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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 10 janvier 2019 26 min

"Il n'y a rien à craindre dans l'expression des citoyens" assure François Bayrou

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:06
Présentateur

Notre invité ce matin, c'est le président du Modem, c'est Renaud Delis qui vous pose la première question.

0:10
Invité

Bonjour François Bayrou. Bonjour. Peut-on encore sauver le grand débat national promis par Emmanuel Macron ?

0:15
François Bayrou

Il le faut. On a vécu une période de trouble et il faut qu'on sorte de cette période de trouble. Il y a absolument besoin de remettre de l'ordre dans les esprits. Il faut qu'on soit un pays qui se tienne et pas qu'on s'enfonce dans cette espèce de déliquescence que l'on voit, que l'on sent, pour lesquelles il y a des gestes, des images qui sont insupportables au sens propre du terme et donc il faut qu'on en sorte.

0:44
Présentateur

Vous pensez à quoi en particulier ?

0:44
François Bayrou

Aux images qu'on a vues de samedi dernier à Paris, aux images des forces de l'ordre et de sécurité agressées qui sont obligées de reculer pour ne pas avoir d'accident sur ceux qui les agressent et donc il y a un moment où il faut que tout ça entre dans une nouvelle étape, dans une nouvelle période. Comment faire ? Et cette nouvelle période, elle sera ouverte par le débat dont vous parlez, dont beaucoup de Français, auquel beaucoup de Français s'intéressent, ce débat. C'est une fixation ou une redéfinition de ce qu'est le projet du pays.

1:28
Invité

Alors ça a tellement mal démarré, François Bayrou, que nous sommes à 5 jours de l'échéance. Emmanuel Macron annoncera finalement que lundi soit la veille du coup d'envoi. Qui pilotera ce débat ? Et Chantal Jouano, elle a démissionné donc avant-hier après la révélation du montant de son salaire, 14 600 euros brut mensuel.

1:45
François Bayrou

C'est-à-dire le salaire du président de la République.

1:48
Invité

Ça vous choque, ce salaire ?

1:49
François Bayrou

Oui, je trouve que c'est complètement excessif, qu'on perd le sens de la mesure élémentaire. Mais surtout, ce qui est pour moi incompréhensible, c'est que l'on veuille à tout prix introduire une commission dont personne ne sait rien, dont la légitimité est nulle, formée de personnes qui n'ont pas été élues et dont on peut s'interroger sur l'expérience. Qu'est-ce que ça vient faire dans un débat qui est un débat profondément politique au sens le plus noble du terme, la conduite de la cité ? Un débat qui intéresse les citoyens, que le président de la République a voulu et pour lesquels il existe des intermédiaires qui sont absolument légitimes et qui sont les maires.

La question est que les citoyens peuvent aller, doivent aller, iront dans leur mairie pour qu'il y ait des débats et qu'on puisse dire à nouveau, tous ensemble, quel est le but que nous nous fixons pour notre pays. Parce que les questions posées, que le président de la République va expliciter dans sa lettre, ces questions posées sont extrêmement fondamentales. Elles n'intéressent d'ailleurs pas que les Français, parce qu'il y a tout autour de la planète Qui pour piloter au niveau national ? Quel est le portrait robot de celui ou de celle qui doit diriger ça ?

Le président de la République doit avoir autour de lui, je ne sais pas, une, deux, trois personnalités qu'on considère comme d'expérience, mais dont le responsable sera le président de la République.

3:37
Présentateur

L'expérience qui a été ministre, par exemple, qui ne l'est plus aujourd'hui, qui pourrait être vous, François Bayrou ou pas ?

3:43
François Bayrou

Non, je... C'est un job qui vous intéresse pas ? Je ne parle pas à la première personne, si vous voulez bien. Je pose la question, parce que comme vous êtes en train de vous dresser le patron mot, pour savoir si vous êtes intéressé ou pas, parle-moi. Je parle de ce que nous avons à faire ensemble. Nous avons besoin de retrouver des institutions qui aient du sens. Le président de la République est élu par l'ensemble des Français, c'est pas rien. Les maires sont élus par l'ensemble de leurs concitoyens, c'est pas rien. Il y a un Parlement.

Pourquoi est-ce qu'on n'organise pas à l'Assemblée nationale, au Sénat, un débat par des personnalités qui, elles, sont légitimes, elles ont été élues, et dans lesquelles on pourra s'exprimer ?

4:23
Invité

Est-ce que c'est pas précisément, François Bayrou, parce qu'aujourd'hui, la légitimité et du président de la République que vous évoquiez, et des parlementaires, elle est fortement contestée dans le pays ?

4:30
François Bayrou

Je n'accepte pas cette affirmation. Je considère que, quand on élit un responsable, pour une durée de mandat, que ce responsable assume les fonctions qui sont les siennes. Il ne sert à rien, il est dangereux de le dépouiller de sa légitimité. Encore une fois, il y a 36 000 communes en France. Il y a 36 000 maires. Les mairies sont ouvertes. On peut trouver à l'intérieur de la mairie des personnes, ou en tout cas des institutions, qui recevront les contributions, où les Français vont pouvoir s'exprimer. Il n'y a rien de plus simple. Qu'est-ce qu'on va chercher ?

5:12
Présentateur

Ce n'est pas aussi simple que ça, François Bayrou. On entend ce matin, y compris sur l'antenne de France Info, des maires et l'association des maires de France qui disent qu'on n'est pas là pour jouer les pompiers de service, qu'on n'est pas là pour faire le job du gouvernement. Et il y a même une tentation aujourd'hui à l'association des maires de France qui est de dire « service minimum » pendant le départ.

5:25
François Bayrou

Eh bien, je trouve que ça n'est pas digne. Et ça n'est pas à des associations très politisées, disons la vérité. Pas la peine qu'on se cache derrière notre petit doigt.

5:36
Présentateur

En l'occurrence, c'est le premier vice-président qui est un socialiste.

5:39
François Bayrou

Oui, j'allais dire, vous aggravez encore son cas parce que c'est un des plus politisés, naturellement. André Lénial, en l'occurrence. C'est un des plus politisés. Et donc, vous savez, c'est l'auteur de cette phrase immortelle, « vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire », disait-il à l'opposition en 1981. Et donc, je reviens à la question. C'est une affaire de citoyens. C'est une affaire simple. Nous sommes un pays qui a devant lui des questions fondamentales. Quel va être son modèle social ? Quel est le rôle des institutions publiques et de l'action publique ? Qu'est-ce qu'on doit faire pour l'environnement ?

Et de quelle manière on peut avoir une vie démocratique où les citoyens soient représentés ? Est-ce que le gouvernement, François Bayrou,

6:30
Présentateur

a bien fait de bordurer le débat en prévenant l'IVG, patouche, la peine de mort patouche, le mariage pour tous, on n'en débat pas non plus ?

6:36
François Bayrou

Oui, je ne sais pas très bien ce que signifie dire telle question ne sera pas traité. Alors, naturellement, on voit bien qu'on ne va pas remettre en cause des traités internationaux. Je pense à celui sur la peine de mort. C'est un traité international qu'un très grand nombre de pays ont signé. On ne va pas remettre en cause un traité international dans des débats qui sont des débats un peu improvisés. Mais on ne peut pas empêcher les citoyens d'en parler. Voilà, on ne peut pas empêcher les citoyens de s'exprimer. Et après tout, il n'y a rien à craindre dans l'expression des citoyens.

Et je suis sûr que les questions fondamentales, la question de l'identité du pays, on a fait un procès au président de la République parce qu'il a dit, on va parler de l'immigration. Mais il n'y a rien de plus normal que quand il y a une grande inquiétude sur l'identité d'un pays que les citoyens puissent s'exprimer sur cette identité.

7:29
Présentateur

Pas de tabou si je comprends bien ce que vous dites. On va poursuivre, si vous voulez bien. Pardon, je vous interromps François Bayrou. Après vous avoir posé une question, ce n'est pas bien. Mais je vous la reposerai, promis, dans une minute. On jette un oeil au titre de l'actualité à 8h40 avec David Doba. Et on retrouve François Bayrou juste après.

7:41
Invité

Il avait souhaité quitter l'Hexagone en 2012 à l'arrivée au pouvoir de François Hollande. France Info confirme ce matin que Carlos Ghosn n'est plus résident fiscal en France depuis maintenant 7 ans. Il est établi aux Pays-Bas. Et c'est là d'ailleurs qu'est installé le siège social de la holding néerlandaise de Renault-Nissan. Christophe Detinger, l'ancien boxeur qui a frappé deux gendarmes. C'était le week-end dernier à Paris-Écrouet. Hier, il comparaîtra le 13 février pour violences volontaires contre les forces de l'ordre. Importante incendie cette nuit. Ça s'est passé dans un immeuble du quartier de la gare Montabio. C'est à Toulouse. La formation France Bleu Occitanie.

Dernier bilan, deux blessés en urgence absolue et 21 blessés légers. Le préfet assure que l'immeuble n'était pas en péril. Après en avoir parlé à la télévision hier, Donald Trump se rend aujourd'hui à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Il doit défendre son projet de mur ou plus précisément de barrière en acier. Les discussions avec les démocrates sont dans l'impasse. Le pays entre dans son 20e jour de blocage. Et puis le 10 janvier 1929, c'est à cette date qui est apparu pour la toute première fois un jeune reporter. Il fera par la suite le tour du monde. Tintin, faites ses 90 ans. Vous multipliez par 7 et vous obtenez l'âge de Milou.

8:53
Présentateur

Toujours avec le président du modem, François Bayrou, vous nous disiez qu'à l'exception de la peine de mort, vous souhaitez que tous les sujets soient débattus.

8:59
François Bayrou

Ce n'est pas que je souhaite, c'est que je trouve qu'il n'y ait pas de bonne approche d'interdire les questions à l'avance. Les questions, elles seront posées, elles seront exprimées par les citoyens. Les maires seront là pour faire une analyse, un filtre lorsque des propos dépasseraient les bons. Et puis ensuite, tout cela va remonter dans le débat vers le président de la République et le Parlement. Je souhaite que le Parlement s'exprime sur les 4 grands thèmes, peut-être y en aura-t-il davantage, sur les 4 grands thèmes du pays. Autrement dit, des choses simples. Quelle est la question ? Elle est évidente. Quel est le projet de société du pays ?

La France, à chaque élection présidentielle, on voit ressurgir les mêmes problèmes, les mêmes attentes, les mêmes colères parfois. À chaque élection présidentielle. Et puis après, les élus arrivent au pouvoir et on a l'impression que ces questions ont disparu. Pour une fois, pour la première fois, on va avoir l'occasion de faire, j'allais dire à tête reposée, le bilan de ce qu'est la volonté du pays. Justement, François Bayot. Je voudrais ajouter une phrase pour le délit. Je voudrais ajouter une phrase. C'est celle-ci. Les questions que la France se pose, ce ne sont pas uniquement des questions françaises. Cette question du projet de société, il parcourt la planète. On va en parler.

L'élection de Bolsonaro au Brésil, l'élection ou en tout cas le mode de gouvernement de Trump, les choix qui ont été faits par le peuple britannique au moment du Brexit, ce qui se passe en Europe centrale.

10:41
Présentateur

Justement, vous ne croyez pas une vague populiste sur ce débat qui va tout prendre sur son... vous citez des exemples où les populistes sont arrivés au pouvoir légalement, avec la majorité. Est-ce qu'en France, c'est ce qui menace le débat ?

10:52
François Bayrou

C'est un livre que je n'utilise jamais. Je l'utilise moi pour vous poser la question. Parce que je n'abandonne pas l'idée de peuple à ceux qui sont au contraire des démagogues. Et précisément, François Bayot. Ceux qui conduisent à l'accident majeur.

11:04
Invité

Matteo Salvini et Luigi Di Maio, ils soutiennent fermement les gilets jaunes et les encouragent à ne rien lâcher, à continuer de contester le maillon de Macron.

11:11
François Bayrou

Et bien ça devrait être pour beaucoup d'entre nous une raison de plus de nous interroger sur ce qui se passe. Parce que, vous voyez bien que, ceux qui poussent, ceux qui attisent le feu, ceux qui essaient de pousser les citoyens vers les solutions les plus extrêmes ou les plus violentes, ceux-là, en réalité, conduisent leur peuple dans le mur. Est-ce que vous pouvez me citer un seul exemple dans l'histoire, où ce type de solution a conduit à du bien-être, à du positif, à de la volonté nationale ? Jamais. Et donc, il faut qu'il y ait. C'est pourquoi c'est une question extrêmement politique.

11:49
Invité

Écoutons, François Bayot. Écoutons précisément ce qu'a dit le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini à l'adresse des gilets jaunes et d'Emmanuel Macron. J'apporte tout le soutien possible aux Français qui, de façon bien élevée et respectueuse, disent à leur président, qui ne pense pas à l'intérêt du peuple français, que plus vite il rentre chez lui et mieux c'est. Mais tout épisode de violence est à condamner, sans le condition. Vous êtes un fervent européen. Qu'est-ce que ça dit du projet européen auquel vous êtes attaché ?

12:19
François Bayrou

Ça dit qu'on est entré dans des phases de la vie politique européenne dans lesquelles des attitudes, des expressions de cet ordre peuvent mettre à mal l'ensemble du projet européen.

12:34
Invité

C'est l'effondrement de votre rêve européen, François Bayot ?

12:36
François Bayrou

Non. D'abord parce que pour moi l'Europe ce n'est pas un rêve, c'est un idéal. Et ce n'est pas la même chose. Un rêve c'est quelque chose qui est, vous voyez, c'est une fumée. Tandis qu'un idéal c'est quelque chose à quoi on attache sa vie. Et donc le projet européen, l'idéal européen est profondément mis en cause lorsque les dirigeants d'un pays font des déclarations de cet ordre sur les dirigeants d'un autre. Mais notre responsabilité politique, c'est de prendre précisément ces inquiétudes et ces attentes et de les transformer en un projet qui soit un projet rassembleur pour les Français. C'est exactement ça le sujet. Et c'est pourquoi ça n'est pas une affaire de commission tartampion.

Il n'y a pas de débat extérieur politique. C'est le rôle, l'engagement d'un citoyen qui veut diriger sa propre vie. Les Français sont des citoyens qui veulent diriger leur propre vie. Et le sujet du débat, c'est dans quel sens allons-nous diriger ce projet national ?

13:39
Présentateur

Pour que fonctionne ce débat, pour que fonctionne le dialogue social en France, François Bayrou, il faut des contacts entre le gouvernement, le Parlement et les représentants patronaux et syndicats. Voici ce que disait le patron de la CFDT il y a quelques jours. A votre place, Laurent Berger, écoutez bien.

13:53
Invité

J'ai eu aucun contact avec le président de la République depuis la réunion qui s'est opérée où il y avait un lundi, je crois, le 10 décembre. Avec le gouvernement, il y a eu des contacts avec des ministres sur tel ou tel sujet. Mais il n'y a pas eu de contact sur la période récente, depuis le 10 décembre.

14:11
François Bayrou

On ne vous appelle pas pour que vous reveniez dans le jeu ?

14:13
Présentateur

Non. Voilà, le patron du premier syndicat de France n'a aucune nouvelle du chef de l'État depuis plus d'un mois.

14:18
François Bayrou

Eh bien, il faut que ce genre de lien se rétablisse, se renoue. Vous voyez bien qu'on a besoin de retrouver, comment dirais-je, une vie de citoyens qui se parlent, dialoguent et veulent construire ensemble.

14:35
Présentateur

Ce que vous dites est valable aussi pour Emmanuel Macron. C'est à lui de décrocher un peu son téléphone. On n'appelle pas comme ça le président, c'est le président qui appelle, normalement.

14:41
François Bayrou

Il y a beaucoup de gens qui appellent le président de la République. Si j'écoute bien les gens ou qui lui envoient des SMS...

14:47
Invité

Mais si on écoute bien Laurent Berger, celui qui a du mal à dialoguer, c'est Emmanuel Macron.

14:51
François Bayrou

Eh bien, il faut que tout cela se mette en ordre. En ordre de marche, si j'ose dire.

14:56
Invité

Vous le lui dites au chef de l'État ?

14:58
François Bayrou

Je le lui dis et j'aurai l'occasion de le lui dire. Vous le voyez prochainement ? Donc, je le vois régulièrement. Mais je n'en parle jamais. Vous voyez, à la différence de... J'ai le sens et même parfois la religion du secret sur les relations qu'on doit avoir avec les principaux responsables du pays. Donc, je reviens à la question. Je disais, c'est une démarche de citoyens. C'est une démarche de responsables de leur avenir. Cette démarche, elle a un intermédiaire normal qui est le maire. Et c'est pourquoi le débat va être organisé avec les maires. Pour garantir cette institution, il y a le président de la République. Il aura probablement autour de lui des responsables. Il y a le Parlement.

Et il y a évidemment le contact nécessaire avec les partenaires sociaux ou les partenaires associatifs. Il y a en France une vie extrêmement riche. Peut-être pas assez parce que les syndicats, eux aussi, connaissent une crise. Et il faut que tout le monde accepte simplement, j'allais dire de manière tranquille et positive, accepte simplement de traiter des questions qui se posent pour nous. Oui, nous avons un problème de modèle social. C'est indiscutable. Cette question doit être traitée. Nous avons un problème de modèle démocratique, civique. Les gens ne se sentent pas représentés. Cette question doit être traitée. De fiscalité aussi. Nous avons un problème d'État.

C'est à cela que je voulais venir. Parce qu'on parle de fiscalité. La question, c'est l'organisation de l'État. Nous sommes un pays qui a une chance absolument incroyable ou qui a construit une chance incroyable. C'est que chez nous, l'éducation est gratuite ou presque. La santé est gratuite ou presque. Les services de sécurité, heureusement, sont gratuits. Tout ce qui a fait le modèle français, ce modèle est aujourd'hui en question.

16:49
Invité

Ces questions, elles peuvent être traitées par référendum, François Bayreau ?

16:52
François Bayrou

S'il y a une question précise ou des questions précises, oui.

16:55
Invité

Sur les institutions, un référendum sur les institutions, l'introduction à la proportionnelle, la réduction du nombre de parlementaires, est-ce que vous y êtes favorable ?

17:01
François Bayrou

Vous savez à quel point je me suis battu sur ce sujet sans énorme succès. Donc oui, ça peut être un moyen de faire bouger les choses. Mais vous voyez bien qu'on confond l'issue du débat avec le débat lui-même. Moi, je suis persuadé qu'au fur et à mesure que le débat va se dérouler, comme maire de Pau, j'organiserai le débat à Pau. Naturellement, nous allons organiser des rencontres et puis à la mairie, on va pouvoir déposer des textes. Donc, les maires partout en France vont organiser le débat. Et au fur et à mesure que les semaines vont passer, les quelques semaines, on va avoir des questions arrivées, se former, se construire. Au bout du compte, il faudra répondre à ces questions.

Le président de la République a dit qu'il donnerait lui-même des orientations. Il exercera sa responsabilité et les Français peuvent parfaitement être appelés à répondre.

17:56
Présentateur

Le tour de l'info, 8h50, David Doba, et on poursuit cet entretien avec vous, François Bayrou.

18:02
Invité

Le grand débat voulu par Emmanuel Macron continue de diviser. Pour l'association des maires de France, les élus ne sont pas des auxiliaires de l'État et n'ont pas à l'organiser. Le numéro 2 de l'association, André Léniel, estime pour sa part que l'État a méprisé les collectivités et qu'elles ne vont pas venir à son secours. Le 24 mai 2014, il tuait 203, 4 personnes au musée juif de Bruxelles. Médine et Mouche, comparé devant les assises de la capitale belge, aujourd'hui, il nie les faits qui lui sont reprochés.

La cagnotte pour les membres des forces de l'ordre blessés depuis le début du mouvement des gilets jaunes, atteint désormais la somme de 844 000 euros, plus de 30 000 donateurs enregistrés. Elle avait été lancée par le président LR de la région PACA, Renaud Muselier, en réaction à celle créée puis arrêtée en faveur de Christophe Détinger. Et puis, gratuité du pass Navigo pour les enfants de 4 à 11 ans, remboursement partiel pour toute ou partie des élèves du secondaire. Anne Hidalgo annonce de nouvelles mesures pour les usagers des transports parisiens. Elles seront effectives dès le 1er septembre. La gratuité totale avait un temps été évoquée.

19:05
Présentateur

François Bayrou, vous savez mieux que quiconque a parfois des symboles en politique, l'ISF en est un en France, supprimé par Emmanuel Macron. Si les Français, dans leur ensemble, décident lors du grand débat qu'il faut rétablir cet impôt, est-ce qu'il faudra le faire ?

19:19
François Bayrou

Alors, les Français, dans leur ensemble, décident lors du grand débat est une phrase qui n'a pas de logique. Il n'y a pas de logique. La logique, c'est qu'au bout du chemin, quand il y aura des réponses, les Français puissent, d'une manière ou d'une autre, par les élections ou par un référendum, c'est ça qui est prévu par la Constitution, se prononcer sur ces réponses. Mais pour moi, il n'y a pas de sujet interdit. Il pourrait y avoir un référendum sur l'ISF en France. Ce serait un moyen de trancher le débat. Ceci est... Vous voyez, vous mettez la charrue avant les bœufs.

19:52
Présentateur

Non, j'essaie de voir s'il y a une possibilité à la fin ou si, de toute façon, vous dites aux Français, débattez, débattez. De toute façon, la porte est fermée.

19:57
François Bayrou

Pour moi, aucune porte n'est fermée. Et c'est tout le sens et la noblesse du débat qui a été ouvert par le Président de la République que de dire, écoutez, nous allons, comme un peuple de citoyens, nous allons faire face à nos responsabilités et ensemble évoquer la direction que nous allons suivre.

20:17
Invité

Aucune porte n'est fermée. Ça veut dire qu'en termes de justice fiscale, par exemple, l'alourdissement de la taxation des grosses successions, qui est une piste aussi, une proposition avancée par certains, c'est aussi une hypothèse.

20:27
François Bayrou

Il y a beaucoup de questions posables. Alourdir la taxation des grosses successions. Par exemple, les niches fiscales. Beaucoup de Français, à juste titre, se posent la question des niches fiscales. Dont celles des journalistes. Qu'est-ce que c'est des... Dont celles des journalistes, je vous remercie de le dire, mais d'autres. Qu'est-ce que c'est les niches fiscales ? A quoi est-ce utile ? Dans quelle direction cela va-t-il ? Et est-ce qu'on peut, en effet, reposer la question du pacte fiscal ? Nous sommes tous des citoyens qui consommons des services publics. Comment finance-t-on ces services publics ? Ce sont des questions légitimes et acceptables.

21:00
Invité

Il y a les niches fiscales et puis il y a les exilés fiscaux. On a appris que Carlos Ghosn s'est fait domicilier fiscalement aux Pays-Bas depuis 2012. Il est arrivé de François Hollande au pouvoir. Est-ce que le fait que le PDG de Renault ne soit plus un résident fiscal français, ça vous choque ?

21:16
François Bayrou

Oui, c'est scandaleux. Vous vous souviendrez que le président de la République, dans une de ses interventions, et je ne savais pas à qui il faisait allusion, a dit « Désormais, il faudra que les chefs de grandes entreprises, les responsables de grandes entreprises françaises soient domiciliés fiscalement en France. » Eh bien maintenant, on a en tout cas une partie de la réponse.

21:40
Présentateur

Vous pensez qu'Emmanuel Macron pensait déjà à Carlos Ghosn à ce moment-là ?

21:42
François Bayrou

Je ne sais pas, je ne lui en ai pas parlé, mais je vois bien que cela correspond à une situation précise. Et vous voyez bien que tout cela, c'est une rupture du pacte fiscal et du pacte civique et du pacte social aussi. Et c'est toutes ces situations qu'on a besoin de traiter sans entrer... Je pense qu'il y en a d'autres, qu'il y a d'autres patrons du CAC 40 ? Je n'en sais rien. Dans la même situation. Comme vous savez, peut-être, je manque de familiarité avec la plupart d'entre eux.

Et donc, ce que je vois bien, moi, c'est qu'il faut mettre tout ça à plat, sans entrer dans une espèce de chasse aux sorcières perpétuelle, dans laquelle on mettrait en accusation, les uns après les autres, tous ceux qui exercent des responsabilités dans le pays. Ceux-ci doivent être traités de manière sereine, de manière, comment dirais-je, adulte ou simple, parce que les citoyens ont le devoir, le droit et le devoir de diriger leur propre avenir.

22:45
Invité

Dans un entretien à l'hebdomadaire Valeurs Actuelles, Marine Le Pen, la présidente du RN, explique, je la cite, que le mouvement des Gilets jaunes a incontestablement souligné certaines convergences entre la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon et le RN de Marine Le Pen. Est-ce qu'elle a raison ?

23:02
François Bayrou

Démagogue de tous les pays, c'est ce que vous évoquiez avec les actuels dirigeants italiens. C'est en effet un risque qu'ils se rapprochent. Ce que je crois, c'est qu'il y a cependant en France des dirigeants républicains, y compris à l'extrême gauche, qui n'ont pas la tentation d'aller faire un amalgame de cet ordre.

23:30
Invité

Jean-Luc Mélenchon, il est toujours républicain, aujourd'hui, à vos yeux ?

23:33
François Bayrou

Oui, mais écoutez, je ne vais pas. Moi, je ne suis pas là pour délivrer des brevets.

23:37
Invité

Vous le connaissez bien, vous avez souvent eu des propos bienveillants à son endroit. Est-ce qu'il a changé à vos yeux, Jean-Luc Mélenchon, ces dernières semaines ?

23:43
François Bayrou

Je pense qu'il est dans des situations qui sont des situations de tensions extrêmes et que parfois, ces mots dépassent sa pensée, du moins, je le crois ou je veux le croire. Mais moi, je ne suis pas là pour délivrer des brevets qui méritent le qualificatif de républicain et qui ne le méritent pas. Ce que je sais, c'est que quand vous conduisez un peuple vers l'excès, vous le conduisez dans le mur, vous le conduisez à l'accident majeur et que toute ma vie, j'ai défendu l'idée qu'il était nécessaire d'avoir, dans la passion démocratique, une modération quand on conduit les hommes. La démocratie, c'est une passion et ce sont des passions.

Mais quand on conduit les citoyens, alors on a le devoir de retenir les passions.

24:30
Présentateur

Un dernier mot, François Bayrou, est-ce que vous allez donner à la cagnotte qui a été lancée par Renaud Muselier, le patron de la région PACA, pour soutenir les policiers qui ont été blessés lors des manifestations des Gilets jaunes ?

24:40
François Bayrou

Je trouve très frappant que tant de Français, en réaction contre une autre cagnotte qui était celle de ceux qui tapaient sur les forces de l'ordre, que tant de Français aient donné pour soutenir les forces de sécurité. Vous allez le faire. Oui, je pense que je peux parfaitement le faire. Je suis très ému de voir ces hommes qui sont obligés de retenir la colère naturelle ou les sentiments de fortes émotions quand on les attaque, quand on les agresse, quand on agresse les forces de sécurité dans un pays comme le nôtre. Il faut faire extrêmement attention. Il y a là quelque chose qui est un signe de la dégradation de l'état du pays.

Et je pense qu'il faut être extrêmement ferme et extrêmement sévère lorsque des attaques de cet ordre ont lieu. Et donc je trouve bienvenu le soutien que beaucoup de Français apportent aux forces de sécurité.

25:42
Présentateur

Et ce sera le mot de la fin. Merci François Bayrou, déjeuner ce matin sur le plateau de France Info. Merci François Bayrou.