Alimentation : l’inflation "va s’étirer dans le temps", selon Emily Mayer, de l’institut IRI
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Questions et réponses
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4,5% d'inflation, c'est le calcul global de l'INSEE. Est-ce que vous arrivez au même résultat dans les grandes surfaces ?
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Qu'est-ce qui augmente le plus en ce moment, Émilie Maier ? Si on entre dans le détail.
- 1:47OuverteRéponse directe
Comment ces prix vont-ils évoluer ? Qu'est-ce que vous prévoyez pour les prochains mois ?
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Et ensuite, est-ce que vous arrivez à imaginer la suite ?
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Face à ce phénomène, est-ce que les consommateurs ont commencé à changer leurs habitudes ? Est-ce qu'ils font leurs courses autrement ?
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Vous l'observez déjà, ça ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Pas encore. Au mois de mars, on est à 1,5% de croissance des prix de produits de grande consommation par rapport au mois de mars de l'année dernière. »
- 1:20InvitéChiffre
« La catégorie la plus emblématique, c'est les pâtes. Donc, sur les pâtes, on est très haut. On est sur un plus 13% en mars 2022 par rapport au 2021. »
- 1:29InvitéChiffre
« Sur la farine, on est à plus 7%. Sur les huiles, à plus 7%. Sur le beurre, à plus 4%. Les œufs, à plus 3%. Le sucre, à plus 4,5%. »
- 1:52InvitéChiffre
« On pense que le mois prochain, enfin là, au mois d'avril, on va être plutôt à plus 3% puisqu'on aura la pleine répercussion des négociations commerciales. »
- 2:10InvitéChiffre
« On imagine qu'au début de l'été, on pourrait être autour de plus 5% par rapport à l'été 2021. »
- 4:46InvitéChiffre
« Sur l'huile de tournesol, au mois de mars, les ventes se sont vraiment envolées. On est sur un plus 50% par rapport au même mois de l'année dernière. »
- 5:23InvitéFait
« Le dernier gros épisode d'inflation sur les produits alimentaires, c'est 2008. »
- 5:30InvitéFait
« Globalement, ils avaient dû réduire les quantités qu'ils avaient achetées de manière assez significative. »
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Bonsoir à tous et à toutes. L'inflation est de plus en plus forte. L'INSEE vient de le confirmer. Sur un an, les prix ont augmenté de 4,5%. Ce soir, on va regarder leur évolution plus précisément dans les grandes surfaces. Bonsoir Émilie Maier. Vous êtes spécialiste de la consommation à l'Institut IRI. Chaque mois, votre institut relève les prix dans les magasins. Vous les suivez vraiment tout au long de l'année. Mais je parle là des prix de grande consommation, vraiment ceux de la vie quotidienne, ceux auxquels on est confronté quand on va faire les courses. 4,5% d'inflation, c'est le calcul global de l'INSEE. Est-ce que vous arrivez au même résultat dans les grandes surfaces ?
Pas encore. Au mois de mars, on est à 1,5% de croissance des prix de produits de grande consommation par rapport au mois de mars de l'année dernière. Ça, c'est une moyenne. C'est le résultat des négociations commerciales qui se sont terminées tout début mars. Et là, les nouveaux prix négociés commencent à redescendre dans les magasins.
Négociations commerciales, je le rappelle, entre les grandes surfaces et leurs fournisseurs, les industriels, des prix négociés chaque année. Et puis, ça donne les étiquettes qu'on voit finalement dans les rayons quand on fait ses courses. Qu'est-ce qui augmente le plus en ce moment, Émilie Maier ? Si on entre dans le détail.
Alors, si on entre dans le détail, ce qui augmente le plus, c'est les produits, je dirais, les produits les plus basiques de l'alimentation des Français. La catégorie la plus emblématique, c'est les pâtes. Donc, sur les pâtes, on est très haut. On est sur un plus 13% en mars 2022 par rapport au 2021. Sur la farine, on est à plus 7%. Sur les huiles, à plus 7%. Sur le beurre, à plus 4%. Les œufs, à plus 3%. Le sucre, à plus 4,5%. Donc, voilà, 1,5%, c'est une moyenne entre des catégories de produits qui augmentent beaucoup et puis des produits qui sont encore en baisse de prix. Et là, on se parle plutôt des produits d'entretien ou d'hygiène beauté.
Comment ces prix vont-ils évoluer ? Qu'est-ce que vous prévoyez pour les prochains mois ?
Alors, au mois de mars, on est à 1,5%. On pense que le mois prochain, enfin là, au mois d'avril, on va être plutôt à plus 3% puisqu'on aura la pleine répercussion des négociations commerciales. Ça, c'est la première salve, je dirais, en dehors de ce qui se passe en Ukraine. Et puis, les négociations vont se rouvrir pour certaines catégories de produits dans les semaines à venir. On imagine qu'au début de l'été, on pourrait être autour de plus 5% par rapport à l'été 2021.
Et ensuite, est-ce que vous arrivez à imaginer la suite ?
Alors, la suite, on pense que cet épisode inflationniste, il va s'étirer dans le temps. C'est-à-dire que là, on s'imaginait que fin 2022, ça pouvait se tasser. C'est sûr qu'il se passe en Ukraine et toutes les incertitudes liées à ce conflit. La pandémie qui entraîne des reconfinements en Chine avec aussi des complications nouvelles liées à la désorganisation. On s'imagine que ça va durer plusieurs mois, s'étirer tout au long de l'année 2023, probablement.
Face à ce phénomène, est-ce que les consommateurs ont commencé à changer leurs habitudes ? Est-ce qu'ils font leurs courses autrement ?
Alors, sur l'alimentation, l'inflation, c'est sûr que c'est un choc. Après, ça reste un poste de dépense qui est vital. Donc, on peut ajuster, adopter certains comportements, mais on ne peut pas non plus autant réduire que sur les produits non alimentaires. Néanmoins, on va dire que face à l'inflation sur les produits alimentaires, il y a deux grandes voies possibles pour absorber quelque part l'inflation. Ça va être d'une part de consommer un peu moins, c'est-à-dire de réduire la consommation de produits qui sont moins cœur de repas, donc des produits plus de plaisir, je dirais, ou alors de réduire la consommation de produits qui vont faire monter assez vite la valeur du caddie, du panier.
Et là, je pense notamment à la viande. On voit ces dernières semaines, ce qui pourrait ressembler à un tassement des achats de viande de la part des Français.
Vous l'observez déjà, ça ?
Sur les dernières semaines, oui, on commence à voir ça du côté de la boucherie traditionnelle des grandes surfaces alimentaires, ça tasse un petit peu. Donc, ça, c'est la première voie de réduire un peu les quantités achetées. Et puis, il y a une autre voie qui est d'acheter des produits moins chers. Voilà, c'est donc qu'on peut, possiblement, les Français peuvent changer les circuits de distribution où ils font leurs courses pour aller dans des enseignes qui ont une meilleure image prix, chez des discounteurs, des destockeurs, parce que c'est la possibilité de continuer à acheter des produits, mais de les payer moins cher.
Ça, pour l'instant, on va dire que les enseignes de discount, de destockage, ça fait plusieurs mois qu'elles ont le vent en poupe. Donc, je dirais, là, on est plutôt sur une phase de continuité. Et puis, il y a une autre option aussi qui est d'acheter des marques moins chères. Donc, dans les grandes surfaces, vous pouvez acheter des grandes marques, mais vous pouvez aussi acheter des marques de l'enseigne, des premiers prix. Et ce que l'on voit, là, sur les dernières semaines, effectivement, c'est une reprise très forte des produits premiers prix sur les catégories qui sont très inflationnistes.
Donc, sur la farine, sur l'huile, le beurre, les pâtes, une partie des Français se tournent vers les premiers prix.
Certains clients anticipent aussi les futures hausses et font des réserves. Est-ce que vous l'observez, ça ? Est-ce que vous arrivez à le quantifier ou pas ?
Alors, on voit ça très fort sur l'huile. Sur l'huile de tournesol, au mois de mars, les ventes se sont vraiment envolées. On est sur un plus 50% par rapport au même mois de l'année dernière. On a aussi de très fortes progressions sur la farine, ce qui va engendrer ce que l'on voit dans les magasins, des produits qui ne sont plus là, ce qu'on appelle des ruptures.
Même si les distributeurs rassurent en disant qu'il n'y a pas de risque de pénurie, là, à court terme.
Non, en fait, c'est la même chose qu'au premier confinement. Il n'y a pas de risque de pénurie, mais les gens, quelque part, ont peur et stockent.
Lors des précédentes poussées inflationnistes, et vous en avez vécu, vous comme experte, comment les consommateurs avaient-ils réagi ?
Alors, ils avaient réagi, le dernier gros épisode d'inflation sur les produits alimentaires, c'est 2008. Et les Français avaient réagi quand même de manière assez drastique, parce que l'inflation était arrivée très fort, était montée assez haut, autour de 5%. Globalement, ils avaient dû réduire les quantités qu'ils avaient achetées de manière assez significative. Et c'était massivement tourné vers les circuits discount et vers les marques de distributeurs. Donc, pour l'instant, on ne voit pas, là, sur l'épisode 2022, des comportements aussi radicaux, mais voilà, on voit des lignes qui commencent à bouger.
Et à mesure que l'inflation va augmenter, eh bien, les Français vont devoir adapter leur comportement.
Et les grandes surfaces, vous avez commencé à nous en parler, mais les enseignes elles-mêmes, que peuvent-elles faire pour suivre ce mouvement et essayer de garder leurs clients dans un contexte de concurrence très importante entre elles ? Qu'est-ce qu'elles peuvent faire ?
Alors, je dirais déjà, les anciennes de la grande distribution, il y a ce rand de négociation, qui fait que, quelque part, c'est une forme d'amortissement de la hausse des cours. Bien sûr, on ne répercute pas sur les prix, la totalité de la hausse du cours des matières, par exemple. Donc, cette négociation, ce pouvoir de négociation, permet de réduire l'impact sur les consommateurs. Et puis après, il y a différents outils qui sont utilisés. La promotion est un outil certain, c'est sûr de faire une promotion sur un produit qui est au cœur de la consommation des Français, qui peut être un peu cher, comme la lessive ou les couches pour les bébés, par exemple.
Ça, c'est de nature à attirer dans les points de vente.
Les bonnes vieilles recettes. Émilie Maier, merci, spécialiste de ces produits de grande consommation à l'Institut IRI. Vous étiez ce soir l'invité Éco de France Info. Merci.