49.3 pour le budget 2023: l'interview de Bruno Le Maire sur BFMTV en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir Bruno Le Maire.
Bonsoir Yves Calvi.
Merci de prendre la parole ce soir sur BFM TV, M. le ministre de l'Économie et des Finances. Déjà un point s'il vous plaît sur la situation sur le front de l'essence. Ce soir la grève est levée au moins dans une raffinerie totale à Donge en Loire-Atlantique. Quand verrons-nous le bout du tunnel et peut-on avoir une réponse précise ?
Je dirais que la situation s'améliore doucement, mais on n'est pas encore tout à fait la normale. Donc il reste encore du chemin à parcourir. Il y a encore deux raffineries sur sept qui sont bloquées, quatre dépôts de carburant. Donc il faut aller au bout de l'ouverture de ces raffineries et de ces dépôts pour que la situation revienne tout à fait à la normale. Je peux vous dire qu'avec la première ministre, la ministre de l'Énergie, chacun fait le maximum pour que les choses reviennent à la normale avant les vacances.
Que dites-vous aux Français qui sont en vacances vendredi soir ? Ils pourront partir avec le plein. Est-ce qu'on peut en refaire ?
Que nous ferons le maximum. Je ne prends jamais d'engagement à la légère sur des sujets qui concernent la liberté de circulation de nos compatriotes. Je veux dire simplement que nous faisons le maximum, tout ce qui est possible pour garantir un départ en vacances dans les meilleures conditions possibles pour nos compatriotes.
Est-ce que vous redemandez à ceux qui font grève aujourd'hui d'arrêter leur grève en leur disant « il y a eu un certain nombre d'accords qui ont été signés, donc désormais votre grève est illégitime ? » C'est le mot que vous aviez utilisé lundi matin.
Je crois que Laurent Berger, le patron de la CFDT, a très bien dit les choses. Il y a eu un accord majoritaire. Cet accord est satisfaisant. Il augmente les salaires après une négociation qui a eu lieu entre les représentants des salariés et la direction de Total. Donc je crois qu'il est sage de respecter l'accord qui a été conclu par la majorité.
Si les dépôts restent bloqués, est-ce qu'on peut envisager davantage de réquisitions ? Aujourd'hui, c'est le site de Faisan qui a fait l'objet de 10 réquisitions de salariés grévistes. Est-ce qu'on peut penser que d'autres sites pourront faire l'objet de réquisitions ?
Je crois que la Première Ministre a montré très clairement qu'elle ne reculait pas devant les réquisitions et qu'elle avait pris toutes les décisions nécessaires, utiles, pour libérer les dépôts de carburant, libérer les raffineries et faire en sorte, je le dis, que notre objectif soit atteint, permettre à chacun de nos compatriotes de partir dans des conditions normales en vacances.
On apprend à l'instant la poursuite de la grève à Faisan, je le précise pour nos téléspectateurs. Demain, à l'ordre du jour du Conseil européen, il y a la question énergétique sur le prix du gaz et de l'électricité. Mais est-ce qu'un accord avec l'Allemagne est possible pour décorréler le prix de l'électricité sur celui du gaz, ce qui est très important pour nos PME français ?
C'est absolument majeur parce que c'est ce qui permettra de faire baisser les prix de l'électricité et donc de soulager la facture de nos entreprises, de nos PME, de nos industriels, qui, je le sais, sont profondément inquiets. J'en ai encore discuté ce matin avec le patron de la CPME, François Asselin.
Sauf que les Allemands ne veulent pas, et vous savez très bien pourquoi, c'est qu'en gros, ils veulent détruire nos PME pour dire des choses simplement.
D'accord, et je l'ai rappelé tout à l'heure avec le ministre de l'Économie, Robert Abeck, et le ministre des Finances, Christian Lindner. Sur les achats en commun, on est d'accord. Sur la modification de l'indice des prix du gaz, nous sommes d'accord. Sur la protection de l'infrastructure critique, nous sommes d'accord. Donc il y a un certain nombre de points d'accord entre la France et l'Allemagne. Et puis il reste un point dur, c'est vrai, c'est l'utilisation de ce qu'on appelle le mécanisme ibérique, c'est-à-dire la subvention du gaz, qui est utilisée dans des centrales à gaz, qui vont ensuite produire de l'électricité pour nos PME, pour nos entreprises.
Là-dessus, il y a encore un blocage. Les Allemands craignent que ça conduise à trop de consommation de gaz, que ça puisse avoir un coût qui est trop élevé. Nous, notre estimation, c'est que ça ferait baisser très rapidement le prix de l'électricité, que tout le monde en serait bénéficiaire, les Allemands y compris, et donc que c'est la bonne solution. Donc nous prendrons le temps nécessaire pour convaincre nos amis allemands que c'est dans cette direction-là qu'il faut aller.
Mais si l'Allemagne s'y oppose, est-ce que la France a les moyens financiers de soutenir son tissu de PME ? À la limite, autant imaginer un autre quoi qu'il en coûte.
Non, un autre quoi qu'il en coûte n'est pas possible. Regardez ce qui s'est passé en Grande-Bretagne. On ne peut pas faire n'importe quoi avec les finances publiques. Et tous ceux qui disent la dette, ce n'est pas grave, les finances publiques, ce n'est pas grave, les dépenses, on fait ce qu'on veut, ont oublié qu'on avait changé de monde, que la politique monétaire désormais était plus restrictive, et que quand on joue avec les marchés financiers, les marchés financiers se vengent de vous. Ils l'ont fait payer très cher à la Grande-Bretagne. Démission du ministre des Finances, explosion des taux d'intérêt, recul de la Première ministre.
Nous, nous préférons, avec le président de la République, faire preuve de responsabilité et de sérieux budgétaires. Et comme ministre des Finances, je vous garantis que nous ferons preuve de responsabilité et de sérieux budgétaires. Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas soutenir nos entreprises et nos PME. Mais ce ne sera pas quoi qu'il en coûte. C'est les entreprises qui en ont réellement besoin. Les entreprises qui ont des factures d'électricité qui explosent, celles-là, elles seront soutenues, elles seront aidées, parce que ce serait encore plus coûteux d'avoir notre tissu industriel fragilisé.
Bruno Le Maire, on a entendu la Première ministre, Elisabeth Borne, qui a donc déclenché le 49-3. Les oppositions crient au passage en force. Est-ce qu'au fond, après huit jours de discussion parlementaire, ce n'est pas, un, du gâchis, et deux, un aveu de faiblesse ?
Moi, je vais vous dire très simplement que le débat a eu lieu, et avec Gabriel Attal, la mise en compte publique, nous avons passé beaucoup de temps au Parlement. Ça a été un bon débat. Ça a été un débat de qualité. Moi, je veux rendre hommage à tous les parlementaires qui ont participé massivement à ce débat sur le budget pour 2023, c'est-à-dire un texte important.
Et les parlementaires disent qu'on nous a fait discuter pendant huit jours, et au final, passage en force avec un gouvernement qui aura toute souveraineté de choisir les amendements, qu'ils soient votés, pas votés, discutés, pas discutés.
Vous comprenez ces arguments des oppositions ? Non, j'ai du mal à les comprendre. Si les oppositions voulaient un compromis, il fallait qu'elles nous disent qu'elles étaient prêtes à accepter de voter ce budget. Là, un compromis est possible. Mais à partir du moment où, dès le départ, dès le mois de juillet, dès le mois d'août, toutes les oppositions vous disent « Jamais on ne votera ce budget, c'est un acte politique trop lourd, on ne voltera pas. » On peut discuter pour améliorer le texte, c'est ce que nous avons fait, mais nous savons depuis le départ que nous ne pouvons pas discuter pour adopter le texte. Parce que les oppositions ont dit non.
Mais je considère, une fois encore, que le débat qui a eu lieu était un bon débat. J'ai rendu hommage aux parlementaires, je vous rends hommage aussi à la présidente de la Commission des finances, Éric Cochrel, qui a apporté de la sérénité dans ce débat. Et puis un hommage très appuyé à celui qui a donné le plus de son temps pour l'examen de ce budget, le rapporteur général du budget, Jean-René Cazeneuve, qui a fait un travail formidable. Donc maintenant, chacun prend ses responsabilités. Nous, nous prenons nos responsabilités. Il faut un budget pour la France. Puis les oppositions sont libres de prendre les leurs, c'est-à-dire de déposer des boutons.
– Et vous allez tenir comme ça pendant 5 ans ?
– Je n'ai aucun doute que si, à un moment donné, les décisions sont nécessaires, le rôle du gouvernement, c'est de prendre ses responsabilités. Après, si dans les oppositions, sur un certain nombre de textes, on l'a montré en juillet, les oppositions nous disent, sur ces textes-là, qui sont moins fondamentaux que le budget, nous sommes prêts à voter avec vous, tant mieux. Moi, je préfère toujours le compromis à toute autre solution qui peut apparaître comme brutale.
– Je n'ai pas compris la réponse à ma question.
Est-ce que vous allez tenir comme ça pendant 5 ans ? – Pardon, je n'ai pas été assez clair. Ça veut dire très simplement que sur d'autres textes, il y a des compromis qui sont possibles. Je vous ai montré cet été. Avec le PLFR, il y a eu une majorité.
Il y a des majorités qui sont possibles. – Justement, M. Le Maire, il y a le PLFSS, le projet de loi de budget de la Sécurité sociale qui va être discuté à partir de demain. Est-ce que vous allez encore laisser traîner les débats pendant 8 jours ? Ou est-ce qu'au contraire, là, vous dites, il faudra assez vite que le gouvernement déclenche le 49.3 pour qu'il n'y ait aucune ambiguïté, en sachant que la configuration est la même, les oppositions ont d'ores et déjà dit qu'elles ne voteraient pas ce PLFSS ?
– Je vais vous dire, je crois qu'il faut aller plus rapidement. Nous avons eu un débat qui a permis de clarifier les positions respectives des oppositions. Qui est pour plus de dettes, plus de déficits ? Qui veut multiplier les taxes, les impôts, les prélèvements ? Et la position du gouvernement qui a été très claire, pas de dérive des déficits, 5% de déficits en 2023, pas d'impôts supplémentaires, le soutien aux personnes qui travaillent et aux entreprises. Voilà le cadre que j'avais défini avant la discussion, mais à la sortie de la discussion, on a repris les arguments qui rentraient dans ce cadre, nous avons repris des amendements qui correspondaient à la politique du gouvernement.
Une fois que ce débat approfondi a eu lieu, 55 heures cette année, 37 l'année dernière, il y a eu plus de débats cette année qu'il y en avait eu l'année dernière. – Donc ça pourrait être dès la fin de la semaine sur le PLFSS ? Vous verrez, je pense qu'on peut avancer là plus rapidement parce que le débat a eu lieu.
– Monsieur le ministre, cette semaine, vous avez menacé de démissionner s'il y avait un amendement sur la taxation des superdébidantes qui a été adopté, retenu. Vous pensiez vraiment démissionner ?
– N'accordez pas trop d'importance aux propos rapportés, sinon vous savez, vous allez…
– Alors monsieur le maire, des sources concordantes nous ont expliqué ce qui s'était passé dans cette réunion. – Je n'ai aucun doute. – Ou pour ceux qui nous regardent, on discutait des amendements à garder. – Je n'ai aucun doute, Benjamin Duhamel, que vous faites très bien votre travail. – Benjamin va aux sources concordantes. – Et vous avez dit dans cette réunion, si on garde l'amendement de monsieur Matéi, patron du groupe Modem à l'Assemblée sur les superdividendes, ce sera sans moi, il faut un autre ministre des Finances.
– Benjamin Duhamel, vous faites très bien votre travail de journaliste, moi je fais très bien, j'essaye, mon travail de ministre des Finances. Et le rôle du ministre des Finances, il est parfois un peu ingrat, c'est de rappeler des réalités financières. Nous sommes, je le redis, à l'Europrès, nous ne pouvons pas faire dériver les comptes publics, sinon il nous arrivera la même chose que la Grande-Bretagne. Ce n'est pas ce que nous souhaitons, et la ligne fixée par le président de la République est très claire. Et en deuxième lieu, je pense que ce qui fait la force d'une majorité, c'est la cohérence de ces positions. Depuis 2017, nous n'avons augmenté aucun impôt.
Et ça n'est pas arrivé depuis des décennies, parce qu'on a la manie en France des taxes supplémentaires et des impôts qui finissent toujours, au bout du compte, par peser sur la classe moyenne et sur les PME. Et il y a une demande de justice fiscale dans ce pays. Et on ne voit pas dans le budget ce qui traduit ce ressenti de demande de justice fiscale. La justice fiscale, c'est ce que nous avons adopté comme taxation des gens du numérique. Ça rapporte 600 millions d'euros par an. Ça, c'est de la justice fiscale. C'est ce que nous faisons sur la taxation minimale avec l'Allemagne, qui va rapporter plusieurs milliards d'euros. Moi, je suis attaché à la justice fiscale.
Quand nous mettons en place le prélèvement obligatoire sur tous les énergéticiens pour qu'il n'y ait pas de rente et pour que ça paye le bouclier énergétique sur l'électricité et sur le gaz, ça va nous rapporter 26 milliards d'euros. Vous pouvez appeler ça taxation sur les super profits, si ça vous chante. Les mots m'apportent peu. Ce qui compte, c'est que ça touche véritablement les entreprises qui ont des rentes et pas toutes les PME, que ça permette de financer le bouclier fiscal et que ce soit juste. C'est ce que nous avons fait.
Monsieur le ministre, faites-vous partie de ceux qui dénoncent l'indécence des oppositions après la mort de Lola ? Ou admettez-vous effectivement qu'il y a un problème avec la gestion de l'expulsion d'immigrés en situation irrégulière dans notre pays ?
Je pense, je vais vous dire, mon ressenti plus qu'une analyse politique. Je trouve cette histoire tellement bouleversante. Moi, j'ai un fils de 11 ans. Je ne peux même pas imaginer la douleur qui doit être celle des parents de cette petite fille. Le chagrin qui va les accompagner toute leur vie. Je trouve qu'on peut peut-être se taire. Mais tout simplement, laisser un temps de décence, un temps de silence. Un temps de silence. Ça fera du bien aux politiques.
Oui, mais monsieur le maire, Olivier Véran lui-même, après le Conseil des ministres, à son point presse, a admis que la France pouvait et devait faire mieux sur ce qu'on appelle les obligations de quitter le territoire français, c'est-à-dire la façon dont on expulse les étrangers en situation irrégulière.
Est-ce que ce débat doit exister ? Bien sûr qu'il faut un débat sur l'immigration, les OQTF. Je dis simplement qu'après un tel choc pour cette famille, pour les amis de cette petite fille, pour la nation française toute entière,
un temps de silence serait bienvenu. Donc la manifestation de demain, le rassemblement de demain, avec notamment Éric Zemmour, est indécent pour vous ? Je trouve ça déplacé.
Je trouve ça brutal. Je trouve ça indigne. Qu'on ait tous les débats politiques que nous voulions, mais dans les sociétés occidentales qui sont les nôtres, puisque Éric Zemmour est si attaché à ces sociétés, à leur culture, il y a le temps du deuil, il y a le temps du silence, il y a le temps du respect. Moi, je suis très attaché à ce temps du silence, à ce temps du deuil et à ce temps du respect. Je pense que la mémoire de Lola le mérite, ses parents le méritent, ses amis le méritent, la nation française le mérite.
Merci, M. le ministre. Merci.
Bruno Le Maire