Fabien Roussel : "La gauche doit porter un discours républicain et progressiste sur la sécurité"
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Bonjour et bienvenue dans Politique. Notre invité aujourd'hui, Fabien Roussel, le candidat du Parti communiste à la présidentielle. Bonjour à vous. Bonjour et merci d'avoir accepté notre invitation. PCF is back. Le Parti communiste français est de retour. C'est par ces mots que vous avez lancé votre campagne présidentielle, Fabien Roussel. De retour, car depuis 2007, depuis presque 15 ans déjà, aucun communiste ne s'était présenté à l'élection suprême. Par deux fois, en 2012 et 2017, votre parti avait préféré se ranger derrière Jean-Luc Mélenchon. Cette fois, vous allez donc défendre vos couleurs dans les urnes.
Les militants communistes vous ont d'ailleurs porté à la tête de leur parti en 2018, précisément sur cette promesse. Retrouver une fierté, une identité sur le plan national. Cela même, alors que les résultats locaux, eux, ne sont guère encourageants. Les villes de la ceinture rouge, comme l'on dit, sont de plus en plus rares. Champigny-sur-Marne, Choisy-le-Roi, Aubervilliers sont passés à la droite, Saint-Denis au Parti Socialiste. Et tout dernièrement, malgré de bons résultats dans certaines localités, le PCF a perdu l'ultime département qu'il dirigeait, le Val-de-Marne, au sud-est de Paris.
Vous voici donc, vous, député du Nord, au début d'une campagne, d'une longue campagne présidentielle, un peu plus de 100 ans après la création de votre parti. Candidat communiste en 2021 en France, pour dire quoi ? Vous comptez imposer les thèmes classiques de votre famille politique, inégalité sociale, chômage, précarité. Mais pas seulement, vous évoquez aussi sans complexe la sécurité, on va y revenir. Mais d'abord, Fabien Roussel, un mot sur le choix de vous présenter à la présidentielle pour encourager cette renaissance du parti communiste. N'est-ce pas paradoxal pour un parti qui combat le présidentialisme de la Ve République ?
N'est-ce pas paradoxal de se plier autant à la logique des institutions actuelles, c'est-à-dire hors le scrutin présidentiel ? Point de salut.
Ça, c'est sûr que nous ne sommes pas, nous, favorables à un scrutin présidentiel qui concentre tous les pouvoirs dans les mains d'un homme ou d'une femme et que nous voulons tout faire pour sortir du présidentialisme. Redonner le pouvoir au peuple, faire en sorte que nous reprenions collectivement notre destin en main.
Mais malheureusement, pour exister, il faut passer par la présidentielle en France aujourd'hui.
Et c'est incontournable, on l'a bien vu dans la dernière période. Le fait que nous ne présentions pas de candidats ne nous a pas permis de défendre nos idées et de savoir qu'il y avait d'autres alternatives au capitalisme. Aujourd'hui, c'est ça l'essentiel. Le capitalisme est en train de conduire la planète dans le mur et épuise autant les hommes que la planète, d'ailleurs, que nos ressources naturelles. Donc il faut sortir de ce système économique, il y a besoin de bâtir un autre projet de société. Nous, communistes français, nous sommes partisans de cela. Nous voulons le faire avec d'autres.
On va y venir dans un instant sur vos propositions économiques. Mais d'abord, l'un des premiers thèmes que vous avez enfourché dans cette campagne, c'est celui de la sécurité. Ça a provoqué la surprise, parfois des remous dans les autres parties de gauche. La sécurité, c'est un thème de gauche ?
Je crois sincèrement que c'est un thème que la gauche doit prendre et qu'elle en parle régulièrement, la gauche, de la sécurité à l'Assemblée nationale, au Sénat, sauf que ça ne s'entend pas et on ne décide pas d'en parler comme ça ouvertement, comme si on était gêné. Moi, je trouve scandaleux que ce soit la droite et l'extrême droite qui aujourd'hui nous donnent des leçons, alors que ce sont ces formations politiques qui ont carrément déshabillé notre police nationale, nos services de renseignement, qui ont imposé une doctrine de maintien de l'ordre qui a provoqué des violences policières, qui a abîmé tant de personnes lors des manifestations des Gilets jaunes.
C'est cette doctrine qui fait qu'aujourd'hui, on a une politique sécuritaire.
Vous dites d'ailleurs à la manifestation des policiers le 19 mai près de l'Assemblée nationale.
J'étais à cette manifestation, à l'invitation des syndicats de police, tous les syndicats de police qui avaient appelé à manifester, en hommage aux deux policiers sauvagement tués en l'espace de 15 jours. J'ai répondu à cet appel parce que je ne souhaite pas que, justement, cette question de tranquillité publique soit accaparée par la droite et l'extrême droite. Et je souhaite que la gauche puisse porter un discours, justement, républicain, progressiste, pour avoir dans notre pays une force de sécurité, avoir des gardiens de la paix au service de la paix, de la tranquillité publique. C'est une question, pour moi, qui est, y compris, populaire.
Mais je pense à ces femmes qui ont peur, ces mamans qui ont peur que leur gamin ne tombe dans la drogue. Je pense à ces jeunes filles qui ont peur, le soir, d'aller au cinéma, de peur d'être embrouillés en sortant de leur immeuble. Et puis, quand même, la tranquillité publique, on y a droit. Elle ne doit pas être seulement que dans le 16e arrondissement ou à Neuilly. On doit la défendre partout. Et pour ça, il faut, à côté de la police de proximité que nous réclamons, une politique de prévention, de service public indispensable et qui a été complètement déshabillée. La gauche, elle tient les deux bouts. La prévention et la sécurité. Et donc, oui, moi, je souhaite le porter pleinement.
Et je n'ai aucun état d'âme là-dessus.
Et votre lointain prédécesseur, Georges Marché, candidat communiste en 1981, utilisait ses mots sur la sécurité. Oui, Frédéric, cette figure repoussoir du péril bolchevique vient...
On n'est pas libre quand on ne peut plus, sans risque, descendre à la cave, rentrer ou sortir de chez soi la nuit tombée, surtout quand on est une femme. Quand on craint que ces enfants ne soient victimes de raquettes ou du trafic de drogue, parfois jusqu'à l'intérieur des établissements scolaires. Je dis, moi, ceci. On fait assez supporter de soucis aux femmes qui restent à la maison et aux jeunes, pour que chez eux, ils puissent avoir le droit de vivre, et le droit de vivre dans la tranquillité et la sécurité.
Nous sommes en avril 1981. Georges Marché tient meeting à la Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Pourtant, ensuite, dans les années 90 et 2000, le Parti communiste a moins parlé de sécurité, en tout cas au niveau national, et en des termes, en tout cas, moins tranchants. Fabien Roussel, comment est-ce que vous expliquez cette parenthèse ?
Encore une fois, je vous dis, nous continuions à en parler, parce que nos députés, nos sénateurs, nos sénatrices communistes à l'Assemblée nationale et au Sénat, tous les ans, s'emparent de cette question, pour défendre des moyens supplémentaires à nos gardiens de la paix, quand on aborde le budget. Nous avions, nous, hurlé quand Sarkozy avait décidé de supprimer 15 000 postes de policiers, et donc affaiblissant fortement nos forces de sécurité intérieures. Il y a eu un moment où c'était un peu plus tabou, ce cas-là ? Oui, mais vous voyez, c'est pour ça que je veux être, moi, complètement cohérent sur cette question-là.
Vous savez que nous sommes très attachés, par exemple, à défendre les droits des femmes, et à demander des moyens supplémentaires pour qu'il n'y ait plus de féminicides, de crimes à l'encontre des femmes par leur conjoint ou ex-conjoint. Parmi les moyens à développer, il y a bien, bien sûr, ceux-là. C'est-à-dire, si on veut aujourd'hui protéger les femmes des violences, il y a besoin de donner des moyens aux associations, que la justice fasse son boulot, mais il y a besoin de policiers formés qui les protègent, qui empêchent les hommes de s'approcher de leur ex-femme quand il y a une mesure d'éloignement qui a été prononcée.
Donc il y a besoin de plus de moyens humains. Une dernière question sur ce thème, est-ce que ça ne revient pas, prendre ce thème de la sécurité, à risquer de s'enfermer dans un match avec la droite où la surenchère sera de leur côté, où vous serez toujours perdant finalement ?
Mais nous n'aurons pas le même discours. Nous n'avons, mais vraiment, notre discours est diamétralement opposé. D'abord, la droite, c'est celle qui a déshabillé nos services de sécurité, aujourd'hui. Ils ont affaibli la formation. Ils n'ont plus que 8 mois de formation, les gars, ou les filles. Donc c'est eux qui ont déshabillé la police. Donc nous, on veut dire, on veut des gardiens de la paix au service du peuple, au service de la tranquillité publique, pas pour aller taper le bâton et la matraque sur des manifestants. Ensuite, la droite, c'est celle qui aujourd'hui la privatise, la police. Dans la loi sauvegarde, la qui a été votée, c'est incroyable.
Ils la vendent au privé et ils développent les polices municipales. C'est aux communes maintenant d'avoir à gérer ça. Alors qu'en même temps, on enlève des moyens aux communes. Et il faudrait que nous, la gauche, on se sente gêné d'aborder ce sujet. Mais il faut être gauchiste pour penser ça. Je ne le suis pas. Justement, je souhaite, moi, être un candidat pour la République, pour une République laïque et sociale. Et justement, dans ce mot social, il y a s'occuper des gens et de défendre leurs droits. Et le droit à la tranquillité publique est un droit qui est, pour moi, fondamental.
Alors, le social et l'économie, précisément, Fabien Roussel. Évidemment, vous répétez que vous êtes opposé aux dégâts engendrés par la mondialisation, les délocalisations. Vous proposez des mesures d'urgence pour l'hôpital. Ça, c'est disponible dans votre programme. Mais dans le rapport au capitalisme, à quel point, si vous êtes élu l'an prochain à l'Élysée, à quel point marquerez-vous la rupture ? Par exemple, est-ce qu'il y aurait des nationalisations massives ? Si oui, lesquelles ?
Ah oui, mais il y a besoin de rompre fortement, radicalement, avec le système économique actuel, parce qu'il nous conduit dans une impasse. Le capitalisme nous conduit dans une impasse économique, sociale, écologique. Et donc, il y a besoin d'en sortir rapidement, parce que rien que sur le plan écologique, nous sommes dans la décennie où, si nous n'engageons pas des ruptures fortes, nous allons continuer d'augmenter les températures. Donc, il est urgent de sortir de ce domaine pour cette raison-là. Et puis, pour pouvoir reprendre notre destin en main, le contrôle sur l'économie, c'est ça le plus important aujourd'hui.
Il faut modifier les modes de production, et puis faire en sorte que quand on travaille, on puisse en vivre dignement de ce travail. Eh bien, oui, ce que je propose, c'est de reprendre le pouvoir sur l'argent, sur la finance. Il va falloir nationaliser des banques, mais aussi le système assuranciel, les assurances. Enfin, regardez combien payent chacun d'entre nous, mais aussi les entreprises. Ce sont les charges. Les charges financières, elles pèsent énormément sur l'économie. Et puis, il faut avoir la main sur l'argent pour pouvoir dire comment nous l'utilisons, cet argent. Aujourd'hui, l'État distribue 140 milliards d'euros d'argent public.
C'est notre argent aux entreprises, mais sans rien demander, sans aucune condition. Donc, y compris les grandes entreprises qui distribuent des dividendes, qui s'enrichissent à foison, pendant cette pandémie, je pense à LVMH, vont bénéficier d'aides publiques de l'État. Bernard Arnault va bénéficier d'aides publiques de l'État. On va donner de l'argent à Bernard Arnault. Je trouve ça purement scandaleux. Je veux reprendre le pouvoir sur l'argent. Ça veut dire que ce n'est pas l'économie qui décide, c'est le politique qui décide. C'est le peuple qui doit décider.
Une fois qu'on a dit ça, en 1981, François Mitterrand, avec des ministres communistes dans son gouvernement, avait opéré une nationalisation de certaines grandes entreprises, dont des banques précisément. Il y avait eu, à ce moment-là, une politique de relance, évidemment, et une fuite des capitaux. Beaucoup de capitaux étaient partis. Les réserves de change de la France avaient fondu en quelques semaines. Il y avait eu même un contrôle des capitaux. C'est ça que vous ferez ?
En 1981, d'abord, il y a de grandes réformes qui sont mises en œuvre, et dont beaucoup d'entre elles vivent encore aujourd'hui quand même.
Mais il y a eu un tournant en 1983 après.
Et effectivement, il y a 40 banques qui sont nationalisées. 40 banques. C'est énorme. Sauf que ce gouvernement n'est pas allé au bout des réformes économiques qu'il fallait faire. Il y a bien eu la réforme des retraites, avec la retraite à 60 ans, la cinquième semaine des congés payés, la cinquième semaine de 40 heures, l'augmentation du SMIC, mais on n'est pas allé au bout des réformes. Et donc, derrière, dès 1983, c'est la rigueur, c'est privatisation, ce qui était nationalisé et revendu au privé. Et donc, on ne va pas jusqu'au bout de la reprise en main de l'économie.
Et du coup, eh bien oui, derrière, il y a ces fuites de capitaux, par exemple, les fuites de capitaux, parlons-en, l'évasion fiscale aujourd'hui... Ah, c'est pas la même chose. Non, c'est pas la même chose. Mais enfin, aujourd'hui, c'est la nouvelle forme que cela peut prendre. Parce que là, il n'y a plus aucun contrôle dessus. C'est une des premières mesures que je prendrai.
C'est de mettre en place tout de suite un ministre chargé de la lutte contre la fraude et l'évasion fiscale pour faire en sorte que nous récupérions les 80 à 100 milliards d'euros qui manquent par an au budget de l'État afin de mettre en oeuvre les services, les politiques publiques qui doivent répondre aux besoins du pays, notamment en matière de santé publique, d'école et donc en faveur de la jeunesse. Il y a besoin de... Le capital, c'est pas lui qui doit décider. Or, aujourd'hui, c'est celui qui décide de tout. C'est ça, le capitalisme.
Eh bien, nous, nous disons que c'est à la politique, au peuple, aux citoyens de décider de comment nous utilisons notre argent mais aussi comment nous produisons nos richesses.
Même si la mondialisation est encore plus forte qu'à l'époque qu'on a évoquée, celle de François Mitterrand en 1981, les capitaux sont encore plus internationaux. Autrement dit, et c'est une question de fond, est-ce que le communisme est possible dans un seul pays ? C'est un vieux débat, d'ailleurs.
Mais c'est quand même aussi une des questions qui est posée, pas seulement par les communistes, de dire que les traités de libre-échange affaiblissent notre économie et en même temps augmentent la pollution, portent atteinte au climat. Il n'y a pas que nous qui le disons. Il y a quand même beaucoup d'associations, de syndicats et d'autres forces politiques qui disent que ces traités de libre-échange, il faut y mettre fin et il faut relocaliser l'économie, relocaliser l'industrie, investir dans notre agriculture et produire local de plus en plus. Et donc, le communisme, ce n'est pas le parti communiste français qui prend le pouvoir tout seul.
Le communisme, c'est un mouvement démocratique aussi. C'est travailler avec d'autres. C'est le rassemblement. Et nous, nous avons toujours été comme ça. Regardez comment nous fonctionnons dans les communes. Nous travaillons avec d'autres et nous nous mettons au service de l'intérêt général. Et donc, c'est ça le dessin que je porte pour le pays. C'est travailler avec d'autres, mais au service d'un autre projet de société qui met l'être humain et la planète au cœur de tous ces choix.
Il est midi 15 sur France Culture. Vous écoutez Politique et notre invité est Fabien Roussel, candidat communiste à l'élection présidentielle.
Le Front de Gauche est un beau chemin et je suis très fière de l'avoir initié. Parce que nous étions dans cette contradiction, dans ce paradote, sa gauche, où il y avait toujours cette division entre une gauche contestataire qui, justement, refusait d'aller au gouvernement, de se mêler de la gestion des affaires et puis une gauche, soi-disant, de gouvernement mais qui, elle, ne voulait pas changer radicalement les choses. Et le Front de Gauche, c'est l'idée de chercher à réunir toutes les forces qui veulent à la fois contester les logiques libérales en place mais également proposer des alternatives de gouvernement.
Vous avez reconnu la voix de... Marie-Jean Jebuffet. Votre camarade invité des matins de France Culture, c'était en 2012, député communiste, bien sûr ancienne ministre du gouvernement de Lionel Jospin. Elle évoque ici le Front de Gauche, c'est-à-dire l'alliance entre Jean-Luc Mélenchon et les communistes. Pourquoi avoir décidé cette fois de faire cavalier seul, Fabien Roussel ?
Bon, d'abord, le Front de Gauche a vécu et c'est Jean-Luc Mélenchon lui-même qui a décidé de lui tourner le dos à un moment donné, c'est comme ça. L'élection présidentielle est une élection à part dans notre pays puisque c'est celle où un grand débat, à l'issue d'un grand débat sur le choix de société que nous voulons pour la France, les Français décident celui ou celle qui va l'incarner.
Et il était en avance dans tous les sondages.
Est-ce que vous ne risquez pas de priver la gauche d'un deuxième tour ? Alors, ce que je souhaite, c'est que justement, la gauche, elle retrouve des couleurs, du sens, qu'elle fasse de nouveau rêver. Or, aujourd'hui, excusez-moi, mais y compris, là, on le voit à l'issue des élections départementales et régionales, la gauche, elle reste faible, trop faible, et elle ne fait pas rêver. Elle a été abattue après le quinquennat de François Hollande où, entre nous, soit dit, les socialistes avaient tous les pouvoirs, département, région, Élysée, Sénat, Assemblée nationale, la totale. Et c'est un coup manqué, mais terrible.
Et ça, ça fait du mal à tout le monde, y compris au Parti communiste, qui n'a pas participé au choix de ce gouvernement. On n'était pas au gouvernement, contrairement aux Verts et aux socialistes, qui ont dirigé ensemble. Donc ça, ça a porté un coup fatal. Donc aujourd'hui, mais y a besoin d'une rupture forte, il y a besoin qu'on reprenne, que les Français, les travailleurs, les salariés reprennent du pouvoir, que le SMIC augmente, que les pensions de nos retraités augmentent. Il y a besoin que quand les gens iront voter en 2022, se disent, ah ben alors là, oui, ça va changer radicalement.
Justement, Fabien Roussel, est-ce que ça veut dire qu'une alliance et un désistement de votre part en faveur d'Anne Hidalgo ou du futur candidat écologiste, vous ne dites jamais de la vie ?
Avant le premier tour. Avant le premier tour. Mais ce n'est pas le sens du tout de ma candidature. Ma candidature, ce n'est pas ça. Ah ben non. Moi, ma candidature, ça ne vise pas à soustraire à quelques électeurs, que ce soit à Anne Hidalgo ou Yannick Jadot. On n'en a déjà pas beaucoup. Ni à Jean-Luc Mélenchon, qui a du mal. Mon objectif, c'est d'aller en conquérir de nouveau. C'est-à-dire d'aller chercher tous ces hommes, ces femmes, ces jeunes. Regardez les élections départementales et régionales. Huit jeunes sur dix ne sont pas allés voter. Donc ils n'ont piqué à personne. Ils ne sont pas allés voter.
Et si demain, nous arrivions avec eux à reconstruire un élan, une force à gauche pour dire, on va changer la vie dans ce pays. Vous allez vous, vous-même, les jeunes, reprendre le pouvoir. C'est pour ça que j'ai proposé, dans mon premier discours de candidat, ce n'était pas la sécurité, c'était la jeunesse que j'ai mis au cœur de ma campagne. Passer un pacte avec la jeunesse. Je souhaite que la jeunesse prenne le pouvoir dans ce pays. Tellement ils sont exigeants en matière d'écologie, d'avoir un travail et des diplômes pour lesquels ils sont payés correctement. Tellement ils sont exigeants en matière d'égalité, femmes, hommes, de citoyenneté, quelle que soit la couleur ou la religion.
C'est eux l'avenir du pays. C'est avec eux qu'il faut passer un pacte. Et moi, quand je me présente à la présidentielle, ce n'est pas pour soustraire à gauche à mes camarades verts et socialistes ou insoumis. C'est pour faire en sorte que ceux qui ne veulent plus aller voter retournent aux urnes et les envahissent.
D'un mot, changer la vie, disiez-vous, et changer la République ou pas ? Qu'est-ce que vous changez dans les institutions ? Dans votre programme qui est consultable en ligne, il n'y a pas question de la 6ème République. Qu'est-ce que vous changez ?
Notre programme, non, il n'est pas encore présenté. Ce que vous avez, c'est les propositions que porte le Parti communiste français depuis ces dernières années, alimenté par nos propositions de loi à l'Assemblée nationale et au Sénat. Le programme sera présenté en fin d'année. Mais en tout cas, en termes de réforme des institutions et de démocratie, ce que je souhaite mettre, moi, au cœur de mon programme, qui sera présenté en fin d'année, c'est de redonner des pouvoirs aux salariés dans les entreprises. Aujourd'hui, les salariés n'ont plus leur mot à dire sur la manière dont on produit les richesses.
Et pour les institutions publiques, qui n'est pas un mince sujet, là-dessus, vous dites, relève le statut quo. Non, mais ça, moi, ce que je vous dis, ce n'est pas un mince sujet du tout, du tout. Les institutions publiques, on va les transformer. On en a déjà parlé. Nous sommes, nous, pour redonner le pouvoir au Parlement, à l'Assemblée nationale, au Sénat, et de faire en sorte que les décisions se prennent là et pas à l'Élysée. Mais cette question de pouvoir a donné aux salariés dans les entreprises, afin qu'ils aient un droit de veto pour interdire des décisions quand elles font du mal à la nature, à la biodiversité, quand il n'y a toujours pas d'égalité salariale femmes-hommes.
Donner le droit aux salariés de pouvoir intervenir sur comment on produit les richesses. Faire en sorte qu'on décide ensemble de relocaliser telle production. Parce que, oui, nous avons les compétences et nous pouvons le faire. L'argent public doit être utilisé comme ceci et pas comme cela. Faire en sorte que nous ayons un pouvoir de co-gestion dans l'entreprise. C'est déterminant, je pense, pour la suite parce que ça apportera un progrès social. Mais c'est aussi comme ça que l'on va faire en sorte d'apporter notre contribution au climat et à une amélioration des conditions de travail.
Justement pour le climat, vous portez une position qui est parfois singulière, à gauche, même si vous n'êtes pas le seul. Je crois le seul.
Vous n'êtes pas hostile au nucléaire ? Non, et pas par dogmatisme. Je le dis, parce qu'on pourrait croire qu'on a toujours été comme ça. Pas du tout. On a débattu, mais c'est l'urgence climatique qui nous pousse à cela. Parce que, je l'ai dit, nous sommes dans les décennies où il faut prendre des décisions fortes, majeures. Je suis moi pour qu'en 2050, nous ayons une empreinte carbone nulle en France. Et l'énergie nucléaire est décarbonée. Et je souhaite aussi, comme les ONG le réclament, que l'on sorte des énergies fossiles.
Or, si on veut ne plus utiliser le pétrole, les énergies fossiles, pour avoir de l'électricité, pour se chauffer, pour nos usines, nous allons avoir besoin d'une énergie électrique décarbonée. Or, la source d'énergie électrique décarbonée, il n'y en a pas 15 000, il n'y en a que deux. Il y a l'énergie nucléaire et il y a les barrages hydroélectriques. Moi, ce sont les deux piliers sur lesquels je souhaite que notre pays s'appuie, car nous avons la chance d'avoir ces centrales nucléaires et ces barrages hydroélectriques qui datent de l'époque de la reconstruction de la France de 1945, à laquelle les communistes ont participé avec De Gaulle.
Ce sont ces infrastructures qui sont déterminantes pour produire l'énergie décarbonée dont notre pays a besoin.
Les éoliennes ont suscité un débat extrêmement accroché dans votre région, les Hauts-de-France, Fabien Roussel. Est-ce que vous faites partie de ceux qui estiment que leur apport est trop faible par rapport à leur nuisance ou à leur coût écologique ?
J'ai de vrais doutes sur l'intérêt d'investir autant de milliards d'euros dans la construction de parcs éoliens qui, je ne parle même pas des paysages défigurés, je parle de ces blocs de béton qui vont être entassés dans des champs et pour des siècles parce que nous ne pourrons pas les enlever. Et j'ai un doute. Je ne tranche pas le débat. Parce que le nucléaire a quand même des inconvénients majeurs également. Oui, sauf qu'elles existent, les centrales. Donc, ce n'est pas la peine d'en créer. Voilà, elles existent déjà. Là, avec les parcs éoliens, c'est beaucoup d'impact pour peu d'électricité produite. Et en plus, quand il y a du vent.
Parce qu'imaginez si demain, il y a un million de véhicules électriques supplémentaires dans notre pays. C'est l'objectif. Sortir des véhicules thermiques d'ici 2030, 2035. Si demain, tu as un million de véhicules qui branchent tous les soirs leurs bagnoles. Mais on va tout faire péter. On n'aura plus rien.
C'est l'énergie intermittente, c'est le problème.
Si il fait 40 degrés comme en ce moment au Canada. Et que tout le monde met sa clime. Mais alors là, c'est fini. Ce ne sont pas les éoliennes ou les panneaux solaires qui vont répondre au problème. Je vous le dis. On a besoin d'une énergie pilotable. Il n'y en a que deux. C'est les barrages, et le nucléaire, et c'est décarboné. Donc, c'est malgré moi que je défends ce mode de production parce que nous en avons besoin. Et nous avons des compétences avec des énergéticiens qui sont des gars en or.
Alors, dans cette entrée en campagne, Fabien Roussel, vous avez dû faire face à un certain nombre de polémiques, on l'a dit, mais rien de comparable avec l'époque où les prises de position du PCF provoquaient des réactions quasi paniquées, démesurées. Quelle place a occupé cette quasi mythologie du péril rouge dans notre histoire politique ? C'est le sujet de votre chronique, Antoine Ulster. Oui, Frédéric, cette figure repoussoir du péril bolchevique vient de loin. Tous les manuels d'histoire mentionnent l'affiche d'Adrien Barère, l'homme au couteau entre les dents, en 1919, un personnage écarlate et hirsute pour représenter l'ultra-violence des bolcheviques.
Cette campagne et bien d'autres alimentent l'anticommunisme naissant qui culmine pendant le stalinisme, évidemment. Le péril rouge menace le monde libre et la classe politique française exacerbe cette crainte en des termes parfois très prosaïques. En 1947, Charles de Gaulle alerte sur ce bloc à 500 km seulement de nos frontières, soit, dit-il, deux étapes du Tour de France, ce qui n'empêche pas les gaullistes de voter avec les communistes à l'Assemblée comme en 1954 pour rejeter ensemble la communauté européenne de défense. Mais les réflexes de la rhétorique politique sont parfois tenaces. Écoutez par exemple cet échange de 71.
Jacques Chirac suggère à Georges Marchais qu'une certaine agitation sociale serait peut-être orchestrée par les communistes.
Ce mécontentement réel qui existe à travers tout le pays et qui s'exprime chaque jour par les luttes. Il est dû à quoi alors ? Un homme orchestre ? Vous croyez que c'est pas... Vous croyez que les gens sont... Mais il est dû également. Mais il est dû également.
Vous vous présente comme un jeune loup mais vous êtes vraiment
du retard, M. Chirac. Vous raisonnez comme il y a 40 ans ? Je vais entendre ça de la bouche d'un léniniste je trouve que ça ne manque pas de choses. Comme il y a 40 ans. L'homme au couteau entre les dents.
Et la suite est connue. L'union puis la désunion des communistes et des socialistes autour du programme commun. L'entrée des ministres communistes au gouvernement en 81 et une forme de normalisation du PCF dans le paysage politique français même si cette expérience gouvernementale s'interrompt en 84. Il faut ensuite attendre 1997 et la gauche plurielle pour retrouver le PCF au gouvernement. La droite renoue alors avec ses vieux réflexes et interpelle le premier ministre à l'occasion de l'apparition d'un ouvrage Le Livre Noir du Communisme. A l'Assemblée Lionel Jospin rejette franchement cette nouvelle tentative de diabolisation.
Pour moi le parti communiste français s'inscrit dans le cartel des gauches s'inscrit dans le front populaire s'inscrit dans les combats de la résistance s'inscrit dans le gouvernement tripartite de la gauche en 1945 il n'a lui-même jamais porté la main sur les libertés même s'il n'a pas pris ses distances assez tôt avec les phénomènes du stalinisme le parti communiste a tiré des leçons de son histoire il est représenté dans mon gouvernement et j'en suis fier.
Et cet épisode fut peut-être le dernier exemple d'une attaque politique sur le registre d'un péril rouge évidemment la diabolisation du camp adverse n'a pas disparu de notre paysage politique la campagne des régionales en a donné plusieurs exemples mais le péril rouge tout comme l'image de l'homme au couteau entre les dents semble bel et bien désormais relever des livres d'histoire. Et est-ce que c'est un compliment ça Fabien Roussel ? Finalement ça veut dire que vous ne faites plus peur ?
Oui mais heureusement mais enfin vous savez en France il y a 660 communes dirigées par un maire communiste à la tête d'un conseil municipal divers avec des hommes et des femmes de sensibilité différente y compris sans étiquette et donc les gens qui habitent dans ces communes voient bien à qui ils ont affaire et c'est là où on va développer la politique culturelle sportive où on va y compris tout faire pour faire venir des entreprises souvent ça surprend on travaille avec des chefs d'entreprise et on sait les accueillir donc c'est fini cette époque là de cette caricature du communisme du couteau entre les dents
Cela dit l'effet repoussoir c'est Jean-Luc Mélenchon qui l'a expérimenté au cours de ses élections régionales vous avez entendu la présidente sortante socialiste de la région Occitanie Carole Delga qui a prévenu lors de l'entre-deux-tours mon projet n'est pas compatible avec les propos de Jean-Luc Mélenchon est-ce que vous avez compris Fabien Roussel ce qu'a voulu dire Carole Delga
Oui mais ça je n'aime pas moi justement ces pics à gauche on n'a pas besoin de ça justement c'est ce que l'on disait tout à l'heure et moi ma candidature à gauche elle ne vise pas à dire je suis mieux que mon copain à côté et donc ces pics à l'encontre de Jean-Luc Mélenchon je ne les partage pas et moi-même je n'y participe pas Elle dit il ne fait pas partie de la gauche républicaine ça c'est quelque chose que vous ne direz pas ça c'est leurs affaires entre eux ce que je sais c'est qu'ils ne partiront pas en vacances ensemble mais c'est leur affaire ce n'est pas la mienne moi je voudrais parler aux français à la jeunesse du programme que je souhaite porter avec eux et de ne pas participer à ces polémiques d'ailleurs qui agacent et qui contribuent à l'abstention ce n'est pas ça le jeu merci beaucoup
Fabien Roussel candidat du parti communiste à la présidentielle merci d'avoir été avec nous en direct ce midi sur France Culture merci également à toute l'équipe François Connac à la réalisation Antoine Dulster à la préparation Sofiane Actib à la prise de son une émission à retrouver en podcast et sur France Culture.fr
France Culture L'esprit d'ouverture France Culture vous invite à la 35e édition des rencontres de Petrarch autour du thème Sommes-nous dépassés par l'Afrique ?
Devant sans le sommet Afrique-France qui se tiendra à Montpellier en octobre intellectuels et experts questionnent mémoires et identités appropriation culturelle et restitution du patrimoine jeunesse et nouvelles technologies changement climatique Les rencontres de Petrarch une série de débats en direct et en public du rectorat de Montpellier animé par Hervé Gardette du 5 au 9 juillet dans le cadre du festival Radio France Occitanie Montpellier en partenariat avec Courrier International Entrée libre programme complet France Culture.fr Actuellement des formes plus contagieuses du coronavirus circulent Pour ne pas nous contaminer les uns les autres il est essentiel de nous isoler dès que c'est nécessaire Au moindre doute dès les premiers symptômes je m'isole et je fais un test Si mon test est positif je reste isolé 10 jours et j'alerte mes contacts Si j'ai été en contact avec une personne positive je me fais tester et je m'isole immédiatement pendant 7 jours même si mon test est négatif Vous avez besoin d'aide pendant l'isolement ?
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Midi 30 sur France Culture Dans un quart d'heure la suite dans les idées avec Sylvain Bourmeau et tout de suite le journal de la rédaction Avec vous Diane Berger Bonjour Bonjour Bonjour à tous
Dans ce journal ce midi les températures ahurissantes au Canada nouvelle manifestation du dérèglement climatique nous confirme le climatologue Jean Jouzel La crise du Covid est loin d'être finie mais l'économie a repris aux Etats-Unis et avec elle les créations d'emplois pour la plus grande joie de Joe Biden En France un juge d'instruction va enquêter sur la vente de 36 avions Rafale à l'Inde en 2016 une vente entachée de soupçons de corruption et à Perpignan enfin plusieurs organisations de gauche se mobilisent face au congrès du Rassemblement National Commençons ce journal par un chiffre 47,9 degrés c'est le record franchi par le Canada cette semaine alors qu'un dôme de chaleur provoque des températures extrêmes dans le pays selon les services de pompes funèbres dans l'état de la Colombie-Britannique les décès sont trois fois plus nombreux que lors d'une année normale les incendies se multiplient et une commune a carrément été rayée de la carte par les flammes pour le climatologue Jean Jouzel ancien vice-président du GIEC ce dôme de chaleur confirme la transition qui s'opère dans notre climat ce que nous vivons aujourd'hui c'est ce que nous avions anticipé dans les premiers rapports du GIEC il y a une quarantaine d'années les événements extrêmes plus intenses que nous vivons actuellement l'étaient dans le troisième rapport du GIEC au début de l'année 2000 et donc ça nous invite à prendre au sérieux ce que ces mêmes modèles climatiques envisagent et donc
Fabien Roussel