Budget de la Sécu : "Toutes les solutions proposées sont de mauvaises solutions", estime l'ancienne ministre Agnès Buzyn
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France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Et ce matin avec Benjamin Duhamel, nous vous proposons donc un grand entretien consacré à l'une des priorités des Français, la santé. En crise, au moment où le budget de la sécu est discuté à l'Assemblée nationale, peut-on sauver le système de santé à la française ? La France a-t-elle encore les moyens de son modèle social ? Pourquoi l'accès aux soins est-il devenu si compliqué ? Appelez-nous, racontez-nous vos difficultés, posez vos questions à nos deux invités au 0145 24 7000 et sur l'appli Radio France. Bonjour Agnès Buzyn. Bonjour.
Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, professeure de médecine, ancienne ministre de la Santé. Vous publiez Demain, notre santé aux éditions Plon. Face à vous, je salue Agnès Giannotti, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous sur France Inter, vous êtes médecin généraliste, présidente de MG France, le premier syndicat de votre profession. Et je précise, pour planter le décor, que vous êtes loin d'être d'accord avec le constat posé par Agnès Buzyn. Ça vous fait sourire, ça veut donc dire que c'est assez vrai.
Ce qui vous met d'accord en revanche, c'est la crise que traverse le système de santé, les déserts médicaux, la pénurie de médicaments, l'accueil aux urgences, des difficultés que les Français éprouvent au quotidien. Le tout alors qu'il faut trouver des économies pour continuer à faire fonctionner ce système de santé à la française. Alors, même question à toutes les deux, vous qui êtes médecin depuis longtemps. Est-ce que vous avez déjà été aussi inquiète depuis le début de votre carrière, Agnès Buzyn ?
Non. En réalité, aujourd'hui, personne n'est satisfait parce que nous sommes au milieu du gain. Nous avons construit un système de santé pour le XXe siècle, à une période où les gens mouraient jeunes, où il y avait énormément de médecins, où il y avait énormément de cotisants pour financer le système. Et nous sommes au XXIe siècle. Il y a de moins en moins de jeunes, de moins en moins de médecins, on expliquera pourquoi. Il y a des Français qui cherchent à accéder aux soins. Il y a des professionnels de santé débordés, qui se sentent sous pression. Et en réalité, plus rien ne va. Le système, aujourd'hui, coûte beaucoup trop cher. Il convient de le transformer en profondeur.
Et l'inquiétude du terrain, Agnès Gianotti, vous qui êtes médecin généraliste ?
Ça fait des années qu'on voit des mauvaises décisions politiques, aussi bien au point de vue économique que sur la santé, plus précisément. Et on en paye le prix, aujourd'hui. Et donc, entre la financiarisation qu'on voit arriver à la vitesse grand V, et qui met vraiment en péril l'ensemble du système de santé, effectivement, je suis inquiète. S'il faut redresser la barre, c'est maintenant, c'est pas demain.
Et vous parlez des décisions politiques qui ont été prises, et vous aurez bien sûr l'occasion d'en parler à Agnès Buzyn, qui a elle-même été responsable d'un certain nombre de décisions qui ont été prises. On va prendre le temps, mesdames, de détailler les grands chantiers du secteur de la santé.
Le plus urgent, c'est ce qui se joue en ce moment à l'Assemblée nationale, les débats autour du budget de la Sécu, qui tournent autour de la nécessité de contrôler les dépenses, avec, par exemple, c'est ce qui a beaucoup agité le débat, la volonté du gouvernement de doubler les franchises médicales, c'est-à-dire ceux qui restent à payer par les patients quand ils achètent des médicaments ou vont chez le généraliste. Les députés ont voté contre, mais le gouvernement maintient son projet. Est-ce que c'est un mal nécessaire pour faire des économies, Agnès Buzyn, doubler les franchises médicales ?
Alors, aujourd'hui, toutes les solutions qui sont proposées, quelque part, ce sont de mauvaises solutions. Pourquoi ? Parce que le système n'est pas conçu pour faire la médecine dont nous avons besoin. Donc, effectivement, le gouvernement cherche des économies, fait des rabots, fait des franchises. En réalité, il n'a pas d'autre choix. Il n'a pas d'autre choix pour ralentir l'augmentation des dépenses. Madame Gianotti parlait, évidemment, des décisions budgétaires. En réalité, les Français doivent comprendre une chose. Nous sommes le troisième pays au monde en termes de dépenses de santé. Juste en plus de nous, il y a les États-Unis.
On ne compte pas, le système est absolument dysfonctionnel. Il y a l'Allemagne. Donc, nous partons déjà de dépenses de santé très, très élevées. Et nous augmentons ces dépenses de santé de 4% par an. Ça veut dire quoi ? C'est qu'aujourd'hui, la santé représente 12% de notre PIB. Dans 10 ans, la santé, à ce rythme-là, représentera 20% de notre PIB. Est-ce qu'on l'a décidé ? Est-ce que c'est ce que nous souhaitons collectivement ? Ou doit aller l'argent ? Vous dites que les patients, forcément, doivent payer ? On va devoir payer ? Certainement pas. Ce n'est pas du tout ce que je dis. Ce que je dis aujourd'hui, c'est qu'il faut transformer la façon dont nous fonctionnons.
Nous sommes le troisième pays au monde en termes de dépenses. Or, nous sommes le douzième en termes d'espérance de vie. Et je ne parle même pas de l'espérance de vie en bonne santé. Ça veut dire qu'avec tout l'argent que nous mettons, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Ça nécessite une refonte de notre système de santé et de la façon dont nous le finançons.
Agnès Gianotti, sur cette question du doublement des franchises médicales, quand on écoute les responsables gouvernementaux, Jean-Pierre Farandou, dans ce studio, qui dit l'air de la générosité, c'est fini, c'est plus possible. La ministre de la Santé, Stéphanie Riste, qui en appelle à la responsabilité individuelle des patients. Est-ce que, là encore, quand on est dans une situation financière telle qu'on la connaît, il n'y a pas une forme de logique à demander, dans une limite évidemment qui est celle fixée par les textes, c'est-à-dire 100 euros par an, de demander, de contribuer davantage quand on va acheter une boîte de médicaments ou quand on va chez le médecin ?
Ce n'est pas 100 euros par an, c'est 350 euros par an pour les plus malades. C'est un impôt sur les malades. C'est-à-dire que, contrairement à l'impôt qui est proportionnel à ce qu'on gagne, là, c'est proportionnel à l'importance de la maladie. Plus on est malade, plus on va payer. Donc, c'est totalement injuste. Après, il faut savoir de quelles dépenses de santé on parle. Là, on parle de la dépense collective.
Mais donc, si c'est une dépense individuelle, parce que si on prend dans la poche des patients, c'est une dépense individuelle, l'augmentation des cotisations des complémentaires, c'est une dépense individuelle, et les frais de gestion des complémentaires sont bien supérieurs à celles de l'assurance maladie. Donc, en fait, les dépenses de santé au total vont augmenter avec ce type de réformes qui sont totalement injustes. Et quand je parlais de mauvais choix politiques, en 2019, l'assurance maladie était en équilibre financier. Il n'y avait pas de trou. Et puis, aujourd'hui, 22 milliards de déficit. Qu'est-ce qui se passe ?
Est-ce que c'est nous qui avons commencé à prescrire n'importe quoi ? Ce n'est même pas le Covid qui a creusé. Ça a été pris ailleurs. Ségur de la santé, pas financé. 13 milliards par an de déficit. Politique de l'offre. L'État français a considéré que diminuer les cotisations, ça allait marcher. Ça n'a pas marché. 5 milliards par an. Le trou, il est là.
Je précise sur le plafond, le projet du gouvernement, c'est de doubler de 50 à 100 euros par an le plafond des franchises médicales.
Sauf qu'ils ont augmenté les françaises, il y en a 4. Ça fait 350, je m'attends.
Mais c'était Agnès Genotti quand je parlais des 100 euros, c'est ce dont je parlais. Agnès Buzyncan, vous voyez là, au fond, ça se transforme en une sorte de réquisitoire général sur les choix qui ont été faits depuis 2017.
D'abord, 2019, j'étais effectivement ministre en charge de la santé. Effectivement, les comptes étaient revenus à l'équilibre. Mais je voudrais expliquer quelque chose aux Français. Aujourd'hui, le Parlement vote une enveloppe globale pour financer la santé. Or, nous avons des dépenses de santé liées aux arrêts de travail, aux transports, au nombre de consultations, à la longueur de nos ordonnances consommation de médicaments qui explosent littéralement. On n'est pas avec plus 4% par an, on est à plus 5% par an pour les consultations chez les médecins. On est à plus 11% des 3 premiers mois de l'année 2025 pour les arrêts de travail. Donc, en fait, le système n'est plus du tout piloté.
Et dans cette enveloppe fermée, quand les dépenses, qu'on appelle les dépenses de ville, augmentent de façon non contrôlée, qui paye ? Eh bien, c'est l'hôpital. Et donc, vous avez une sorte de vase communicant. Et aujourd'hui, l'hôpital s'appauvrit parce que nous ne sommes plus en capacité de piloter ce système de santé. Donc, ce que je propose dans le livre, c'est un pilotage du système de santé en fonction des besoins des Français, en fonction de l'accès aux soins, en fonction de la permanence des soins, en fonction de la qualité des soins. Aujourd'hui, on paye tout le monde pareil, de la même façon. Et je pense que ça ne peut plus durer.
Donc, ce que vous dites, c'est qu'il faut que les médecins de ville soient plus durs, plus rudes. Ça veut dire que vous validez ce qui a été voté à l'Assemblée, la limitation des arrêts maladie à un mois pour la première prescription. Ça, c'est une...
Ça va dans le bon sens ? Ça, je pense que ça va dans le bon sens parce qu'effectivement, les dépenses d'indemnité journalière, donc d'arrêt de travail, explosent littéralement. Et ça n'est pas que lié au vieillissement de la population ou aux malades chroniques. Ça explose chez des gens jeunes qui n'ont aucune pathologie. Donc, nous avons évidemment...
Ça veut dire quoi, Nesbouzain ? Ça veut dire que c'est des arrêts maladie de complaisance qui sont délivrés par des médecins ?
J'ai horreur d'attaquer frontalement des gens qui sont malades et qui en ont besoin. Il y a des arrêts de complaisance. Évidemment, ça n'est pas la majorité. Il y a aussi la pression qui est mise sur les médecins, la violence parfois des patients vis-à-vis d'un médecin généraliste seul dans son cabinet. Et donc, tout ça favorise aujourd'hui des dépenses qui ne sont plus pilotées. Agnès Giannoti, ça veut dire que vous prescrivez trop d'arrêts maladie ?
Mais c'est nous les coupables. Tout le livre d'Agnès Buzin est là-dessus. Les coupables, c'est les médecins généralistes traitants. On est le thermomètre. C'est-à-dire qu'on a en face de nous les patients malades, une population qui ne va pas bien. Et effectivement, comme on la soigne, ça coûte. Donc, l'histoire de dire c'est à cause de la ville que l'hôpital va mal, ça ne va pas. On est tous dans le même bateau. Si la ville s'écroule, l'hôpital s'écroule. On fait un million de consultations par jour en ville. Vous pensez que l'hôpital peut faire ça ? La première des choses qu'on apprend à nos étudiants quand ils font la spécialité médecine générale, on appelle le carré de White.
Sur 1 000 patients français qui ont un problème de santé,
un quart vont voir le généraliste, 5 pour 1 000 vont à l'hôpital. Alors, mais 6% par an de plus pour les arrêts maladie depuis 5 ans. 6% par an. Bien sûr. Qu'est-ce qui se passe ? Il se passe que la population va mal,
que là encore, on n'a pas budgété des dépenses prévisibles. On recule l'âge de la retraite, donc forcément plus d'indemnités journalières. Mais ça, ça n'a pas été pensé, ça n'a pas été budgété. Et on s'étonne. Nous, on a des gens qui ont des troubles musculosquelettiques des travailleurs manuels, des épaules en vrac, des genoux en vrac, qui ne peuvent plus continuer. Qu'est-ce qu'on en fait ? On les remet au travail. On a des gens qui ont des souffrances morales. On a dit que la souffrance morale, c'était le sujet de l'année. Et quand on a des gens qui vont mal, il faut les remettre au travail.
Donc, il n'y a pas parfois, et pour certains, même si Agnès Buzyn disait que c'était une minorité, une facilité trop importante à délivrer des arrêts maladie ?
Ce qui coûte cher, c'est les arrêts longs. Ce n'est pas les arrêts courts. Et vous croyez qu'on va s'amuser à arrêter des mois et des mois des gens qui vont bien ? Vous pensez que c'est ça, notre travail ?
C'est ce que je... Alors, deux choses. D'abord, Madame Giannotti, je pense que vous n'avez pas bien lu mon livre. Je n'attaque pas du tout les médecins généralistes. Je n'attaque personne, en fait, dans le livre. Je livre un constat et je partage avec les Français en fait la raison des dysfonctionnements.
Vous dites qu'il faut rééquilibrer au profit de l'hôpital.
Mais qu'est-ce que je dis aussi ? Je dis qu'il y a plein de choses qu'on doit remettre à plat. Par exemple, est-ce qu'on a décidé collectivement que les médecins généralistes avaient des raisons d'être les moins bien payés du système de santé ? Je le dis, Madame Giannotti. Une médecine généraliste qui fait en plus 4 ans d'internat, qui est donc spécialiste de la médecine générale, est aujourd'hui 2 à 3 fois moins payée qu'un autre type de spécialiste. Pourquoi est-ce que c'est une décision collective alors que nous n'avons tant besoin de généralistes ? Et je dis justement qu'on devrait piloter le système en fonction de nos besoins.
Nous avons besoin de médecins généralistes et il faut peut-être les rémunérer mieux. Mais sur des objectifs qui servent l'intérêt général, c'est-à-dire des objectifs de santé publique, vérifier que les gens sont dépistés, vérifier que les gens sont vaccinés contre la grippe. Vous ne pouvez pas aller contre ça parce que c'est l'essence même de votre travail. Donc non, je pose des constats et je propose des solutions qui passent par une transformation.
Mesdames, l'enjeu majeur, c'est comment faire des économies sans affaiblir le système de santé, sans pénaliser les patients. Et un des symptômes de la difficulté du moment, c'est la pénurie de médicaments. Ça dure depuis des mois, des années. L'État ne rémunère pas assez les labos pharmaceutiques qui vont donc vendre ailleurs, à l'étranger, à d'autres pays plus offrants. Ce qui est en train de se passer avec les médicaments arrive avec les prothèses. Les orthopédistes commencent à dire qu'il va y avoir des pénuries de prothèses, de genoux, de hanches. Qu'est-ce qu'on fait ? C'est un cercle vicieux, en fait. On ne voit pas bien comment on peut sortir de cette impasse.
Alors, j'ai un chapitre entier sur les pénuries de médicaments dans mon livre parce qu'en réalité, d'abord, il y a une fausse idée en circulation qui est qu'on paierait trop peu cher les médicaments et que c'est la raison des pénuries. Ce n'est pas vrai quand vous regardez dans les autres pays. En réalité, les pénuries, il y en a absolument partout et pour différentes raisons. D'abord, parce qu'il y a eu une centralisation de la production des molécules chimiques à l'origine des médicaments dans des pays comme la Chine et l'Inde, dans une ou deux usines. Et donc, quand ces usines ont un problème, un incident, eh bien, toute la chaîne de production s'arrête.
Donc, il y a des pénuries partout dans le monde, ça n'est pas lié au... Il n'y a pas de problème de modèle économique. Et par contre, il y a un vrai problème de modèle économique qui est que pour favoriser l'innovation dans les années 70-80, on a décidé qu'à chaque fois qu'un nouveau médicament arrivait sur le marché, on le paierait plus cher que le précédent. Sauf que c'est sans limite. C'est-à-dire qu'on les paye de plus en plus cher et c'est de plus en plus déconnecté à l'argent que mettent les laboratoires dans la recherche et l'innovation. Jusqu'à où on va accepter de payer cette innovation. Je vais vous donner un exemple.
Quand vous aviez un cancer et que vous aviez un médicament qui vous apportait trois mois de survie en plus, dans les années 2000, vous payez ce médicament 3000 euros par mois. Aujourd'hui, pour ces mêmes trois mois de vie gagnée, vous le payez dix fois plus cher. Et dans dix ans, ce sera cent fois plus cher. Ça n'a plus de sens. Il faut une politique européenne du médicament. On doit tous se mettre autour de la table. Nous sommes 450 millions d'Européens. à nous maintenant aussi de réguler ce prix du médicament.
Agnès Gianotti, sur ce prix du médicament, non seulement en réponse à ce que dit Agnès Buzyn sur le modèle économique et sur vous, votre quotidien de médecin généraliste, est-ce que vous avez effectivement cette difficulté au quotidien ? Avec des patients qui ne trouvent pas les prescriptions que vous mettez sur leur ordonnance ?
On fait au mieux avec les pharmaciens avec lesquels on travaille au quotidien. Mais je voudrais dire que pour faire des économies de santé, la première des choses, c'est d'avoir des médecins traitants. Et ça rejoint l'histoire de la démographie. Il faut que vous sachiez que quand même, il y a la moitié des médecins généralistes qui n'exercent pas comme médecins traitants. Il y a une fuite des médecins traitants vers les activités financiarisées et lucratives. Je parle des plateformes de téléconsultation, je parle des centres de soins non programmés qui font ce qu'on appelle du one-shot, c'est-à-dire une consultation, un motif de l'aigu.
Et si les médecins généralistes ne sont pas médecins traitants, ça ne correspond pas aux besoins de santé de la population. Et là, je rejoins tout à fait Agnès Buzyn. Et ça, c'est essentiel parce qu'on aurait presque assez de médecins généralistes aujourd'hui. Simplement, ils n'exercent pas comme médecins traitants. Et donc, l'attractivité du métier en conditions de travail est essentielle parce que nous avons des conditions de travail très difficiles.
Il n'y a pas assez de médecins traitants mais il n'y a pas assez de médecins tout court. On a aujourd'hui une grande enquête ODOXA pour le réseau ici, les radios locales de Radio France. Le résultat, c'est que plus de 8 Français sur 10 disent qu'il est difficile d'accéder à un spécialiste et que 6 Français sur 10 disent la même chose pour les généralistes. Qu'est-ce qu'on leur dit à ces Français ? Il va falloir qu'ils attendent quoi, 10 ans pour que de nouveaux médecins soient formés ?
Il y a une fatalité ? C'est comme ça ? Il faut comprendre. D'abord, j'ai supprimé le numerus clausus quand j'étais ministre de façon à pouvoir former un maximum de médecins. On en forme autour de 12 000 par an aujourd'hui. Donc les choses vont s'améliorer. Ça commence pour les spécialistes, pour les médecins généralistes comme il va y avoir beaucoup de départs à la retraite. En réalité, ça ne va pas s'améliorer avant 2030, 2035. On est loin. Mais pourquoi est-ce qu'on a autant de difficultés ? Il n'y a jamais eu autant de médecins en France. C'est bizarre. Il y en a 10% de plus qu'en 2010.
Mais en réalité, comme les gens sont très malades, on est passé de 2 consultations par an il y a 20 ans à 7 consultations par an et par français aujourd'hui. Donc avec le même nombre de médecins, en fait, le besoin de consultation a triplé. Il aurait fallu en former 3 fois plus pour pouvoir absorber la charge. Ça n'a pas été fait dans les années 80.
Donc d'ici à 2030, 2035, il y a une forme de fatalité à ce que les choses ne s'améliorent pas ?
Non, il n'y a pas une fatalité. Il y a une transformation du modèle. C'est ce que je prends. D'abord, il y a une refonte des professions. Il y a énormément de choses qui peuvent être prises en charge par d'autres professionnels. les infirmiers, infirmiers de pratique avancée, les pharmaciens qui peuvent faire des dépistages, qui peuvent faire de la vaccination. Et donc, on peut redonner du temps aux médecins. On peut leur redonner suffisamment de temps pour qu'ils se concentrent sur leur valeur ajoutée, c'est-à-dire les diagnostics compliqués, les suivis compliqués. Et on laisse tout ce qui est plus simple ou plus de routine à d'autres professions de santé.
C'est urgent de transformer le modèle aujourd'hui pour permettre l'accès aux soins à nos concitoyens.
Alors, on va ouvrir le chapitre important de l'hôpital avec un auditeur au Standard de France Inter. C'est Jocelyn. Bonjour Jocelyn, bienvenue. Vous pouvez poser votre question, vous pouvez témoigner. Oui, bonjour. Jocelyn Rose à l'appareil. Merci de prendre ma question. Bonjour à tous. Bonjour. Je vous appelle, je suis biologiste médical, donc chef de service à l'hôpital. Et j'ai une question parce qu'en fait, là, depuis plusieurs années et notamment là avec le dernier texte, on diminue le prix du B tous les ans. Et donc, en fait, l'objectif est de diminuer, je pense, les... Juste expliquez-nous le prix du B. Qu'est-ce que vous... Juste pour ceux qui nous écoutent.
Le prix du B, en fait, c'est l'acte de biologie médicale. Quand on passe un tube dans la machine, voilà, c'est un prix avec un remboursement de la sécurité sociale. Et le fait de baisser, que ce soit au libéral, en fait, il y a un impact direct sur l'hôpital. Sur l'hôpital. Et donc, nous, diminution du personnel et tout. Et donc, j'aurais voulu savoir, en fait, on essaye de faire des économies, mais de l'autre côté, il y a une souffrance encore plus à l'hôpital. Et deuxième question, parce que là, vous venez de parler, justement, de donner plus d'action, notamment aux pharmaciens.
Moi, étant pharmacien biologiste, il y a toujours les consultations qui sont fermées aux pharmaciens biologistes, alors que certains ont la compétence de faire certaines consultations, notamment de médecine spécialisée. Merci. Merci, Jocelyn. Merci. Qu'est-ce que vous dites ? Comment vous répondez à Jocelyn ?
Il a raison. En 2019, j'avais promis aux Fédérations des hôpitaux d'augmenter les tarifs hospitaliers pendant trois ans. Donc, j'avais signé un accord pour monter les tarifs pendant trois ans. Mais en réalité, je le redis, il y a des vases communicants. Quand ce qu'on appelle la médecine de ville explose en termes de coûts, c'est l'hôpital qui paye le prix. Et dans mon livre, je le dis, ça ne peut plus durer. On ne peut plus continuer à appauvrir l'hôpital public indéfiniment. Public, d'ailleurs, privé aussi, parce que les cliniques privées se portent assez mal également. Donc, aujourd'hui, il y a besoin de préserver notre bien commun. C'est quoi le bien commun ? C'est l'hôpital.
C'est ça le service public. Juste pour revenir, il y a un malentendu. Les Français pensent que la santé est un service public. Ça n'en est pas un. La médecine est libérale en ville. Le service public, le seul service public de la santé, c'est l'hôpital. Et aujourd'hui, c'est lui qui paye les peaux cassées d'une médecine non pilotée.
Agnès Buzyn, juste dans la foulée du Covid, il y a eu ce qu'on appelle le Ségur de la santé, des investissements massifs dans le système de santé français. Pourtant, tous les messages, et une bonne partie des messages qu'on reçoit sur l'application Radio France montrent de la souffrance de soignants. Regardez par exemple ce que vous dites Frédéric. Frédéric est infirmier de nuit, il est au bout du rouleau, il change de service tout le temps, doit travailler quand il est malade, enchaîne les services de nuit sans beaucoup de pause. Est-ce que ces comportements sont normaux pour des soignants, selon vous ?
C'est-à-dire qu'on a mis de l'argent dans l'hôpital et on continue à avoir cette souffrance-là ?
Parce que l'argent ne fait pas tout. En réalité, le Ségur, c'est une augmentation des salaires. Mais on peut toujours vous rajouter 100, 200 ou 300 euros de salaire à la fin du mois. Si votre outil de travail se dégrade, si vous êtes de moins en moins nombreux, si la pression augmente, le salaire ne suffit pas. Il faut des conditions décentes de travail à l'hôpital. Et c'est pour ça que je prône une enveloppe fermée pour l'hôpital où on s'accorde à dire qu'on va réinvestir dans l'hôpital public qui est notre bien commun. On ne peut plus continuer à faire payer à l'hôpital les dépenses de ville non contrôlée.
On a besoin d'un pilotage beaucoup plus orienté vers les besoins des patients en ville. On a besoin de préserver notre bien commun, le service public de l'hôpital qui est aujourd'hui le seul service public de la santé.
Je rappelle qu'il y a deux exemples emblématiques en ce moment. Quand plus d'accueil d'interne aux urgences au CHU parce qu'il n'y a pas assez de médecins pour les encadrer et à Toulouse il manque 25 médecins urgentistes. Les urgences de Toulouse ne prennent plus que les cas extrêmement graves. Vous seriez donc prête Agnès Gianotti à rogner vous sur votre enveloppe de dépenses pour que ça aille mieux à l'hôpital ?
On prend le problème à l'envers et on paye 50 ans d'erreur qui est d'avoir une vision hospitalière de la santé. Si on veut un système égalitaire et qu'on peut soutenir soutenable pour l'assurance maladie il faut un système basé sur les soins primaires. Les soins primaires c'est les soins au plus près des patients. Ce n'est pas AMG France qui le dit c'est l'OMS la charte d'Ottawa 1979 j'invente rien du tout. Et on a toujours fait le contraire c'est-à-dire qu'on part de l'hôpital et on raisonne comme ça on raisonne de travers.
Plus on va développer les soins primaires et plus l'hôpital sera en bonne santé parce que l'hôpital va mal c'est une réalité et le Ségur de la Santé il le fallait il fallait le financer mais il le fallait. Et nous on tient à ce système égalitaire et qui soigne les gens selon leurs besoins parce qu'on fête les 80 ans de l'assurance maladie en ce moment mais on la démolie en même temps. Et ce qui vide les urgentistes c'est la même...
Qu'est-ce qu'on démolie ?
La sécurité sociale en désinvestissant comme c'est fait dans le PLFSS cette année.
On ne désinvestit pas alors je ne suis pas ministre de la Santé mais on ne désinvestit pas. Ce qu'il faut comprendre c'est que les dépenses de santé augmentent naturellement de 4% par an et que nous partons déjà des dépenses de santé les plus élevées au monde après l'Allemagne. Et donc combien de temps nous pouvons augmenter de 4% par an ? Moi je serais ravie si la croissance du pays était de 4% par an et qu'on pouvait suivre cette augmentation. Simplement aujourd'hui nous n'en avons plus les moyens donc on ne fait pas des économies on continue d'augmenter mais un peu moins vite que 4% par an on diminue à 2% par an les augmentations.
Et je suis totalement d'accord avec Madame Giannotis on a besoin d'une médecine de premier recours c'est la médecine au quotidien au plus près des gens. Dans mon livre j'explique pourquoi il faut cette médecine de premier recours. Par ailleurs on ne va pas complètement supprimer les hôpitaux ils sont en souffrance et il faut les préserver.
Est-ce que ça veut dire qu'il faut envoyer les jeunes médecins dans des zones où il manque de médecins comme ça a été voté par l'Assemblée avant l'été ? Est-ce que ça c'est une bonne solution de contrôler l'installation des médecins attendre qu'un confrère parte à la retraite avant de pouvoir s'installer ? Il y a plein de fausses dans les zones
qui sont déjà bien dotées. Il y a plein de fausses bonnes solutions en ce moment des solutions dites de bon sens. Il y a déjà 50% de la profession qui a fui l'exercice de médecins traitants. Donc plus vous mettez de la pression sur nous en nous accusant de prescrire trop d'indemnités journalières alors que les patients en ont besoin. Moi tous les matins quand j'arrive j'ai 20 patients devant ma porte tous les matins. Je sais ce que c'est la difficulté à trouver un médecin traitant nous en sommes autant victimes que les patients. Donc il faut arrêter d'essayer de remplir un lavabo qui fuit. Il faut d'abord réparer la fuite.
Et ce qui vide les urgences dont on parlait tout à l'heure des urgentistes c'est la même chose que ce qui vide les médecins traitants des cabinets de médecine générale. C'est la financiarisation. Ils sont tous partis dans les centres de soins non programmés pour faire de l'argent.
Donc c'est pas qu'il y a trop de gens qui vont aux urgences même quand ils n'en ont pas forcément besoin ?
Non, c'est qu'il n'y a plus d'urgentistes. Comme il n'y a plus de médecin traitant un médecin traitant 50% de son activité c'est de l'aiguë 50% c'est du chronique et on fait les deux en même temps. Donc plus vous aurez de médecins traitants installés sur le territoire et mieux vous arriverez à prendre en charge
Vous êtes contre l'installation dans les zones de désert médicaux.
C'est qu'on n'est pas assez nombreux. Il faut d'abord arrêter la fuite des médecins généralistes de l'activité des médecins traitants.
Très bien. Écoutez, merci. Mesdames, Agnès Buzyn vous vouliez ajouter un mot
une conclusion rapide ? Je pense qu'il faut arrêter des solutions qui traitent les symptômes. Je trouve qu'aujourd'hui notre système est malade parce qu'il n'est plus adapté aux besoins du 21ème siècle des gens âgés des gens atteints de maladies chroniques ça nécessite des décisions courageuses à la fois politiques et budgétaires et une mise en exécution de réformes courageuses je le souhaite pour un futur quinquennat.
Merci Agnès Buzyn je rappelle le titre de votre livre Demain notre santé merci Agnès Gienotti médecin généraliste du syndicat MG France