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Podcast / conversationFrançois NICOLAS· 8 mai 2019 9 minFond programmatiqueAgriculture & alimentationEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

Claude Gruffat, pour une économie au service des paysans

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:07Invité politiqueChiffre
    « on passe de 1,7 milliard d'hectares cultivables dans le monde dans les années 60 à 1,4 milliard aujourd'hui. »
  • 4:16Invité politiqueChiffre
    « On était 3,5 milliards à l'époque, on est le double aujourd'hui. »
  • 4:19Invité politiqueChiffre
    « On avait 3 000 m2 chacun pour vivre sur la planète, il nous en reste moins de 1 500 chacun aujourd'hui. »
  • 4:31Invité politiqueChiffre
    « le comportement du consommateur occidental aujourd'hui consomme 4 fois sa part, presque 5 fois sa part de surfaces cultivables. »
  • 5:56Invité politiqueChiffre
    « il y avait 6% de matière organique dans les sols en 1960, il y en a 1,4% aujourd'hui. »
  • 6:53Invité politiqueChiffre
    « on a réussi à arriver à presque un quart de notre activité en commerce équitable. »

Temps de parole

  • Claude Gruffat99 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:17
Claude Gruffat

mon parcours et puis pour poursuivre. Donc moi, c'est vrai que je suis né dans une petite ferme laitière en Haute-Savoie. Alors, ça n'intéresse personne. Sauf que ça a fait ma conviction de base sur un certain modèle d'agriculture. Et quand j'ai été conseiller agricole après, début des années 80, et que je me suis retrouvé confronté à des moments un peu violents où arrivait de plus en plus le dossier d'agriculteur en difficulté, et ça n'a pas baissé depuis, ou quand un paysan fait faillite, parce que la faillite n'existe pas de l'agriculture. C'est tous ces biens personnels qui y passent.

Et quand on lui dit, pour les prêts qui restent, le crédit agricole lui dit, on fera un prédément sur salaire pendant 70 ans, et je l'ai vraiment entendu. Quand on ramène soir à soir à la maison, les couples volent en déclare. Quand on a ruiné un patrimoine familial de plusieurs générations, vous imaginez l'ambiance dans la famille, évidemment, ça peut se finir au bout d'une corne dans la grange. Et là, je me suis dit, vu ma culture, qu'est-ce que je fous dans le milieu, en fait ? Et c'est pas ce modèle d'agriculture-là que j'étais venu porter. Donc j'ai cherché autre chose, et c'est comme ça que j'ai découvert des paysans qui faisaient du bio. Dans mon département, il y en avait trois.

Et déjà, il fallait les trouver. Et en plus, derrière, il fallait comprendre ce qui était en train de se passer. Parce que le modèle technique dans les années 80, en bio, c'était moyen. Le modèle économique, encore pire. Évidemment, ça commençait, donc il fallait faire le chemin. Mais par contre, moi, ce qui m'a profondément touché, c'était le modèle agronomique, comment il parlait de leur terre, comment il parlait de la production, comment il parlait de la biodiversité des sols et de la fertilité des sols. Et ça, ça m'a convaincu que c'était un modèle d'agriculture qui avait de l'avenir. Il était à peu près encore très peu existant, mais c'était pas mon bon en France.

Donc j'ai pris mon bâton de paix. J'ai progressivement quitté ce que je faisais pour aller m'engager auprès de cette agriculture-là. Et comme je n'étais pas paysan, que je n'avais pas de terre, j'ai décidé, avec un gros pont d'achat, sur ma ville, à Blois, de monter un magasin pour faire en sorte que, faire mieux connaître ces produits de cette agriculture-là, c'était soutenir cette agriculture-là. Donc élargir. Et c'est comme ça qu'on a démarré, avec un premier pont d'achat, quelques fabriques ont consommé bio, on ouvre un magasin, et ça s'est développé. Et puis après, je me suis impliqué dans une structure...

J'ai découvert le COP après, d'ailleurs, on va aller d'après remonter le magasin, et puis je me suis impliqué dans ce modèle-là, en y portant des valeurs qui, moi, me semblaient vraiment importantes pour, justement, commercer autrement. Et si la vente par abonnement avait existé en France au début des années 80, on serait devenu des AMAP. C'est évident. Donc c'est arrivé 20 ans plus tard, ben voilà, d'autres ont pris le relais, l'ont fait différemment. C'est pour ça que moi, j'ai toujours considéré que les AMAP étaient des cousins, voire des frères, complémentaires sur les territoires à ce que les magasins Biocop font, et que ça voisine très bien, et que ça cohabite très bien.

Donc, alors, le modèle Biocop, qu'est-ce qu'il a d'atypique par rapport au reste de la distribution, et qu'est-ce que j'ai, moi, en tant que président de cette enseigne pendant 15 ans, voulu porter et voulu faire naître pour qu'un autre monde de la consommation soit possible aussi. Un, un choix vraiment de modèle d'agriculture qu'on appelle la biopaysanne de proximité. Elle a été décrite largement par Benoît, je ne reviens pas dessus. Sauf que si on parle du global, j'ai envie de faire un petit crochet par ce point-là. Aujourd'hui, les terres cultivables dans le monde sont en récession.

En Occident, par l'artificialisation des sols, un terrain de foot tous les 5 minutes, H24, tu as dit, ça va vite, trop vite, donc il faut préserver. Et dans le monde, ailleurs, c'est l'avancée des déserts. Et pourquoi il y a l'avancée des déserts ? Parce que notre agriculture occidentale subventionnée qui exporte là-bas devient concurrentielle avec la production locale qui n'est plus rentable. Les paysans abandonnent leurs terres, vont grossir les bidonvilles et les déserts avancent. Et avec ça, avec ça, on passe de 1,7 milliard d'hectares cultivables dans le monde dans les années 60 à 1,4 milliard aujourd'hui. On était 3,5 milliards à l'époque, on est le double aujourd'hui.

On avait 3 000 m2 chacun pour vivre sur la planète, il nous en reste moins de 1 500 chacun aujourd'hui. Parce qu'on est beaucoup plus nombreux et que les surfaces se diminuent. ce qui veut dire que le comportement du consommateur occidental aujourd'hui consomme 4 fois sa part, presque 5 fois sa part de surfaces cultivables. Ici en France, aux Etats-Unis, c'est 2 fois plus encore, c'est 2 fois pire. Donc, si on ne change pas nos pratiques de consommation, on empirera le phénomène migratoire.

Et pour moi, une des solutions pour amener des vraies réponses à ces problèmes de migration climatique, et bien c'est justement 1, de laisser la surface disponible cultivable à ceux qui habitent dessus, 2, de les accompagner quand il est nécessaire de le faire sur des techniques de production et la bio est une vraie réponse sur les techniques de production de manière à faire en sorte que chacun puisse vivre là où il est né et là où il a envie de vivre et qu'ils ne soient pas obligés d'aller traverser la moitié de la planète pour trouver sa subsistance par rapport à ça.

Donc, la question des terres disponibles est pour moi une vraie valeur de bien commun de l'humanité et que chacun doit avoir sa part là-dessus et qu'on doit laisser à chacun sa part là-dessus de la fertilité des sols qui est extrêmement importante. Le rapport de l'FAO qui est sorti en octobre dernier dit à quel point la fertilité des sols s'est dégradée dans le monde d'une manière extrêmement importante et en France est dans le haut de la liste. Pas de la qualité de la dégradation. Donc, on est dans une situation où même chez nous c'est un vrai problème.

Moi, j'habite à côté de Blois au nord de Bois il y a la Beauce sur ce territoire-là il y avait 6% de matière organique dans les sols en 1960 il y en a 1,4% aujourd'hui. En dessous de 1 c'est le processus de déertification qui commence disait la grandeur. Donc, si on continue de consommer comme on le fait depuis 50 ans ce patrimoine-là la fertilité des sols on se met tous réellement en situation de difficulté à court terme.

Donc, c'est plus d'une transition dont il est question et dont on a besoin dans le modèle d'agriculture c'est une mutation on est vraiment rendu à ce stade-là donc il faudra aller vite et c'est vrai que dans le programme européen et dans la PAC il faudra aller très vite sur ces questions-là pour changer de modèle d'agriculture et passer à autre chose Benoît Large m'en décrit je ne reviens pas dessus.

Le deuxième point sur lequel je me suis beaucoup engagé aussi c'est le modèle de commerce le commerce équitable celui qui propose une autre répartition de la valeur et une plus juste répartition de la valeur ajoutée dans les circuits divers du producteur jusqu'au consommateur ça c'est fondamental on a réussi à arriver à presque un quart de notre activité en commerce équitable c'est énorme aucune enseigne de distribution dépasse le zéro virgule donc c'est énorme c'est un rendement mais c'est un choix et à un moment donné c'est un choix et moi ce qui me rassure c'est qu'on est suivi par les consommateurs sur ce choix en fait sinon Biocop n'aurait pas la notarité qu'il y a donc ces valeurs elles sont partagées largement il faut maintenant continuer de les encourager et l'Europe peut aussi apporter des programmes dans ce sens là pour encourager ce modèle de commerce là c'est pas la loi qui vient de passer qui va nous apporter des réponses on l'a bien vu après il y a un troisième axe c'est l'économie sociale et solidaire il me reste une minute c'est aussi un axe qui me paraît extrêmement important parce que moi je l'économie sociale l'économie sociale et solidaire c'est quoi c'est le fait de dire que l'argent la monnaie c'est le carburant d'une économie pas le moteur et tant qu'on n'aura pas compris que c'est l'erreur dans laquelle on a embarqué le monde depuis 80 ans à avoir inversé les rôles et bien on va et bien là où on va et donc Dieu sait s'il y a des réformes à faire sur ces questions là donc ça aussi c'est un véritable engagement et il faut qu'on pose énormément d'axes et moi j'ai pas les plans d'action dans la tête aujourd'hui quand on sera à Bruxelles pour faire des choses là dessus mais il y a des choses extrêmement importantes à faire là dessus et j'ai le quatrième axe et c'est le dernier c'est le modèle d'entrepreneuriat l'entrepreneuriat coopératif c'est le fait de coopérer ensemble pour réussir ensemble versus par opposition à la compétition qui arrive à une seule chose c'est qu'on se détruit mutuellement et ça Dieu sait si ça fait de la casse aujourd'hui il n'y a qu'à voir comment les entreprises sont dans quel état elles sont dans le monde aujourd'hui et comment sont les budgets des états des pays etc dans le monde aujourd'hui donc ce modèle entrepreneurial a fait des miracles au 20ème siècle il a été dévoyé la fin du 20ème siècle le 21ème siècle doit être celui qui doit permettre de revenir là dessus donc ces questions là et à un moment donné pourquoi je me suis engagé dans la vie politique et pourquoi j'ai rejoint à Elevé pour porter ces sujets là sur le devant de la scène parce que il y a un moment donné les entreprises toutes seules plafonnent on a trop de résistance autour de nous au niveau du changement et à un moment donné l'accompagnement politique est non seulement nécessaire mais indispensable et évidemment ce ne peut pas faire de ça

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Locuteur

sous-titrage Société Radio-Canada Merci.