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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 28 mai 2026 3 min

Le téléphone tue-t-il la natalité ?

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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Et c'est l'heure de votre humeur du jour, Guillaume. Et ce matin, le téléphone tue-t-il la natalité ? Oui, c'est le Financial Times qui a publié une enquête à ce sujet autour de l'effondrement démographique mondial. J'ai bien dit, puisque dans les deux tiers des 195 pays du monde, le taux de fécondité est désormais sous le seuil de renouvellement qui est, je vous le rappelle, de 2,1 enfants par femme. La Corée du Sud, par exemple, aurait dû compter 350 000 naissances en 2023. Elle en a enregistré 230 000. Bon, ça, c'est pas un scoop. En Corée du Sud, cela fait déjà quelques temps.

Mais c'est le cas aussi du Mexique, du Brésil, de la Tunisie ou de l'Iran qui sont passés désormais sous le taux américain. Ça, c'est tout à fait nouveau. C'est un phénomène qui était réservé aux pays riches et qui frappe désormais des sociétés qui vieillissent avant même de s'enrichir. Et ça, c'est complètement inédit. L'enquête met en évidence une coïncidence troublante. Partout, la chute s'accélère autour de 2010-2012. Et qu'est-ce qui s'est passé en 2010-2012 ? Eh bien, le smartphone s'est répandu massivement. Par exemple, en Corée, le temps passé à socialiser en personne, je veux dire dans le vrai monde, a été divisé par deux en 20 ans. Aux Etats-Unis comme en Europe, même tendance.

Certains démographes observent davantage de dysfonctionnements sexuels chez les jeunes les plus connectés. Alors évidemment, il faut faire attention aux corrélations sans cause. Le smartphone apparaît en 2010, la natalité chute. Mais peut-on avoir une conclusion définitive à ce sujet ? Autour de 2010, s'est passé bien d'autres choses. Par exemple, la question du logement, notamment dans les métropoles. Paris, Séoul, Londres, Mexico. L'accès au logement est devenu hors d'atteinte pour beaucoup de jeunes adultes. Comment fonder une famille dans ces conditions ? C'est évidemment difficile. Il y a eu la crise financière de 2008 également. La précarité est devenue norme pour beaucoup.

Et l'angoisse climatique. Le téléphone est peut-être moins la cause que le symptôme d'une époque de repli. Et puis, faire des enfants suppose d'y croire, croire que l'avenir mérite d'être habité. Or, ce qui caractérise peut-être notre époque, ce n'est pas que la situation soit pire qu'avant. L'Europe a connu, je crois, auparavant, des guerres, des famines, des épidémies. Mais l'utopie a disparu. Longtemps, l'enfant fut la promesse d'un monde meilleur. C'est ce que vous pensiez, Alexandra. Aujourd'hui, cette fiction elle-même vacille. L'enfant n'est plus une utopie. Et il devient parfois un risque supplémentaire dans un monde saturé d'incertitudes. Les Matins de France Culture

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