Conférence de presse du Président Emmanuel Macron et du Président du Rwanda Paul Kagame
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 12:00RelanceRéponse directe
La doctrine de reconnaissance sans repentance satisfait-elle les associations de rescapés ?
- 15:00OuverteRéponse directe
Quel est votre avis sur le pardon et la qualification du génocide ?
- 18:00RelanceRéponse partielle
Comment allez-vous procéder pour extrader les suspects de génocide ?
- 21:00OuverteRéponse directe
Quels partenariats concrets dans les jours à venir ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:00Paul KagameFait
« Il n'y a qu'un génocide, celui que nous évoquons, et que nous avons rappelé ce matin. »
- 9:00Emmanuel MacronChiffre
« Nous sommes arrivés ce matin-même avec plus de 100 000 nouvelles doses de vaccin pour votre pays dans le cadre du mécanisme COVAX. »
- 10:00Emmanuel MacronChiffre
« L'Agence française de développement a apporté au gouvernement rwandais des financements de plus de 100 millions d'euros pour accompagner les efforts de lutte contre le Covid 19 au Rwanda. »
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Membres de la délégation française, je vous souhaite la bienvenue, à vous Monsieur le Président et à votre délégation. Aujourd'hui, nous avons l'occasion de parler et du présent et de l'avenir, tout en réfléchissant sur le parcours passé qui nous a amenés à ce point-ci. Monsieur le Président, vous venez de faire une déclaration très importante au Mémorial du génocide de Kigali.
Vous venez, Monsieur le Président, de faire un discours profond qui revêt une importance toute particulière pour le présent et qui va toucher les Rwandais et au-delà. La parole que vous venez de prononcer était beaucoup plus importante qu'une simple demande de pardon. C'étaient des paroles vraies.
Parler vrai, c'est toujours un risque. Mais vous le faites parce que c'est bon. Et, même lorsque cela nous coûte, même lorsque ce n'est pas populaire, vous le faites parce que c'est la vérité.
Il y a des voix qui se lèvent, certaines stridentes d'ailleurs. Malgré tout, le président Macron a fait ce geste et c'était un geste d'un très grand courage. Ces risques que vous avez pris ont porté des fruits, parce qu'il y avait de la bonne foi des deux côtés.
Il était important de ne pas précipiter le processus afin d'établir les faits sur des bases solides. Et par ailleurs nos deux sociétés avaient besoin de ce temps de réflexion et de discussion. Et une étape a mené à l'étape suivante et c'est ainsi que nous en sommes arrivés à ce point-ci.
Et ce point lui aussi est une étape très importante dans ce parcours car, au Rwanda comme en France, un grand nombre de personnes, trop nombreuses pour qu'on puisse les nommer, ont posé des questions, demandé qu'il y ait la lumière sur ces questions. Ces personnes sont trop nombreuses pour qu'on puisse les nommer mais ce sont des personnes de la société civile, des universitaires, des journalistes voire même des citoyens ordinaires. Et nous n'en serions pas ici sans les efforts infatigables de ces personnes à qui je voudrais exprimer mes remerciements très profonds et très chaleureux.
La vérité est un baume et c'est sur cette base-là que nous avons construit notre programme de réconciliation et de reconstruction. Ça a été notre expérience en tant que Rwandais et il n'y a pas de raccourci. Nous étions convaincus dès le début que le processus consistant à examiner le rôle de la France et en prendre la mesure demandait du temps et, de toute manière, ce processus n'était pas plus dur que celui qui a consisté à nous réconcilier entre nous.
Et nous n'avons sacrifié aucun grain de vérité. Mais la responsabilité a été remise sur les épaules de ceux qui ont pris la décision. Et, certes, il pourrait y avoir ou il aurait pu y avoir un procès mais, vous savez, il n'y a pas plus grand procès que le jugement de l'opinion.
Mais ce travail doit se poursuivre à deux, à la recherche de vérité historique et de documentation. Nous avons connu des difficultés très complexes depuis 27 ans. Et, dans tout ce processus, nous avons toujours recherché la vérité.
Le Rwanda aurait pu rester un État failli, et il y en a qui s'en seraient d'ailleurs félicités, sans dire que certains ont réellement travaillé pour que le Rwanda échoue dans sa reconstruction. Mais ensemble, comme une nation, nous avons travaillé main dans la main pour trouver des solutions à nos défis et certains étaient uniques. Et donc, dans chacune des dimensions de la vie, y compris dans le domaine des droits de l'homme, le Rwanda est un pays, et c'est objectif, qui s'est transformé pour le mieux.
Nous continuons de vivre unis, un peu punis malgré tous les défis. Et nous faisons tous les jours de notre mieux pour nous améliorer. Il y a un certain regard que l'on porte sur l'Afrique de l'extérieur, et un regard qui associe automatiquement chaque succès à une perte qu'on dit très importante des valeurs fondamentales et des libertés.
Je ne dis pas que l'Afrique n'a pas de brebis galeuses, elle en a, elles existent, elles sont peut-être même très nombreuses, cependant elles ne sont pas plus nombreuses en Afrique que dans le reste du monde. La seule différence étant que l'Afrique, dans sa totalité, se trouve toujours définie par ses mauvais joueurs alors que ces brebis galeuses sont ailleurs aussi bien comme des exceptions. Et ce parti pris crée toujours un point de référence.
L'Afrique ne se développe pas. Le reste du monde se développe mais l'Afrique recule. Ce sont ces convictions-là que l'on trouve partout et cela vient d'un sentiment que l'on peut dire tout ce que l'on veut par rapport à l'Afrique, qu'on peut lui faire la morale, la leçon, la juger, juger ses choix.
Malheureusement, certains de nos frères et soeurs africains se trouvent participer à cette entreprise négative de démolition et c'est une dynamique qui n'a pas de fin, qu'il est impossible apparemment de stopper. Ce n'est pas vrai. On stoppe ce processus négatif en faisant ce que nous croyons être le bien et, si nous poursuivons cet effort, il s'avère toujours que c'était une bonne idée.
Vous savez, cet air de supériorité moral en fait cache un certain racisme, un certain désir de nier à l'autre sa valeur en tant qu'être humain, valeur intrinsèque d'un être humain égaux aux autres. Et c'est ce sentiment qui a fait que le génocide qui a eu lieu dans ce pays semblait tolérable. Le racisme, le déni du génocide et le déni d'égalité à l'autre, la déshumanisation [INAUDIBLE] main dans la main et menace les sociétés sur tous les continents et les communautés humaines sur tous les continents.
Notre monde civilisé doit s'unir pour lutter contre le racisme et l'idéologie des génocides de manière concertée et permanente. Il y a des attitudes que nous avons adoptées du passé et qui avaient besoin d'être changées mais que nous avons maintenues pendant longtemps. Mais je dois dire que, Monsieur le Président, Monsieur Macron, est parmi ceux qui se sont rendu compte qu'il faut changer et qui a pris à bras le corps ce changement nécessaire.
Ce n'est pas une question de parler au nom de l'Afrique. Il s'agit d'assurer que les voix des Rwandais et des Africains puissent se faire entendre en même temps que les voix du reste de l'humanité pour que l'on puisse travailler d'égal à égal, quelles que soient nos origines. Monsieur le président Macron est un homme d'écoute et qui souhaite ardemment aider l'Afrique, la guider dans la voie qu'elle s'est choisie.
Et ça fait toute la différence. C'est mieux et c'est plus durable. Fondamentalement, cette visite concerne l'avenir plutôt que le passé.
La France et le Rwanda vont continuer à travailler ensemble dans un meilleur esprit, pour le bien de notre pays, économiquement, politiquement et culturellement mais la relation entre nos deux pays ne sera jamais ordinaire. Il y a une certaine connivence, une familiarité spéciale qui vient de cette histoire que nous avons partagée, pour le meilleur comme pour le pire. Nous avons choisi le meilleur, que ce soit pour le meilleur.
Une relation forte, soutenue, basée sur des priorités qui sont importantes pour nos deux pays, le Rwanda et la France, y compris des questions qui ont fait l'objet d'un débat durant notre réunion bilatérale, l'investissement, le numérique, [INAUDIBLE] de culture puis aux entreprises, PMI, PME, les startup, mais surtout les jeunes, l'accompagnement des jeunes. Le Rwanda sera pour vous un partenaire fort dans tous ces domaines. Monsieur le Président, laissez-moi vous remercier et remercier votre délégation de votre visite et de votre présence.
Je remercie tout un chacun, chacun d'entre vous. Merci pour votre aimable attention et je vous invite à présent, Monsieur le président Macron, à prononcer votre allocution et nous pourrons ensuite prendre vos questions. Merci.
Monsieur le Président, cher Paul, merci beaucoup pour vos mots et les propos que vous venez de tenir. Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs, chers amis, c'est un honneur et une responsabilité particulière d'être ici au Rwanda, parmi vous. Et permettez-moi d'abord de vous remercier pour votre invitation, votre accueil à l'égard de la délégation et de moi-même.
Je mesure toute l'importance symbolique, historique, de cette visite qui est simplement la deuxième d'un président de la République depuis le génocide des Tutsis de 1994. Monsieur le Président vous avez, je crois, retranscrit parfaitement, dans vos propos à l'instant, l'esprit qui a animé le travail commun que nous avons conduit depuis 2017. Nous avons commencé à cheminer ensemble.
Nous avons décidé de reprendre la voie de la coopération, du dialogue, sans rien occulter des difficultés que nos deux pays ont pu traverser. Nous avons décidé, dès le printemps 2018, de donner le signal d'un rapprochement entre nos deux pays, guidés par la même volonté de regarder en face notre histoire, mais de construire aussi l'avenir pour les jeunes générations. Vous aviez accepté l'invitation de vous rendre à un salon sur le numérique et l'innovation.
Et en trois ans nous avons franchi ensemble plusieurs étapes et levé plusieurs obstacles parce qu'il fallait passer par un examen de vérité. C'est ce que nous avons fait en confiant à une commission d'historiens présidée par le professeur Vincent Duclert, un travail approfondi de recherche et d'analyse sur le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994. Je salue le travail remarquable, indépendant, transparent qui a été accompli par les membres de cette commission.
C'est en effet la plus rigoureuse indépendance qui les a accompagnés pendant les deux ans de travaux qu'ils ont eu à conduire. Et ce travail, qui a également été mené du côté du Rwanda, nous permet aujourd'hui d'avancer vers une histoire partagée et surtout d'en ouvrir une nouvelle page. J'ai dit ce que j'avais à dire tout à l'heure sur le génocide des Tutsis, sur la responsabilité de la France et vous avez comme poursuivi ces mots avec les vôtres, en disant mieux que je n'aurais pu le dire et peut-être parce que c'était à vous de le dire, que ce que nous nous devons, c'est la vérité plutôt que de chercher à nous débarrasser d'un passé qui ne passait pas.
Un génocide ne s'excuse pas, on vit avec. Et un pardon ne s'exige pas, qui serais-je pour le faire ? Ma conviction, c'est qu'avec la responsabilité qui est la mienne aujourd'hui, je vous devais une chose, je nous devais une chose, c'est d'essayer de retranscrire la vérité telle qu'elle apparaît aujourd'hui et de reconnaître notre responsabilité pour ce qu'elle est.
Et ce chemin de reconnaissance que j'évoquais tout à l'heure est, je pense, celui qui nous permet de continuer à faire route. Je partage tout de ce que vous avez dit, cher Président aussi de la prévention des génocides à venir et de la responsabilité que la compréhension du passé nous confère par les temps présents. Cette nouvelle page de nos relations bilatérales va amplifier le travail que nous avons déjà engagé ensemble sur plusieurs défis communs.
Au plan sanitaire d'abord, qui demeure évidemment la priorité pour nos concitoyens aujourd'hui. Nous nous sommes battus, dès le début de la crise sanitaire, avec le président Kagame et plusieurs autres leaders africains, pour bâtir ensemble une solution solidaire. Nous avons, dès avril 2020, ensemble lancé un appel qui ensuite a été saisi par le G20.
C'est ce qui a permis à l'initiative ACT-A, je salue sa présidente parmi nous, d'être ainsi bâtie, construite ensemble et aux initiatives sanitaires, économiques ainsi pensées de se construire, avec en particulier la nécessité de venir en aide au système de soins primaires en Afrique, de financer ces derniers, comme nous avons accéléré les choses en matière bilatérale, mais aussi de savoir faire ce geste de solidarité dès la crise, consistant à donner des doses de vaccin et à transférer les capacités pour les produire. Nous sommes arrivés ce matin-même avec plus de 100 000 nouvelles doses de vaccin pour votre pays dans le cadre du mécanisme COVAX et nous serons tout à l'heure dans un centre de vaccination pour marquer cet effort important. Dès 2020, l'Agence française de développement a apporté au gouvernement rwandais des financements de plus de 100 millions d'euros pour accompagner les efforts de lutte contre le Covid 19 au Rwanda, et de nouveaux projets sont encore à l'étude.
Et je veux ici saluer, Président, votre rôle, votre implication personnelle, votre volonté que l'Afrique prenne toute sa part pour penser la solution, pour y contribuer, pour contribuer aussi à produire, vous qui avez su tôt comprendre l'importance de l'éducation et de la santé, pour permettre à la jeunesse de réussir. Ce réengagement de l'Agence française de développement, amorcé à ma demande en 2019, est un autre signe tangible de la relance de notre relation bilatérale. Ce retour est déjà visible avec un soutien financier de plus de 130millions d'euros en moins de deux ans, sur des projets qui vont de l'électrification rurale à la formation.
Et aujourd'hui nous avons décidé d'aller plus loin avec la signature de la déclaration d'intention conjointe. Nous avons en effet décidé de porter à des niveaux inédits notre aide au développement. Ce sont 500 millions d'euros qui seront engagés sur la période 2019-2023 autour des grandes priorités de notre dialogue avec le Rwanda, en particulier la santé, le numérique, la francophonie.
Ces efforts s'étendent aussi naturellement à la relation économique entre le Rwanda et la France. La présence économique française ici est en constante augmentation depuis trois ans, avec de nombreuses entreprises qui souhaitent s'inscrire dans la dynamique que l'on trouve ici dans votre pays. Les leaders français de la logistique sont présents dans votre pays mais aussi dans de nombreux autres domaines comme celui des médias, de la communication, de la culture, des infrastructures, du transport.
Une délégation m'accompagne aujourd'hui, qui montre aussi que nous souhaitons aller plus loin. En effet, de taille, de secteurs variés, recouvrant la santé, le numérique, les transports, les énergies renouvelables ou l'agriculture, la délégation qui nous accompagne a la même motivation d'investir dans votre pays, de conclure des partenariats, c'est-à-dire de participer à la croissance, à l'émancipation économique, aux opportunités sur votre sol. Nous nous sommes engagés à appuyer ces efforts en simplifiant les démarches que doivent réaliser les acteurs économiques français pour investir ou s'installer au Rwanda.
La Banque publique d'investissement française s'est également engagée depuis ces dernières années afin de multiplier les perspectives d'investissement dans votre pays. Dans le domaine culturel, j'ai toujours été convaincu que le véritable centre de gravité de la francophonie, Chère Louise, je l'ai dit plusieurs fois, était ici, sur le continent africain. C'est d'ailleurs en ce sens que, au fond, il revenait à une forme d'évidence que la France puisse soutenir la candidature de l'ancienne ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo qui est avec nous aujourd'hui, au poste de secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie.
Trois ans plus tard, la francophonie est plus que jamais présente au Rwanda, dans toute la région, francophonie de reconquête, ouverte, modernisée, qui s'enorgueillit des échanges avec l'anglais et le kinyarwanda. Et je me réjouis que cette francophonie-là dispose à présent d'un lieu qui lui soit consacré, à Kigali, avec le nouveau Centre culturel francophone du Rwanda que nous inaugurerons ce soir ensemble. Enfin, cette confiance retrouvée implique évidemment de poursuivre la coopération judiciaire entre nos pays alors que nos efforts en matière de lutte contre l'impunité des génocidaires rwandais présumés résidant en France commencent à porter leurs fruits.
Ils vont être à nouveau renforcés au cours des prochains mois, parce qu'il ne saurait y avoir de réconciliation durable sans justice. Président, vous l'avez dit, l'esprit de notre échange n'est pas simplement de rebâtir une relation, mais aussi d'en faire le coeur d'un rapport, d'une alliance renouvelée avec le continent africain. Mais cette nouvelle relation que nous avons voulue, le président Kagame et moi, pour la France et pour le Rwanda, qui nous permet d'aller maintenant de l'avant, se construit à travers ces différents secteurs et ces quelques piliers que je viens d'évoquer.
Elle doit aussi se traduire par des gestes, le Centre culturel ce soir, et le fait que j'ai proposé au président Kagame de procéder à la nomination prochaine d'un ambassadeur de France auprès de la République du Rwanda. Depuis six ans, le poste demeure vacant, et la normalisation de nos relations ne pouvait s'envisager sans cette étape. Cette nomination sera soumise à l'agrément des autorités rwandaises, et sa mission reposera sur la feuille de route que nous avons fixée ensemble aujourd'hui.
Je veux ici remercier notre chargé d'affaires et toute son équipe qui, pendant ces années, ont oeuvré avec beaucoup d'engagement, de courage et de lucidité pour permettre aussi ce travail sur le terrain, aux côtés des Rwandaises et des Rwandais. Je veux croire aujourd'hui que ce rapprochement est irréversible. Il est irréversible pour au moins deux raisons que nous voulons l'un et l'autre.
La première, c'est parce que nous croyons l'un et l'autre dans le même engagement et la même construction d'un partenariat nouveau, où les Africains et leurs dirigeants doivent prendre toute leur place. Durant ces quatre dernières années, à chaque fois qu'une tension politique ou qu'un conflit dans la région a pu apparaître, nous n'avons oeuvré qu'en soutien de médiation régionale ou de l'Union africaine. La France n'a jamais donné de leçons à qui que ce soit depuis quatre ans, mais elle a constamment cherché à faire émerger les solutions possibles, et les meilleures, en aidant les dirigeants responsables à faire quelque part cette maïeutique, ou parfois cette conciliation.
Vous avez à plusieurs reprises été au rendez-vous de cette exigence, Président, et je tiens à vous en remercier. Sur la scène multilatérale, je l'évoquais dès l'année dernière, sur la santé, sur le climat, sur l'innovation, sur la réforme de la gouvernance économique, sur tous ces fronts, le Rwanda est un partenaire clé. Sur la scène régionale, aussi.
Le Rwanda est un acteur qui compte, et qui est au coeur de cette capacité que peut avoir la France d'aider à faire émerger des réponses régionales. C'est ce que nous avons su faire naguère en République démocratique du Congo. Et je veux, à ce titre, aujourd'hui adresser un message de solidarité aux populations de Goma, durement meurtries, et à qui nous devons assistance.
Et c'est ce qu'il convient de faire désormais en République centrafricaine, au Mozambique, comme nous l'avons évoqué ensemble. Parce que vous croyez aussi, Cher Président, que la relation que la France et l'Afrique doivent aujourd'hui nouer est celle, justement, d'une alliance exigeante que j'évoquais tout à l'heure, mais qui croit dans le présent et le futur, et qui veut bâtir les termes d'un investissement solidaire et commun. Et puis enfin parce que cette page que nous ouvrons est celle aussi d'une relation singulière, vous l'avez dit.
Nous nous connaissons, y compris dans nos silences, et ces 27 années passées, je crois, ne rendent que plus profondes encore les relations que, en connaissance et en conscience, nous décidons aujourd'hui de bâtir. C'est pour toutes ces raisons que je les crois puissantes et irréversibles. Je vous remercie.
Merci, Monsieur le Président. On va commencer la conférence de presse. On commencera par prendre les questions de la presse française.
On vous demande de vous présenter et de présenter l'agence de presse pour laquelle vous posez la question. Y aurait-il des questions de la presse française ? Monsieur, en costume bleu !
Bonjour Messieurs les Présidents. Loïc Signor pour CNEWS. Une question pour vous, Monsieur le président Macron.
Depuis le début de votre quinquennat, vous avez à coeur d'aborder, vous le dites, sans filtre les questions mémorielles, qu'il s'agisse de l'Algérie ou aujourd'hui de la responsabilité française au Rwanda, avec une doctrine que vous répétez : ni déni, ni repentance, mais reconnaissance. N'est-ce pas le risque, Monsieur le Président, de ne contenter personne ? Á ce propos, vous dites qu'un pardon ne s'exige pas.
Mais les associations de rescapés, elles, le demandent. Comment espérer, Monsieur le Président, un pardon que la France ne demande pas formellement ? Merci.
Merci pour votre question. Nous avons plusieurs passés, et plusieurs mémoires plurielles, d'ailleurs, traumatisés. Le Rwanda en est une.
La question de l'Algérie en est une autre. Je ne les compare pas, je ne les met pas une seconde en parallèle, mais elles structurent des millions de vies, y compris dans notre pays. Elles structurent aussi des relations avec d'autres pays.
Et je crois que nous nous sommes, à travers les décennies, enfermés en quelque sorte dans une forme d'alternative impossible. Il y aurait d'un côté, d'une certaine manière, celles et ceux qui croient que la France est forte, et que quand la France est forte, elle n'a pas à demander d'excuses ou à reconnaître ses erreurs. Et il y aurait de l'autre côté celles et ceux qui n'aiment pas la France, et qui viendraient l'affaiblir en demandant à tout bout de champ des excuses, et se repentir.
Je crois que la France est forte ! J'aime notre pays, terriblement : son histoire, sa terre, son présent et son avenir, parce que je pense que nous sommes un pays fort et grand. Je crois qu'il n'y a pas de grandeur s'il n'y a pas la capacité à voir en face sa propre vérité.
C'est pour ça que je parle de reconnaissance. C'est pour ça que j'ai demandé à chaque fois à des historiens de travailler librement et de nous dire la part de vérité historique, je dis bien la part, car l'histoire est un travail qui ne se termine jamais. Et d'autres historiens viendront, qui découvriront peut-être d'autres archives qui restent à ouvrir.
Mais ce chemin-là est celui, je crois, qu'un grand pays doit faire : regarder en face ce qu'il a fait dans sa complexité, savoir dire : je n'ai pas été complice de cela, je ne suis pas responsable de cela, ou il n'y a pas eu d'intentionnalité sur cela, mais j'ai une responsabilité, que je nomme et que je qualifie. Oui ! Et je crois que cela grandit la France, cela ne l'affaiblit pas.
Procéder à un tel geste, une telle décision, c'est assumer les risques qui vont avec, le président Kagame l'a d'ailleurs dit lui-même dans son propos, mais c'est en même temps décider précisément de ne contenter personne, parce qu'on ne choisit pas sa vérité, et parce qu'on ne regarde pas notre pays en face pour traiter telle ou telle clientèle ou contenter tel ou tel. On le fait d'abord pour nous-mêmes parce que nous nous devons la vérité, parce que des enfants qui ont grandi, sont nés Français, ont été adoptés Français, qui ont vécu dans les non-dits ou le mensonge, comment peuvent-ils construire leur identité et leur deuil si on ne dit pas cette part ? Parce que celles et ceux qui étaient jeunes ou moins jeunes, et qui ont vécu cette période-là, ont entendu des choses sur le rôle de la France, ont vécu cela dans leur chair.
Donc nous nous devons à nous-mêmes, en tant que Français, de reconnaître les faits avec cette lumière blanche de la vérité telle que les historiens la délivrent. Et puis nous le devons aux Rwandais, je l'ai dit tout à l'heure. Nous le devons à celles et ceux qui sont morts dans un silence assourdissant parce qu'ils croyaient alors que nous ne savions pas.
Et nous savions, nous tous, communauté internationale. Nous le devons enfin à leurs enfants, leurs frères, leurs soeurs, leurs parents, aux survivants, parce que c'est apporter une part de vérité à un travail de mémoire et de deuil qui est de continuer à vivre avec l'indicible. C'est cela, ce que la France, je le crois, doit faire.
Et donc ça n'est en effet pas contenter tel ou tel. J'entends que les associations auraient souhaité que je demande plus directement ou des excuses ou un pardon. Nous l'avons dit tout à l'heure, je pense que " excuses " n'est pas le terme approprié, pour toutes les raisons que j'ai détaillées dans mon discours précédemment.
Je pense que cette reconnaissance, c'est ce que je peux donner. Un pardon, ça n'est pas moi qui peux le donner, je l'espère. Voilà ce que je peux dire.
Merci, Monsieur le Président. Une question de la presse rwandaise ? Kagao, ici devant.
Merci, Monsieur le président, je m'appelle Jean-Pierre Kagao, je travaille pour [INAUDIBLE]. J'ai deux questions aux deux présidents. Monsieur le Président, le président de la France s'est exprimé sur le pardon.
Quel est votre avis sur le pardon ? Un génocide ne se compare pas. Un génocide a une généalogie.
Un génocide ne s'excuse pas. Qu'avez-vous à dire à ceux qui [INAUDIBLE] l'appellation du génocide perpétré contre les Tutsis, et ceux qui sèment donc la thèse du double génocide ? Merci.
Ce que je peux dire sur le Rwanda et sur le génocide, ça n'est pas grand-chose, vous savez. Parfois, il y a des choses qui se disent, mais je pense que nous avons déjà franchi une étape très importante, et qu'il ne faut pas reculer. Vous savez, une question aussi lourde que celle dont nous parlons ne trouvera pas de solution à 100 % immédiatement.
Parce que c'est une question de point de vue. Les points de vue divergent et diffèrent. Mais cela ne nous empêche pas d'avancer.
On avance, on va de l'avant. Et d'ailleurs, tout cela a été dit dans les discours qui viennent d'être faits. Mais la première chose à comprendre, c'est que c'est la vérité qui fait avancer, la vérité, documenter les faits, expliquer, que chacun prenne conscience de ce qui s'est vraiment passé.
C'est de cette manière-là qu'on peut avancer. Par rapport à la population rwandaise, aux Rwandais en général, je pense que nous avons fait des progrès, mais il reste encore beaucoup de chemin à faire. Et ce chemin, nous le ferons d'autant plus vite et d'autant plus facilement que nous collaborerons avec nos amis, la France notamment.
Aujourd'hui, Monsieur le président de la République française nous a rendu visite, il est venu en partie pour discuter de ces problèmes. Et je pense que ce sont ce genre de vérités qui nous aident à avancer. C'est le message que je voulais passer aux Rwandais.
Merci pour votre question. Je vais être très clair, je pense que ceux qui parlent de double génocide réinventent l'histoire. Il n'y a qu'un génocide, celui que nous évoquons, et que nous avons rappelé ce matin.
Il y a eu une guerre civile, avec plusieurs camps, mais il n'y a qu'un génocide ! Une question de la presse française ? Oui, Madame ?
Bonjour Messieurs les Présidents ! Je suis Françoise Joly, de TV5 Monde. Une question pour vous, Monsieur le Président Emmanuel Macron.
Vous avez dit ce matin, dans votre discours au Mémorial, que vous vous engagiez à ce qu'aucune personne soupçonnée de crime de génocide ne puisse échapper à la justice. Vous venez encore d'en parler à l'instant. Concrètement, comment allez-vous procéder ?
Un traité d'extradition va-t-il être signé ? Et pour évoquer très symboliquement une personne, en ce qui concerne Agathe Habyarimana qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt international de la part du Rwanda, que va-t-il en être de sa situation, puisqu'elle vit depuis très longtemps en France ? Et si vous, Monsieur le président rwandais Paul Kagame, vous voulez faire un commentaire sur cette question, ce sera avec plaisir.
Je ne vais pas parler de cas particulier, parce que, justement, il ne m'appartient pas de faire le travail qui d'abord procède de la justice, mais ce que nous avons décidé de faire, et qui dépende des chefs d'État, ce que je me suis engagé à faire, c'est premièrement de donner tous les moyens pour que la coopération judiciaire s'améliore, et deuxièmement, de construire toutes les solutions administratives qui peuvent faciliter d'une part les poursuites, l'établissement de la vérité, et d'autre part les extraditions avec le contrôle des juges et le rôle des juges, qui à chaque fois est requis. Donc si des modifications qui nécessitent des textes intergouvernementaux sont requises, nous les prendrons. D'ores et déjà, les moyens ont été activés, et la coopération concrète judiciaire aussi.
Une questions de la presse Rwandaise ? Collins ? Bonjour, je m'appelle Collins, pour le New Times.
Vous avez évoqué un nouveau partenariat. De manière concrète, quels sont les points que vous comptez mettre en oeuvre dans les jours à venir entre les deux pays ? Et, à l'intention du président Kagamé, quels sont les rôles et partenariats que vous envisagez du point de vue de la France ?
Je vous demande également de dire quelques mots par rapport à la Ligue de basket-ball Africa dont la compétition est en cours en ce moment. Je pense que la question que vous avez posée a déjà trouvé une réponse, soit à travers les documents qui ont été signés par les ministres français et rwandais. Ce sont là les domaines de coopération que nous envisageons de mettre en œuvre très prochainement.
Mais ce qui importe le plus, c'est l'établissement de cette compréhension et ce désir de collaborer, comme cela a été évoqué tant par le président de la République française que par moi-même. Pour le reste, il n'y a aucune limite quant à cette collaboration. Mais permettez-moi de revenir sur un propos que j'aurais dû évoquer un peu plus tôt.
Je tiens à exprimer mes remerciements au président français pour avoir pu venir avec un lot de vaccins, qui a probablement pris de l'espace dans votre appareil ! Donc encore une fois, un grand merci à vous, et c'est la raison d'être des amis, d'ailleurs ! Merci beaucoup.
En résumé, je me réjouis d'assister au match ce soir avec le président Kagame. Et très brièvement, je ne vais pas répéter ce que j'ai dit dans mon discours, pour moi, ce qui est véritablement au coeur de ce partenariat, ce sont tous les projets bilatéraux que nous allons poursuivre ensemble sur la base de la feuille de route signée aujourd'hui. Et cela fait partie aussi des initiatives régionales que nous allons mener ensemble dans un certain nombre de pays de la région, j'en ai cité quelques uns.
Et au-delà de cela, il y a un certain nombre d'initiatives euro-africaines multilatérales qui sont critiques, et que nous avons lancées ensemble : ACT-A, il y a un an, qui était absolument essentielle pour qu'il y ait des réponses sanitaires et financières à cette crise. Et je souhaitais encore une fois remercier le président Kagame d'avoir bien voulu venir à Paris la semaine dernière, avec un certain nombre de dirigeants africains. Nous avons lancé un New Deal, une nouvelle donne pour le financement des économies africaines.
Et c'est en reformulant, en revisitant les relations bilatérales, y compris avec le FMI et la Banque mondiale, et en ayant les financements à la fois publics et privés pour l'Afrique, que nous avancerons. Car à l'heure actuelle, il y a un manque de quelque 280-290 milliards de dollars d'ici 2025. Et à défaut de notre mobilisation pour nos communautés, pour que nous offrions des opportunités aux Africains, eh bien nous passerons à côté de cette chance, et nous allons simplement contribuer aux prochains désastres.
Tout cela fait partie des initiatives que nous prenons ensemble, cette nouvelle donne pour le financement des projets en Afrique, sur la base et dans le contexte de notre nouveau partenariat. Merci, Excellences, Excellence Paul Kagame. Cela marque donc la fin de cet échange.
Merci à tout le monde.
Emmanuel Macron