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Discours / meetingÉlysée (sur YouTube)· 12 octobre 2021 119 minAutoproduitFond programmatiqueÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergieNumériqueAgriculture & alimentation

France 2030 : présentation du plan.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 10:00Président de la RépubliqueFait
    « La France a toujours été à la pointe des recherches concernant l'énergie atomique. »
  • 10:20Président de la RépubliqueFait
    « Ce coeur artificiel 100 % français est un miracle. »
  • 10:40Président de la RépubliqueFait
    « Au classement de l'alimentation durable, la France est championne du monde. »
  • 11:00Président de la RépubliqueChiffre
    « Nous avons atteint un niveau d'apprentis et d'alternants que nous n'avions jamais connu, plus de 500 000 malgré la crise. »
  • 16:40Président de la RépubliquePromesse
    « Il nous faut bâtir les termes d'une crédibilité qui nous permette justement d'accélérer l'investissement public dans l'innovation, l'innovation de rupture et la croissance industrielle. »
  • 2:30PRESIDENTChiffre
    « nous sommes prêts à y investir 1 milliard d'euros d'ici 2030 »
  • 3:30PRESIDENTPromesse
    « Baisser de 35 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 2015 pour 2030 »
  • 5:30PRESIDENTPromesse
    « devenir le leader de l'hydrogène vert en 2030 »
  • 10:30PRESIDENTPromesse
    « produire en France, à l'horizon 2030, près de 2 millions de véhicules électriques et hybrides »
  • 16:30PRESIDENTPromesse
    « produire en France, à l'horizon 2030, le premier avion bas carbone »
  • 21:00PRESIDENTChiffre
    « 2 milliards d'euros, dont des fonds propres, seront consacrés à ces enjeux »
  • 27:00PRESIDENTPromesse
    « avoir au moins 20 biomédicaments contre les cancers, les maladies émergentes et les maladies chroniques »
  • 35:00PRESIDENTChiffre
    « 30 milliards d'euros pour 2030, auxquels s'ajoutent des fonds propres »
  • 38:00PRESIDENTPromesse
    « doubler notre production électronique d'ici 2030 »
  • 41:00PRESIDENTChiffre
    « 2 milliards et demi d'euros pour nos talents »
  • 1:00inconnuFait
    « Si nous avons des politiques d'achat qui ne sont pas cohérentes avec ce que je viens de dire du côté des grandes administrations publiques, des collectivités locales et des grands groupes français, tout ce que je viens de dire n'adviendra pas. »
  • 1:30inconnuFait
    « Pourquoi n'avions-nous plus de masques, en France ? Parce qu'il n'y avait plus qu'un acheteur public qui achetait des masques en France. »
  • 2:00inconnuFait
    « Pourquoi n'a-t-on plus de sous-traitants industriel, ou si peu, ou en si grande difficulté, de rang 2 ou 3 dans l'industrie automobile ? Parce qu'il faut bien dire que le reste de la chaîne a été massacré pour baisser les coûts et acheter ailleurs. »
  • 3:00inconnuFait
    « La coopération entre les acteurs est clé ! Ce n'est pas de la naïveté, c'est de l'intérêt bien compris. »
  • 3:30inconnuFait
    « Il y aura beaucoup d'échecs derrière les dix objectifs que j'ai donnés. »
  • 4:00inconnuFait
    « La seule chose qui est nécessaire, c'est qu'à chaque fois qu'il y a un échec, il puisse être le plus rapide et le moins coûteux possible. »
  • 5:00inconnuFait
    « On va faire plusieurs paris technologiques et d'acteurs. Ce n'est pas nous qui choisirons, ce sont à la fois les logiques scientifiques, d'innovation, d'organisation du marché et autres. »
  • 7:00inconnuFait
    « Je ne suis pas en train de vous parler d'un rêve impossible. Je suis en train de vous parler d'un rêve faisable si on s'en donne les moyens. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

La France a toujours été à la pointe des recherches concernant l'énergie atomique. Ce coeur artificiel 100 % français est un miracle. C'est fait, le train à grande vitesse a été officiellement inauguré aujourd'hui.

Ce train est le plus rapide. Première projection cinématographique. - Cette invention merveilleuse.

Le Concorde [INAUDIBLE], le voilà, ça y est ! Formidable ! Au classement de l'alimentation durable, la France est championne du monde.

Nouvel avion de combat français : le Rafale. Premier Français commandant de bord de l'ISS. L'un des meilleurs appareils de chasse du monde.

Notre ambition à tous est d'avoir un jour des hommes sur Mars. C'est grâce à l'A320 que, pour la première fois, Airbus dépasse Boeing et ça, c'est une véritable révolution. Sommes-nous seuls dans l'univers ?

J'invite maintenant Manon, Maud, Antoine, Frédéric et Xavier à venir sur scène. Ils vont nous parler en quelques mots de leur vision de la France de 2030. Merci à vous de partager avec nous votre expérience, votre regard et vos aspirations.

Monsieur le Président de la République, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs, je m'appelle Manon Pérignon. Je suis étudiante en Master 2 d'école d'ingénieur à Agrocampus Ouest à Rennes, école interne de l'Institut Agro. Je suis ici pour exprimer ma vision de la France en 2030 et me faire la porte-parole des étudiants qui ont réfléchi aux défis à venir, dans les secteurs de l'agriculture et de l'agroalimentaire.

La population ne cesse d'augmenter, les rapports du GIEC sont alarmants et nous sommes conscients que nous avons les cartes en main pour éviter ce triste avenir prédit dans ces rapports. Nous savons en particulier que l'agriculture peut être moteur de solutions face au changement climatique. Pour autant, les secteurs de l'agriculture et de l'agroalimentaire sont des secteurs manquant d'attractivité.

Seulement 1 % des agriculteurs ont moins de 25 ans et 50 % ont plus de 50 ans. L'innovation est donc essentielle pour moderniser les exploitations agricoles et encourager leur reprise. L'État doit être présent pour soutenir les installations des jeunes agriculteurs qui prennent des risques avec des projets économiques novateurs.

L'agriculture française doit continuer à évoluer d'ici 2030, pour être un modèle au niveau européen et mondial. Il est donc essentiel d'avoir cette ouverture d'esprit permettant de choisir de nouvelles techniques. L'agriculture raisonnée en est une et l'agroécologie en est une autre.

De nombreux débats, dans nos écoles, ont porté sur la place de l'innovation de ces nouvelles techniques. Elles sont essentielles pour faire face aux défis à venir, mais nous croyons aussi qu'elles doivent renforcer le lien à la terre, le lien entre les producteurs et le consommateur. Je me répète mais l'agriculture française doit être un modèle.

Elle est aussi une solution pour multiplier les puits de carbone. Il faut favoriser les replantations d'arbres et les pratiques de captation du carbone, comme l'agriculture de conservation des sols ou encore la pratique des intercultures. De plus, notre alimentation est réputée à travers le monde.

Elle est déjà un modèle pour beaucoup, mais nous pouvons également réduire les émissions à la base en consommant local, de saison, et en réduisant au maximum la consommation de produits venant du bout du monde. Il faut pour cela réinvestir dans la production locale, mais aussi dans une alimentation de meilleure qualité. Enfin, pour nous étudiants, le meilleur moyen d'accompagner la transition environnementale de notre agriculture et de notre alimentation est de revenir à la base de l'éducation en formant des collégiens, des lycéens, mais aussi des étudiants conscients des enjeux environnementaux.

Monsieur le Président de la République, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs, je vous remercie pour votre écoute. Monsieur le Président de la République, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs, je suis Maud Vinet. Je suis chercheuse au CEA et je travaille dans le domaine du calcul.

Je fabrique des puces pour construire un ordinateur quantique. Cet ordinateur quantique, il nous permettrait de résoudre beaucoup de problèmes qu'on ne sait pas résoudre aujourd'hui. Qui sait, on pourrait peut-être optimiser le trafic et réduire les bouchons à Paris.

C'est une question souveraine et on voit que c'est vraiment stratégique, au-delà de la blague, et la France est en bonne position dans ce domaine du numérique, et notamment dans le domaine des technologies quantiques en général. Elle possède une recherche académique excellente avec le CNRS, le CEA, les universités et Inria. Elle possède des plateformes technologiques de pointe, de la plus versatile à la quasi industrielle, avec des industriels de la microélectronique.

Elle possède des acteurs industriels qui sont positionnés au long de la chaîne de la valeur et, dans le domaine des technologies quantiques, elle bénéficie du plan quantique qui a donné l'impulsion, qui a fourni une cohérence et qui a donné des objectifs communs à tout cet écosystème. En revanche, malgré notre volonté d'accélérer, de conserver cette première place, cette place en tant que leader mondial, nous sommes freinés. On peine aujourd'hui à créer les entreprises qui pourraient exploiter le patrimoine de propriété intellectuelle qui a été généré par les organismes de recherche parce qu'on manque de fonds qui vont nous donner la visibilité pour soutenir la recherche, pour investir dans la montée en maturité et pour soutenir l'industrialisation.

Cela nous permettrait de transformer toutes nos premières scientifiques en innovations et en emplois pour la France. Donc, ce dont on a besoin, c'est d'avoir une visibilité sur ces fonds. C'est aussi de pouvoir les mobiliser rapidement et, enfin, il ne se ferait rien sans les gens et aujourd'hui on a besoin d'ingénieurs et de chercheurs qui travaillent la mai dans la main ; d'arrêter d'opposer la recherche à l'industrie, pour avoir une innovation qui va être responsable et durable, même dans le domaine du numérique, comme on vient de l'entendre, pour que ça s'inscrive pour préserver notre écosystème tout en nous mettant à la pointe du progrès.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs. Je suis Xavier Lazarus, associé fondateur d'Elaia, société de capital-risque technologique et ancien enseignant chercheur en mathématiques. L'innovation, c'est une alchimie assez complexe qui naît avant tout de rencontres humaines.

Des rencontres entre des porteuses et des porteurs de projets, souvent détenteurs d'un savoir de pointe en sciences et en technologie et qui vont avoir des rencontres fructueuses avec souvent des industriels qui, eux, vont chercher à investir en termes d'usage ces nouvelles idées. Pour que ça fonctionne, on a besoin de carburant financier. On a besoin de carburant financier parce qu'on fait décoller des nouvelles idées et donc, pour ça, il faut évidemment leur fournir du carburant.

Et ce carburant, nous, les capitaux-risqueurs, on en amène une partie. Mais, quand on parle de deep tech, quand on parle d'innovation de rupture, cette partie n'est pas assez importante. On ne peut pas s'en sortir sans des impulsions d'État et sans des impulsions de la puissance publique extrêmement importantes qui passent par du soutien direct aux sociétés, de l'investissement direct, du soutien aussi à des fonds, via Bpifrance et ses investissements en fonds de fonds par exemple, mais aussi, on espère, par de plus en plus de commandes publiques.

Et, pour réussir, maintenant on a beaucoup d'ingrédients. On a un écosystème, la French Tech, qui est extrêmement performant. On a une recherche de pointe.

On a des étudiants extraordinairement motivés mais on a aussi quelques limites, et notamment des limites de modèles de pensée. Et la première qu'on doit faire sauter, c'est le rapport du pays à l'échec. L'échec aujourd'hui, c'est vu comme un vrai problème alors que, dans l'innovation, on va prendre d'énormes risques avec des montants extrêmement élevés et souvent ça ne fonctionne pas.

Les recettes sont à peu près connues dans le monde de la finance. C'est qu'on crée des portefeuilles mais, surtout, on diagnostique très tôt que l'échec a lieu pour pouvoir vite arrêter et concentrer les moyens humains et les moyens financiers sur les idées gagnantes. Et quand on voit, et croyez mon expérience, l'importance d'un retour sur une idée gagnante, on peut effectivement prendre des risques, payer des échecs parce que, à titre d'exemple, il a fallu moins de 5 millions en 2012, un bout de capital-risque par Elaia, des business angels et pas mal d'aides d'État par le Pass French Tech, pour amorcer Mirakl.

Et Mirakl, aujourd'hui, c'est une plateforme de cloud basée à Paris, leader mondial qui permet d'offrir une alternative à Amazon et à beaucoup de gens et qui emploie 550 personnes ; qui va créer 1 000 emplois dans les trois prochaines années et qui a levé quasiment 1 milliard pour être valorisé 3,5 milliards. Vous voyez, on a de quoi vraiment prendre ce risque-là quand on réussit. La deuxième leçon, et on revient à l'idée d'un facteur humain, c'est qu'il faut aussi reconnaître que les porteurs de cette rupture, ce sont les entrepreneurs innovants qui sont les plus agiles, qui sont capables de naviguer dans ces périodes un peu complexes et surtout de rebondir très vite lorsqu'ils voient l'échec arriver.

En gros, c'est la startup qui est le vecteur de cette création de valeur. Et, cette fois-ci, sa petite taille devient une masse critique inversée positive. Et aux pouvoirs publics, aux grands groupes, à la finance, aux étudiants, aux écoles de s'adapter à ce paradigme.

Ce paradigme a fait ses preuves. Il a créé d'immenses valeurs dans d'autres contrées sur les 20 dernières années. La France est devenue maintenant le leader européen et il faut que nous soyons aussi un leader mondial sur ce sujet.

Merci. Bonjour Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs. Je m'appelle Antoine Hubert, je suis ingénieur agronome.

Je suis entrepreneur et je suis co-fondateur d'Ynsect, une startup dans l'agriculture et l'agroalimentaire. On est tous conscients comme le rappelait il y a quelques instants notre collègue, que l'humanité fait face à deux immenses enjeux, deux immenses menaces qui sont le changement climatique, l'effondrement de la biodiversité, et que tous les secteurs vont devoir se réinventer. Les premiers d'entre eux étant l'agriculture et l'énergie, qui sont les premiers contributeurs et aussi les premières victimes de ces changements.

D'après l'Agence mondiale de l'énergie, ce n'est pas tant vers l'aval, le consommateur, que devront s'opérer les changements, 90 % ou 95 % de la transition doit se faire sur l'amont, sur la façon dont on produit notre alimentation et notre énergie. C'est donc une véritable transition technologique qui doit s'opérer et c'est donc une véritable révolution industrielle qui s'ouvre devant nous. Les précédentes révolutions industrielles, comme on le voyait à l'écran juste avant, ont été souvent menées par les nouveaux entrants, nouveaux entrants qu'on appelle aujourd'hui des startups.

Donc l'enjeu aujourd'hui c'est, en agriculture, que l'agriculteur travaille main dans la main avec les startups, ce qu'on fait avec la ferme digitale. Mais c'est aussi, dans l'industrie, la construction de centaines d'usines très high tech qu'on appelle 4.0, qui seront portées en grande partie par des startups dans les prochaines années et dans cette décennie qui vient.

Pourtant, de nombreux verrous existent encore pour permettre ce déploiement. Et, croyez-moi, avec notre projet-phare de ferme verticale à Amiens, on a essuyé des plâtres. Mais, comme le soulignent des rapports récents du gouvernement, les clés du succès sont là pour une nouvelle industrie forte, pour une grande souveraineté française et européenne et pour plus de compétitivité et donc plus d'emplois.

C'est d'abord la vitesse, notamment en termes d'autorisation de mise sur le marché de produits et de procédures administratives. Ce sont les ressources humaines et les ressources financières. Attirer des millions de talents formés et des milliards de capitaux nécessaires, que ce soit en fonds propres ou en commandes, publiques ou privées.

C'est la création d'un écosystème fort, vraiment entre startups et grands groupes, mais qui travaillent main dans la main, mais aussi, évidemment, avec les centres de recherche et les universités. Tout ça devrait permettre, j'en suis convaincu, à la France d'être en 2030 la locomotive économique de l'Europe, la locomotive technologique ; de renouer avec le siècle des Lumières, en diffusant auprès du monde et au reste du monde un modèle qui allie vraiment industrie et impact réunis par la technologie. C'est vraiment le moteur du modèle du 21ème siècle.

Nous avons toutes les clés pour réussir. On a pu démontrer, par exemple, que la France pouvait être, avec Ynsect, un leader mondial dans une filière émergente que son les insectes. On a de quoi parfois être pétrifié par l'immensité de la tâche devant nous mais, en même temps, il n'a jamais été aussi utile et aussi passionnant d'être entrepreneur.

Donc osons tous ensemble, entreprenons et inversons la tendance. Le meilleur est devant nous. Merci.

Monsieur le Président de la République, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Mesdames et Messieurs, chers amis. Je m'appelle Frédéric Sanchez. Je dirige une entreprise qui s'appelle Fives, qui a vécu et traversé deux siècles d'histoire, qui a réalisé le pont Alexandre III, la gare d'Orsay, les ascenseurs de la tour Eiffel, bref qui a traversé toutes les révolutions industrielles et qui est encore là aujourd'hui, au coeur de la révolution industrielle 4.0.

Cette crise et les réponses qui ont été apportées, en particulier les mesures d'urgence qui ont permis à notre industrie de traverser la crise sans conséquences majeures, merci à vous tous ; puis le Plan de relance qui devrait permettre à notre économie de retrouver un niveau pré-crise dès la fin de cette année, est une formidable opportunité pour reconquérir dans notre pays une industrie forte, innovante et respectueuse de l'environnement. Je me félicite, en tant qu'industriel, de l'annonce d'un plan d'investissement comme la France n'en a plus connu depuis très longtemps. En misant sur les nouvelles technologies de rupture ; en faisant de la décarbonation de l'industrie un objectif majeur de notre politique économique ; en promouvant la digitalisation de nos systèmes de production ; en cherchant à corriger nos faiblesses stratégiques dans des secteurs-clés comme celui des biotechnologies, bref en soutenant massivement les industries du futur et l'innovation, nous nous donnons collectivement les moyens de prendre une longueur d'avance à l'horizon 2030.

Les pessimistes diront qu'il est trop tard. Ils ont tort. L'exemple de Fives montre qu'une entreprise condamnée à disparaître à la fin des années 90 peut, par l'innovation et l'internationalisation, se réinventer.

Ce qui est possible au niveau d'une entreprise, les exemples sont très nombreux, doit être possible au niveau du pays. La réindustrialisation de la France est possible parce que les cartes vont se redistribuer dans le domaine industriel avec les transformations digitales et écologiques qui s'accélèrent, parce que le monde de demain et les technologies de rupture qui bouleverseront nos modèles sont à inventer ; parce que tout le monde au fond, aujourd'hui, est sur la même ligne de départ, nos amis Allemands comme Italiens, nos amis Américains comme les Chinois. Nous réussirons à relever ce défi si nous travaillons ensemble, public, privé, grands groupes, PME, ETI et startups.

Les 30 milliards du plan d'investissement à venir que vous allez nous annoncer, Monsieur le Président, sont un formidable levier d'accélération de l'innovation si la gouvernance mise en place est efficace, et ça c'est très important. Nous réussirons si nous pensons " chaîne de valeur intégrée " sur notre territoire, dans nos filières d'avenir, pour renforcer notre indépendance. Il serait illusoire de penser qu'il suffirait de produire l'hydrogène ou de fabriquer des batteries dans notre pays pour reconquérir une place industrielle si nous ne maîtrisons pas, en France ou en Europe, les briques technologiques essentielles, les machines et solutions-clés intelligentes de ces processus de fabrication.

Nous réussirons si nous acceptons l'émergence de nouveaux champions et que nous les soutenons. Nous réussirons si nous réformons notre système de formation, de la formation initiale jusqu'à celle délivrée tout au long de la vie professionnelle, avec un objectif : celui de remonter le niveau de compétence moyen de nos citoyens et de répondre aux besoins de compétences des secteurs industriels d'avenir. Nous réussirons enfin, et je rejoins ce qu'ont dit mes précédents camarades, si nous simplifions nos procédures administratives, notre organisation, et si nous acceptons de prendre des risques pour aller plus vite, pour être plus efficaces.

À nous tous de jouer. La capacité d'innovation de notre pays, et le film le démontrait, de nos ingénieurs, de nos scientifiques et plus généralement de nos jeunes talents, est un atout formidable qu'il ne faut surtout pas gâcher. Merci, Monsieur le Président.

Merci à vous cinq pour ces interventions. Nous laissons désormais la parole au Président de la République qui va présenter le plan France 2030. Merci beaucoup à tous les cinq.

Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs les ministres, Monsieur le Haut-Commissaire au Plan, Mesdames, Messieurs les parlementaires, Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités, chers amis. Merci d'être aujourd'hui à l'Élysée pour ce moment un peu particulier. D'abord parce qu'on va essayer de se projeter loin, dans un moment où beaucoup concourent en quelque sorte à nous faire regarder à côté.

Je pense que c'est d'abord une bonne vertu personnelle, mentale, et c'est aussi très bon pour un pays comme le nôtre. Merci parce qu'à travers vos cinq prises de paroles, vous avez illustré des convictions qui sont vos convictions personnelles mais vous avez un peu aussi rendu compte de tout le travail qui a été fait par celles et ceux, et vous en êtes les contributrices et contributeurs dans cette salle, qui ont préparé depuis des mois cette stratégie et ce travail collectif. Et donc étudiantes et étudiants, chercheuses, chercheurs, universitaires, responsables d'organisations, de branches professionnelles, syndicales, entrepreneuses, entrepreneurs, investisseurs, parlementaires et évidemment les ministres qui ont piloté ce travail, et je les en remercie, avec l'ensemble des grands organismes de recherche et de notre politique économique et industrielle, ce dont je vais essayer de rendre compte est un peu le fruit de votre travail collectif, de notre travail collectif comme nation.

Nous sommes confrontés à des défis qui ne sont pas neufs. On les voit poindre depuis maintenant quelques décennies. Ils sont en train de se consolider, de se raffermir et ils ont en quelque sorte présidé à ce que la France comme l'Europe ont fait ces dernières années, ce qui porte notre conviction collective et, ce qui a été encore raffermi et conforté pendant la crise, et que le rapport d'ailleurs que j'avais commandé il y a quelques mois à Messieurs Blanchard et Tirole avec un collectif d'économistes a pu confirmer.

La planète est confrontée à quelques grands défis, inédits dans leur concentration et leur convergence. Un premier grand défi, vous l'avez tous rappelé, je crois que maintenant il y a un consensus sur ce sujet, c'est évidemment le défi climatique et environnemental, c'est-à-dire le problème à la fois des dérèglements climatiques et de la raréfaction de la biodiversité. C'est un défi profond qui change évidemment nos moyens de produire, de produire d'abord de l'énergie, de faire de l'industrie, de nous déplacer, de consommer, de nous alimenter, et donc qui nous conduit à complètement repenser nos modes d'organisation collective.

Pour autant, il faut continuer à faire tout ce que je viens de dire, c'est une évidence. Et il faut d'autant plus le faire que la planète, elle, continue à grandir. Le deuxième grand défi a été aussi éclairé par le plan dans un rapport récent, c'est le défi démographique.

Il est colossal, c'était souvent et ça a été ces dernières décennies un peu un impensé de nos politiques publiques. Mais ce défi démographique, il a plusieurs composantes. C'est d'abord l'augmentation du nombre d'habitants sur la planète, je ne veux pas ici reconvoquer des thèses malthusiennes qu'on connaît depuis longtemps, mais c'est un fait, quand on a de la ressource naturelle qui se raréfie, de la tension sur différents sujets et différents écosystèmes, on a une planète dont la population croît mais elle croît, si je puis dire, très différemment.

Et donc nos sociétés sont confrontées à un vieillissement démographique et dans beaucoup de nos pays, même si la France a longtemps mieux résisté que d'autres à une chute de sa natalité et, à l'inverse, à une explosion démographique dans d'autres pays et donc à la pression des grandes migrations. Ces deux grands défis, d'ailleurs, se renforcent l'un l'autre car les défis migratoires trouvent aussi leur source dans les déséquilibres climatiques que certaines régions connaissent aujourd'hui. Tout cela se tient.

Mais ce deuxième défi démographique est très important, ce qui déstabilise là aussi nos modes d'organisation en société ; le temps que nous passons au travail par rapport au temps que nous passons à nous former puis à vivre plus âgés ensuite, et essayer de vieillir dans les meilleures conditions possibles ; le mode de financement de nos modèles sociaux, etc. Et il crée beaucoup de tensions aussi entre différentes régions du monde par les migrations. Le troisième grand défi que nous sommes tous en train de vivre, c'est le défi des inégalités.

Je pense qu'il ne faut pas négliger. Il est bien pointé, beaucoup d'économistes qui sont ici l'ont montré. Au fond, depuis le 18e siècle, nos sociétés démocratiques reposant sur l'économie sociale de marché avaient une forme de consensus qui était qu'on créait de la valeur mais il y avait toujours un progrès constant : nos enfants vivraient mieux que nous.

Cela s'est à peu près constamment vérifié, avec l'exception terrible et historique des guerres, mais quelque chose est en train de s'enrayer dans notre système, qui est un dérèglement de l'organisation de notre économie mondiale, l'explosion des déséquilibres, en particulier au sein de nos économies, par deux phénomènes : l'hyperfinanciarisation d'une part mais, peut-être encore plus ces dernières années, l'accélération des technologies numériques et ce qu'on appelle la digitalisation maintenant, qui est un formidable levier d'innovation mais est aussi un levier d'accélération en quelque sorte de l'écartement de nos sociétés, avec des modèles comme le nôtre qui sont très protecteurs, et il faut s'en féliciter, j'y reviendrai, mais que nous avons plutôt conçus comme des modèles qui venaient corriger les inégalités qui se forgeaient, là où le système, en quelque sorte, est en train de les produire de plus en plus vite et écarte les destinées individuelles de plus en plus vite, ce qui est un vrai défi. Tout ça est en train de créer une série de chocs, des chocs démocratiques dans nos sociétés, liés en quelque sorte au doute que ces grands défis sont en train de créer. Dans nos sociétés, quand la manière de produire et de s'alimenter est faite de tensions permanentes, on le voit bien dans nos sociétés ; quand on est angoissé sur la manière de vieillir ; quand les inégalités sont en train d'augmenter et qu'on ne voit plus les perspectives, on a un doute démocratique qui s'installe.

Toutes les sociétés démocratiques sont en train de le vivre. Nous avons, à côté de ça, un choc géopolitique qui en est la conséquence parce que, quand il y a de la rareté sur les ressources, quand il y a de la concurrence exacerbée sur les modes d'innovation, quand en quelque sorte ce sont des modèles qui jouent leur survie ou leur hégémonie, ça crée de la tension géopolitique. Et, évidemment, tout ça aussi crée une forme de choc anthropologique parce que la transformation et la révolution des usages liés en particulier au numérique, crée un changement profond de notre manière de nous organiser en société, d'imaginer, de vivre les émotions, de communiquer les informations.

C'est le monde dans lequel nous vivons. Je le repose là, en début, parce qu'on ne peut pas penser la France de 2030, l'Europe de 2030, essayer de voir la dynamique qu'on peut prendre sur des décennies si on ne prend pas comme départ ces grandes tendances qui sont là mais qui sont en train de s'accélérer. Est-ce que la crise que nous venons de vivre, dont, nous l'espérons collectivement, nous sortons, la pandémie de Covid 19, a en quelque sorte remis en cause ces grands défis et ces grandes transformations ?

Non, au contraire elle les a plutôt confortés. Mais je pense que nous nous devons collectivement d'essayer de tirer aussi quelques leçons de cette pandémie, qui sont importantes pour penser là aussi à la France de 2030. La pandémie, elle nous a fait toucher du doigt d'abord notre vulnérabilité.

Nous nous sommes rappelés, et c'est très cohérent avec les défis que je viens d'évoquer, que nous appartenions à l'ordre du vivant et donc que quelque chose qui se passe, quelque part à 10 000 kilomètres de nous, peut-être entre l'humain et l'animal, peut bloquer totalement la planète et changer la face du monde et notre organisation collective. Donc la première leçon que nous devons collectivement tirer de ce qui s'est passé, c'est qu'en effet nous sommes éminemment vulnérables et on ne peut pas penser notre projection à 10, 15, 20 ans en quelque sorte comme si nous n'étions pas dans le vivant, de manière purement technique, comme si nous étions assimilables à des tableaux de chiffres, à des équations, à quelque chose qui est réductible. Nous avons cette vulnérabilité profonde.

La deuxième chose, c'est notre dépendance vis-à-vis de l'étranger. On avait voulu l'oublier parce que nous vivions dans un miracle mais dont nous avions, là aussi, un peu oublié la fragilité. C'était que le monde était ouvert et que tout circulait parfaitement et librement.

Je suis heureux de vous retrouver tous avec des masques aujourd'hui. Je serai encore plus heureux le jour où vous n'en aurez plus, ça voudra dire qu'on sera totalement débarrassé de l'épidémie. Je n'oublie pas qu'il y a 18 mois, nous étions tous soumis au manque de masques.

Personne ne pensait qu'on pourrait manquer de masques, c'était l'une des choses qui avait le moins de valeur ajoutée. Et d'ailleurs nous en avions collectivement, implicitement parce que ça n'a jamais été un choix assumé de la nation, on en avait délégué la production à des pays qui produisaient à beaucoup plus bas coût que nous en disant ce n'est pas important, on en trouvera toujours. Dépendance et expérience de la dépendance, qui peut être dramatique parce que nous avons vu à ce moment-là, quand il y a de la dépendance et qu'on se retrouve dans des situations où il n'y a plus de coopération, c'est le drame.

Et donc on ne peut plus penser nos économies et nos systèmes de production, comme si tout était écrit pour que ça aille bien en toutes circonstances. Nous devons donc tirer cette leçon aussi de la crise qui est que la dépendance choisie et relative est une chose, ce sont les termes de la coopération, mais on doit rebâtir les termes d'une indépendance productive française et européenne, parce que je ne suis pas en train de dire qu'il faudrait se mettre à tout reproduire en France, nous ne saurions pas le faire. Mais, enfin, il faut qu'au niveau de l'Europe nous sachions reproduire ce dont nous avons besoin pour aujourd'hui et pour demain.

Deuxième leçon de la crise qui n'était pas un immédiat. Troisième leçon de la crise, c'est quand même la force du modèle éducatif et social français. On a tenu parce que la nation a décidé d'investir pour être solidaire. ll ne faut pas, en sortie de crise, qu'on se mette à l'oublier en pensant qu'on pourrait passer à un autre monde, c'est une force inouïe.

Et on aura d'autres crises, de manière certaine, et donc tout ce que nous devons penser pour la France de 2030 doit contribuer aussi à renforcer ce modèle qui est un modèle à la fois productif et solidariste, je dirais, mais qui est important, avec des équilibres qu'il faut constamment réajuster, qui sont des choix démocratiquement débattus. Et la quatrième leçon de cette pandémie à mes yeux, c'est que nous avons assisté à une extraordinaire accélération de l'innovation et, j'y reviendrai sans doute à plusieurs reprises, c'est ce qui, pour moi, a aussi présidé au choix en sortie de crise de vous proposer collectivement et d'essayer de nous projeter collectivement à 2030. C'est que nous avons une fois encore, mais là de la manière peut-être la plus vibrante, déjoué tous les pronostics scientifiques.

Moi, je n'oublie pas, il faut toujours être lucide sur ses propres défauts et les choses qu'on a parfois faites de manière approximative, il y a à peu près un an j'expliquais à nos compatriotes : les spécialistes me disent il y a très peu de chances qu'on ait un vaccin avant la fin de l'année. C'était vraiment ce que les spécialistes me disaient. Parce qu'on me disait jamais, dans l'histoire de l'humanité, on a trouvé un vaccin en un an de temps.

Ce n'est jamais arrivé, ce qui était vrai. On l'a fait et il y a eu, dans les dernières semaines de l'année 2020, une accélération exceptionnelle, je pense que tous ceux qui l'ont vécu s'en souviennent, où on a d'un seul coup écrasé tous les délais. Et donc la quatrième leçon de la crise pour moi, c'est que l'innovation est une source de solutions pour mieux vivre, pour projeter une nation, un continent et peut-être le monde entier vers des solutions qui sont bonnes pour l'humanité mais qu'en quelque sorte les contraintes de l'innovation dans lesquelles on vivait jusqu'à présent sont en train de changer par une forme d'accélération, de compression du temps, d'accumulation des moyens qui peuvent être mis à un moment donné, si on considère que cette innovation est une innovation qui peut tout changer.

Et à ce moment-là, c'est assez simple, vous êtes dedans ou vous êtes dehors. Je dirais que c'est la cinquième leçon de la crise, et il faut s'en féliciter, c'est qu'on a su recréer de la coopération internationale et européenne pour rester dedans parce que, soyons lucides sur nous-mêmes, si nous n'avions dépendu que de ce que la France aurait produit, et je le dis pour tous ceux qui plaident le nationalisme excessif, la France ne produit pas de vaccins et elle ne produit toujours pas de vaccin ARN messager. Et donc c'est parce qu'on a su participer à la coopération internationale qu'il y a eu cette compression de l'innovation extraordinaire, grâce à des très grands scientifiques français travaillant à travers le monde, et qu'on a su ensuite recréer de la coopération pour acheter et reproduire en Europe et le distribuer à nos compatriotes.

Ce sont ces cinq leçons de la crise et il ne faut pas les perdre de vue quand on veut se projeter. Une fois que j'ai dit ça, on voit bien qu'on est dans un monde qui est en rupture profonde et, au fond, dont l'une des grandes caractéristiques est que nous ne devons pas oublier ce qui fait notre force. Mais on doit être lucide sur nos faiblesses parce qu'elles peuvent être encore plus cruelles demain qu'elles n'ont été hier, parce que c'est un monde où tout s'accélère.

On est dans de l'innovation de rupture, où le gagnant prend tout sur beaucoup d'innovations et, si nous nous retrouvons hors de l'innovation, on peut perdre énormément. C'est pour toutes ces raisons que j'ai souhaité, en cette sortie de crise, que nous nous projetions et qu'il y ait ce travail qui a été fait tous ces derniers mois par l'ensemble des acteurs, pour essayer de regarder quelles sont nos forces et nos faiblesses et, surtout, comment on pouvait se projeter à l'horizon d'une décennie mais en fait au-delà. Mais il faut, à 2030, se doter d'objectifs parce que par rapport à tout ça, si je regarde notre pays, nous avons des vraies forces et des vrais atouts, par rapport à ces changements, ces grands défis et ces leçons de la crise.

Nous sommes un pays extrêmement complet, qui est présent sur tous les continents, qui a une force productive historique, une capacité à inventer ; qui est une grande puissance agricole, agro-alimentaire, industrielle et créative ; qui a su historiquement innover. Nous sommes un pays de créateurs, c'est dans notre ADN. Nous sommes un pays dont le modèle social, à la fois éducatif et en réparation des inégalités, est une force, j'en suis convaincu compte tenu de tout ce que je viens de dire et de ce qu'on a appris de la crise.

Mais, à côté de ça, on a des vraies faiblesses. On a des vraies faiblesses. Nous avons ces dernières décennies sous-investi en éducation, formation, enseignement supérieur et en recherche.

On a commencé à corriger cela avec la loi de programmation recherche et avec les réinvestissements en matière éducative, mais c'est un début de réparation. Mais, quand je regarde avec nos grands comparables, on a beaucoup désinvesti. Quand on se compare, nous sommes un pays qui travaille moins que les autres en quantité, ça reste vrai, et donc nous avons une quantité de travail alloué qui n'est pas au bon niveau, à la fois dans le cycle de vie et en horaires cumulés.

Et, au fond, on a une force qui est notre modèle social et éducatif mais on a une faiblesse, c'est qu'on n'a plus le modèle productif qui permet de le financer. C'est ça notre grande incohérence. Moi, je ne crois pas qu'on arrivera à réduire notre modèle social.

C'est très dur, dans une démocratie, de dire aux gens on va vous enlever des droits massivement, ça n'existe pas. On peut améliorer les choses. Il faut améliorer l'efficacité de la dépense publique.

Il faut permettre de rendre les mêmes services avec moins d'argent. Ce sont des modernisations qui prennent des années. Mais si on veut projeter le pays, ce qui est, je crois, profondément le destin français, en continuant à protéger et même mieux protéger, c'est-à-dire prévenir les inégalités, mieux former pour éviter les inégalités de destin mais continuer à réparer les inégalités produites par le système, il nous faut avoir un pays qui produise davantage, c'est-à-dire un pays qui continue de faire des réformes pour produire plus.

Et produire davantage, ça veut dire un pays qui retrouve aussi le fil du couple innover / produire parce que la production de demain n'est pas celle d'hier. Et donc, par rapport à ce que je dis aussi, je suis convaincu que le levier de l'innovation est clé pour produire parce qu'il faut, en la matière, n'avoir aucune nostalgie. Il n'est pas vrai que, quand je dis on doit travailler plus et produire plus, on ne fera ni l'agroalimentaire, ni l'industrie, ni les services d'hier, et encore moins ceux d'aujourd'hui.

Ils sont en train de se transformer à marche forcée. La question, c'est comment nous sommes à la pointe de l'invention de ces derniers. C'est le seul moyen, en même temps qu'on saisit les défis que j'évoque, d'être à la hauteur du mal français qui est notre triple déficit : déficit de croissance potentielle, déficit public, déficit du commerce extérieur.

Ce triple déficit se nourrit depuis des décennies. La clé pour y répondre, c'est d'avoir une stratégie macroéconomique d'innovation industrielle qui permette justement de produire ces résultats. On ne part pas de nulle part.

Depuis un peu plus de quatre années, je crois qu'on essaie profondément d'avoir une stratégie qui répond d'abord à ce constat, à ces grandes transformations, et qui, si je puis dire, part de ce socle de raisonnement et qui commence à produire des résultats. Nous avons, depuis quatre ans, commencé à transformer notre système éducatif, d'accès à l'enseignement supérieur, d'apprentissage et de formation professionnelle, d'accès au travail et à l'emploi. On continue avec la réforme assurance chômage.

On a réformé la fiscalité du capital très profondément et on a mis en place des réformes du travail, plus des réformes sectorielles. Tout ça produit des résultats qui sont très tangibles et qui vont dans la bonne direction. La France est redevenue depuis 2 ans le pays le plus attractif d'Europe.

La France recrée des emplois industriels depuis deux ans, alors qu'elle en détruisait depuis 2008. La France est aujourd'hui, en sortie de crise, à un niveau d'emplois qu'elle n'avait pas connu depuis quinze ans. Et nous avons atteint un niveau d'apprentis et d'alternants que nous n'avions jamais connu, plus de 500 000 malgré la crise.

Je ne veux pas ici égrener les choses, mais on voit bien que les choses sont en train de se transformer dans la bonne direction, ce qui est le fruit d'une stratégie macroéconomique qui reposait sur ces constats, qui produit des résultats et qui va dans la bonne direction. Il faut s'en féliciter et il faut le consolider. De la même manière, on s'est mis à réinvestir sur la recherche et l'enseignement supérieur.

Il y a des vraies réformes organisationnelles qui sont portées par nos universités et nos organismes de recherche. Le classement de Shanghaï, qui est ressorti cet été, montre qu'on est quand même en train de revenir complètement dans la bataille. Les résultats sont là, ils sont dans la bonne direction, et ces résultats n'ont pas été fragilisés par la crise parce que nous avons à la fois eu un programme d'urgence pendant la crise, que le gouvernement a porté et je l'en remercie, puis un programme de relance qui a été très coordonné au niveau européen, plan de relance européen et plan de relance français qu'il déclinait, qui a permis de consolider ces résultats et même d'accélérer la sortie de crise autour de trois piliers : la transition numérique, la transition écologique, la cohésion sociale et territoriale sur les 100 milliards français, dont 70 milliards sont déjà engagés.

Dans ce cadre-là, nous avons même commencé à tirer les leçons de la crise telle que je les évoquais, puisque le plan France Relance est un plan qui, en accélérant les transitions qu'on avait faites, permet aussi de relocaliser et de rebâtir un début de souveraineté. On a une composante robotique. On a une composante protéines, qui est très importante et qui est plébiscitée par le monde agricole.

On a une composante santé. On se remet à reproduire du paracétamol en France, ce qu'on avait complètement abandonné ces dernières années. Donc tout ça est cohérent, va dans la bonne direction et est le fruit, je pense, d'un travail consolidé durant ces dernières années, qui est celui du gouvernement, des parlementaires et de l'ensemble des parties prenantes que vous êtes.

Néanmoins, l'extraordinaire accélération du monde que nous sommes en train de vivre me conduit à penser que tout ce qu'on a fait là n'est pas suffisant et que, si on reste à ce rythme et à ce niveau d'intensité, parce que nous avons aussi pris ces décisions parfois 15 à 20 ans après certains de nos voisins européens, nous ne rattraperons pas notre retard ou, surtout, nous nous laisserons distancer dans les 10 - 15 ans qui viennent. Et donc, fort des constats que je viens d'évoquer, de tout ce qui a été fait qui va dans la bonne direction, je pense que la stratégie 2030 elle s'impose aujourd'hui parce que, en raison des grands défis que j'évoquais et en quelque sorte de cette sortie de crise, nous vivons une extraordinaire accélération du monde de l'innovation et des ruptures. Et cette accélération me conduit à établir quelques convictions fortes que je veux ici exprimer et qui vont présider à cette stratégie.

La première conviction, c'est un peu le fruit de ce qu'on a tous vécu pendant la crise et ce qu'on avait commencé à vivre avant, c'est au fond que innovation de rupture, innovation technologique et industrialisation sont beaucoup plus liées qu'on ne l'avait intuité jusqu'alors. On avait dans nos débats politiques, intellectuels, théoriques, souvent séparé ces sujets. Et je pense qu'il faut tirer le constat que nous nous sommes trompés sur ce point.

D'abord, la France a longtemps pensé qu'elle pouvait se désindustrialiser en continuant à être une grande nation d'innovation et de production. Je crois que maintenant il est établi que c'est faux. Quand on se désindustrialise, on perd de la capacité à tirer de l'innovation dans l'industrie et donc de l'innovation, même incrémentale, et c'est celle-ci qui nourrit le dialogue avec l'innovation de rupture.

C'est un continuum où tout se tient, beaucoup plus que les débats ne l'avaient montré jusqu'alors. Je parle ici sous le contrôle d'économistes industriels qui l'ont montré avant moi et beaucoup mieux que moi, [ INAUDIBLE ], mais c'est la réalité. Et donc je crois que maintenant c'est établi et on l'a vécu parce que, sur le plan de la santé, nous avons laissé notre tissu d'industries pharmaceutiques flétrir.

C'est une des raisons pour lesquelles nous avons, il faut bien le dire, une innovation en santé qui a perdu des rangs au niveau de la compétition internationale. Et donc c'est un continuum. S'il n'y a pas d'industrie, si on ne réindustrialise pas le pays, il n'est pas vrai qu'on pourra redevenir une grande nation d'innovation et même de recherche.

Et aussi parce que c'est ce qu'on produit avec l'innovation industrielle et ses débouchés qu'on peut financer une recherche fondamentale. Ensuite tout ça est lié, si je puis dire, dans l'autre sens parce que l'innovation de rupture a complètement comprimé son temps entre l'invention et son industrialisation. Et, au fond, toute l'organisation internationale est ainsi faite que l'ensemble des acteurs partout dans le monde sont en compétition instantanée pour en quelque sorte réduire le temps qu'il y a entre l'idée géniale et l'idée de rupture et la possibilité pour que celles-ci changent les pratiques.

Et cela touche tous les segments qui sont ici présents, nos grandes pharmas qui sont ici, nos grands groupes de métallurgie. On le sait et, tout ça, c'est une compression du temps mais c'est aussi une accumulation du capital et des batailles. Cette conviction a un point-clé, ça veut dire qu'il faut qu'on mène en même temps la bataille de l'innovation et de l'industrialisation.

On ne peut pas choisir, il faut les mener ensemble, et ça veut dire qu'il faut qu'on mette beaucoup d'argent public et privé parce que le gagnant prend tout, comme disent les Anglo-Saxons. Et donc c'est là où il y a une hyper concentration du capital et des talents, que les choses se font et que vous êtes dans la partie ou que vous êtes sortis de la partie. Et donc nos quantum aujourd'hui ne fonctionnent pas.

Cela, c'est ma première conviction très forte, c'est qu'on doit vraiment sortir de cette opposition recherche fondamentale, recherche incrémentale et technologique et industrialisation massive, et essayer de comprimer tout ça. Ce qui va avec, c'est qu'il faut sortir de deux types d'oppositions qui nous ont fait perdre beaucoup de temps dans nos débats et qui sont liées aussi à nos tempéraments, à parfois ce que nous sommes : les oppositions entre les différents secteurs et disciplines de recherche académique ou autre ; les frontières qui existent entre les sciences humaines, les sciences [ INAUDIBLE ]. Tout cela est en train d'exploser totalement parce que les cadres sont en train d'être repensés.

On y reviendra mais le spatial est un domaine où en même temps on fait de l'hyper technologie, on fait du quantique, des mathématiques, des sciences humaines, du droit et où tout ça est en train d'être convoqué très vite parce que c'est un cadre qui est en train d'être repensé par cette compression. Et la deuxième chose, c'est que l'opposition que j'entends encore beaucoup dans nos débats publics entre les startups et l'industrie est une opposition du 20ème siècle. Elle est éminemment fausse.

Notre pays va se réindustrialiser par des startups technologiques et ce qu'on appelle le Deep tech. Et nos grands groupes industriels vont survivre, se transformer et gagner la partie grâce à l'innovation de rupture de startups qu'ils auront incubées, qu'ils auront rachetées ou avec lesquelles ils auront des partenariats. Il n'y a pas de France industrielle contre la France des startups et il n'y a pas de France des startups qui ne soient qu'à Paris, dans quelques bureaux de quelques arrondissements.

Tout ça est faux. La réalité de la France des startups, c'est une France qui est partout sur les territoires. Et la réalité de la France industrielle, c'est qu'elle se nourrit des startups et de la rupture.

Première conviction, il faut tordre le cou, si je puis dire, à des oppositions mais il y a une compression de toutes ces dimensions. La deuxième conviction, qui est un peu sa conséquence, c'est que nous avons un besoin impérieux d'accélérer les investissements publics créateurs de croissance, d'emplois et d'indépendance industrielle. Nous avons un débat, nous devons continuer de l'avoir et il faut même le structurer, sur la dépense publique.

Il est important et moi je n'ai jamais pensé qu'on pouvait construire l'avenir d'un pays à crédit ou à découvert. Mais je pense qu'il ne faut pas que ce débat nous conduise à faire des erreurs profondes dans la nature des dépenses publiques et ça, c'est extrêmement important. Je crois que, depuis 4 ans, on a montré qu'on savait consolider les comptes publics sans détruire de la croissance et en baissant même les impôts, ce qui est exactement la trajectoire macro économique qui est suivie depuis 2017.

Baisse historique d'impôts, pour les ménages comme pour les producteurs. Baisse avant crise de la dépense publique récurrente avec de la vraie transformation et modernisation. C'est la trajectoire pour moi qui a du sens mais, dans ce temps d'accélération, il nous faut bâtir les termes d'une crédibilité qui nous permette justement d'accélérer l'investissement public dans l'innovation, l'innovation de rupture et la croissance industrielle parce que c'est le seul moyen, dans le même temps, de construire la production et la croissance qui va nous permettre de continuer à financer notre modèle social et c'est le seul moyen de construire les éléments de modernisation sectorielle qui va nous permettre de baisser la mauvaise dépense, c'est-à-dire la dépense curative.

Si nous ne prenons pas ce virage de l'innovation et de l'industrialisation, nous continuerons de dégrader nos déficits extérieurs parce qu'on continuera de dépendre et d'importer. Et nous continuerons de créer trop peu d'emplois, trop peu d'opportunités pour nos jeunes et donc de les réparer par de la dépense publique. En gros, j'assume totalement un pays qui investit dans la création de nouvelles filières, l'investissement et l'apprentissage, pour moins dépenser dans l'assurance chômage et la réparation des destins.

Et c'est ce changement qu'il nous faut faire. Et c'est maintenant qu'il se joue parce que c'est maintenant que nos filières existantes, par une modernisation profonde se transforment et gagnent la partie. Et c'est maintenant que nous créons de nouvelles filières.

Et donc la clé c'est de comprendre aussi, en quelque sorte par rapport à tous nos modèles, et je parle ici sous le contrôle collectif de nos ministres, nos parlementaires, cher Éric, et bien d'autres qui connaissent beaucoup mieux que moi tous ces sujets. Je vois les parlementaires de la Commission des finances et des Affaires économiques qui sont là en particulier. Je pense que nous avons en quelque sorte, dans nos propres attendus en France, depuis trop d'années, intégré une forme de sentiment de défaite en considérant que la croissance potentielle du pays était quelque chose dont il était écrit qu'elle ne changerait jamais.

Je pense qu'il nous faut réinvestir dans une stratégie de croissance qui consiste à dire en faisant des investissements, mais qui sont par leur gouvernance, leurs modalités totalement distincts de la dépense récurrente, nous devons changer en profondeur les termes de notre croissance potentielle et augmenter la capacité de l'économie française à croître par son innovation, par sa réindustrialisation, par les politiques de formation, pour produire de la richesse et donc se projeter vers son avenir et, dans le même temps, rendre soutenable son modèle social français qu'elle doit continuer à moderniser et à rendre plus efficace. C'est le seul moyen d'y arriver. Et donc, en quelque sorte, je veux que nous retrouvions un cycle vertueux qui est innover, produire, exporter et ainsi financer notre modèle social.

Et je pense que ce modèle vertueux, c'est celui qu'on peut retrouver par un investissement massif dans cette stratégie d'innovation et d'industrialisation qui doit venir en quelque sorte compléter, mais en poussant beaucoup plus loin ce qui a commencé d'être fait sur l'éducation, l'enseignement supérieur, la formation et l'investissement dans la recherche. Car, encore une fois, ce que nous avons fait ces deux dernières années qui était très important, avec la loi de programmation et de modification, est un élément de rattrapage que je ne sous-estime pas mais il faut maintenant porter une stratégie qui est beaucoup plus dans la rupture. Partant de ces constats, de ces convictions et en quelque sorte de cette ligne que je veux dresser, la stratégie pour 2030 doit nous conduire à investir 30 milliards d'euros pour répondre justement à ce déficit qui est le déficit en quelque sorte de croissance français.

Je ne vais pas ici dire que nous allons être les leaders dans tous les domaines, nous devons être lucides sur nos forces et nos faiblesses. Et je pense que ce n'est pas parce qu'on le dit qu'on le devient et je crois à la capacité performative de certaines paroles, mais je suis aussi lucide sur le fait qu'on parle là d'une compétition ouverte. Donc il faut simplement savoir où on veut aller, les moyens qu'on se donne et les objectifs qu'on s'assigne.

Par contre, je pense que nous devons dès maintenant nous dire dans quels secteurs et sur quels domaines nous pouvons être en tête en 2030. En tant que Français et en tant qu'Européens, il y a quelques secteurs où, très clairement, nous pouvons prendre le leadership. Il y a aussi des secteurs où nous avons pris des retards et où nous sommes menacés.

Mais il y a des secteurs que nous n'avons pas le droit d'abandonner parce que, si nous les abandonnions, en quelque sorte nous construirions une dépendance, laissant à nos enfants un tissu économique qui fait qu'ils n'auraient plus à se poser ces mêmes questions. Et donc nous avons aussi des secteurs à réinvestir parce qu'ils sont stratégiques. On doit se dire, d'ici à 2030, on doit consolider nos parts de marchés ou, en quelque sorte, ne pas se laisser décrocher.

Et il y en a d'autres où nous pouvons très clairement faire plus que résister et être dans le peloton de tête. C'est avec cet objectif que nous avons collectivement bâti cette stratégie pour 2030. Et la clé de tout ça, c'est notre indépendance et la capacité à reprendre en main le destin de la France et de l'Europe.

Et, au fond, pourquoi faire tout cela ? Je crois qu'en tant que Françaises et Français, on a une petite idée. Nous ne sommes pas le meilleur pays pour nous adapter aux évolutions du monde.

Quand on nous dit il faut faire cette réforme parce que les voisins l'ont fait, ça marche assez rarement en France. Nous n'avons pas cette mentalité. Je l'ai plusieurs fois dit, assumant moi-même de l'être, je suis le premier des Gaulois réfractaires.

Nous n'aimons pas quand on nous dit vous ne faites pas bien les choses, etc. Ça ne marche jamais chez nous. Par contre, nous n'aimons pas qu'on nous dise il faut faire ça parce que les autres le font et il va falloir s'adapter, mais nous n'aimons pas perdre le contrôle de nos vies individuelles et du destin de notre nation.

C'est ça ce qui nous caractérise, je crois profondément, et c'est d'ailleurs constamment le message de la France au monde et la promesse de la France. C'est de défendre une forme d'humanisme, c'est de dire nous, on a toujours choisi. On a choisi la liberté, les Lumières, les droits de l'homme, l'exigence.

Même quand c'étaient des combats très difficiles, nous avons résisté. Nous avons résisté aux folies du monde, même quand ça paraissait la vague dominante. Je crois que c'est ça ce qui est en cause et ce qui est en jeu pour 2030.

Et, quand je dis bâtir notre indépendance, c'est vraiment de se dire comment la France construit une stratégie qui fait que nous pouvons défendre l'humanisme dans lequel nous croyons pour le siècle qui vient. Et qu'est-ce que ça veut dire, bâtir cet humanisme ? Ça veut dire que, compte tenu des défis que je viens d'évoquer, on voit bien que nous devons mieux produire.

Nous voulons mieux vivre. On veut mieux comprendre le monde. Mais on veut le faire à chaque fois au service de nos valeurs et d'une certaine idée de l'humanisme qui est la nôtre.

Nous croyons au progrès scientifique, rationnel. Nous croyons que celui-ci doit être au service de l'humanité et que l'homme ne doit jamais être en quelque sorte au service d'un progrès technologique qui lui aurait échappé. Deux idées très simples.

Mais si, en quelque sorte, nous bâtissons toute notre stratégie là-dessus, je dirais que l'objectif de la France de 2030 doit être cela : mieux produire, mieux vivre, mieux comprendre le monde, en servant un humanisme français et européen qui est le cœur de notre message, de notre promesse, et de ce que nous avons encore à faire demain et donc, en construisant les voies et moyens, de le faire en étant plus indépendants en tant que Français et Européens. Parce que, si nous déléguons en quelque sorte les moyens de mieux nous nourrir, de mieux comprendre le monde ou d'autres, ce seront les préférences collectives d'autres puissances qui le feront. Les Chinois sont en train de le faire mais avec un autre modèle.

Ils n'ont pas le même modèle agroalimentaire que nous, on le voit bien. Ils n'ont pas le même modèle d'innovation, de respect de la vie privée et autres. Et même les Américains n'ont pas le même modèle que nous.

On a les mêmes valeurs sur certains sujets mais nous n'avons pas les mêmes préférences collectives. On n'a pas le même rapport à l'égalité, à la solidarité collective. Notre société ne fonctionne pas pareil.

Et si nous, Européens, et en particulier nous Françaises et Français, voulons choisir notre avenir, il est essentiel de gagner cette bataille qui est une bataille en quelque sorte pour l'indépendance et la meilleure qualité de vie. Bâtir cet humanisme du 21e siècle, c'est donc mieux comprendre, mieux vivre, mieux produire. Pour y arriver, il y a dix objectifs qu'on va se donner.

C'est le fruit de votre travail. Je ne suis là que le notaire, en quelque sorte, le dépositaire de ce qui a été fait, en essayant de lui donner une forme et de l'inscrire dans le cap que je viens d'évoquer. D'abord, mieux produire.

Mieux produire, au fond c'est la question qui nous est posée à tous, ce sont les tensions qu'on voit dans nos sociétés et dans tous nos secteurs, c'est de dire plus personne d'entre nous ne met en cause le fait que nous devons faire face à un monde qui doit émettre de moins en moins de carbone possible, qui doit réussir à de plus en plus respecter la biodiversité et donc redevenir positif en biodiversité et neutre en carbone en 2050. C'est notre grand objectif, et tout ça commence dès maintenant parce que nos premiers objectifs concrets sont en 2030. Et donc c'est vraiment une série de révolutions dans la capacité à produire l'énergie, à faire de l'industrie, à nous déplacer et à nous organiser.

Premier objectif, l'objectif numéro un, c'est faire émerger en France, d'ici 2030, des réacteurs nucléaires de petite taille innovants, avec une meilleure gestion des déchets. Sur ce sujet, pourquoi le mettre en premier ? Parce que le premier sujet, c'est la production de l'énergie.

Pour produire de l'énergie, et en particulier de l'électricité, nous avons une chance, c'est notre modèle historique. Le parc installé, le nucléaire. J'aurai l'occasion de revenir dans les semaines qui viennent sur l'opportunité de construire de nouveaux réacteurs et sur la stratégie, puisqu'il y a d'abord un travail que nous avons demandé avec le Premier ministre et la ministre à RTE et qui continuera à avancer.

Mais, il faut bien le dire et le rappeler, les 200 000 Françaises et Français qui travaillent dans le secteur du nucléaire, c'est une chance parce que c'est ce qui nous permet d'être le pays en Europe qui est parmi ceux qui émettent le moins de tonnes de CO2 par électricité produite. Nucléaire, parc hydro et notre base installée. Nous devons réinvestir pour être à la pointe de l'innovation de rupture dans ce secteur.

Ça passe par une série de familles technologiques, il ne m'appartient pas ici de les trancher et celles-ci ne sont pas, en quelque sorte, exclusives des choix industriels qu'on doit faire aussi à plus court terme, à la fois sur le nucléaire et les énergies non renouvelables. Mais nous devons absolument nous préparer à des technologies de rupture et de transformation profonde sur le nucléaire. La promesse de ce qu'on appelle les small modular reactors, qui sont les petits réacteurs beaucoup plus modernes et beaucoup plus sûrs, parce que la sûreté est un point-clé du débat sur le nucléaire.

Les technologies pour mieux gérer nos déchets, certaines sur lesquelles nous commençons à avancer, certaines que nous n'imaginons même pas avec, là aussi, un travail fait par nos organismes de recherche qui, pour certains, sont déjà très avancés, par nos grands industriels historiques et aussi par des entreprises de taille intermédiaire, des startups et des PME françaises qui sont en train de proposer des innovations de rupture en la matière. Pour y parvenir, nous devons ouvrir le jeu de manière totalement inédite et nous sommes prêts à y investir 1 milliard d'euros d'ici 2030, en commençant très vite avec des premiers projets très clairs. Et donc là il faut lancer plusieurs projets sur des familles technologiques différentes mais essayer d'avancer pour accélérer sur ce volet.

C'est absolument clé parce qu'on sait qu'on continuera à avoir besoin de cette technologie. Et, au fond, on doit traiter deux sujets-clés : améliorer toujours et encore la sûreté en baissant les coûts et réduire les déchets, ce qui est un point-clé quand on parle de nucléaire. Deuxième objectif, devenir le leader de l'hydrogène vert en 2030.

Là, je le dis en l'assumant totalement, je pense que ça fait partie vraiment d'un des secteurs où nous pouvons être leaders. C'est vraiment une filière dans l'énergie où nous pouvons encore le faire parce que nous avons des atouts. On a un premier atout c'est, encore une fois, le nucléaire.

Pour produire de l'hydrogène, il faut de l'électricité parce qu'il faut faire de l'électrolyse. Il y a beaucoup d'élèves en écoles d'ingénieurs donc j'ai l'impression de dire à des gens qui savent beaucoup mieux que moi comment ça marche, mais je le dis pour que ce soit clair parce que sinon on le perd de vue de nos débats. Donc on a besoin de faire de l'électrolyse.

Ça consomme beaucoup d'électricité. Si on produit de l'hydrogène en utilisant de l'énergie fossile, ça ne sert à rien. On peut produire, on va produire de l'hydrogène en important des renouvelables mais aujourd'hui, compte tenu de l'électrification des mobilités et que l'Europe de toute façon a décidé pour elle-même, on n'aura jamais en Europe suffisamment de production de renouvelable pour faire nos grandes électrolyses et produire de l'hydrogène vert.

Et donc il y a deux grandes stratégies de production d'hydrogène vert. Il y a une stratégie qui consiste à aller faire les énergies non renouvelables pour faire l'électrolyse très loin et réimporter l'hydrogène ainsi produite, un peu comme l'on fait avec le gaz liquéfié et il y a une deuxième stratégie, qui va être le cœur de la nôtre mais on fera les deux, qui va être d'essayer d'en produire beaucoup chez nous parce qu'on a la possibilité de faire de l'électrolyse très décarbonée. Et donc ça, c'est une énorme chance.

C'est ce qui nous permettra d'être un leader. À côté de ça, on a de la très bonne recherche, on a des très bons acteurs, Air Liquide et quelques autres industriels et on a un tissu de startups, d'équipementiers, d'entrepreneurs et d'innovateurs qui sont prêts à y aller et sont organisés. Et donc, ce que nous devons faire absolument sur l'hydrogène, c'est ne pas répéter les erreurs que nous avons faites sur les énergies renouvelables.

On a trop peu investi sur l'offre et la capacité à développer notre filière ou on l'a laissé filer ailleurs. On doit développer notre offre industrielle dans l'hydrogène et donc investir massivement dans cette filière. Tout cela nous permettra de décarboner notre industrie, d'alimenter nos camions, nos bus, nos trains, nos avions, ce qui est une voie absolument formidable.

Ce qui fait que, d'ici à 2030, la France doit pouvoir compter sur son sol au moins deux gigafactories d'électrolyseurs et produira massivement de l'hydrogène et l'ensemble des technologies utiles à son utilisation. En parallèle de ce deuxième grand objectif, nous aurons aussi un objectif d'investissement de plus de 500 millions d'euros, dans les technologies de rupture dans les énergies non renouvelables, en particulier éoliennes, terrestres, en mer et photovoltaïques parce que la stratégie d'investissement dans les énergies non renouvelables est un point-clé pour l'innovation de rupture. C'est ce triptyque, si vous voulez, nucléaire, hydrogène et énergies non renouvelables, par ses innovations de rupture, qui nous permettra de produire différemment de l'énergie et de l'électricité et de commencer à contribuer justement à ce monde où on produit mieux et plus décarboné.

Nous avons, comme vous le voyez, des vrais leviers. On a des vrais avantages historiques, mais il faut accepter d'y mettre les investissements que je viens d'évoquer pour atteindre ces objectifs. Troisième objectif, décarboner notre industrie.

Décarboner notre industrie, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que, à côté de la production de l'électricité, on a de toute façon ce que font nos grands industriels et ils sont, et c'est normal, des émetteurs de CO2 par leurs activités quotidiennes. Dans notre stratégie pour 2030, nous nous sommes engagés à baisser entre 2015 et 2030, 35 % de nos émissions dans le secteur.

C'est, comme vous le voyez, un point important, c'est même un effort colossal. Baisser de 35 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 2015 pour 2030, c'est une révolution productive. On est en 2021, on a fait 4 %.

Donc, c'est simple, on ne va pas fermer ces usines parce que je ne serais pas cohérent avec ce que je vous ai dit sur l'indépendance productive. Donc nous devons massivement investir pour les aider à décarboner. Ce sera un investissement public et privé mais, sans un investissement public, c'est impossible, c'est insoutenable.

Si l'Europe ne conduit pas cette stratégie, sa base productive ira produire de l'autre côté du monde. Et donc toute la stratégie européenne que nous avons commencé à lancer est une stratégie qui vise à accompagner les investissements du privé pour décarboner donc changer complètement le processus industriel, mettre un mécanisme d'ajustement aux frontières pour pénaliser les industriels hors Europe qui n'auraient pas fait ces réformes et essayer de bâtir transition climatique et compétitivité productive et industrielle. La présidence française de l'Union européenne nous permettra, en tout cas nous nous battrons pour ça, de faire avancer l'agenda sur le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières.

Mais, en parallèle de ça, nous devons tous accélérer sur la décarbonation de nos industries. C'est une stratégie qui est poursuivie au niveau européen mais que chaque pays porte aussi et qui est extrêmement onéreuse. Les montants sont énormes pour chaque site industriel.

L'Allemagne vient d'annoncer sa stratégie et c'est la même chose que nous lançons aujourd'hui, de la même manière. Cela veut dire quoi ? Ça veut dire complètement transformer nos grandes aciéries, nos grandes cimenteries, pour leur permettre de continuer à produire d'ici à dix ans en réduisant leurs émissions de CO2.

Acier, ciment, produits chimiques, qui sont les carburants de toutes les autres industries, sont la base de notre tissu industriel. On ne peut pas les perdre mais on doit continuer de les produire en baissant beaucoup plus rapidement les choses. Cette stratégie de décarbonation, ce sont des investissements massifs de plusieurs centaines de millions d'euros par site industriel.

C'est évidemment la préservation de plusieurs milliers d'emplois industriels sur chacun de ces sites, et c'est la clé pour qu'ils ne partent pas à l'autre bout du monde. En parallèle de cela, notre stratégie de décarbonation se complète par la digitalisation et la robotisation de notre industrie, qui est aussi un point-clé, vous l'avez rappelé, cher Frédéric Sanchez, tout à l'heure. On a commencé à le faire avec France Relance.

On va accélérer justement avec la stratégie France 2030, véritablement digitaliser et robotiser pour, là aussi, aller vers une décarbonation de notre industrie. Au total, ce sont plus de 8 milliards d'euros qui seront investis pour atteindre justement ces trois premiers objectifs de décarbonation de notre industrie et de financement d'un nouveau mix électrique et d'innovation dans la production d'électricité. Reprendre le contrôle et produire mieux, comme je l'évoquais, c'est aussi répondre industriellement aux défis de nos modes de transport.

Et c'est pour ça que le quatrième objectif pour moi est de pouvoir produire en France, à l'horizon 2030, près de 2 millions de véhicules électriques et hybrides. Cet objectif, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que, on le voit bien, c'est toujours la même ligne directrice, nous voulons continuer de produire.

Nous croyons dans l'industrie et nous savons que nous devons continuer de réduire nos émissions. C'est ce qu'on fait depuis plusieurs années. On doit, pour cela, continuer de convertir ce qu'on appelle notre parc automobile et donc réussir à faire que les vieux véhicules polluants soient remplacés par des nouveaux véhicules électriques ou hybrides, ou même de dernière génération qui polluent beaucoup moins.

Mais il faut, là aussi, appuyer cette stratégie qui se complète par une stratégie de transport collectif, de nouvelles formes de déplacement, d'une stratégie industrielle. Parce que nous ne voulons pas, nous, grande nation de l'automobile, devenir la nation qui roulera le plus vert avec des voitures qui ne sont plus produites chez nous, ça n'a aucun sens de faire ça. Soyons lucides sur nous-mêmes, les 30 dernières années ont été cruelles pour l'industrie automobile française.

C'est le fruit d'erreurs de politique industrielle. C'est le fruit de stratégies non-coopératives entre les acteurs de l'industrie eux-mêmes, ils ont une énorme responsabilité dans cette situation, et c'est le fruit d'un choix qui a été longtemps le choix français, d'une sous-compétitivité industrielle. C'est simple, quand on décide qu'on fait tout payer par le facteur travail, qu'on ne rémunère pas bien le capital, on sous-investit.

Et, quand les acteurs décident de ne pas coopérer, eux-mêmes délocalisent et vous avez un peu près le résultat de l'industrie automobile française, qui a détruit beaucoup d'emplois durant les dernières décennies. Je fais confiance dans tous les acteurs, je les reverrai dans quelques semaines, pour vraiment remobiliser les choses parce qu'on prend des grands investissements, mais le changement c'est aussi un changement de culture. On doit réinvestir massivement.

Au fond, l'industrie automobile de demain, nous ne referons jamais en France du moyen et haut de gamme en classique. Ce n'est pas vrai. Cette bataille, objectivement on s'est fait distancer, on le sait très bien.

Luc est là pour la plateforme, qui joue un travail extraordinaire depuis maintenant quelques années à mes côtés, mais on a besoin d'aller sur les technologies de rupture et l'innovation. On a commencé à le faire sur les batteries. On doit continuer à le faire sur justement les nouveaux véhicules mais tout ça ne marche que s'il y a une vraie stratégie coopérative, en particulier de nos grands constructeurs.

Si les grands constructeurs français ne jouent pas le jeu, je le dis ici parce qu'ils ont leur part dans cette affaire, nous ne réussirons pas cette partie. Ce n'est pas qu'une politique de l'État. Ça ne marche que s'ils ont une stratégie d'investissement sur le tissu productif français, d'achat à l'égard de leurs sous- traitants et qu'ils sont beaucoup plus coopératifs.

Par contre ce quatrième objectif il est tenable, celui d'avoir pour 2030 près de 2 millions de véhicules électriques et hybrides. Ça consiste en quelque sorte à préserver les parts de marchés au niveau européen qui sont ceux de la France. Dans un marché qui va être en expansion, c'est vraiment de réussir à tenir.

Cette révolution du véhicule électrique est en marche. Les primes et les bonus de France Relance ont permis de l'accélérer, et là-dessus nous avons montré l'efficacité de nos dispositifs. Nous devons continuer à y prendre part, tant sur le segment véhicules où nos grands acteurs sont en pointe, que sur le segment batteries pour lequel nous développons et nous continuerons de développer.

On a actuellement trois gigafactories qui sont en développement. Et donc je pense que vraiment cet objectif de rouler électrique et cet objectif à 2030 de deux millions de véhicules hybrides et électriques, il est atteignable par la France. À la fin du mois, je reverrai l'ensemble des acteurs de la filière, à la fois sur les infrastructures et les investissements mais, si nous continuons d'investir sur les batteries, le tissu industriel, la montée en modernisation et digitalisation, nous pouvons y arriver.

Et c'est vraiment un objectif que je nous assigne collectivement car c'est absolument clé pour beaucoup de nos territoires et pour, là aussi, avoir une stratégie de transition énergétique qui soit cohérente avec la production industrielle. Cinquième objectif c'est produire en France, à l'horizon 2030, le premier avion bas carbone. Je pense que c'est tout à fait faisable.

Les meilleurs experts m'ont dit : jamais avant 2035. Mais, comme les meilleurs experts me disaient il y a 8 ans on ne verra jamais des petits lanceurs et, il y a un an, vous n'aurez pas de vaccin, je me dis que je suis, à mon avis, beaucoup trop pessimiste de dire 2030. Sur tous ces sujets, c'est un sujet de mobilisation, de concentration des efforts et c'est un sujet où on ne doit pas être, en quelque sorte, les otages de nos processus passés.

Donc la France est un grand pays d'aéronautique. Sur ce volet, nous allons là aussi investir massivement pour permettre de déployer, d'ici à 2030, ce premier avion bas carbone qui doit être un projet français, nous nous lançons, mais dont l'objectif est de l'européaniser au maximum. C'est la stratégie que, sur ce segment, nous avons depuis le début, comme vous le savez.

C'est ce qu'on fait pour l'avion de combat du futur. C'est ce qu'on a fait historiquement pour les grands groupes industriels, et on doit continuer d'accélérer. Sur l'automobile et l'aéronautique, j'assume complètement ici leur place dans cette stratégie.

Ce sont deux secteurs qui sont au coeur de l'imaginaire industriel français. Ce sont deux secteurs qui doivent être au coeur de l'avenir industriel français, et nous avons les moyens de le faire. On a eu des moments difficiles, en particulier dans l'automobile.

On a eu des peurs difficiles, en particulier dans l'aéronautique, pendant la crise, mais nous devons réinvestir massivement et trouver aussi des logiques d'acteurs. Et je veux vraiment remercier l'ensemble des parties prenantes qui sont dans la salle et qui, ces dernières années, ont beaucoup œuvré pour qu'on retrouve une logique beaucoup plus coopérative sur ces filières, et je pense que c'est essentiel. Mais, au total, ce sont près de 4 milliards d'euros qui seront investis sur ces secteurs des transports du futur.

Mieux produire, vous l'avez compris, va tourner véritablement autour de ces cinq grands objectifs. Ensuite, quand on parle de mieux vivre, mieux vivre c'est avoir une qualité de vie pour la population française et avoir une contribution française pour cette qualité de vie qui, à mon avis, reposent sur quelques objectifs d'ici 2030. Le sixième objectif que nous devons nous assigner, c'est précisément d'investir dans une alimentation saine, durable et traçable.

C'est en quelque sorte d'accélérer la révolution agricole et agroalimentaire que nous sommes en train de mener et sur laquelle la France est un des pays leader. La France, là aussi c'est notre passé industriel et agricole, la France agricole a à chaque fois réussi en quelque sorte les objectifs que la nation lui assignait. Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, on a assigné comme objectif à nos paysans de nourrir le pays, au niveau français puis au niveau européen.

Et la ferme française l'a fait. Elle a réussi, à travers deux grandes révolutions historiques, celle de la mécanisation puis celle de la chimie. Mais elle a réussi à produire, produire de plus en plus, nourrir une population qui était en croissance, la nourrir de mieux en mieux, aux standards de qualité, et exporter.

N'enlevons quand même rien de cette fierté française. On a réussi à le faire et cela a ensuite été transféré au niveau européen. Nous avons une transition aujourd'hui qui est en train de s'accélérer et le monde est en train de s'accélérer.

Et c'est certainement l'un des secteurs qui est le plus au confluent de toutes les tensions que j'évoquais tout à l'heure. Il faut nourrir de plus en plus de monde. La biodiversité est devenue une denrée rare, alors que ça n'avait pas de valeur il y a dix ans pour beaucoup et il faut décarboner la production.

Et donc c'est l'un des secteurs qui est en train de se transformer le plus rapidement sous contrainte, alors même que nos sociétés, depuis maintenant une quinzaine d'années, ont fait le choix que l'alimentation n'avait presque plus de valeur. Dans le panier moyen des Françaises et des Français, l'alimentation vaut beaucoup moins qu'il y a quelques décennies et donc, au moment où il faut investir, faire toute cette transformation, on a décidé il y a une dizaine d'années, de dire le prix qu'on doit assigner dans notre budget moyen est de plus en plus faible. Ce qu'on est en train de faire depuis maintenant quatre ans, pour vous remettre tout ça dans la stratégie, c'est de remettre de la valeur dans l'agriculture parce que ce n'est pas vrai qu'on fera quoi que ce soit s'il n'y a pas de valeur, et donc de dire nos agriculteurs doivent être payés pour le travail fait, l'investissement fait.

On doit aider à réinvestir et on doit aider à l'ensemble de ces transitions : EGalim1, EGalim2, les stratégies de filières, les deux piliers, la PAC, etc parce qu'il nous faut réussir à ce que chaque agriculteur puisse vivre de son travail, qu'on réussisse une transition démographique au moment où nous avons une transmission entre générations inédite dans notre pays, et produire de plus en plus avec une qualité et une sécurité alimentaires qui soient toujours améliorées. Pour réussir cette nouvelle révolution de l'alimentation saine, durable et traçable, qui sont les trois objectifs que nous devons nous donner pour 2030, nous devons investir dans trois révolutions qui vont en quelque sorte être la suite de la révolution mécanique et de la révolution chimique qu'on a connues : le numérique, la robotique, la génétique. Ce sont les trois transformations essentielles et ça passe par de l'investissement, là aussi, et des technologies de rupture.

Dans la robotique agricole, pour permettre parfois de sortir de certains pesticides, de sortir de certaines pratiques, pour aussi améliorer la qualité de vie et améliorer la productivité ; dans la donnée, ce qui permet à la fois une gestion plus fine des productions en fonction des différents aléas et le traçage des aliments parce que c'est ce que demandent les consommateurs ; et dans la diversité génétique, pour des productions plus résilientes et plus solides ; dans les bio solutions, la captation du carbone pour une agriculture qui soit compatible avec l'exigence environnementale. Vous l'avez d'ailleurs très bien dit. Et donc, la révolution dans laquelle nous sommes, c'est celle numérique, robotique et génétique, et c'est celle qui nous permettra de continuer à produire pour nous nourrir, en améliorant toujours la qualité de notre alimentation, en améliorant notre compétitivité et en baissant les émissions de CO2.

Si on ne traite qu'un de ces termes, on ne répond pas à la question. Si on a une transition agricole qui ne règle que le problème de l'émission de CO2 de notre agriculture, c'est simple, on aura moins d'agriculture française mais on importera plus de produits qui sont faits ailleurs, sur des standards qui sont moins bons que les nôtres. C'est l'erreur à ne pas faire.

Et donc c'est une stratégie française qu'on veut dupliquer au niveau européen mais qui, là aussi, passe évidemment par des transitions, des aménagements, mais qui passe par de l'investissement pour permettre d'accompagner ces ruptures. Au total 2 milliards d'euros, dont des fonds propres, seront consacrés à ces enjeux. Mieux vivre, c'est donc mieux se nourrir et réussir cette transformation profonde de l'alimentation d'ici 2030.

Mieux vivre, c'est aussi mieux se soigner. Là-dessus, je serai très rapide parce que je l'ai déjà évoqué au mois de juillet dernier, à travers le Plan Innovation Santé 2030. Mais au fond, si on veut nous bâtir une stratégie de santé, plusieurs acteurs sont là qui continuent à beaucoup se battre sur ce secteur, on doit regarder là aussi nos forces et nos faiblesses.

Nous avons une très grande recherche en matière de santé, au sens large du terme. Nous avons un modèle français de CHU qui est à réformer et à moderniser mais qui est une force française en ce qu'il lie la clinique et la recherche. Nous avons un système de santé qui est juste et qui a tenu, sur lequel nous avons décidé d'investir beaucoup à travers le Ségur.

Mais nous avons perdu et reculé sur ce secteur de la santé ces dernières années. La France était au premier rang de la production européenne il y a vingt ans. Nous sommes aujourd'hui au quatrième rang.

C'est une réalité. C'est le fruit de la désindustrialisation que j'évoquais tout à l'heure, de mauvais choix, du fait aussi que les ruptures dans ce secteur se sont faites dans des segments où les Anglo-Saxons en particulier sont allés beaucoup plus vite que nous, les biotechs, et donc on a raté pendant plusieurs années cette porte, si je puis m'exprimer ainsi. Mais les résultats sont là et ils sont assez cruels pour nous.

Les traitements les plus innovants ont eu tendance à s'inventer ailleurs, avec un impact majeur et avec un impact qui peut ensuite, je dirais, croître sur à la fois l'accès aux traitements mais aussi sur notre capacité-même à financer notre modèle. Donc nous n'avons pas d'autre choix que, en quelque sorte, d'accélérer et là, pour le coup, de revenir vraiment dans les tout meilleurs de tête sur le secteur de la santé. Nous avons les capacités humaines.

Nous avons les infrastructures de recherche et de pratique. Maintenant, c'est une question de choix scientifiques et technologiques et d'investissement collectif. À travers le plan Santé Innovation 2030, qui est un plan sur lequel j'ai, à la fois sur ces nouveaux crédits et ceux du PIA, décidé d'investir 7 milliards et demi d'euros justement sur notre santé, Quel est notre objectif ?

C'est de nous dire : nous avons la possibilité de retrouver la tête sur une médecine plus prédictive, plus préventive, plus innovante, et avec un tissu productif davantage fait en France. La révolution médicale, elle se fera sur ces critères, c'est-à-dire la convergence des innovations de rupture en santé, mais aussi de la convergence avec le quantique, l'intelligence artificielle et tout ce qui nous permet, avec l'Internet des objets, de faire converger des familles technologiques qui étaient jusqu'alors séparées. Et ce qui permet à la fois d'avoir les meilleurs traitements, de répondre aux défis d'un pays vieillissant comme le nôtre qui est celui des maladies chroniques, et de ne pas avoir une explosion de nos dépenses de santé collective, c'est d'avoir une médecine de plus en plus personnalisée et prédictive.

On le sait bien. C'est de l'investissement dans des techniques de rupture. Je ne reviendrai pas sur le plan que j'avais présenté en détail, mais il vient en complément de la Loi de programmation pluriannuelle pour la recherche, qui a déjà beaucoup investi sur la santé et qui permettait, sur beaucoup de filières, de commencer à raccrocher, voire à consolider nos points forts.

L'objectif concret que nous devons nous donner d'ici à 2030, c'est d'avoir au moins 20 biomédicaments contre les cancers, les maladies émergentes et les maladies chroniques, dont celles liées à l'âge, et de créer les dispositifs médicaux de demain en France. C'est un objectif très concret, mais il est atteignable, au-delà de l'écosystème de santé et d'innovation en santé que j'ai rappelé il y a quelques semaines. Mais avoir au moins ces 20 biomédicaments et ces dispositifs médicaux de demain, c'est un objectif sur lequel nous devons concentrer tous les efforts.

Et l'Agence d'innovation en santé sera un point extrêmement important à mes yeux pour y arriver. Huitième objectif, c'est placer la France en tête de la production des contenus culturels et créatifs. Pourquoi je le mets dans le Mieux-vivre ?

Parce que, nous en avons fait l'expérience pendant cette crise, mieux vivre, c'est mieux nous nourrir, mieux nous soigner et pouvoir avoir l'imaginaire qui correspond à ce qu'est cet humanisme français. C'est ça, la France ! Donc mieux vivre en 2030 et autres, c'est aussi être dans un pays, dans un monde où l'imaginaire dans lequel, les histoires dans lesquelles nous évoluons sont les nôtres, en tout cas font partie de notre histoire, de notre vision du monde, de nos valeurs et de ce que notre civilisation porte.

Et je pense que cette bataille, à dessein, je la mets là, est aussi une bataille d'innovations et de rupture. Les industries culturelles et créatives sont des industries ouvertes qui sont en compétition. Les séries, les films que nous regardons sur les plateformes comme Netflix, Amazon et Disney+, les jeux vidéo auxquels nos enfants sont confrontés, forgent nos imaginaires, nos accès à l'information, mais aussi nos accès à des représentations, à des héros, une forme de nouvelle anthropologie collective.

C'est une réalité. Donc la France a quelque chose à dire là-dessus d'abord parce que nous sommes un pays de littérature, de création et de philosophie. Ensuite, parce que je pense que les conséquences humaines, anthropologiques et politiques du rapport au contenu, à la création et à tout ce qui va se dire, se créer et s'échanger dans le monde en 2030 est essentiel pour nous.

Si notre jeunesse en 2030, nous tous, nous n'avons le choix qu'entre des contenus qui, pareillement, sont produits par d'autres grandes puissances, que nos histoires sont perdues, que nos scénaristes ne sont plus ceux dont nous lisons les histoires, que les fictions que nous regardons ne sont plus celles qui sont produites en France, que notre patrimoine culturel comme notre création contemporaine ne sont plus ceux auxquels nous avons accès, nous changeons de monde, drastiquement ! Ce que je suis en train de dire est possible ! La France a toujours réussi à construire un modèle qu'on a longtemps appelé " d'exception culturelle française " parce que nous étions aux avant-postes.

Nous sommes le pays qui a inventé les droits d'auteur, qui a protégé les créateurs, qui a inventé l'exception culturelle et la capacité à préserver une littérature, un théâtre et un cinéma qui ne soient pas digérés par l'uniformité mondiale. C'est un combat du mieux-vivre, et c'est un combat pour la France de 2030. C'est un combat qui est à la fois civilisationnel et créateur de valeur.

Ce n'est pas un combat nostalgique du tout, c'est un combat très conquérant. Mais je pense qu'il est beaucoup plus important que beaucoup de combats dont on nous rebat les oreilles aujourd'hui, parce qu'on peut avoir tous les débats d'hier et d'aujourd'hui, si ce qui est en train de se passer continue de se jouer, ce seront des débats pour les archives. La question, c'est : Qui, aujourd'hui, bâtit l'imaginaire français, européen et mondial de demain ?

C'est une compétition, ni plus, ni moins ! C'est une vraie compétition, avec de vrais chiffres : aujourd'hui, les industries culturelles et créatives, ce sont 640 000 emplois, 91 milliards de chiffre d'affaires et une industrie qui exporte. Aujourd'hui, je regarde beaucoup de nos voisins, ils investissent des milliards d'euros dans ces industries pour créer des studios, développer des séries et autres.

Sur ce sujet, il y a évidemment tout le secteur privé qui doit être largement contributeur. Je ne pense pas du tout que ce soit à la puissance publique de développer les industries culturelles et créatives de demain. Mais dans le pays de Colbert, des manufactures, de Malraux [INAUDIBLE], nous avons cette tradition, et il faut d'ailleurs l'assumer en la modernisant.

Le rôle de la puissance publique est de déclencher des pratiques d'investissement et la création de filières, en tout cas leur consolidation. Et ce huitième objectif, c'est véritablement de déployer avec les acteurs une stratégie d'investissement massive pour nos studios, la formation de nos professionnels et les investissements dans le développement de nos contenus. Il s'agit là d'inverser complètement la dynamique telle qu'elle est en train de se jouer aujourd'hui.

Plusieurs territoires ont d'ores et déjà été sélectionnés, identifiés. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que nous avons des grandes écoles, dont celle d'ailleurs des Gobelins, pour former les jeunes.

Nous sommes en train de manquer de techniciens, de scénaristes, de professionnels dans tous les secteurs de la création. Nous devons avoir une stratégie de formation et de déploiement de ces métiers, qui vont du moins qualifié au plus qualifié et au plus créatif, dont la diversité est extrême. La deuxième chose : nous parlons aussi d'investissements concrets.

Tous les grands pays qui veulent être compétitifs dans les industries culturelles et créatives sont en train de construire des grands studios, parce qu'ils vont révolutionner, ils sont en train de révolutionner le modèle industriel de production de ces contenus. Nous devons être dans la partie. Trois sites ont déjà été sélectionnés, mais c'est la France entière qui doit y contribuer.

Ensuite, on doit accélérer et stimuler en quelque sorte les investisseurs privés et ils sont en train de continuer à accélérer pour créer des synergies, investir encore davantage sur les nouveaux canaux et les nouveaux vecteurs. Ce sujet, cet objectif, je considère que c'est un élément essentiel du " Mieux-vivre " en 2030. Enfin, " Mieux comprendre ".

Il y a deux objectifs qui sont un peu plus en rupture, mais quand on parle de la France de 2030 et de ce vers quoi nous devons nous projeter, je pense qu'on ne doit pas oublier de continuer à être des défricheurs. C'est à la fois notre histoire, ce sont des rêves fous, c'est ce qui a poussé beaucoup de jeunes et moins jeunes à aller vers les métiers de la science, de l'industrie, etc. Ce sont en quelque sorte les grandes odyssées d'exploration et d'aventures à la fois humaines, intellectuelles et de recherche.

Il y en a deux, qui sont les deux derniers objectifs qui ressortent de vos travaux pour 2030, qui me paraissent extrêmement importants. Ce sont ceux de l'espace et des grands fonds marins. Je le dis à dessein, parce que nous sommes une nation qui a un capital historique, industriel, géographique et imaginaire sur ces deux grands sujets.

Ce sont deux sujets qui ont d'abord toujours tiré les grandes innovations. Par le spatial, nous avons toujours tiré les grandes innovations dans l'aéronautique ou dans beaucoup d'autres secteurs. Et quand je parle du " marin ", nous sommes la deuxième puissance maritime au monde.

Donc on ne peut pas penser la France de 2030 sans penser ces deux espaces, si je puis dire, en tout cas ces deux reconquêtes. Je vais essayer très rapidement de dire ce vers quoi nous voulons aller. Notre neuvième objectif, pour " Mieux comprendre ", c'est de prendre toute notre part à la nouvelle aventure spatiale.

Il y a ce qu'on appelle un New Space qui est en train de se construire. Il y a ici beaucoup de directeurs de celui-ci, et de bien plus experts que moi. Mais de quoi s'agit-il ?

Le monde qu'on pensait impossible est arrivé beaucoup plus vite qu'on ne le croyait. Le monde du spatial dans lequel nous vivions était un monde oligopolistique tenu par quelques États. Et dans ces États, quelques opérateurs qui ont eu un rôle, et ont continué à avoir un rôle très important, qui ont permis d'ailleurs à des filières industrielles de se développer, de se consolider et d'avoir des résultats exceptionnels, et qui sont très importantes pour la France.

De nouveaux acteurs ont émergé beaucoup plus vite qu'on ne le pensait ces dernières années. Vous les connaissez, ils ne sont pas arrivés par la grâce ou le hasard : investissements massifs de départements, enfin d'agences d'État et d'argent fédéral, et innovations de rupture portées par des acteurs innovants. C'est le modèle SpaceX : beaucoup d'argent du département américain et un innovateur de rupture qui change des pratiques et des habitudes industrielles.

Ça marche ! On est en train, en tout cas sur ce sujet, d'avoir une accélération des pratiques industrielles de l'innovation, mais ce faisant, aussi du comportement des puissances. Donc il y a une accélération technologique et industrielle des usages et de la géopolitique dans le spatial.

Je ne veux pas être ici trop long, mais c'est ce qui est en train de se passer. C'est ce qui a d'ailleurs présidé à nos décisions dans la Loi de programmation militaire, c'est de créer un nouveau commandement de l'espace au sein de notre armée de l'air pour faire face à ces défis. Mais il y a des nouvelles conflictualités, de nouveaux acteurs qui arrivent, et donc la question de la confiance, de la sûreté dans l'espace, est en train de se poser dans des termes radicalement nouveaux.

Je ne veux pas être ici trop long, mais tout ça suppose que la France, en assumant de travailler avec les acteurs établis, mais aussi avec des acteurs qui peuvent innover et changer la donne dans ce domaine, et c'est le mariage que nous devons réussir culturellement ensemble à faire, que la France réussisse à innover dans les nouvelles explorations spatiales, les nouveaux usages et tout ce qui redéfinit les nouveaux termes de la souveraineté et de la confiance dans l'espace. Pour cela, à court terme, nous avons plusieurs objectifs : les mini-lanceurs réutilisables, qui est un objectif qu'on doit pouvoir atteindre d'ici 2026, mais aussi les micro et minisatellites, les constellations de demain, et l'ensemble des innovations technologiques et de service qui sont au coeur de ce nouvel espace. Dixième objectif enfin, dans ce " Mieux comprendre ", c'est l'investissement dans le champ des grands fonds marins.

La France, je le disais, est la deuxième puissance maritime du monde. Et il y a aujourd'hui pour comprendre, pour connaître les grands fonds marins, des innovations de rupture à conduire pour mener ces explorations et permettre le travail scientifique. J'entends déjà le débat à venir !

Je ne parle pas d'exploitation, à ce moment-là, je parle d'exploration. Mais qui peut accepter que nous laissions en quelque sorte dans l'inconnue la plus complète une part si importante du globe ? Nous avons, dans nos zones économiques exclusives, la possibilité d'avoir accès à ces explorations, ce qui est un levier extraordinaire de compréhension du vivant, peut-être d'accès à certains métaux rares, de compréhension du fonctionnement de nouveaux écosystèmes, d'innovation en termes de santé, en termes de biomimétisme, etc.

Il y a des familles d'innovations, derrière l'exploration des grands fonds marins, qui sont inouïes. Donc notre volonté est aussi, pour cette France de 2030, d'assumer un investissement de la nation dans le champ des grands fonds marins, qui soit la clé là aussi pour ensuite évaluer les applications possibles et conduire ce cheminement. Voilà les dix grands objectifs pour à la fois mieux produire, mieux vivre et mieux connaître le monde de 2030.

Dix grands objectifs dont vous voyez bien que, à chaque fois, l'idée est de retrouver notre indépendance, et, en quelque sorte, de vivre mieux compte tenu des grands défis du monde que j'évoquais. Je crois qu'avec ces dix objectifs, si nous arrivons, ou à être leader, ou à rattraper le retard, ou à être dans le peloton de tête, nous pouvons nous dire : la France aura la possibilité de choisir son avenir, apportera une contribution au monde, et permettra en quelque sorte de définir ce " Vivre mieux " en choisissant notre destin. Pour ce faire, une fois que j'ai dit tout ça, il y a des conditions de réussite, et donc il nous faut sécuriser les conditions de l'innovation.

Les dix objectifs que j'ai donnés sont en quelque sorte une façon menée par les finalités, plusieurs filières industrielles d'innovation, de rupture ou de recherche. Et je l'assume. Mais on ne réussira pas tout ça, au-delà des grandes réformes macroéconomiques que j'évoquais au début de mon propos, si, dans le même temps, nous n'arrivons pas à sécuriser cinq grandes conditions.

La première, ce sont les matières. Tout ce que je viens de dire, en tout cas la plus grande part de ce que je viens de dire, ne peut pas fonctionner si nous ne sécurisons pas autant que possible l'accès à nos matériaux. Nous l'avons vécu au début de la crise, on le vit aussi en sortie de crise, dès que l'économie mondiale, qui accélère sur telle ou telle priorité, est en concurrence, on a un problème d'accès aux matériaux.

Là-dessus, nous devons être lucides : nous sommes en retard dans nos stratégies. Les Chinois ont intégré bien avant nous cette dynamique de rareté dans l'accès aux matériaux, parce qu'ils se sont pensés bien avant nous comme une grande puissance qui pouvait être en surchauffe. Pour ça, on doit se mettre en situation, ce que nous avons commencé à faire, mais avec ce plan France 2030, on doit l'accélérer, de garantir notre approvisionnement en plastiques et métaux, et investir dans le recyclage et ce qu'on appelle l'économie circulaire.

Dans le plan France 2030, il y a une série d'initiatives très concrètes sur l'approvisionnement plastiques et métaux et l'économie circulaire pour sécuriser ces filières, et permettre soit de moins dépendre, soit de réduire notre dépendance à l'importation sur ces métaux et matériaux. Autre élément clé pour la sécurisation de ces matériaux, la consolidation de la filière bois, que nous avons commencée, qui est absolument clé, on le voit, et qui est un élément absolument structurant de cette sécurisation. Pour pouvoir aussi produire demain nos batteries au lithium ou au nickel, nos moteurs électriques qui sont faits de terres rares, nos solutions aéronautiques au titane, nous devons non seulement importer ces matériaux très concentrés géographiquement, mais aussi les recycler massivement.

Donc sur tous ces métaux et terres rares, nous avons commencé le travail de cartographie de nos dépendances. Et l'idée est de réduire au maximum celles-ci, de sécuriser nos apports, mais de travailler sur nos chaînes de recyclage et de réutilisation de ces métaux et matériaux, pour permettre là aussi de réduire nos dépendances. Il s'agira à cet égard de faire émerger des acteurs français du recyclage chimique, enzymatique, mais également de construire des usines qui permettront par exemple de recycler les terres rares.

Sur ces volets, il y a, vous le voyez bien, une stratégie de sécurisation de l'approvisionnement. Il y a une stratégie de recyclage, puisque nous en avons qui tourne dans notre industrie, qu'il faut pouvoir réutiliser. Mais il y a aussi une stratégie d'innovation de rupture, soit pour inventer des substituables, soit véritablement, avec des startups qui sont en train de le bâtir pour notre industrie, de sécuriser beaucoup mieux notre approvisionnement en matériaux.

C'est la première condition pour réussir tout ce que j'évoquais. Il faut le faire dès maintenant, parce que si on part sur les dix objectifs que j'évoquais en oubliant ça, nous ne réussirons pas la route. Deuxième élément à sécuriser, ce sont les composants.

Là aussi, la crise nous a montré nos défaillances. Nous sommes en train de sortir de crise avec si je puis dire une crise d'une rareté extrême sur les semi-conducteurs, parce que tout le monde y va en même temps : l'automobile, les applications, la téléphonie, etc. Il y a un moment de surchauffe.

Il y a eu aussi des stratégies d'achat différentes. Mais on voit bien qu'on a un problème. La crise nous a montré toutes ces défaillances.

On l'a vécu aussi dans les composants dans le domaine médical. On le voit dans les composants électroniques et robotiques, là aussi. De manière très claire, nous avons, sur le sujet des composants en particulier électroniques, un énorme défi.

C'est la deuxième condition qu'on doit remplir si on veut réussir France 2030. L'Europe ne produit plus que 10 % des composants électroniques mondiaux. Elle a perdu une part importante de son autonomie sur plusieurs équipements de robotique et de numérique.

Or, de plus en plus, tout est robotique, tout est électronique, et on a donc besoin de sécuriser l'ensemble de ces composants sur la filière. Ce qui veut dire que nous devons avoir une stratégie européenne et française. Elle doit être européenne compte tenu des masses et de l'enjeu.

Mais il y a aussi de la concurrence intra-européenne, donc on doit assumer d'avoir une stratégie française. Nous voulons être en capacité de doubler notre production électronique d'ici 2030, et de construire une feuille de route vers des puces électroniques de plus petite taille pour rester un des leaders du domaine. Mais il faut les deux : produire davantage pour réduire notre dépendance, et aller vers les plus petites tailles pour, là aussi, vers les applications les plus innovantes, réussir à moins dépendre.

Cette stratégie est absolument clé. Elle doit aussi s'étendre à la robotique, qui, on le sait, est désormais au coeur de la compétitivité industrielle comme je l'évoquais. Au total, sur nos composants physiques et électroniques, ce sont près de 6 milliards d'euros que nous investirons, pour créer les conditions de possibilités d'atteindre nos objectifs.

La troisième condition, une fois qu'on a les matériaux et qu'on sécurise les composants, c'est évidemment de maîtriser les technologies numériques souveraines et sûres. Sur ce sujet, je serai très rapide, parce que nous avons déjà posé les bases de cette stratégie à travers ce que nous avons mis en place : les plans pour l'intelligence artificielle, la cybersécurité, le cloud, jusqu'aux ordinateurs quantiques. Mais il nous faut poursuivre et intensifier cette stratégie.

Pourquoi ? Parce que nous sommes en train de créer des dépendances et des ouvertures partout. Est-ce que nous aurons un cloud totalement souverain à cinq ans ?

Il y a plus expert que moi dans la salle, je crois que ce n'est pas vrai. Parce qu'on a pris beaucoup de retard, et parce que la différence d'investissements entre la plaque européenne et américaine, c'est un facteur 10 aujourd'hui. Chez les acteurs privés !

Par contre, on doit sécuriser les briques les plus sensibles, et nous devons investir sur les éléments les plus souverains pour sécuriser nos écosystèmes. Et là, c'est très complémentaire avec tout le travail que la French Tech fait admirablement, que font nos investisseurs, qui sont là pour former, investir dans nos startups, les aider à se développer et à continuer à monter en gamme. Mais nous devons assumer d'avoir aussi des investissements publics, au niveau national et européen, pour consolider les stratégies que nous avons développées, en particulier dans le quantique, dans le cyber et dans le cloud, pour structurer véritablement les briques technologiques, les éléments les plus sensibles sur lesquels nous avons absolument besoin d'une solution européenne, ou française lorsque la solution européenne n'existe pas.

Cet élément est absolument clé. Quatrième condition pour y arriver, ce sont les talents, vous l'avez très bien dit. Je serai très rapide, mais il y a dans France 2030 un investissement massif de 2 milliards et demi d'euros pour nos talents.

Pourquoi ? Pour permettre d'accélérer la formation sur des nouvelles filières, peut-être de regarder l'accélération de certaines formations dans des segments de pointe, et, en lien avec nos universités, nos écoles et nos organismes de recherche, de nous doter d'une stratégie à dix ans de prévision des besoins, de concentration des moyens sur ces nouvelles filières, et de définition de stratégies de nouvelles filières, au fond, de démultiplier et de passer à l'échelle ce que nous avons fait depuis quatre ans à travers la réforme de l'enseignement supérieur et la Loi de programmation. C'est un volet absolument clé.

C'est pourquoi ces 2 milliards et demi sont évidemment une composante clé pour tenir les dix objectifs que j'évoquais. Le cinquième point, c'est le capital. Il n'y a pas de révolution industrielle, et pas de France 2030, si on n'arrive pas à mener cette révolution du capital.

Elle a commencé. Je le disais, nous avons profondément changé la fiscalité sur le capital en rendant plus attractif l'investissement en France. Et on en voit les résultats : nous sommes redevenus les plus attractifs d'Europe.

Nous avons réussi à structurer ensuite un capital qui accompagne les entreprises dans la croissance. C'est ce qu'on a fait avec les fameux fonds Tibi, pour amener une partie des investisseurs institutionnels vers ce qu'on appelle, pardon de cet anglicisme, le " late stage ", donc aider à monter l'investissement et des tickets plus importants, ce qui nous permet d'avoir de plus en plus de startups et de PME qui deviennent des ETI et des champions. Nous dépasserons largement l'objectif de 25 licornes pour 2025, et j'ai compris que certains veulent aller aux décacornes maintenant, et je suis totalement pour y aller au maximum, mais continuer en tout cas à développer des très grands champions français.

Pour y arriver, il faut continuer la stratégie macroéconomique qui est la nôtre, donc continuer à investir beaucoup de capital et rendre attractif cet investissement en capital en France. Mais nous avons un point sur lequel nous sommes en difficulté, et qui fait le lien avec tout ce que je vous dis depuis tout à l'heure, qui est l'investissement dans l'industrialisation de l'innovation de rupture, et sur lequel, qu'il s'agisse d'ailleurs des secteurs très industriels ou de la bio, il y a une faille de marché parce qu'on n'a pas encore suffisamment d'investisseurs en France. Il faut beaucoup, beaucoup d'argent, très vite, au même endroit.

Et si on perd la bataille et que l'industrialisation se fait ailleurs, souvent, on perd le marché avec. Or, un démonstrateur industriel, ce sont plusieurs dizaines de millions d'euros pour une startup, et on change tout de suite d'échelle. C'est pourquoi, dans le cadre de ce plan France 2030, cinquième point sur lequel je voulais insister, en préconditions dont nous voulons nous doter, c'est une stratégie en investissement en capital qui est l'investissement dans la Deep Tech et les startups industrielles.

La BPI, structurant là aussi un fonds de fonds et l'ensemble des acteurs du domaine, comme elle l'a très bien fait d'ailleurs pour les autres domaines que nous avons choisis depuis plusieurs années, sera en charge de ce programme. L'objectif, c'est de permettre à des startups qui sont dès les premières phases d'industrialiser très vite leur innovation et de monter en un temps le plus rapide possible leur prototype, leur démonstrateur industriel, et donc de pouvoir avoir un investissement de 20, 30, 40, parfois 50 millions d'euros, vous le savez mieux que moi, pour développer ce démonstrateur et commencer leur industrialisation en France. Si on arrive à faire ça, on arrive ensuite à développer l'Industrie qui découle de ces innovations sur le sol français, à recréer encore plus d'emplois, et a démontrer ce que j'évoquais tout à l'heure de la réconciliation entre les startups et l'industrie.

C'est ce qui est en train de se passer, mais il faut pouvoir l'accélérer. L'objectif que nous devons avoir en 2030 est d'avoir au moins 100 sites industriels par an qui émergeront ainsi dans le cadre de cette Deep Tech. Il nous faudra également accélérer dans ce cadre la croissance de ces entreprises à un niveau européen.

L'idée, c'est de démultiplier au niveau européen ce qu'on a fait au niveau français. Au total, ce sont près de 5 milliards d'euros, dont 3 milliards en fonds propres, que nous sommes prêts à injecter pour la croissance de nos écosystèmes de recherche et d'innovation en la matière. Voilà les cinq conditions clés, si on veut tenir nos dix objectifs, sur lesquelles je voulais insister, et sur lesquelles on va investir en particulier.

Pour conclure, un mot de méthode pour arriver à tout ça. Cette vision, c'est le fruit de constats établis, des crises que nous avons traversées tous ensemble ces quatre dernières années, et du travail collectif pour faire émerger une ambition, un rêve de la nation, mais aussi ce que j'appellerai une ambition raisonnable. Pour y arriver, quelques éléments de méthode très simples.

D'abord, l'ambition est là : 30 milliards d'euros pour 2030, auxquels s'ajoutent des fonds propres. C'est un investissement important, je l'assume, et nous devons collectivement l'assumer compte tenu de ce que j'évoquais tout à l'heure. C'est le seul moyen de changer notre croissance potentielle, notre capacité à créer de la valeur dans la durée, et donc notre capacité à continuer, voire à créer davantage d'innovation, d'emplois, de formation, et donc de prévenir les inégalités futures et choisir notre destin.

Il s'agit d'argent que nous lèverons sur les marchés, et qui sera sanctuarisé. Et là, je pense qu'il faut être très modeste. Il faut s'inspirer de ce qui a été très bien fait avec les programmes d'investissements d'avenir, qui étaient une bonne méthode.

C'est une bonne méthode, parce qu'elle a permis de ne pas confondre l'investissement d'avenir avec les investissements courants, de le sanctuariser dans les règles budgétaires, et de dire : c'est un investissement qui a des retombées qui ne sont pas des services de court terme, mais qui sont de la création de richesse. Et ça, il faut absolument le garder. Donc, dans la méthode, il faut garder premièrement le fait que c'est un investissement nouveau, du vrai argent nouveau en plus des PIA déjà décidés.

Deuxièmement, il sera sanctuarisé. Et troisièmement, on doit garder les éléments de méthode que les différents programmes d'investissements d'avenir ont appris à l'écosystème français. L'exigence, la transparence et les jurys indépendants sont de bonnes méthodes.

Je le dis très sincèrement, je pense qu'il ne faut pas abandonner ces méthodes. Elles sont parfois critiquées parce qu'on n'est jamais content de ne pas gagner un concours, mais je pense que c'est malgré tout beaucoup mieux que l'arbitraire. Ensuite, il y a des choix qui à un moment sont politiques, il faut les assumer.

Ce sont des choix de nation, et ils sont démocratiques. Et à un moment donné, dans la technique des choix, il est important que ce soient les meilleurs jurys internationaux qui puissent décider de l'émergence de projets. Donc ça, nous devons le garder véritablement pour servir notre ambition, avoir une vraie innovation de rupture et garder la meilleure exigence en termes scientifiques et académiques.

Ensuite, je souhaite que ce plan, c'est quelque chose qu'il nous faut essayer d'améliorer par rapport à notre expérience passée, soit encore davantage construit avec l'Europe. Ces 18 derniers mois, c'est ce que nous avons essayé de mieux faire avec la chancelière Merkel sur la relance. Vous l'avez sans doute vu, on a lancé beaucoup de projets communs sur l'hydrogène, sur les batteries, et beaucoup d'autres.

Le plan France Relance va s'accompagner d'une stratégie allemande, elle a commencé, le cycle démocratique allemand n'est pas le même. Mais il est important qu'il y ait une synchronisation de nos approches et que ce plan soit au maximum européen. Je pense que c'est très important.

Nous avons tous nos spécificités, nos différences. Elles doivent s'enrichir. Il y aura des éléments de compétition, c'est normal, de la même manière qu'il y a de la compétition en franco-français, mais nous devons au maximum créer des synergies entre Européens, car la vraie compétition est entre grandes puissances planétaires.

Donc nous nous coordonnerons, nous nous associerons, et je souhaite que la présidence française soit un élément de cette structuration. Ensuite, ce plan doit commencer vite. C'est pourquoi les premiers crédits seront budgétés dès le 1er janvier 2022 avec une cible de 3 à 4 milliards d'euros, ce qui permet de pouvoir enclencher une dynamique assez vite, et de pouvoir ensuite, en fonction des choix que feront le Gouvernement et le Parlement, avoir de manière transparente les crédits engagés, les crédits de paiement.

Mais il faut de la sincérité budgétaire et que, sur les premiers projets, on puisse réussir à aller vite, car tout ce dont j'ai parlé a déjà commencé partout dans le monde. La gouvernance de ce plan sera finalisée d'ici la fin de l'année. C'est donc début 2022 que sera présentée en quelque sorte la manière de structurer le suivi de ce plan.

Et je le fais à dessein, je vais vous le dire, instruit à la fois par l'expérience des dernières années et la conviction profonde qui est la mienne aujourd'hui. D'abord, parce qu'on doit absolument garder ce que vous me permettrez d'appeler un esprit " commando ". Le grand risque que nous avons, une fois qu'un tel plan est donné par le président de la République, je le dis pour l'avoir vécu, c'est que les acteurs en place disent : l'argent est là pour moi, je le reprends.

Et au fond, ils ne financent pas vraiment la rupture, ils financent les habitudes. Donc il nous faut créer les bonnes incitations, les bons anticorps et la bonne gouvernance pour être sûrs que cet argent va être avec les acteurs existants, mais il va y avoir le bon niveau de concurrence, d'évaluation, de transparence. On va finaliser la gouvernance d'ici la fin d'année, très tranquillement, mais je veux qu'on garde ce que j'appellerai donc un esprit commando, et que l'équipe qui le pilote fasse appel à tous les talents, universitaires, monde de la recherche, entrepreneurs, investisseurs, grands groupes privés, et qu'on ait une équipe assez unie qui permette, avec nos administrations, de pouvoir piloter cela avec quelques principes tout simples.

Le premier, la simplicité, vous l'avez évoqué. En même temps que nous bâtissons cette gouvernance, on doit simplifier les gouvernances établies. Je pense qu'avec le temps, on a sédimenté beaucoup de structures : nous allons tous être lucides sur nous-mêmes, il y a beaucoup de commissions, de secrétariats, d'organismes, etc.

Nous avons un modèle français du pilotage, de la recherche, de l'innovation et du développement industriel qui n'est plus adapté. Il y a des choses qu'on pourra faire dans le temps utile des prochains mois, et il y a des choses qui mériteront sans doute des débats démocratiques plus profonds. Je suis aussi lucide sur ma propre condition, je vous rassure.

Mais il faut au moins les travailler, les nourrir et ne pas faire commencer cet exercice de manière impropre. Donc, premier principe, la simplification : simplification de l'organisation du pilotage de France 2030, simplification des procédures. Deuxième point, qui va avec, c'est la rapidité.

C'est pour ça que je veux des crédits vite. Je suis frappé de tous les retours durant les consultations à la fois de nos jeunes en écoles d'ingénieurs ou en universités et de nos entrepreneurs. Tous nous disent : on a des systèmes qui sont très intelligents, mais on met quatre ou cinq fois plus de temps à avoir les crédits qu'ailleurs, de nos organismes publics, de nos structures.

Quatre à cinq fois plus de temps ! C'est simple : c'est mortel ou éliminatoire pour un innovateur. Donc il faut garder la beauté du modèle que nous avons, ce que j'évoquais tout à l'heure, des jurys indépendants, de la bonne science, etc, mais faire de la bonne science avec six mois de retard, ça ne sert à rien si, ailleurs, à l'autre bout de l'océan, des gens ont investi beaucoup plus fort et beaucoup plus vite sur les concurrents.

C'est ce qui se passe aujourd'hui. Et nous mettons trop de temps à essayer de mener des tickets qui sont parfois trop uniformes. Donc, dans les critères de la rapidité, il y a pour moi un élément de pragmatisme : il faut accepter de parier très vite sur des premiers projets, de leur permettre même très vite de se tromper, mais la rapidité du premier investissement est clé.

Les investisseurs privés le font beaucoup mieux que les investisseurs publics, je dois le dire. Mais on doit acquérir ça, si je puis dire dans la feuille de route que je donne à la petite équipe. Rapidité !

Troisième élément clé : faire confiance à l'émergence. Ce sera un des éléments pour réussir ce qu'on est en train de se dire. Je connais tous les débats qui animent toutes les filières.

Tout le monde est en train de se dire : est-ce que l'argent va bien aller pour moi ? Et tous les débats, c'est : est ce qu'il y a bien x % qui vont pour les grands groupes, y % pour les PME ou les ETI ? Faites-moi plaisir, sortez de ces débats.

Si on part comme ça, on a déjà perdu. On a déjà perdu, je vous l'écris. La vérité que je suis obligé de constater, c'est qu'on doit essayer de capitaliser sur nos points forts, mais d'apprendre de nos erreurs.

Quels sont nos points forts ? On a le le CAC40, c'est un gros mot, en France. On a un tissu de grands groupes industriels, c'est une chance exceptionnelle !

On est le premier pays européen, à cet égard. Donc jouons là-dessus. Ce sont des grands groupes qui ont des capacités à investir, à tirer des filières formidables.

On a un problème, l'innovation de rupture ne se fait plus dans les grands groupes, et la valeur ne se crée plus dans les grands groupes. Ce n'est pas une offense, c'est une réalité. Il y a des grands groupes qui sont en train de se transformer très vite, il faut les aider.

Mais si la stratégie des grands groupes est de tuer l'innovation qui vient des acteurs qui sont les plus innovants, ils se tueront eux-mêmes à terme et ils aideront leurs compétiteurs. Donc nous avons besoin d'un premier élément de coopération, c'est de considérer qu'il faut accepter de financer vite et de manière simple l'innovation où elle est. Je ne sais pas dire aujourd'hui quel pourcentage ira à des grands groupes ou à des plus petits, je sais simplement dire qu'il faut que cela puisse aller à des startups, des PME, des ETI, et qu'on ait quand même au moins 50 % qui aillent à ces acteurs-là.

Peut-être que ce sera beaucoup plus, peut-être que ça doit être un peu moins, et que le plus innovant gagne et appelle au financement. Mais c'est un point essentiel pour réussir cette stratégie. La capacité à faire confiance à l'émergence, elle passe aussi par les politiques d'achat.

Et là, je parle pour l'État comme pour les grands groupes. Si nous avons des politiques d'achat qui ne sont pas cohérentes avec ce que je viens de dire du côté des grandes administrations publiques, des collectivités locales et des grands groupes français, tout ce que je viens de dire n'adviendra pas. Et dans la feuille de route que je donne aussi à l'équipe commando, il faut intégrer nos politiques d'achat.

Pourquoi n'avions-nous plus de masques, en France ? Parce qu'il n'y avait plus qu'un acheteur public qui achetait des masques en France. C'est ça, la réalité.

Pourquoi n'a-t-on plus de sous-traitants industriel, ou si peu, ou en si grande difficulté, de rang 2 ou 3 dans l'industrie automobile ? Parce qu'il faut bien dire que le reste de la chaîne a été massacré pour baisser les coûts et acheter ailleurs. Donc réveillons-nous en tant que nation, et considérons que, dans ce moment où l'innovation de rupture est clé, la vitesse, l'accumulation du capital sont clés, mais la coopération entre les acteurs d'un même écosystème est clé.

La coopération entre les acteurs est clé ! Ce n'est pas de la naïveté, c'est de l'intérêt bien compris. Et donc pour moi, le troisième principe clé, c'est cette confiance dans l'émergence, confiance dans les acheteurs, dans les choix d'allocations, dans les choix qui sont faits en termes d'investissement, dans les choix en termes d'achats et de commandes publiques.

Et dans la feuille de route, d'ici janvier prochain, il y aura aussi un changement profond des règles de notre organisation en la matière. Dernier élément, vous l'avez évoqué, c'est la prise de risque. Ce que nous devons accepter, c'est la prise de risque massive.

Et je le dis tout de suite pour purger les débats, et, si je puis m'exprimer ainsi, pour soulager les acteurs, il y aura beaucoup d'échecs derrière les dix objectifs que j'ai donnés. Et il faut qu'il y ait beaucoup d'échecs. La seule chose qui est nécessaire, c'est qu'à chaque fois qu'il y a un échec, il puisse être le plus rapide et le moins coûteux possible.

C'est ça, que nous devons réussir. Sortons d'une habitude prise qui consiste à dire l'échec est un drame : s'il y a un échec, il faut tout faire pour l'empêcher, il faut le rendre le plus pénible possible pour tout le monde, et à la fin, le plus coûteux possible, et avoir mis toute l'énergie du monde pour...

Non ! On va faire plusieurs paris technologiques et d'acteurs. Ce n'est pas nous qui choisirons, ce sont à la fois les logiques scientifiques, d'innovation, d'organisation du marché et autres.

Mais il faut se mettre en situation de les avoir fait émerger vite, de leur en avoir donné les moyens, d'avoir été coopératif pour faire émerger les nouveaux acteurs, et d'avoir éliminé le plus vite possible nos échecs pour pouvoir rebondir. Voilà les quelques points de méthode qui, comme vous le voyez, correspondent à une petite révolution culturelle pour nous tous. Pour nous tous !

Mais c'est essentiel, parce que nous ne ferons pas la France de 2030 avec les termes culturels qui ont parfois conduit à des échecs relatifs ou à des ratés par le passé. Voilà les quelques points de méthode qui doivent présider aux travaux dans les prochains mois pour qu'en début d'année prochaine, nous puissions finaliser tout cela. Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais partager avec vous.

Tout ce travail va être dès à présent décliné, d'abord par cette équipe projet sous l'autorité du Premier ministre. Ensuite, c'est un travail qui va impliquer l'ensemble des partenaires sociaux, des organisations professionnelles des collectivités territoriales, et l'ensemble des acteurs dans leurs différentes catégories que j'évoquais. Et ce qu'il m'importe, pour terminer mon propos, de vous dire, c'est que je ne suis pas en train de vous parler d'un rêve impossible.

Je suis en train de vous parler d'un rêve faisable si on s'en donne les moyens. Et c'est parce que je crois profondément, dans le moment que vit notre pays en sortie de crise, d'abord qu'il y a une accélération du monde et des transformations qu'il exige, et ensuite que nous ne devons céder ni à un court-termisme qui fait perdre tout sens à l'action publique, ni à une vision de long terme qui en quelque sorte nourrirait une forme de défaitisme. Je crois dans un volontarisme lucide.

Je pense que la France est une grande nation qui a toujours été au rendez-vous de son histoire, toujours, même de manière extraordinairement inattendue, parce que nous avons l'esprit de résistance et de conquête. J'ai défini les termes de ce défi, je pense que nous avons les moyens de le prendre. Mais tout le monde a une part à y jouer : les étudiants ici présents, les chercheurs, les enseignants, les entrepreneurs, les investisseurs, les fonctionnaires, les responsables politiques, tout le monde dans sa part, si nous nous mettons en quelque sorte tous en ligne pour dire : la France doit redevenir une grande nation qui choisit son destin et qui apporte sa contribution au monde pour mieux vivre face à ses défis.

On commençait avec des défis qui pouvaient avoir quelque chose d'accablant. Je crois que nous pouvons terminer avec quelque chose qui relève du rêve possible, de l'ambition faisable, en tout cas de celle que je veux que, collectivement, nous nous donnions à nous-mêmes pour notre nation. Je vous remercie.

Vive la République et vive la France. Merci à vous !

France 2030 : présentation du plan. — Emmanuel Macron · Pourquijevote