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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 4 juillet 2024 23 min

Législatives : "Est-ce que nous voulons que la famille Le Pen s'empare de ce pays ?" alerte Raphaël Glucksmann

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, législative 2024, Nicolas Demorand.

0:04
Raphaël Glucksmann

Et avec Yael Gauze, nous recevons ce matin l'eurodéputé qui fut la tête de liste PS Place Publique pendant la campagne des Européennes. Vos questions et réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Raphaël Glucksmann, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à ce micro. Dimanche, c'est le second tour des législatives. La campagne aura été la plus courte de la Ve République. Le Rassemblement National a battu tous ses records de voix au premier tour. Question simple pour commencer. Comment décrivez-vous ce moment ? Quel mot pour qualifier l'état du pays ce matin ?

0:46
Locuteur non identifié

Le vertige. Je pense que nous sommes dans une situation vertigineuse. La France est au bord d'une falaise et on ne sait pas si on va sauter du haut de la falaise. Il y a une forme de gouffre qui s'est ouverte depuis le 9 juin à 21 heures. Une atmosphère extrêmement tendue dans le pays et la conscience que le choix qu'on va faire là est un choix qui va redessiner le visage du pays. Vous avez peur ? Moi, je vis dans l'inquiétude. Vous savez, je ne cache pas mes sentiments. Je vis dans l'inquiétude. Et c'est pour ça que depuis le 9 juin, je parcours le pays et je vais dans les circonscriptions où justement le Rassemblement National peut gagner.

Parce que depuis le début, moi, je vois ces élections comme un référendum. Et encore plus depuis le premier tour. Un référendum avec une question simple. Est-ce que nous voulons que l'extrême droite prenne le pouvoir en France ? Est-ce que nous voulons que la famille Le Pen s'empare de ce pays ? Est-ce que nous voulons avoir au gouvernement les dirigeants de l'extrême droite française ? Dans ce moment-là de notre histoire, alors que la guerre fait rage en Europe, alors que notre démocratie est déjà fragile, alors que notre société est déjà extrêmement polarisée. Est-ce que nous voulons prendre ce risque, oui ou non ? Et depuis ce 9 juin, je vis avec cette inquiétude, Ambre.

2:10
Présentateur

Vous parliez d'une fin de campagne vertigineuse, tendue aussi. La porte-parole du gouvernement, Prisca Thévenot, affirme avoir été agressée hier soir lors d'une opération de collage d'affiches à Meudon, près de Paris. Quatre personnes arrêtées, une plainte déposée. Ce n'est pas le premier incident, puisque hier soir aussi, en Savoie, une candidate RN affirme avoir été violemment prise à partie par un commerçant du marché de la commune de La Rochette. La France est-elle devenue une cocotte minute ?

2:36
Locuteur non identifié

Oui, la France est devenue une cocotte minute et on sent partout, en fait, cette tension, cette violence qui s'exprime. Donc, évidemment, je lui apporte ma solidarité totale et absolue. À Prisca Thévenot ? Oui. Mais au-delà de ça... Et à la candidate RN ? Et à toutes les personnes qui sont victimes de violences. Parce que la politique, c'est le débat d'idées. La politique, c'est la confrontation, même très radicale, des idées. Mais ça ne peut pas être la violence physique, surtout dans une démocratie. Et ce que je sens, c'est que justement, notre démocratie est de plus en plus fragile.

Que nous avons vécu, nous, dans une illusion pendant extrêmement longtemps, partout en Europe d'ailleurs, mais spécifiquement en France. Que la démocratie dont nous avions hérité était quelque chose d'éternel, qui était quelque chose qui, finalement, ne supposait pas une action de notre part pour la cultiver, pour la défendre, pour la faire être. Et là, nous nous rendons compte subitement que ce que nous pensions acquis ne l'était pas. Et c'est ça, ce vertige qui s'empare de nous. Et les choix qu'on va faire ce dimanche, dans le secret de l'isoloir, chacune, chacun d'entre nous, eh bien, sont des choix qui auront une importance historique immense.

3:45
Raphaël Glucksmann

Au soir du premier tour, vous disiez, sommes-nous prêts à donner notre pays, le pays de Victor Hugo, de Voltaire, de Rabelais, à la famille Le Pen. C'est ça, la seule question qui compte. Fin de citation. Est-ce que vous pensez vraiment, Raphaël Glucksmann, que Voltaire et Hugo peuvent battre Bardella ?

4:04
Locuteur non identifié

Non, ça ne suffira pas. Mais, Voltaire et Hugo, il ne faut pas dénuer d'importance, Voltaire et Hugo. C'est le visage, c'est le récit de la France, c'est le sens que revêt le fait d'être français. Et je pense qu'on a arrêté, justement, de parler de ce que ça voulait dire, être français. Arrêter de cultiver l'héritage qui a façonné le visage de notre nation. Arrêter d'ancrer notre discours dans le passé dont on hérite et arrêter de fixer un cap à notre nation. Arrêter le récit sur ce qu'est être français. D'où l'explosion des fractures dans notre pays. Donc, ça ne suffira pas. Moi, j'entends la colère face à l'impuissance, le sentiment de frustration face au déclassement.

Mais ce que je veux dire aux électrices et aux électeurs, soit qui hésitent, soit qui adhèrent au vote Rassemblement National, c'est que s'ils ont à cœur le redressement de notre pays, s'ils ont à cœur la lutte contre le déclassement de la France, eh bien, le Rassemblement National au pouvoir, c'est l'affaissement du pays. C'est l'affaissement de la France.

5:09
Raphaël Glucksmann

Ce sont des fâchés ou des fachos, pour reprendre les mots de Jean-Luc Mélenchon il y a quelques années ? C'est 10 millions de Français qui ont mis un bulletin ARN dans l'urne.

5:19
Locuteur non identifié

Mais ce ne sont pas 10 millions de fascistes du tout. Ce sont des gens souvent qui n'en peuvent plus, en fait. N'en peuvent plus du sentiment d'impuissance du politique. N'en peuvent plus de voir leur pays partir, selon eux, à volo. N'en peuvent plus de leur isolement, de l'abandon, de la fin des services publics, du désert médical, de ce sentiment d'absence totale de cap et d'autorité dans le pays. Donc, il faut répondre à ça. Il faut répondre à ça. Mais ça ne prendra pas trois jours de répondre à ça. Donc la vérité, c'est que là, nous sommes dans une morale de l'extrême urgence.

Et nous sommes dans une morale de l'extrême urgence, en réalité, depuis le 9 juin, depuis la décision insensée du Président de la République. Cette morale de l'extrême urgence, elle commande quoi ? D'empêcher la victoire du Rassemblement National ce dimanche. C'est ça qui conduit à une union des contraires dans les urnes. Au fait que, quand vous êtes de droite, vous serez appelé à prendre une décision qui est extrêmement difficile, c'est-à-dire mettre un bulletin de gauche dans l'urne. Que quand vous êtes de gauche, vous serez appelé à voter pour des gens aussi loin de vos idées que M. Darmanin.

6:24
Raphaël Glucksmann

Et vous êtes sûr que les électeurs vont le faire, ça ?

6:27
Locuteur non identifié

Non, non, je n'en suis pas sûr. Et c'est pour ça que la petite musique qui s'installe dans les commentateurs, dans les politiques eux-mêmes, dans les élites parisiennes, qui est une petite musique de déni, de finalement, le boulet n'est pas passé très loin, mais nous avons sauvé les choses. Cette musique-là est extrêmement dangereuse. Et moi, je viens ici pour lancer un cri d'alarme. En fait, ce n'est pas parce qu'il y a eu des désistements républicains que les reports seront automatiques. Ce n'est pas parce que les appareils politiques ont décidé d'empêcher la victoire du Rassemblement National que ça se traduira dans les urnes.

Moi, je crois que la vague, la lame de fond est encore extrêmement puissante. Et que finalement, dans ce déni-là, il y a un truc traditionnel qui habite les élites et qui est, finalement, on se rassure toujours à bon compte. On a voulu croire qu'on n'aurait pas de claque dimanche dernier. On a eu la claque. Pendant 48 heures, il y a eu une sorte de stupéfaction qui a conduit, justement, à des gestes politiques. Mais là, je sens déjà le sentiment d'urgence disparaître. Et moi, je veux dire, il n'y a rien de fait. Le Rassemblement National peut, ce dimanche, avoir une majorité absolue et être aux commandes de notre pays.

Parce que les gestes qui vont être demandés à chacune et à chacun, c'est des gestes extrêmement compliqués. Moi, j'ai fait toute une campagne sur les européennes en demandant aux gens de voter avec leur cœur, pour leur conviction, en cohérence avec l'ensemble des principes qu'ils entendaient défendre. Et bien là, on leur demande une chose complètement inverse. Complètement inverse. On leur demande de mettre, finalement, sous le boisseau leurs envies pour hiérarchiser les périls et voter pour des gens dont ils ne partagent pas les idées. C'est un geste extrêmement difficile. Il ne faut pas le sous-estimer.

C'est pas simplement parce qu'il y a des consignes de vote que ça se traduira dans l'isoloir.

8:11
Présentateur

Raphaël Blussmann, vous parliez de vertige, de crise politique majeure. Mais il y a des décisions comme celles que vous avez prises de rejoindre le nouveau Front populaire, d'accepter de facto de soutenir des candidats LFI, alors que vous étiez aux européennes à couteau tiré en raison de vos divergences sur l'Europe, sur le conflit en Ukraine, sur le Proche-Orient. Que dites-vous à vos électeurs qui se sentent peut-être trahis par votre volte-face et qui ont peut-être manqué dans les urnes puisque le total gauche des législatives au premier tour est inférieur au total gauche des européennes ?

8:44
Locuteur non identifié

Que je comprends, que je comprends leurs vertiges à eux aussi et leurs désarrois, que je comprends leurs troubles. Pourquoi ? Parce que moi-même je l'ai ressenti. Et ce que je veux dire, c'est que depuis le 9 juin, la seule pensée qui m'habite, la seule pensée qui m'habite, c'est de barrer la route à l'extrême droite. Parce que j'avais vu venir cette lame de fond et que la décision du Président de la République nous plongeait dans une morale de l'extrême urgence. Donc tout est pardonné avec Jean-Luc Mélenchon que vous aviez qualifié d'ingénieur du chaos au début mai ? Pas du tout. Tout n'est pas pardonné.

Mais là, il y avait urgence pour créer une unité d'action électorale contre l'extrême droite. Il n'y a pas de coup d'éponge, il n'y a pas d'ardoise magique, il y a un rapport de force qui s'est prolongé. Et les négociations étaient extrêmement tendues puisque nous, nous avions posé des lignes rouges extrêmement claires sur l'Ukraine, justement, la construction européenne, les attaques du 7 octobre qualifiées de terroristes, la lutte contre l'antisémitisme ou la brutalisation du débat public. Mais rien n'est effacé. Rien n'est effacé. Il y a ce rapport de force. Et ce rapport de force à gauche s'est inversé. Inversé aux européennes, avec les résultats des européennes.

C'est inversé aussi dans la prise de parole publique. La réalité, c'est que nous ne sommes pas en 2022. Personne ne fait campagne avec des affiches Mélenchon Premier ministre. Il y a des voix qui se sont affirmées pendant cette campagne, qui se sont affirmées de manière extrêmement forte. La gauche, c'est François Ruffin. La gauche, c'est Valérie Rabault. La gauche, c'est Carole Delga. La gauche, c'est des personnalités. C'est Aurore Laluc. La gauche, c'est Marine Tondelier. C'est des personnalités extrêmement diverses qui se sont exprimées et qui ont été, malgré la différence de leurs opinions, unies dans une action électorale de résistance. Vous avez pu lui dire ça, Jean-Luc Mélenchon ?

Vous avez pu lui dire ce que vous dites ? Je n'ai plus contact depuis longtemps avec Jean-Luc Mélenchon. Est-ce que ce n'est pas ça le problème de la gauche aujourd'hui ? Mais ce que je vais vous dire, c'est que tout le monde a compris, d'abord, qu'il ne serait pas Premier ministre. Deuxièmement, que la France avait besoin d'apaisement. Troisièmement, que le bruit et la fureur ne fonctionnaient pas. Et que nous, ce que nous devions porter, c'est une ligne de réconciliation du pays. Et cela, ça s'est matérialisé, y compris pendant cette campagne.

Et donc, je comprends, moi, que l'intérêt des uns et des autres, des adversaires, d'abord la majorité présidentielle pendant tout le premier tour, puis aujourd'hui l'extrême droite, est de faire monter comme un épouvantail la figure de Jean-Luc Mélenchon. Mais la vérité, elle est totalement différente. Il y a eu une inversion des rapports de force. Il y a eu une inversion des rapports de force à gauche. L'hégémonie culturelle, politique, idéologique de Jean-Luc Mélenchon a pris fin.

Et désormais, ce que nous devons faire, mais ça c'est vraiment quelque chose qui est essentiel, c'est nous focaliser sur les trois jours qui viennent et sur la capacité que nous avons à mobiliser pour empêcher le pire d'arriver.

11:36
Raphaël Glucksmann

On passe au standard d'Inter. Georges, bonjour. Oui, bonjour. Merci de prendre ma question, monsieur.

11:42
Présentateur

Je vous en prie. Écoutez, voilà, ma question est simple. Je suis d'origine polonaise, bilingue, et jusqu'à l'âge de 16 ans, j'étais apatride. Et évidemment, j'adhère à toutes les propositions et toutes les idées de Raphaël Buxman, pour lesquelles j'ai une admiration sans borne pour la qualité de son discours. En revanche, je ne comprends évidemment pas son ralliement avec la gauche en tant que bilingue polonais. Vous voyez, si la France avait une frontière avec la Russie, elle se comporterait certainement autrement. Alors, ma question est très simple. « Connaissez-vous le brévière des politiciens du cardinal Mazarin ? »

12:18
Locuteur non identifié

Ah, alors, j'avoue...

12:20
Raphaël Glucksmann

Merci, Georges, pour cette question. On la transmet à Raphaël Gluxman.

12:24
Locuteur non identifié

J'avoue mon inculture absolue. Et non, je ne connais pas le brévière des politiciens de Mazarin, mais par contre, je...

12:32
Présentateur

Mais vous pensiez à quoi, Georges, alors ? Écoutez, c'est très simple. Il y a un résumé à la fin de cet ouvrage. C'est ceci. Premièrement, simule. Deuxièmement, dissimule. Troisièmement, ne te fie à personne. Quatrièmement, dis du bien de tout le monde. Cinquièmement, prévois avant d'agir.

12:49
Locuteur non identifié

Donc, je suis un très mauvais politicien, je vous l'accorde tout de suite.

12:51
Présentateur

Vous êtes un excellent... J'admire votre position. Mais vraiment, voter à gauche, je ne vais pas y arriver, vous comprenez. Je ne peux pas y arriver.

12:59
Raphaël Glucksmann

Vous avez voté pour Raphaël Gluxman aux Européennes, et là, vous... Oui, bien sûr. Et là, vous ne pouvez pas, vous ne pouvez pas voter à gauche.

13:07
Présentateur

Je ne peux pas voter à gauche, je ne peux pas voter à gauche. Ce n'est pas possible. Avec tous ces gens-là, ce n'est pas possible. En tant que Polonais, vous voyez, c'est Polonais, disons, vraiment complètement bilingue avec une culture polonaise. Je suis docteur Eslettre, donc je suis musicien. Vous voyez, je suis un artiste, donc c'est mon métier.

13:24
Raphaël Glucksmann

Et donc, l'appel à faire barrage, pour vous, c'est non ?

13:30
Présentateur

Alors, écoutez, si, c'est bien sûr, mais je ne sais pas quoi faire. Vous voyez, c'est ça le problème. Je suis complètement déchiré. Comme les artistes, la plupart des artistes sont déchirés.

13:41
Locuteur non identifié

Raphaël Gluxman va vous répondre. Moi, j'entends votre déchirement. Et je sais que toutes les décisions que nous devons prendre depuis ce 9 juin sont extrêmement difficiles. Et je vous garantis que j'ai ressenti cette difficulté, que je la ressens encore. Mais justement, vous nous dites quoi ? Vous nous dites, en tant que Polonais, donc avec le souci de la sécurité de l'Europe, avec le souci de la guerre en Ukraine, de la nécessité de continuer et d'accélérer l'aide à la résistance ukrainienne, avec l'inquiétude fondamentale, existentielle pour l'Europe, d'un triomphe de Vladimir Poutine. Tout ceci doit nous conduire à faire barrage au Rassemblement National.

Parce que là, c'est la cinquième colonne de Vladimir Poutine qui peut prendre le pouvoir dans notre pays. Alors oui, il y a toutes les raisons de détester des composantes de la gauche. Toutes les raisons d'en être inquiets. Mais aujourd'hui, qui peut prendre le pouvoir ? Qui peut changer le cours de notre destinée ? Qui peut offrir un triomphe politique à Vladimir Poutine ? Un triomphe que l'héroïsme des Ukrainiens lui refuse sur le champ de bataille ? C'est le Rassemblement National. Vous avez vu hier, le ministère des Affaires étrangères russe a appelé quasiment à voter pour le Rassemblement National. Pourquoi ?

Parce que depuis dix ans, le Rassemblement National agit comme une cinquième colonne du poutinisme au sein même de notre démocratie. se mette au service d'une tyrannie étrangère, hostile à nos intérêts et à nos principes. Le Rassemblement National a reconnu l'annexion de la Crimée, a servi de courroie de transmission à la propagande russe. Moi, je les ai vus au Parlement européen voter contre l'aide à l'Ukraine, voter contre l'industrie de la défense européenne, voter contre tout ce qui permettait de sanctionner le régime russe et les milices Wagner qui pourtant s'en prenaient directement à nos soldats. Ce sont ces gens-ci qui peuvent prendre le pouvoir dans notre pays.

Ces messieurs gentillets, ce sont les courroies de transmission du poutinisme. Et donc, en hiérarchisant les périls, je vous en conjure, malgré toute la difficulté, quelle est la principale menace ? Une fois qu'on identifie la principale menace, on vote contre elle et on utilise le bulletin de celui ou de celle qui est face au Rassemblement National. Pas pour voter pour elle ou pour lui, mais pour voter contre l'ERN, pour retirer un député au Rassemblement National.

Parce que si l'ERN a la majorité absolue, tout ce que vous et moi nous défendons sur l'Europe, sur l'Ukraine, sur la résistance au poutinisme depuis si longtemps, tout cela sera jeté aux oubliettes et nous aurons au pouvoir, au pouvoir, les amis, les laquais de Vladimir Poutine.

16:23
Présentateur

Convaincu, Georges ? Juste un mot pour termes, pour clore, pour ne pas prendre l'antenne trop longtemps. Si mon intervention vous a aidé à vous exprimer de la manière dont vous le faites d'une maçon absolument magistrale, je vous en félicite et je contribue pleinement à votre discours, soyez-en sûr, absolument certain.

16:42
Locuteur non identifié

Mais je vous remercie, et de toute façon c'est dans le dialogue qu'on arrive à formuler cet argument, en particulier dans une période aussi troublée.

16:47
Raphaël Glucksmann

Il y a beaucoup de civilités, en tout cas, qui s'expriment au standard inter, et c'est formidable, Yael ?

16:53
Présentateur

Oui, on entend le vote contre, mais c'est un vote pourquoi alors ? Contre l'extrême droite, mais pourquoi derrière ? Parce qu'il y a deux solutions, deux hypothèses. Soit les majorités absolues, le RN gouverne. Si ce n'est pas le cas, Gabriel Attal a parlé d'une assemblée plurielle, projet par projet, de Marine Tondelier à Xavier Bertrand. Pardon, mais est-ce que ce périmètre-là a du sens, premièrement ? Et sur quelle base, sur quel projet, avec quel Premier ministre ?

17:19
Locuteur non identifié

Déjà, je vais vous répondre, mais déjà, laissez-moi. Laissez-moi réhabiliter cette idée d'un vote contre. Ce n'est pas un vote indigne de voter contre. Vous savez, la politique... Ce n'était pas le... Non, mais la politique... Moi, j'ai vécu une campagne des européennes où j'ai demandé aux gens de voter avec leur cœur. Voter en accord avec leur conviction. Et là, on se retrouve dans une situation où on demande exactement l'inverse. C'est-à-dire de voter contre. Non plus de voter pour, mais de voter contre. Et c'est tout aussi important en politique d'être capable de voter contre. Et donc, ce qui se passe aujourd'hui, c'est oui, d'abord un vote contre. Et ensuite, qu'est-ce qui se passe ?

Ensuite, si jamais nous arrivons à barrer la route au Rassemblement National et à le priver d'une majorité absolue, eh bien, nous avons l'incertitude. Avec le Rassemblement National au pouvoir, nous avons la certitude du chaos. S'il n'y a pas le Rassemblement National, nous sommes dans une situation inédite. Nous aurons une majorité absolue inexistante. Et donc, nous aurons une Assemblée divisée.

18:12
Présentateur

Donc, tous les Républicains mettent la main à la patte.

18:15
Locuteur non identifié

Plurielle. Et vous savez quoi ? Je vais vous dire quelque chose, en confidence. C'est ce que nous avons depuis 5 ans, depuis que je suis député européen, au Parlement européen. Une Assemblée sans majorité constituée. Où vous êtes obligés de constituer des majorités texte par texte. Ce qui se passe dans 23 pays de l'Union Européenne sur 27, d'ailleurs, les coalitions. C'est-à-dire une situation où le Parlement existe. En fait, ce à quoi nous assistons dans ce cas-là, c'est à la transformation de la France en démocratie parlementaire. Et c'est effectivement une incertitude. On ne sait pas ce qui peut se produire. Mais l'incertitude n'est pas le chaos.

C'est au contraire l'expérience d'une nouvelle forme de démocratie. Et au Parlement européen, vous savez, moi quand je porte, par exemple, le devoir de vigilance des entreprises, des multinationales, il faut que j'aille convaincre un libéral estonien ou une conservatrice slovaque. Qui sont très loin de ce que je pense. Mais sur un texte, sur un projet, on arrive à constituer une majorité. Et peut-être, peut-être que la France se rendra compte que son système, aujourd'hui, où on a un Jupiter à la tête de l'État, où on a finalement une situation très paternaliste, une figure du père comme président, que ce système est à bout de souffle et que désormais il faut se comporter en adulte.

Mais ça supposera un changement de culture politique immense. Sortir des postures, sortir de l'entre-soi. Comprendre que la politique n'est pas simplement une AG à Nanterre. Comprendre qu'on doit aller discuter avec des gens qui ne partagent pas vos opinions pour essayer de faire aboutir des projets et des lois. Et quel rôle vous jouerez-vous là-dedans ? Moi, vous savez, j'ai dit pendant des mois que mon but était de construire la puissance européenne. Dans un moment, on n'en a plus besoin que jamais. Alors que la guerre fait rage en Europe, et alors que Vladimir Poutine peut compter, peut-être, sur l'élection de Donald Trump pour prendre en tenaille l'Europe.

Eh bien, je serai au Parlement européen, et je serai aussi à Paris pour aider à la Constitution, si vous voulez, de cet espace politique qui est le mien et que je veux continuer à porter. Je vais reprendre mon bâton de pèlerin. Moi, ce que je veux, c'est l'émergence d'une sociale-démocratie écologique dans ce pays, d'un espace de solidarité, d'humanisme qu'on a commencé à créer au moment des européennes et qui est absolument vitale pour notre démocratie. Moi, je n'ai renoncé à rien.

20:36
Présentateur

S'il faut des gens de bonne volonté pour gouverner demain de manière provisoire, peut-être, Xavier Bertrand dit gouvernement provisoire, vous en serez ?

20:45
Locuteur non identifié

Écoutez, jusqu'au 7 juillet, je vous en conjure, ne partez pas dans des plans sur la comète et dans des projections qui n'ont pas lieu d'être, parce que personne ne sait. Et tous ceux qui vous prétendent à votre micro savoir mentent. Personne ne sait ce qui sera issu des élections.

21:02
Présentateur

Mais est-il exact que vous recevez des messages, des appels de l'Élysée ?

21:06
Locuteur non identifié

Non, de l'Élysée, je ne sais pas. Je reçois des SMS venant de cet espace politique-là et auxquels je ne réponds pas pour la simple et bonne raison que jusqu'au 7 juillet, moi, mon seul objectif, et c'est le cas depuis le 9 juin, Il vous demande quoi ? Il vous demande quoi par SMS ? C'est ce qu'ils vous disent. Et juste de discuter, mais je ne pense pas que ce soit le moment aujourd'hui. La seule chose qui compte pour moi, c'est de faire en sorte que ce pays ne soit pas gouverné par le Rassemblement National à l'issue du vote de ce dimanche. Et rien n'est joué. Rien n'est joué. Chaque mobilisation compte. Chaque parole que vous utilisez, que vous diffusez compte.

Chaque personne que vous convainquez compte. Vous en connaissez, vous, des personnes qui votent RN ? Oui. Ou qui vont voter RN au second tour ? Oui. Vous leur dites quoi ? Et c'est la grande différence, d'ailleurs, avec il y a 10 ans, où quand je regardais dans mon cercle de sociabilité, je n'en connaissais pas, je dois l'avouer. Et là, j'en connais. Et je connais des gens, et même un ami d'enfance, par exemple, qui vote extrêmement proche, qui a basculé et qui vote RN. Et je ne vais pas me mettre face à lui en me levant le poing et en disant « No pas, Saran ! » Moi, ce que j'entends, c'est son trouble, ça bascule.

Ça bascule face à l'insécurité, face au fait qu'il a l'impression que les gens qui dirigent notre pays n'arrivent plus à le dire, n'arrivent plus à l'aimer, n'arrivent plus à le raconter, n'arrivent plus à le faire vivre, que la France se délite. Ensuite, il reste mon ami. Mais des fois, la discussion, elle devient extrêmement compliquée, je l'avoue. Mais bien sûr qu'il reste mon ami, c'est mon ami d'enfance. Et vous savez, quand on était jeunes, on allait faire des manifestations pour les sans-papiers ensemble. Donc, ce n'est pas du tout quelqu'un qui est né dans un milieu de droite ou d'extrême droite. Et cette bascule-là, mais tout le monde dans son cercle en a.

Et à ces gens, on ne va pas se mettre face à eux et leur dire « Vous êtes des fascistes. » On va essayer de comprendre, de comprendre. Et simplement, ce que je dis là, c'est que là, on a trois jours pour éviter le pire. Mais que derrière, derrière, il va falloir penser les plaies. Il va falloir réconcilier ce pays fracturé. Il va falloir apaiser. Il va falloir raconter à nouveau la France. Dire à quel point on l'aime et dire ce qu'elle peut devenir. Et ça, c'est quelque chose que les politiques ont cessé de faire et en particulier à gauche.

23:09
Raphaël Glucksmann

Merci Raphaël Glucksmann d'avoir été au micro d'Inter.

Législatives : "Est-ce que nous voulons que la famille Le Pen s'empare de ce pays ?" alerte Raphaël Glucksmann — Raphaël Glucksmann · Pourquijevote