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interviewC à vous (sur YouTube)· 16 janvier 2025 13 min

Le livre qui imagine une présidence Le Pen - C à Vous

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

- P.Cohen: J.-L.Mélenchon parle de capitulation. "Le PS capitule seul". - A.-E.Lemoine: F.Bayrou a réussi à changer le paysage politique, disait Patrick.

C'est le cas? Le NFP est enterré ce soir? - T.Pech: Je ne crois pas du tout.

Ce qui s'est passé cet après-midi, du point de vue de F.Bayrou, c'est juste qu'il a gagné le droit et le temps de continuer à discuter. Le vrai rendez-vous, comme pour le gouvernement Barnier, c'est le budget.

C'est précisément ce droit à discuter qui a été préservé ce soir. Je ne crois pas qu'il y ait de renversement. D'où vient cette idée un peu étrange que parce qu'on ne vote pas une motion de censure, on adhère à la majorité? - A.-E.Lemoine: C'est ce que dit J.-L.Mélenchon. - T.Pech: C'est un cadre d'analyse créé de toutes pièces.

Jamais le fait de ne pas voter une motion de censure a valu d'adhésion à une majorité. Le vote d'adhésion, c'est le budget. Par ailleurs, je veux rappeler 2 choses.

Il y avait une certaine pression dans les circonscriptions des députés du PS pour mettre fin au bordel. Les députés socialistes ont tenu compte de cela. Seconde chose: beaucoup de députés de Renaissance étaient il y a 10 ans dans le même parti.

Ce n'est pas surprenant qu'ils trouvent un accord pour continuer à discuter. - A.-E.Lemoine: F.Bayrou gagne du temps grâce au PS mais aussi grâce au RN qui n'a pas non plus voté cette censure.

La menace n'est pour autant pas écartée pour les mois à venir, en tout cas de la part du RN. - T.Pech: Bien sûr.

Il est tout à fait possible, comme pour le gouvernement Barnier, qu'on ait, dans la discussion budgétaire, une motion de censure qui soit adoptée avec les voix du RN, celles de LFI et d'une grande partie de la gauche. - A.-E.Lemoine: Ce n'est pas la chute d'un gouvernement sur l'impulsion du RN que vous décrivez dans votre ouvrage mais l'accession au pouvoir de M.Le Pen.

Patrick a lu votre dystopie politique. - P.Cohen: Ce n'est pas un jeu ou une farce.

C'est documenté, argumenté, raisonnablement plausible. Cela s'appuie sur les éléments de programme du RN dont on peut penser que ses dirigeants tenteront de l'appliquer, à commencer par ceux qui s'appuient sur les réalités du pays...

Il y a des développements assez techno. Ce n'est pas une satire. Ca participe de la solidité de l'ensemble de l'entreprise.

Le lecteur apprendra plein de choses. C'est à la fois très amusant quel que soit le niveau d'envie que ça nous arrive et très sérieux. - A.-E.Lemoine: Et très pédagogique beaucoup plus que militant. - T.Pech: On n'a pas voulu faire un livre militant.

Souvent, les livres militants sont des livres d'indignation. On n'a pas voulu faire de morale. On a voulu répondre à une question qu'on se pose tous.

On s'attend tous à ce qu'elle puisse prendre le pouvoir, M.Le Pen. Personne n'a imaginé à quoi ça ressemblerait vraiment.

Comment on peut ne pas imaginer cela? On prend le contexte tel qu'on le connaît. 2026, c'est demain.

Il y aura la dette, les déficits...

Et on prend le programme. - A.-E.Lemoine: Vous confrontez le programme à une réalité. - T.Pech: On essaie d'imaginer à quoi ressemblerait l'exercice du pouvoir, ce qu'elle n'a elle-même sans doute pas encore fait. - A.-E.Lemoine: Elle va lire avec attention cette dystopie. - P.Cohen: Vous pensez qu'elle ne l'a pas fait? - T.Pech: Jusqu'à une époque récente, les leaders du RN ne se sont pas projetés dans l'hypothèse qu'ils devraient gouverner un jour. - P.Cohen: Même avec Bardella? - A.-E.Lemoine: Vous imaginez qu'elle accède au pouvoir en mars 2026.

Vous imaginez une élection qui se passe dans le calme, dans un pays médusé. - T.Pech: Oui.

Le soleil continue à se lever le matin et à se coucher le soir. Il n'y a pas d'émeutes à Paris. Il n'y a pas non plus de fête.

Elle est élue. Elle trouve une majorité composée de ses propres troupes et du reste de la droite. - A.-E.Lemoine: Elle réussit l'union des droites. - T.Pech: Avec L.Wauquiez à Matignon, E.Zemmour à la Culture, M.Maréchal au ministère de l'Instruction, en charge de la réussite des meilleurs.

Ca se met en place. La réalité les prend à la gorge comme tout gouvernement. Il y a la dette, les déficits.

Ils ne peuvent pas tout faire. Ils abandonnent tout de suite un certain nombre de lubies comme l'exonération de l'impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans. Ils découvrent que les premiers bénéficiaires seraient K.Mbappé ou A.Nakamura.

Ils abandonnent. Ils remisent aussi d'autres choses. Mais il y a d'autres choses qu'ils ne peuvent pas remiser, leur identité.

Leur idéologue leur dit que tout le monde se fout de leur programme. C'est J.Sainte-Marie. - A.-E.Lemoine: "Vous leur avez promis de leur rendre leur fierté." - P.Cohen: C'est un ancien responsable d'institut de sondage qui parle aujourd'hui à l'oreille de M.Le Pen. - T.Pech: Le RN veut en faire baver tous les autres. - A.-E.Lemoine: C'est la préférence nationale.

Elle est adoptée par référendum après avoir forcé la main au Conseil constitutionnel. Une loi qui prévoit de distinguer les étrangers selon leur nationalité. Autrement dit, les Ukrainiens auraient plus de droits que les étrangers du Maghreb, par exemple.

Quelle serait la conséquence concrète de la suppression de l'AME? - T.Pech: Avant de répondre à votre question, qui est une bonne question...

Ce que vous décrivez, c'est précisément programmé dans un projet de loi qui a été porté par le RN. C'est un projet de loi qui n'introduit pas simplement la préférence nationale mais aussi une modification de la hiérarchie des normes. Ca passe par un référendum qui modifie la Constitution.

C'est un véritable renversement de l'Etat de droit. Jamais on ne pourra utiliser l'article 11 de la Constitution pour faire ça. Ca a été fait une fois en 1962 par le général de Gaulle.

Depuis, ça n'a jamais été retenté. Ca a été qualifié de coup de force par le Conseil d'Etat à l'époque. Je reviens à votre question.

On supprime l'AME. Qu'est-ce qui se passe dans les urgences? Les gens qui viennent s'y faire soigner sont dans une situation sanitaire bien plus mauvaise qu'aujourd'hui.

Ils sont en concurrence avec les nationaux. - A.-E.Lemoine: Un tri en fonction de la nationalité. - T.Pech: Bien sûr.

Il y a des gendarmes aux urgences qui assurent l'ordre. Il y a de temps en temps des rixes pour passer le premier. - A.-E.Lemoine: Préférence nationale, immigration zéro et une mesure que M.Le Pen promet depuis des années. - M.Le Pen: Je suis pour l'interdiction du voile dans l'espace public.

Je pense que le voile est un uniforme imposé par les islamistes. Je pense qu'une grande partie des jeunes femmes qui le mettent ne peuvent pas faire autrement, même si elles n'osent pas le dire. Il faut libérer l'ensemble de ces femmes, faire reculer les islamistes.

Pour cela, il faut interdire le voile dans l'espace public. - A.-E.Lemoine: Dans votre livre, c'est ce projet doublé de la présomption de légitime défense donnée aux policiers dont vous imaginez que ça pourrait entraîner un engrenage dramatique. - T.Pech: C'est l'engrenage qu'on décrit dans le livre, en effet.

Les policiers, forts de cette présomption de légitime défense, qui est dans le programme du RN depuis fort longtemps...

Certains se sentent pousser des ailes. Certains se sentent tellement backés par leur hiérarchie qu'ils prennent moins de précautions. Un coup de feu part un jour dans un rassemblement.

Une jeune femme qui porte le voile est abattue. De là, se forme une sorte d'émeute, de mobilisation qui dure plusieurs jours. Je ne vais pas spoiler le livre.

On n'a pas voulu pousser la caricature. On a voulu rester dans une fiction raisonnablement réaliste. Ca ne va pas jusqu'à la guerre civile, mais on passe tout proche.

Un certain nombre de forces d'extrême droite essayent d'exciter les barbus pour les faire entrer dans la bataille. On passe tout près d'une forme de guerre civile. - E.Tran Nguyen: La bataille est aussi culturelle.

Dans votre livre, E.Zemmour est ministre de la Culture, même s'il aurait préféré être ministre de l'Education nationale. Voilà ce qu'il préconisait pour l'école en décembre 2021. - E.Zemmour: Refaire le roman national.

Faire aimer la France par son histoire. J'ai des enfants. J'ai vu les programmes scolaires.

C'est un tissu de propagande. De la propagande antifrançaise, antiraciste, LGBT... - Vous changerez les livres d'histoire? - E.Zemmour: Oui.

Ce sont des historiens qui le feront. - E.Tran Nguyen: C'est le programme qu'applique dans votre livre M.Maréchal, que vous imaginez ministre de l'Instruction et de la Régénération morale.

Il y a là aussi les paroles et les actes. - T.Pech: Ils mettent en place un certificat que doivent passer tous les enseignants.

C'est un certificat d'aptitude à partager le roman national pour unifier culturellement ce corps enseignant. Ils font beaucoup d'efforts pour ça, mais ils s'aperçoivent que tout ça glisse sur le cerveau des Français. Les enquêtes d'opinion le montrent depuis longtemps: les Français sont devenus plus tolérants.

Un jour, le ministre de la Culture, E.Zemmour, se demande pourquoi ça pénètre aussi peu. Il s'étonne qu'on lui donne des notes de cabinet qui sont toujours un peu woke.

Il convoque un conseiller qui lui avoue qu'il demande à ChatGPT d'écrire les premières versions des notes. ChatGPT est plutôt woke. E.Zemmour se désespère...

On lui explique que ChatGPT est nourri de l'océan des progrès de l'esprit humain. Il découvre que son oeuvre personnelle pèse très peu. - A.-E.Lemoine: Ce livre se termine en 2029.

Pourquoi n'êtes-vous pas allé au bout du quinquennat imaginé de M.Le Pen? - T.Pech: D'abord, on s'est dit qu'une 2e saison était possible!

Je ne veux pas raconter la fin du livre. M.Le Pen se trouve devant un dilemme à la fin du livre.

On ne dit pas comment elle le tranche. Il est évident, selon son choix, que l'histoire ne sera pas du tout la même. - A.-E.Lemoine: Voilà, je rappelle votre ouvrage "Marine Le Pen présidente", le 1er volume de cette dystopie politique.