est ça, votre message. Tout à fait. Merci, Kevin Jean. Et votre livre s'intitule « À notre santé, la lutte contre le changement climatique n'est pas celle que vous croyez ». Et c'est paru chez Payot il y a quelques mois. Merci beaucoup d'être venu ce matin dans le studio du 5-7.