LE JOURNAL DU 6 FÉVRIER 2018
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Nous sommes le 6 février 2018 Le 20h s'est échappé de la télé. Vous regardez le journal du média. Bonsoir à tou.te.s Dans le journal ce soir, Théophile Kouamouo sera avec nous pour nous expliquer pourquoi les bourses du monde entier se sont mises à dévisser.
Oui, tout à fait. Nous aurons aussi un peu de musique avec le premier album du batteur Matthieu Chazarenc. Et bien sûr comme chaque mardi, Noël Mamère recevra un invité.
Ce soir c'est Gustave Massiah économiste et figure incontournable de l’alter mondialisme. On voit ça tout à l'heure. Mais d'abord, c'est l'actu. [Musique] C'est une vraie victoire syndicale pour 900 000 travailleurs/euses.
Ne nous emballons pas trop. Ca se passe en Allemagne. Après un long bras de fer, les syndicalistes d'IG Metall, le puissant syndicat de la métallurgie, a obtenu le passage à la semaine de 28 heures pour les salarié.e.s qui le désirent et ce à partir de 2019.
À priori il n'y aura pas de compensation automatique mais les patron.ne.s ont accepté une hausse de salaire de 4,3% ainsi que des primes mensuelles.
Les patron.ne.s de leur côté seront autorisé.e.s à faire travailler un nombre plus important de salarié.e.s au rythme de 40 heures par semaine, 5 de plus que le nombre d’heures légal.
En france le président du medef Pierre Gattaz, qui salue pourtant régulièrement le modèle économique allemand, s'est empressé de préciser que cet accord n'était pas transposable ici. En Allemagne toujours, quatre mois d'impasse post électorale, un fait inédit depuis la guerre. La chancelière Angela Merkel est désormais dos au mur et a annoncé être prête à des compromis douloureux, elle entamait aujourd'hui son ultime bras de fer avec les sociodémocrates pour former une coalition la CDU et le SPD se sont fixé la fin de journée comme date butoir finale.
Faute d'accord la chancelière devrait se résoudre à un très instable gouvernement minoritaire ou à accepter l'organisation de nouvelles élections ; une option à haut risque qui pourrait profiter d'abord à l'extrême droite. Loin de la carte postale et des plages bleu turquoise les Maldives s'enfoncent chaque jour un peu dans la crise la situation politique s'est considérablement dégradée. Hier le président de la cour suprême du pays et l'un de ses adjoints ont été arrêtés au petit matin au lendemain de l'instauration de l'état d'urgence par le président Abdulla Yameen.
Ce coup de force contre les plus hauts magistrats du pays survient après que la cour suprême a, la semaine dernière, ordonné la libération de neuf député.e.s d'opposition, et jugé que le procès intenté à l'ancien chef de l'état Mohamed Nasheed aujourd'hui en exil était tout simplement inconstitutionnel.
Le président avait refusé d'appliquer ces décisions et le chef de la police avait déjà été limogé après avoir déclaré qu'il les appliquerait malgré tout, ajoutant enfin que le parlement où l'opposition est majoritaire est désormais suspendu. Journée internationale contre les mutilations génitales aujourd'hui 200 millions de femmes et de filles en sont victimes dans le monde cela représente selon l'Organisation Mondiale de la Santé plus de trois millions de filles par an. 44 millions d'entre elles sont âgées de moins de 14 ans, 5 % des victimes vivent en europe dont environ 53 000 femmes en France.
Notons que l'association “les sénégalaises” a lancé un mouvement et un hashtag "touche pas à mon corps" pour soutenir les femmes victimes de ces violences. [Musique] C'est un peu la panique générale sur les marchés boursiers Hier l'indice Dow Jones de la bourse de New York a perdu plus de 6%. Les places européennes et asiatiques ont elles aussi dévissé après un vent de panique.
Du coup Théophile, tu as la lourde mission d'essayer de m'expliquer ce qui se passe. Est ce qu'on doit craindre un krach boursier? Vu qu'au Média, nous ne lisons pas encore dans le marc de café, nous allons attendre quelques jours avant de trancher.
Ce qui est intéressant c'est que cette grosse correction (ou ce mini krach, selon que l’on voit le verre à moitié vide ou à moitié plein) nous en dit beaucoup sur les fonctionnements ou les dysfonctionnements de l'économie mondiale telle qu'elle se structure aujourd'hui. C'est assez effrayant en réalité. Pour vous en parler j'ai appelé Paul Jorion, c'est un personnage assez fascinant, il est docteur en anthropologie spécialiste de la finance et blogueur il est surtout connu pour avoir prédit à l'avance, bien à l'avance, la crise des subprimes qui a entraîné une crise financière bien plus large en 2008, c'est donc un penseur critique de notre système financier.
Il connaît sur le bout des doigts ses impasses et ses paradoxes. Par exemple un des facteurs d'inquiétude aujourd'hui c'est l'excès de liquidités sur les marchés financiers Paul Jorion nous explique comment cet excès a été rendu possible et pourquoi pendant longtemps il n'a eu malgré tout aucune efficacité. Ce qui a créé cette situation c'est ce qu'on a appelé le quantitative easing qu'on peut appeler aussi, par un raccourci en français, la planche à billets.
C'est-à-dire que les banques centrales ont injecté dans l'économie des sommes tout à fait considérables, par anticipation d'une situation économique qui s'améliorerait. Or tout ça repose sur une analyse où les sommes injectées par les banques centrales se retrouveraient automatiquement dans ce qu'on appelle l'économie réelle parce que ça créerait des entreprises et ces entreprises créeraient des emplois et cetera et cetera...
Mais dans la situation où nous sommes, les sommes qui ont été mises à la disposition des institutions financières ne peuvent pas aller toutes dans l'économie. Et pourquoi? Parce qu'il n'y a plus assez de pouvoir d'achat dans les populations Pourquoi il n'y a plus assez de pouvoir d'achat dans les populations?
Parce que les salaires n'ont pas augmenté parce qu'on n'a pas reflété les gains de productivité. Le fait que l'économie allait mieux on ne l'a pas manifesté en salaire augmenté. Au contraire on a simplement augmenté les dividendes et les intérêts payés aux prêteurs et les bonus de plus en plus faramineux des dirigeant.e.s d'entreprises Alors, ce qui est terrible, est que la panique actuelle s'explique paradoxalement par ce qui était attendu, ce qui était souhaité depuis longtemps sans résultat.
Aux États unis, la baisse du chômage date d'assez longtemps mais c'est tout juste maintenant qu'elle se traduit par une hausse des salaires, en fait une toute petite hausse des salaires. Mais il ya un hic les investisseurs, les sacro-saints investisseurs, /!\ (inclusif?) ont peur que cette hausse des salaires produisent de l'inflation.
Pourquoi? Parce que cette inflation baisserait mécaniquement le rendement de certaines obligations qu'ils/elles détiennent. Du coup, on peut se mettre à se dire: pour que le système financier fonctionne bien, pour éviter la méchante inflation il faut éviter de redistribuer les fruits de la croissance aux salarié.e.s, aux travailleurs/euses, aux pauvres.
On peut aller jusqu'à se dire qu'il faut une stagnation indéfinie des salaires pour que l'économie tienne. Mais en fait non ça ne tient pas dès qu'on y réfléchit un peu, dans la mesure où ces classes moyennes ne consomment pas l'économie ne repart pas, on a l'impression du coup que le serpent se mord la queue et qu'il n'y a aucune solution ; mais en fait pour Paul Jorion il y en a une. On peut à la fois augmenter les salaires et les prestations sans faire exploser l'inflation mais à une condition, une condition qui plairait au peuple mais pas forcément à ce qu'il faut bien appeler le pouvoir financier.
Il faut non seulement augmenter les salaires, et là c'est la chose qui est considérée comme inadmissible par les gens qui sont en face : c'est que dans la même proportion qu'on augmente les salaires il faudrait diminuer les rétributions en termes de dividendes et de taux d'intérêt, et il faudrait diminuer les bonus extraordinaires des directions, et ça bien entendu ils/elles ont verrouillé la situation. C'est à dire que les dividendes sont distribués même quand il n'y a pas de profit dans la compagnie et les bonus sont extravagants même quand il n’y a pas de profit dans la compagnie. Donc il y a là un mécanisme mis en place pour empêcher justement que, dans les cas où la situation se dégrade, les détenteurs/trices de capitaux ou les dirigeant.e.s d'entreprises subissent la moindre perte.
Si la situation continue de se dégrader, si on va vraiment vers un Krach qui va payer? Malheureusement ce sera le contribuable ordinaire, toi, moi, nous tou.te.s, vu que dans ce cas les États renfloueraient les banques en faillite, et cela justifierait bien entendu de nouvelles baisses de prestations et de nouvelles augmentations d'impôts.
Finalement dans le système actuel que cela marche ou pas ce sont toujours les mêmes qui trinquent: les classes populaires. Voilà qui est extrêmement enthousiasmant, merci Théophile. On continue avec la suite de l'actualité Près d'un millier de militant.e.s ce mardi rassemblé.e.s devant le Tribunal de Carpentras pour demander la relaxe de la militante d'Attac Nicole Briend.
À 70 ans elle est accusée par la BNP, tenez vous bien, d'un vol de chaises commis en 2016. Elle avait, en effet, participé au mouvement des faucheurs/euses de chaises pour protester contre l'évasion fiscale des banques et avait alors dérobé trois sièges dans une agence. Pas de relaxe donc pour cette faucheuse mais un report de dernière minute du procès.
Il en faudra davantage pour entamer l'enthousiasme des protestataires qui ont confirmé qu'ils/elles reviendraient manifester autant de fois qu'il faudra pour soutenir cette "lanceuse d'alerte". Une nouvelle mobilisation un peu partout en france des étudiant.e.s lycéen.ne.s et professeur.e.s contre les réformes du bac et de l'accès à l'université.
Les manifestant.e.s demandent le retrait du projet de loi qui instaure une forme de sélection à l'entrée de l'université, ils s'inquiètent également du projet de réforme d'un baccalauréat resserré qui serait présenté le 14 février par le ministre de l'éducation Jean-Michel Blanquer.
Première visite en Corse pour Emmanuel Macron depuis son élection, il était ce matin à Ajaccio pour une cérémonie en mémoire du Préfet Erignac, assassiné il y a 20 ans jour pour jour. Un hommage, en prélude à une séquence plus politique, avec un discours très attendu demain après midi à Bastia. Enjeu de cette visite insulaire une reprise du dialogue avec la représentation politique corse, parmi les sujets sensibles la question des prisonniers/ères dit.e.s politiques.
Dans les années 70 ils/elles étaient 112, ils/elles ne sont plus aujourd'hui que 11 dont 3 à Borgo au sud de Bastia. Écoutez ce qu'en pense André Fazi, maître de conférences en sciences politiques à l'université de Corse, à Corte. En Droit, ce rapprochement serait logique si on considère l'esprit de la loi.
Selon la loi le/la détenu.e doit, après avoir été définitivement condamné.e, être placé.e le plus près possible de sa famille afin de faciliter sa réinsertion et afin de ne pas faire subir une double peine à sa famille, une peine économique, et morale aussi.
Donc en Droit c'est possible, excepté pour les détenu.e.s particulièrement surveillé.e.s.
Là ce n'est même pas une question de Droit, c'est une question administrative. Est-ce que ce statut de détenu.e particulièrement surveillé.e est véritablement opportun, s'agissant de détenu.e.s qui n'ont aucun problème de discipline?
Maintenant, ça fait quasiment 20 ans qu’ils/elles sont incarcéré.e.s.
Ils/elles ont été incarcéré.e.s, pour les premiers/ères, en 1999 comme Yvan Colonna accusé d'être celui qui a appuyé sur la gâchette en 2003.
L'amnistie à mon sens devrait pouvoir être envisagée, si en échange était organisé une neutralisation de l'arsenal du FLNC. C'est une chose normale, une chose souhaitable. Une chose à laquelle on a assisté en Irlande du Nord, ou plus récemment en Colombie.
Il n'est pas normal que suite à la cessation des activités violentes, cet arsenal demeure dans la nature. En tout cas, j'espère que, aussi bien au niveau du clandestin qu’au niveau de l’État, on envisage cette hypothèse-là. Des propos recueillis cet après midi par Catherine Kirpach.
La palme de l'indécence attribuée au magasin Célio de Rouen. La boutique de la rue du Gros Horloge a détruit ses vêtements invendus. Des blousons, des doudounes, des pulls ont été lacérés, rendus inutilisables par l'enseigne, et jetés, alors que les SDF sont nombreux/ses dans cette rue du vieux centre ville.
La marque de prêt à porter masculin s'est défendue en disant que les vêtements étaient tachés ou troués. Les tâches ou les trous, c'est bien connu, empêchent une parka de tenir chaud. [Musique] Comme tous les mardis, vous retrouvez Noël Mamère et son invité. [Musique] Et aujourd'hui Noël reçoit Gustave Massiah, dit Gus Massiah.
Ingénieur et économiste, autrefois professeur à l'école normale supérieure d'architecture, il a écrit de nombreux ouvrages sur l'urbanisme et le développement. Il est depuis devenu une figure importante de l'altermondialisme comme en témoigne son activité notamment auprès du tribunal permanent des peuples. Ce tribunal d'opinion fondé en 1979 par Lelio Basso, a, on le rappelle, rendu en janvier dernier un jugement accablant sur l'Union Européenne et la France en les condamnant symboliquement pour complicité de crimes contre l'humanité au sujet du droit des exilé.e.s. [Musique] Gus Massiah, bonsoir.
Merci d'avoir accepté notre invitation. Aude dans sa présentation faisait référence à cette réunion du tribunal permanent des peuples qui a eu lieu le 5 et le 6 janvier. En fait ce tribunal, sous cette forme citoyenne, existe depuis 1966 En fait il fait la suite, il prend la suite du tribunal Russell sur le Vietnam qui a tenu sa première séance en 1966 et ensuite qui a connu une autre session sur les dictatures d'Amérique latine entre 1970 et les années d'après.
Et en fait dans le tribunal de 1966, il y avait trois personnes qui ont joué un rôle très important. C'était Bertrand Russell lui même, évidemment. Jean Paul Sartre et puis et Lelio Basso.
Lelio Basso qui était un sénateur italien, qui a toujours été très investi dans les luttes pour la décolonisation. Et Lelio Basso avait pris l'initiative avec toute une série d'autres mouvements, de proposer en 1974 à Alger une déclaration universelle des droits des peuples. Cette déclaration universelle des droits des peuples avaient d'ailleurs fait beaucoup discuter sur justement : Est-ce qu'on peut parler des droits des peuples?
Est-ce que ce n'est pas une manière d'affaiblir les droits de l'homme qui devraient être individuels? Et donc c'est tout le débat sur les droits collectifs, le droit individuel. Enfin là on a un peu avancé.
Et à partir de 1979, sur la base de cette déclaration universelle des droits des peuples, Lelio Basso propose avec Léo Matarasso et toute une série d'autres personnes, Luciana Castellina, etc. de créer le tribunal permanent des peuples. C'est une des premières grandes étapes, une des premières grandes manifestations de l'implication des citoyen.ne.s à côté des institutions de l'état lorsqu'elles sont surtout défaillantes.
Pour participer, non pas à un jugement, mais à analyser comment se passent les choses et donc c'est ce que vous avez fait le 5 et le 6 janvier. Oui, alors le tribunal permanent des peuples il faut comprendre c'est un tribunal d'opinion. Et donc pour le tribunal permanent des peuples, il est saisi à la demande d'un certain nombre de mouvements d'associations.
Au départ c'était surtout des mouvements de libération nationale, puis ensuite ça s'est élargi sur les multinationales, sur les assassinats de journalistes, etc. Et puis effectivement, les derniers en date c'est sur la question des migrant.e.s Notamment avec la cimade, le Gisti et toutes ces associations qui sont au service de l'accueil des migrant.e.s, qui sont en grande difficulté aujourd'hui.
On va en parler. Et donc ce tribunal n'a pas commencé à Paris mais a commencé, je crois, à Barcelone. Ça a commencé à Barcelone, il a été lancé à Barcelone à l'initiative de 70 associations. /!\ 170 → 70 ?
Et à Barcelone, ce n'était pas une session plénière du tribunal. C'était une première session de lancement. Ensuite il y a eu une deuxième session qui a eu lieu en décembre à Palerme, justement en Sicile là où je fais une grande partie de l’accueil des migrant.e.s.
Où les migrant.e.s arrivent notamment à Lampedusa. (Noel Mamère, en même temps) C'était une très belle session d'ailleurs.
Et la troisième a eu lieu à Paris les 4 et 5 janvier. Alors peut-être pourrait-on se mettre d'accord sur l'expression que l'on emploie. On va plus dire migrant.e.s, on va dire exilé.e.s parce qu'il s'agit en fait de cela.
Et quand on regarde ce qui s'est passé récemment à Calais où il y a 4 personnes qui sont entre la vie et la mort encore. Une explosion entre les différent.e.s exilé.e.s, c'est la marque de notre abandon et d'un recul absolument effrayant de la politique d'accueil des exilé.e.s dans notre pays.
Oui, oui. Donc le tribunal parlait de réfugié.e.s et migrant.e.s exilé.e.s en disant qu'il ne séparait pas la question des réfugié.e.s de la question des migrant.e.s.
Et ce qu’a reconnu le tribunal est que c'était une question tout à fait fondamentale → liaison : “que a” devient “qu’a” et que c'était une question fondamentale qui dépassait la question des migrant.e.s proprement parlé, parce que c'était la question du respect des droits d'une manière générale.
C'est-à-dire que, quand on remet en cause les droits d'une catégorie de la population qui est la plus vulnérable, en réalité on met en cause les droits de tou.te.s.
Et là on le voit bien d'ailleurs puisque au début on a remis en cause les droits des migrant.e.s et des exilé.e.s, On a remis en cause leurs droits fondamentaux.
D'ailleurs le tribunal a reconnu 10 violations de droits: le droit de quitter son propre pays, le droit au non-refoulement massif, le droit à la vie etc. Et aussi les droits économiques, sociaux et culturels. C'est-à-dire le fait que les droits à l'éducation, au travail, etc. ne soient pas possibles.
Mais on voit aussi que c'est rajouter quelque chose. Et d'ailleurs c'est pour ça que le tribunal a pris en compte une troisième question de violation de droit: c’est le délit de solidarité. Bon d'ailleurs, un des témoins du tribunal, c'était Cédric Hérrou, qui sait ça se passait.
Et c'est incroyable de penser aujourd'hui que par exemple on est dans l'illégalité si on accueille quelqu'un chez soi, quelqu'un qui n'est pas un.e criminel.le Si on accueille quelqu'un chez soi, et bien, on est dans l'illégalité.
Quand on regarde l'histoire récente et je pense en particulier à la deuxième guerre mondiale et aux noms des justes qui figurent sur le mémorial de Yad Vashem. → C’est un mémorial situé à Jérusalem. Délit de solidarité?
Ben oui, c'est exactement ça. D'ailleurs Cédric Herrou et ses compagnons qui dans la vallée de la Roya, finalement on les accuse de transporter quelqu'un dans sa voiture simplement. On les accuse de donner à manger...
Ce refus d'hospitalité par une société, c'est le début de sa décadence. Oui, ça nous renvoie l'image de nous mêmes, et comme vous le disiez il y a quelques instants, quand on s'en prend aux droits des exilé.e.s on s'en prend à terme à nos propres droits qui risque de régresser.
Bien sûr, bien sûr. D'ailleurs on sait très bien que quand on s'en est pris par exemple au droit à la santé pour les migrant.e.s, et bien, ça a suivi de très peu de temps, beaucoup de réformes de la sécurité sociale qui ont élargi à l'ensemble de la population des restrictions qui avaient été imposées pour les migrant.e.s.
Donc ce n'est pas exagéré d'avoir prononcé cette sanction selon laquelle nous serions d'une certaine manière complices de crimes contre l'humanité aussi bien en France que dans l'union européenne puisque votre tribunal ne s’intéressait pas qu’à la France. Oui, alors… Bon d'abord, le tribunal il examinait à la fois la question des responsabilités de l'union européenne et des états européens et notamment dans le cas de la session de Paris de l'état français. Et en fait, ce que l'on voit c'est que il y a toute une série de violations de droits dont les états et l'union européenne sont clairement responsables.
Et a été posée par un certain nombre de témoins, ce n'est pas le tribunal qui l'a posée au départ, ni l'accusation puisqu'il ya eu une accusation et une défense niveau du tribunal, a été posé la question: mais est-ce qu'on peut parler de ces milliers de mort.e.s en méditerranée?
Est-ce que ce n'est pas un crime contre l'humanité? Est-ce que l'ampleur, la permanence, la continuité, ça ne constitue pas finalement...
Et le tribunal en a discuté. Et effectivement, la cession de Palerme a réfléchi sur l'idée d'un crime du système. Bon.
Et ensuite là, à Paris, plusieurs témoins ont posé la question de crimes contre l'humanité et le tribunal a reconnu qu'on pouvait parler de responsabilité, de complicité par rapport à un crime contre l'humanité, en laissant aux autres sessions du tribunal la possibilité continuer. Parce que vous voyez, l'intérêt du tribunal, c'est que c'est un tribunal d'opinion, il est saisi par des mouvements. Mais ensuite il s'en remet aux mouvements: il n'a pas d'état, il n'a pas de police… pour faire appliquer...
Mais c'est un rapport asymétrique parce que l'État est beaucoup plus puissant c'est bien sûr à lui, comme le disait Weber, qu’appartient la violence légitime. Oui, justement, il s'en remet aux gens qui l'ont saisi, aux mouvements pour que, dans leur lutte, ils se saisissent de l'outil du droit. Ils vont avoir besoin de le faire dans les jours qui viennent, dans les semaines qui viennent puisqu’au printemps, le gouvernement présentera une nouvelle loi sur le droit d'asile, qui déjà annonce des mesures extrêmement graves.
Je pense en particulier à l'augmentation de la durée de rétention qui passerait de 45 à 90 jours et dont l'objectif est en fait de chasser le plus possible de ces “indésirables”. Absolument. Et donc de ce point de vue aussi un autre intérêt de ce tribunal, des 50 sessions du tribunal permanent des peuples depuis 1979, c'est aussi de peser sur les avancées du droit international, qui est un chantier tout à fait fondamental.
Parce que finalement le tribunal est reconnu aux nations unies comme étant un organe consultatif et donc les sentences qu'il prend sont diffusées dans l'ensemble des nations unies, et ça pèse sur l'évolution du droit international. Elles participent du poids de l'opinion internationale sur le gouvernement et sur les institutions. Oui, on a eu quelques exemples.
Par exemple, le tribunal permanent des peuples avait fait une session à Bhopal, en Inde, après la catastrophe de Bhopal. Et c'est la première fois, là, qu'a été posée la question de la responsabilité des filiales des multinationales. Bon, 20ans après, effectivement...
Oui, 20 ans après, cela progresse puisque maintenant on commence à devenir...
à prendre un sens juridique à la question par exemple de l'écocide. Et donc la responsabilité de ces entreprises pour les générations qui sont là et les générations qui viennent. Donc le tribunal permanent des peuples a prononcé cette sanction.
Maintenant les associations sont en mouvement pour essayer de faire pression. Ce sera sans doute extrêmement difficile avec ce gouvernement très déterminé et assez sourd à la revendication citoyenne. Mais en même temps il y a d'autres manifestations qui sont prévues.
Je pense en particulier à la convention des collectivités locales que veut organiser Damien Carême à grande Synthe et aux états généraux de la migration. Oui, en fait, contrairement à ce qu'on peut penser en regardant la manière dont est traduite les positions de l'opinion dans lequel on a l'impression qu'on est finalement dans une société qui est entièrement raciste, xénophobe, etc. Ce n'est pas vrai.
Et donc les associations avaient créé il y a 2 ans un mouvement qui s'appelait Sursaut Citoyen. Donc on avait appelé tou.te.s ceux/celles qui luttaient pour l'accueil des réfugié.e.s, pour l'hospitalité, à se faire connaître et en un mois on avait eu en France, on a d'ailleurs publié la carte sur internet, 1100 ou 1200 actes d'hospitalité et associations qui voulaient faire de la solidarité.
À partir de là ont été créés des états généraux des migrations qui sont en cours actuellement, dans plus d'une quinzaine de régions, en train de se réunir. Il y aura ensuite des états généraux des migrations pour l'hospitalité et pour l'accueil avec les migrant.e.s.
Et aussi Damien Carême, qui est le maire de grande Synthe, lui, a proposé en février de réunir une convention des collectivités locales et des associations qui veulent affirmer leur solidarité avec la question des migrant.e.s.
Alors si on annonce tout ça, ça veut dire que ceux/celles qui nous regardent ce soir et qui vont diffuser sur les réseaux sociaux, s'engagent dans ces états généraux qui s'occupent de ce qui les regarde, si je puis dire, qu’ils fassent preuve non pas simplement d'hospitalité, mais qu'ils fassent pression pour que la loi qui sortira du parlement soit conforme aux droits de l'homme et de la femme. S'ils/elles le font, ils/elles ne seront pas seul.e.s parce que contrairement à ce qu'on pense, il y a beaucoup plus de gens, y compris et dans les classes populaires et parmi beaucoup d'autres milieux qui ne sont pas pour accepter la montée de l'idéologie raciste, xénophobe, sécuritaire.
Et c'est pour ça que le tribunal permanent des peuples est important parce que ce qu'il affirme c'est que par rapport à la montée de ces idéologies racistes, sécuritaires, Oui qui sont en train de gagner petit à petit dans toute l’Europe. Il faut se battre justement pour l'avancée des droits, des droits fondamentaux et des droits économiques socioculturels. Il n'y a pas de fatalité à ce que les néoconservateurs/trices qui prônent le refus de l'autre en particulier, pas simplement cela, l'emportent.
Dernière question Gus: ça fait très longtemps que vous êtes engagé dans les droits de l'homme et de la femme comme l'a dit Aude Rossigneux tout à l'heure, vous êtes une des figures tutélaires de la défense des droits de l'homme et de la femme dans notre pays. Est-ce que, des décennies après avoir commencé ce combat, aujourd'hui vous avez plus de raisons d'espérer que de désespérer? Plus de raison, c'est difficile à dire.
Des raisons d'espérer, oui. C'est à dire que ce que nous pouvons affirmer, c'est que les contradictions existent et se développent, que des mauvais scénarios sont possibles et ce n'est pas impossible qu'on passe par des périodes comme on en a connues avec la montée de fascisme et d'idéologies extrêmement réactionnaires. Mais les contradictions qui sont là sont extrêmement fortes et nous voyons que, je reprendrai volontiers une phrase de Gramsci et qui disait: "Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent des monstres." Pendant très longtemps je citais cette phrase en disant: "attention les monstres vont arriver!" Mais là, les monstres sont là.
Mais alors, c'est quoi le nouveau monde? Eh bien, peut-être que les monstres, s'ils sont là, c'est la peur du nouveau monde. Et nous avons un nouveau monde qui est en train d'exploser.
Nous voyons que par exemple nous avons cinq révolutions qui ne sont pas gagnées, qui ne sont pas perdues. La révolution des droits des femmes remet en cause des rapports sociaux millénaires. La révolution écologique est une révolution philosophique de l'écosystème.
La révolution du numérique remet en cause la question du langage, de l'écriture, et même de la réalité de ce que c'est que d'être humain.e. La révolution des droits des peuples remet en cause les rapports entre l'État et la nation, et remet en cause des questions d'identité.
La révolution des migrations c'est la révolution du peuplement de la planète. Eh bien, l'ensemble de ces bouleversements, on peut appeler révolutions ou pas, peu importe, elles montrent qu' il y a un possible qui évidemment ne va pas être automatique, il n'est pas déjà écrit, qui sera le résultat des luttes qui vont se produire et qui sont en cours. C'est la question du monde commun à construire ensemble.
Merci Gus Massiah. La semaine prochaine, je recevrai un jeune homme qui s'appelle Jean-Baptiste Malet, qui a mené une enquête absolument formidable qui s'appelle “l'empire de l'or rouge”. Quand vous l'aurez entendu, quand vous aurez lu son livre et que vous aurez vu son documentaire qui va bientôt être diffusé sur une chaîne nationale, vous n'aurez plus du tout envie de manger du concentré de tomate.
Merci Noël et merci Gus Massiah, vraiment, d'être venu sur notre plateau. A mardi prochain Nöel. En bref toujours, il a failli y croire mais c'est encore raté, la justice britannique a décidé aujourd'hui de maintenir le mandat d'arrêt visant Julian Assange.
Le fondateur de Wikileaks réfugié à l'ambassade d'Équateur de londres depuis près de 6 ans. Les avocats de l'Australien de 46 ans avait plaidé que ce mandat d'arrêt avait "perdu son objectif et sa fonction" puisque le parquet suédois a classé l’affaire de viol pour laquelle il était recherché et qui l'avait poussé à demander l'asile à l'ambassade d'Équateur. Il y a 100 ans, le 6 février 1918, les femmes ont obtenu le droit de vote en Grande Bretagne.
Il fallait à l'époque avoir plus de 30 ans. C’est seulement en 1928 qu'elles ont pu voter aux mêmes conditions que les hommes, à 21 ans. On a tendance à l'oublier mais le combat de celle qu'on appelait les suffragettes a été rude et parfois violent.
Après des années de revendications pacifiques et de pétitions restées sans effet, certaines sont passées à la vitesse supérieure et sont allées jusqu'à faire exploser une bombe au domicile d'un ministre. En représailles, plus d'un millier d'entre elles avaient été emprisonnées et nourries de force après avoir entamé des grèves de la faim. Une campagne a été lancée aujourd'hui en Grande Bretagne pour qu'elles soient définitivement réhabilitées par la justice.
Voilà et on se quitte en musique avec le tout premier album du batteur Matthieu Chazarenc. Il a joué du jazz surtout avec notamment David Linx, Youn Sun Nah ou Magik Malik. Mais il a aussi accompagné la chanteuse Olivia Ruiz ou Charles Aznavour pas plus tard que ce soir à Lille.
Aujourd'hui il se lance avec Canto. Des compositions, des bijoux de mélodies...
Un disque tout en douceur et en tendresse où le bugle s'encanaille avec l'accordéon. Aux côtés de Matthieu Chazarenc on retrouve le trompettiste Sylvain Gontard, le contrebassiste Christophe Wallemme et Laurent Derache à l'accordéon. Regardez ce petit extrait. [Musique] Le morceau qu'on a attendu s'appelle Mascagne.
L'album s'appelle Canto. Il sort le 16 février sur le label Jazz Family et il est signé Matthieu Chazarenc. Retenez bien son nom!
C'est la fin du journal, votre journal. Merci aux Socios qui nous permettent d'exister et de proposer ce 20h en libre accès. Bonne soirée, à demain. [Musique]
Noël Mamère