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AutreFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 9 mai 2025 25 minContradictoireMixte

Le pape Léon XIV "s'inscrit dans la continuité de François mais va aussi donner sa marque"

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Présentateur

Grand entretien ce matin consacré à l'élection du pape Léon XIV pour faire le portrait de celui qui, avant d'être évêque de Rome, était le cardinal Robert Prévost. Ce qu'ont voulu dire les 133 cardinaux qui l'ont élu, les défis qui l'attendent, mais aussi ce qu'on peut attendre de ce premier pape venu des Etats-Unis de l'Histoire. Table ronde ce matin avec Marianne Lourdes, nous recevons de nouveaux invités. Certains entre nous sont en direct, en studio et depuis Rome et le Vatican. Vos questions, interventions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France.

Regards croisés donc ce matin avec Christine Pédotti, journaliste essayiste, directrice de la revue Témoignages Chrétiens. Bonjour. Bonjour. Vous nous direz pourquoi c'est le moins américain des évêques américains, Christine Pédotti. Jean-François Poul, vous êtes historien, vous analysez l'actualité religieuse pour la revue Le Grand Continent. Et on a besoin de savoir justement dans quelle histoire se plonge cette doctrine qui fait aujourd'hui la doctrine du pape Léon XIV. Et puis en duplex avec nous depuis Rome et la place Saint-Pierre, sœur Nathalie Bécard. Bonjour.

1:21
Invité

Bonjour.

1:22
Présentateur

Vous êtes sous-secrétaire du Synode des évêques, la femme la plus gradée de l'église. Et en direct avec nous également depuis Rome, Mgr Hugues de Voilemont, secrétaire générale de la Conférence des évêques de France. Bonjour.

1:36
Invité

Bonjour.

1:36
Présentateur

Commençons avec vous, sœur Nathalie Bécard, puisque hier vous postiez des photos où on vous voyait en compagnie du pape Léon XIV. On voyait votre émotion sur les photos que vous avez postées sur X. Qu'avez-vous dit à ce tout nouveau souverain pontife ?

1:55
Invité

Alors, je lui ai dit, félicitations, et surtout je lui ai dit ce que je lui disais tous ces derniers jours avant le conclave, quand j'ai eu l'occasion de le croiser, je lui ai dit je prie pour vous et je continue à prier pour vous et pour votre ministère si important qui démarre.

2:11
Présentateur

Un ministère si important qui démarre, est-ce qu'il s'inscrit dans la rupture ou la continuité par rapport à celui du pape François, sœur Nathalie Bécard ?

2:21
Invité

Alors, écoutez, hier, dans ses premiers mots, qui étaient très importants, d'abord le premier mot, que la paix soit avec vous tous, un désir vraiment de semer la paix dans le monde, ça c'est le rôle de l'Église. Et il a vraiment mentionné deux fois le pape François, on voit combien il s'inscrit dans cette continuité. Il était d'ailleurs un des cardinaux qui rencontrait le plus souvent le pape François pour son travail au Dicaster des évêques. Donc je crois qu'il s'inscrit vraiment dans ce lien-là. Il a souligné l'enjeu de bâtir des ponts, de marcher ensemble, de poursuivre l'Église synodale, une Église missionnaire. Qu'il incarne, en fait, à travers aussi son très riche parcours.

3:01
Présentateur

Mgr Hugues de Voilemont, secrétaire général de la Conférence des évêques de France. Je rappelle que vous êtes avec nous en direct et en duplex depuis Rome. Vous avez eu de très nombreuses conversations, des échanges nourris avec celui qui est aujourd'hui le pape Léon XIV. Quel type d'homme est-il et de quoi parliez-vous ces dernières années lorsque vous aviez l'occasion de vous entretenir avec lui ?

3:26
Invité

Alors en effet, on avait l'occasion de le rencontrer à Rome. Mais je rappelle également qu'il avait accompagné le pape François à Marseille, à Jaccio, lorsque le pape est venu en France. Lorsque nous rencontrions donc le cardinal Prévost, maintenant le pape Léon XIV, c'était au titre qu'il était préfet du Dicaster des évêques. Donc on parlait avec lui, bien sûr, de la situation des évêques, mais plus généralement de la situation de l'Église en France. En quelque sorte, directeur des ressources humaines. Il faut expliquer, le préfet du Dicaster, c'est presque directeur des ressources humaines des évêques. Oui, on peut le dire. Et moi, j'ai été très frappé du sens de l'écoute.

La première rencontre, il a beaucoup écouté, il avait peu parlé, il nous a beaucoup écouté. Il voulait vraiment connaître la situation en France, en particulier des évêques, mais aussi de l'Église de France. Un sens de l'écoute très important. Les rencontres suivantes, on constatait qu'il avait une grande maîtrise des dossiers et puis une capacité de synthèse. Et vraiment, je retiendrai ces trois qualités que j'ai trouvées en lui. Le sens de l'écoute, la maîtrise des dossiers et la capacité de synthèse. D'ailleurs, hier, pour sa première apparition, on l'a vu en même temps très posé, très ému aussi, mais très déterminé. Donc, c'était un beau témoignage qu'il donnait hier soir.

4:53
Présentateur

Sœur Nathalie Bécart, avant de vous libérer et de revenir ici en studio à Paris, une question quand même. Est-ce qu'aujourd'hui, vous pensez que la première mission du pape Léon XIV est de donner une nouvelle trajectoire à l'Église ou d'œuvrer à son unité ? On sait qu'il y a des fractures au sein de la curie romaine.

5:12
Invité

C'est la mission de tout pape. C'est d'œuvrer à l'unité, à l'unité de l'Église pour servir l'unité de la famille humaine, l'unité du monde. Donc, dans ce sens-là, il s'inscrit vraiment dans une continuité, mais avec, comme l'a souligné Mgr Hugues de Voilemont, aussi son style propre. Il faut savoir aussi qu'il a été façonné par sa spiritualité augustinienne. Il a été 12 ans supérieur général. C'est un religieux et qui met vraiment en avant l'enjeu de la dimension communautaire, de la dimension de la communion pour vivre la mission.

Donc, oui, c'est un homme très simple, très humble, et je crois avec vraiment un très posé, un équilibre et un grand sens de la synthèse, comme ça a été dit, et il va mettre tout cela au service de l'Église.

6:00
Présentateur

Merci infiniment, en tout cas, d'avoir été avec nous sur France Inter ce matin, avant la première messe que célébrera Léon XIV tout à l'heure au Vatican. On va revenir ici en studio avec Christine Pédotti. Je rappelle que vous êtes la directrice de la revue Témoignages chrétiens. D'après vous, qu'est-ce qu'il faut retenir aujourd'hui de cette élection ? Qu'est-ce que les 133 cardinaux et leur vote nous disent à la communauté chrétienne ?

6:27
Invité

D'abord, ils nous disent que finalement, ils ont trouvé une forme d'unité très rapidement. On avait beaucoup, beaucoup glosé sur le fait qu'ils ne se connaissaient pas, que ça allait être long, et puis toc, ils nous donnent un pape en quatre tours. Donc, c'est déjà stupeur que ça aille si vite. C'est plus rapide que d'habitude. Oui, enfin, ça a été très vite. Donc, ça prouve qu'ils ont trouvé un accord très rapidement. Et ensuite, évidemment, on se dit, c'est l'ultra-favori qui va être élu. Et puis, pas du tout. Alors, certes, les commentateurs avisés avaient bien vu que ce cardinal montait en puissance.

Mais ils se sont mis d'accord très très vite sur cette figure, qui est un peu un mouton à cinq pattes. Oui, un mouton à cinq pattes. Justement. Mais oui, c'était l'homme introuvable. Il est tout. Il est tout. Il est du sud, il est du nord. Tout à fait. Il est de la curie, il est du terrain. Il est tout en même temps. Il est tout en même temps. Voilà. Alors, c'est formidable. On aurait dû penser que c'était une évidence. Mais bon, on s'était déjà trompé il y a 12 ans. Donc, on va continuer à se tromper. Voilà. C'est le charme de ce genre de choses. Donc, effectivement, il est américain du nord. Mais en fait, il est américain du sud. Le Pérou, oui. Il est du Nouveau Monde.

Mais en fait, ses origines sont de l'ancien monde européen. Il a été dans des endroits très compliqués au Pérou. Mais en même temps, il connaît bien la curie. Il connaît bien l'épiscopat. Et puis, il nous fait cette extraordinaire surprise de s'appeler Léon XIV. Alors, ça, moi, ça m'a ébouriffée, littéralement. Parce qu'on ne pensait pas qu'il allait relever le nom de Léon XIII, qui était un immense pape. Voilà. Alors, justement, on va se tourner vers vous, peut-être, Jean-Benoît Poul. Ce nom de Léon, c'est un nom très porté par les papes. Ce n'est pas le plus porté, mais il est quand même très porté. Et il symbolise quelque chose.

C'est-à-dire qu'il fait référence, notamment à Léon XIII, qui avait fait une encyclique très importante sur la doctrine sociale de l'Église. Où il dénonçait, notamment, la concentration entre les mains de quelques-uns de l'industrie et du commerce. C'est une tonalité comme cela qu'il souhaite donner à son pontificat ? Oui. Alors, je dirais que Léon XIII, c'est effectivement... Il faut regarder toujours deux choses quand on voit le nouveau nom d'un pape. C'est le Saint-Patron et le nom du prédécesseur. Alors, le Saint-Patron. Le Saint-Patron, alors c'est Saint-Léon, Saint-Léon le Grand.

C'est un des trois papes dont l'histoire a été qualifiée de grand, avec Grégoire le Grand et, moins connu, Nicolas le Grand, un peu plus tard. C'est le premier, chronologiquement. Et c'est un, ce qu'on dit techniquement, un docteur de l'Église. Un pape très compliqué, pour le dire, dans un temps très compliqué. C'est celui des invasions barbares. C'est le pape qui a défendu Rome contre Attila. Contre Attila, contre Léon. Qui est allé faire une médiation, en fait, auprès du chef barbare Attila, pour épargner Rome. Et pour sauver Rome. Et ça a marché. Un monde de combat et de paix en même temps. Ça a marché. Plutôt pas mal.

Et c'est un écrivain spirituel dont les sermons sont encore lus dans l'office monastique. Très souvent, on pense à Mathilde de Noël. Il a fait des très beaux sermons. Mais bon, ça remonte à l'Antiquité tardive. Si l'on revient à Léon XIII, c'est effectivement le pape qui a initié la doctrine sociale de l'Église. Donc avec cette encyclique...

9:36
Présentateur

Rerum Novarum, des choses nouvelles, elle date de 1891. Et c'est la première encyclique sociale de l'Église, on peut dire. Tout à fait. Qui fait de la question ouvrière, puisqu'on est en pleine révolution industrielle.

9:47
Invité

Tout à fait. Et qui... Bon, ça avait été initié par aussi ce qu'on appelait les catholiques sociaux. Mais justement, c'est la première fois que le magistère prenait un peu la voix des catholiques sociaux et s'exprimait sur la question sociale qui était alors effectivement criante. Léon XIII ne se résume pas à cette vision qu'on pourrait dire progressiste, si on calque nos lunettes, avec deux choses. Donc effectivement, la doctrine sociale de l'Église et le ralliement à la République française. C'est le pape qui a invité officiellement les catholiques français, plutôt de tradition monarchiste, à se rallier à la République.

Mais par ailleurs, c'est intéressant de voir que chaque personnalité a toujours des aspects moins progressistes. sur nos aspects, c'est le pape qui a remis à l'honneur Saint Thomas d'Aquin dans les études de l'Église. Et c'est un pape assez intransigeant sur la question des droits du souverain pontife pour la question romaine. C'est-à-dire, c'est quelqu'un qui a absolument refusé tout accord avec la maison de Savoie, c'est-à-dire l'unité italienne. Quelqu'un, pour le coup, là, autant il était coulant avec les Français, autant avec les Italiens...

10:52
Présentateur

Il a une ligne dure avec son regard sur la culée romaine.

10:56
Invité

C'était un diplomate, mais je dirais, comme on dit, de pas mal de diplomates, une main de fer dans un gant de velours.

11:02
Présentateur

Monseigneur Voilemon, vous êtes en direct avec nous depuis Rome. Dites-nous si on peut parler de cardinal, de prêtre, d'évêque de Rome et de pape aujourd'hui, progressiste. Est-ce que c'est un mot qui vous parle à la curie ?

11:20
Invité

Alors, moi-même, je suis plutôt en mission en France. Je ne suis pas curialiste.

11:24
Présentateur

Mais vous le connaissez bien. On a un problème de liaison avec vous et avec Rome. On va vous retrouver dans une seconde. Hugues de Voilemon, je ne sais pas si vous êtes en ligne avec nous. On va vous retrouver, oui, dans un instant. Le mot de progressiste, Christine Pedotti, est-ce qu'il est adapté ? Ou est-ce qu'on plaque du vocabulaire politique sur ce qui ne relève pas forcément de la politique, mais de la foi et de la religion ?

11:50
Invité

Oui, on plaque clairement des notions qui ne sont pas très justes. La question, c'est un pape, il a une tradition de missionnaire au Pérou. Un missionnaire, c'est quoi ? C'est d'abord quelqu'un qui apprend la langue des gens avec qui il va parler. C'est le B.A.B. Il en parle beaucoup, d'ailleurs, cinq. Oui, il parle cinq langues. Mais en fait, non seulement il faut apprendre la langue, mais il faut apprendre la culture. Au fond, ce qu'on met sous progressiste, c'est l'idée qu'on va s'adapter au monde et à la culture des gens pour parler dans la même culture qu'eux. Donc, en fait, on a des papes qui, en fait, ont dit, moi, je représente une culture et je défends cette culture traditionnelle.

Et puis, on a des papes qui disent, ben non, en fait, il faut s'accommoder, se laisser aller à comprendre et à parler la langue du monde.

12:45
Présentateur

Oui, mais malgré tout, question importante, la question politique, parce qu'on lit forcément l'élection de Léon XIV de manière politique. Il est américain, ça n'est pas anodin. Donald Trump l'a félicité. Et pourtant, lui avait tweeté, non seulement contre J.D. Vance, il avait tweeté contre Donald Trump, en tout cas de manière assez critique lors de son premier mandat. C'est un pape qui va s'ingérer dans les affaires du monde, d'après vous, Jean-Benoît Poulx ?

13:13
Invité

Oui, c'est quelqu'un. Alors, il n'était pas en première ligne des grands cardinaux américains opposants à François. Déjà parce qu'il n'était pas aux Etats-Unis, à Donald Trump, excusez-moi, et il n'était pas non plus justement un opposant à François. Déjà parce qu'il n'était pas, en fait, aux Etats-Unis au moment où il était cardinal. Mais on a épluché un peu son filtre de soeur. On a vu, effectivement, qu'il avait, il s'était érigé contre les positions de J.D. Vance, contre l'instrumentalisation aussi. Donc, le vice-président des Etats-Unis, qui a un catholicisme très nationaliste en quelque sorte. Oui, et qui est, bon, qui est un converti sans doute sincère au catholicisme.

Mais disons qu'il s'expose sans doute au risque d'instrumentaliser le catholicisme. Et ça, le cardinal prévost semblait quelqu'un d'assez discret, mais de très ferme, y compris d'ailleurs dans un sens conservateur. Mais sur les questions, j'allais dire, de défense des droits de la personne humaine, donc des migrants et d'écologie, il est tout à fait dans la ligne du pape François, dans ce qu'on pourrait appeler des orientations bergogliennes.

14:13
Présentateur

Alors, vous parliez de ligne, on a rétabli la ligne téléphonique avec Rome et Mgr Hugues de Voilemont. Que diriez-vous, qu'est-ce qu'il faut retenir de ces combats menés, de son travail au Pérou, auprès de populations extrêmement pauvres, de son implication également dans le débat public ? On vient de dire qu'il avait été s'opposer au premier Donald Trump, qu'il avait critiqué les politiques et les discours de J.D. Vance, Mgr ?

14:41
Invité

Oui, je crois qu'à nouveau, les cardinaux, d'ailleurs, il est remercié de l'avoir élu, et il se situe d'ailleurs avec les cardinaux. Les cardinaux ont fait le choix, effectivement, aussi d'un pape qui vient de loin, des Etats-Unis, mais aussi du Pérou. Donc, on est encore dans les périphéries, et ce que je disais, je ne sais pas si ça a été coupé à ce moment-là...

15:03
Présentateur

Périphérie, c'est un mot qui vient du pape François.

15:06
Invité

Absolument. Et ce qui a été intéressant, c'est que dans ses premiers mots, sa première allocution au peuple de Rome, et puis au monde, c'est qu'il a parlé en italien, certes, mais aussi en espagnol, et non pas en anglais. C'est-à-dire que c'est aussi un signe qu'il donne de dire, voilà, je veux aussi m'adresser au diocèse et au peuple qui m'a accompagné. D'ailleurs, il dit le peuple qui accompagne son évêque, et non pas l'évêque qui accompagne son évêque. Donc, c'est quand même une collaboration, un chemin ensemble qui s'ouvre.

Mais ce qui est intéressant, Mgr de Voilement, c'est les premiers pas, les premiers mots du pape Léon XIV, qui s'est exprimé à la loggia de Saint-Pierre, qui a fait un discours où il a beaucoup parlé de paix. Et puis, il est apparu avec la mosette, cette petite cape rouge traditionnelle que François avait abandonnée. Ça veut dire qu'il veut clairement s'en différencier ? C'est peut-être un peuple plus rassembleur, moins en rupture ? Oui, je crois que ça a été dit depuis ce matin grâce aux différentes interventions. Je pense qu'il s'inscrit effectivement dans la continuité de François, mais il va évidemment aussi donner sa marque.

Et vous avez raison, dans les premiers mots, la paix, l'appel à la paix, à une paix désarmée, désarmante, humble et persévérante. C'est aussi bien, je pense, pour l'international, mais aussi pour la paix dans l'Église, avec aussi, bien sûr, cette insistance à construire des ponts, et à dire tous ensemble, comme le pape François disait, todos, todos, la démonstration de marcher ensemble.

16:42
Présentateur

Des ponts et non pas des murs. Et on se souvient de la position du pape François vis-à-vis de la question des migrants, par exemple. C'est aussi le pape François quelqu'un qui refusait la pompe de l'Église catholique pour qu'elle retrouve le chemin des déshérités, de ceux qui sont les moins bien lotis. Il y a également une dimension qui était très forte dans le discours du pape François. Et c'est une question que vous pose Céline sur l'application Radio France. Quelle est la position de Léon XIV sur les sujets écologiques et de dérèglement climatique ? En 2015, il y a eu une encyclique importante du pape François.

Laudato Si, il plaçait la préservation de l'environnement au cœur de la doctrine de l'Église catholique. Est-ce que c'est une cause à laquelle le nouveau pape est sensible ?

17:33
Invité

Oui, très certainement. Il avait participé au Pérou à ces questions. Je pense qu'il va continuer à s'inscrire sur la dimension d'écologie intégrale. C'est important, c'est d'ailleurs fait partie de l'enseignement social de l'Église, la dimension d'écologie intégrale, c'est-à-dire aussi la question de la dignité de l'être humain, de sa naissance à sa fin naturelle que nous défendons. Et donc, c'est vrai que sur cette dimension-là, c'est vraiment l'homme et la femme placés au cœur de la création.

18:14
Présentateur

Et effectivement, c'est une question absolument primordiale. Question de doctrine, puisqu'on sait l'importance de l'histoire des différents mouvements qui animent l'Église catholique. L'ordre des Augustins, qui veut nous dire en quelques mots ce que ça représente ? Bon, si je puis commencer.

18:30
Invité

L'ordre des Augustins, alors c'est un peu, terminologiquement, d'ailleurs il faut bien dire, les Augustins et pas les Augustiniens. Les Augustiniens, c'est ceux qui suivent la doctrine de Saint-Augustin. Donc, il a dit d'ailleurs qu'il est à la fois Augustin et Augustinien. Et le lien entre eux, c'est qu'ils suivent la règle, ce qu'on appelle en fait la règle de Saint-Augustin, même si c'est très subtil, Saint-Augustin n'est pas le fondateur de leur ordre.

18:51
Présentateur

Alors, donnez-nous la clé, justement, pour comprendre cet ordre.

18:53
Invité

C'est ce qu'on appelle un ordre mendiant, donc de religieux, en principe pauvres, qui ne possèdent pas de biens et vivent en fait des dons de la charité des chrétiens. D'ailleurs, il vit lui dans un... Ce sont à l'origine des ermites, donc ils vivent en communauté. Voilà. Et en fait, ils sont, comment dire, ils ont un ancrage à la fois missionnaire, c'est pas hasard si on a choisi cet Augustin-là pour être missionnaire au Pérou. Et voilà, il fait partie, alors c'est moins connu que les franciscains ou les dominicains, mais ça fait partie des grands ordres de mendiants de l'Église qui ont donné des grandes figures, y compris d'ailleurs des figures de rupture.

Je rappelle qu'il y a un Augustin très célèbre, qui c'était un certain Martin Luther. Martin Luther était exactement un ermite de Saint-Augustin au couvent d'Erfourth, qui lui, alors à force d'étudier la Bible, s'est clairement situé en rupture avec l'Église. Et à fonder le protestantisme. Exactement.

19:45
Présentateur

Est-ce qu'il a aussi pour vocation, Christine Pédotti, ce pape, a tout simplement, comment dire, est-ce qu'il a pour vocation d'être non seulement un unificateur, mais qu'est-ce qui pour vous est le grand défi qu'il attend ? On a vu toutes les difficultés que rencontre l'Église catholique depuis de nombreuses années, autour des scandales autour de la pédophilie, il y a eu des questions financières, il y a la question des évolutions de la société.

20:12
Invité

Alors, la question autour des crimes, la pédocriminalité, a sans doute compté pour les cardinaux, parce qu'il fallait quelqu'un dont on soit autant qu'il est possible, sûr qu'il est fiable et qu'il ne va pas être rattrapé par des scandales. Il s'est exprimé sur ce sujet d'ailleurs. En fait, il a affronté des choses très complexes au Pérou, des affaires très lourdes, sur lesquelles il a été très intransigeant. Donc, a priori, là, on a quelqu'un qui est intransigeant sur ses affaires. Là, c'est plutôt une bonne nouvelle. Et puis, c'est un homme relativement jeune. 69 ans ? Oui, pour un pape jeune. Les précédents avaient respectivement 76-78, quand ils ont commencé.

Donc, ça veut dire que finalement, comme il y a environ 20 ans que les affaires de pédocriminalité sont au premier plan dans l'Église, il y est très sensible et il y a fait face. Donc, ça, c'est un sujet sur lequel on est a priori assez sûr de ce qu'il va faire. Et puis, il est comme nous. Il est face à un monde qui est en état de chaos. Il n'y a pas que l'Église. C'est pour ça qu'il commence par parler de la paix. parce que nous avons bien besoin de gens qui vont mettre de l'énergie du côté de la paix quand on voit ce qui est en train de se passer aujourd'hui à Moscou, évidemment.

Alors, moi, je dois dire que j'éprouve un certain ravissement à penser que le pape Léon XIV est en train de voler la vedette. Avec Léon Poutine ? Oui, tout à fait. Ils sont défilés donc aujourd'hui. Je dois dire qu'entre le fait qu'il n'est clairement pas pro-Trump...

21:50
Présentateur

La date qui est quand même aujourd'hui en Russie est quand même symboliquement extrêmement importante puisque c'est la capitulation de l'Allemagne nazie.

21:56
Invité

Tout à fait, on est bien d'accord. Mais nous aussi, et d'ailleurs, on a bien vu, on a eu la fumée blanche et en même temps le discours d'Emmanuel Macron. Donc, on a des événements qui s'en percutent. C'était compliqué pour tout le monde. Monseigneur de Voilemont, le pape Léon XIV, c'est aussi un pape très connecté. C'est même le premier, en fait. Ça fait 14 ans qu'il est sur Twitter. Il a publié 400 messages sur le racisme aux Etats-Unis, les violences sexuelles dans l'Église, la Covid-19, l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Est-ce qu'il va pouvoir rester aussi connecté que cela ? Je pense que maintenant, il a encore plus d'aide pour qu'on puisse gérer ses comptes.

Mais c'est vrai qu'il fait partie de cette génération, et pas spécialement jeune d'ailleurs, enfin voilà, 69 ans, ça reste jeune, mais de personnes laïques ou prêtres ou évêques qui pensent qu'effectivement être engagés, être présents sur le monde numérique, c'est très important. C'est un lieu aussi, on l'a vu, pour les catéchumènes nombreux cette année en France. C'est ceux qui se font baptiser, les nouveaux baptisés. Oui, c'est ça, pardon, exactement. C'est ça, c'est les adultes qui ont demandé de baptême cette année, ils étaient encore très nombreux. Et effectivement, sur les réseaux sociaux, sur le numérique, il faut être présent, parce que c'est aussi un lieu de témoignage.

Vous savez que Léon XIII est le premier pape qui dit que les moyens de communication modernes sont bons et que la papauté doit s'en servir. Vous voulez dire Léon XIV ? Non, Léon XIII !

23:21
Présentateur

Léon XIII, donc à la fin du 19e, déjà.

23:24
Invité

Il n'était pas sur Twitter. Quand il prend le nom de Léon XIV, il se rattache aussi à cette modernité, d'une certaine façon.

23:30
Présentateur

On a une dernière question à vous poser. L'un des grands défis qu'attend le nouveau pape, et ce n'est pas par hasard, parce qu'il vient des Amériques, la concurrence des églises évangéliques, la baisse des vocations, est-ce que c'est un pape qui va aussi devoir mener ce combat ? Peut-être qu'il veut répondre Jean-Benoît Poul, pour aller autour de table ?

23:49
Invité

Oui, en deux mots, effectivement, surtout l'Amérique latine, c'est vraiment le continent où il y a une très vive concurrence entre effectivement les églises évangéliques, de type pentecôtiste, etc., protestante, mais protestante du réveil, et l'église catholique, pour lui dire en un mot, père du terrain, spécialement d'ailleurs dans les populations défavorisées et pauvres, et plus qu'aucun autre au Pérou, il a été confronté à ça. Il a compris, il a vu un peu, il a discuté, et c'est vrai qu'en Europe, on est moins confronté à ça, mais c'est une donnée qu'il faut avoir à l'esprit.

24:25
Présentateur

Mgr Hugues de Voilemont, c'est effectivement l'un des défis qui attendent Léon XIV ?

24:30
Invité

Ah oui, sûrement, c'est l'unité de l'église, mais c'est aussi, moi je ne parlerai pas simplement en termes de concurrence, mais c'est aussi comment, dans le dialogue avec ces églises-là, et aussi le dialogue avec les autres religions, qui est aussi un autre sujet, que le pape et l'église tout entière, évidemment, peut être signe de communion et d'unité.

24:51
Présentateur

Merci infiniment, en tout cas, d'avoir été avec nous en direct depuis Rome. Merci infiniment à tous les deux. Le Grand Continent, évidemment, à lire, pour comprendre ces points et ces données clés qui permettent de mieux cerner ce nouveau pape. Et puis, il y a évidemment Christine Pédotti, votre revue qui est importante, témoignage chrétien qui porte en tout cas une vision progressiste de l'église. Merci infiniment à tous les trois d'avoir été nos invités.