Laïcité, budget, impôts… Valérie Pécresse est l’invitée des 4 vérités de ce lundi 14 octobre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez des 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. C'est l'heure, vous le savez, de notre rendez-vous politique. Et Julien, c'est Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France et ancienne ministre du budget, qui est votre invitée. Bonjour Valérie Pécresse. Bonjour. Alors au titre de la présidence de la région Île-de-France, vous avez la main sur les lycées. Il va se passer aujourd'hui un moment fort dans les lycées, dans les collèges. C'est les minutes de silence qui sera observées en mémoire de Dominique Bernard et Samuel Paty, les deux professeurs assassinés par des islamistes.
Alors ce sera au moment où les enseignants le souhaiteront. Aujourd'hui, il n'y aura pas la sonnerie comme ça, avec le même moment pour tout le monde. Ce sera un petit peu différent. La ministre de l'Éducation, hier, vous l'avez sans doute lu, a dit que les atteintes à la laïcité étaient en baisse forte. 838 en septembre 2023 et 110 en septembre 2024. Est-ce que ce chiffre vous étonne ? Est-ce qu'il vous semble crédible ? Est-ce que ce sont aussi les retours que vous avez ?
D'abord, je voulais dire que je serai évidemment avec le Premier ministre Michel Barnier au Collège de Conflans-Saint-Honorin, qui va prendre le nom de Samuel Paty, ce Collège de Conflans-Saint-Honorin, dans lequel, malheureusement, Samuel Paty... Enfin, à la sortie duquel, malheureusement, Samuel Paty a été tué. Et donc, nous serons là et nous associerons évidemment à sa mémoire, celle de Dominique Bernard. Et c'est très important de redire que ces hussards de la République ont été victimes du fanatisme et que, dès le lycée, dès l'école, on doit apprendre à nos enfants ce que c'est aujourd'hui que les valeurs de la République, que la laïcité. Et donc, c'est très important.
Alors, ce chiffre qui a été donné par le ministère, moi, je ne le juge pas très crédible au regard des retours que j'ai de terrain dans ma région Île-de-France. Au contraire, j'ai l'impression que la laïcité est de plus en plus questionnée, de plus en plus critiquée. Et donc, j'avais demandé au gouvernement, en fait, de nous donner les chiffres en temps réel, de mettre fin à l'opacité des données sur ces atteintes à la laïcité. Parce que moi, j'ai toujours peur, vous savez, du pas de vague. J'ai peur de l'autocensure. J'ai peur que les professeurs n'osent plus déclarer, voire même qu'ils s'habituent à des comportements qui sont inacceptables.
On met encore aujourd'hui, selon vous, la poussière sous le tapis là-dessus ?
Je le crains. C'est pour ça que je demande vraiment les chiffres, lycée par lycée. Parce que la dernière fois qu'on nous avait donné les chiffres, paradoxalement, il y avait plus d'atteinte à la laïcité dans les beaux quartiers que dans les quartiers populaires. Et ça, c'est très inquiétant. C'est un mauvais signal. Parce que ça veut dire qu'en réalité, dans les quartiers où il y a effectivement des gros problèmes de cohabitation des Français, eh bien, en fait, on ne remonte pas les informations. Alors nous, on va prendre l'initiative en Ile-de-France pour les lycées cette année, en 2025, puisque c'est non seulement... C'est une année très symbolique.
C'est le 120e anniversaire de la loi de 1905. Et c'est aussi, malheureusement, le 10e anniversaire des attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan. Donc on va mettre en place une opération avec une association qui est très proche de Charlie Hebdo, qui s'appelle Dessiner, Créer Liberté. Et on va aller montrer des dessins de presse, des caricatures qui ont fait l'histoire de France dans les lycées. Et on va aussi faire un concours de dessin, la laïcité et moi, pour que les lycéens puissent faire du dessin, de l'humour, parce que l'humour, c'est français, l'humour, c'est la République. Et j'espère que beaucoup de professeurs accepteront de participer à cette initiative.
Sur un autre sujet, Valérie Pécresse, vous avez été énervée ce week-end. Il y a eu ce coup de colère comme ça sur le réseau X samedi matin. Vous avez poussé un coup de gueule contre les hausses de dépenses de l'Elysée et du Parlement. Vous avez dit que ce n'est pas normal. Eux, ils augmentent leur budget alors que nous, on nous demande de les baisser. Est-ce que vous avez eu des retours depuis de la présidence ou bien de la présidence des deux chambres du Parlement ?
Oui, j'ai eu un petit mouvement d'humeur parce que vous savez que l'État va baisser de 5% les dépenses des régions et de toutes les collectivités locales. 5% de baisse, ça nous tombe comme ça. On va être responsable de faire des économies, nous, alors que c'est l'État qui est en déficit. Alors, quand j'ai vu qu'il y avait 2,5% de hausse pour l'Elysée, 1,8% pour le Parlement, j'ai dit, eux aussi, moins 5, économie pour tous. Et alors, du coup, j'ai vu que le ministre des Finances avait dit, effectivement, la République doit être exemplaire et donc il faudra des amendements au Parlement. Et c'était, écoutez, je pense que c'est un bon signal.
Je pense que personne ne peut dire qu'il ne peut pas se serrer la ceinture aujourd'hui parce qu'on va demander aux Français de se serrer la ceinture.
Et est-ce que c'est vrai de dire que les collectivités territoriales ont fait cramer la caisse pour apprendre cette expression que vous avez utilisée pour la présidentielle ?
Moi, j'ai utilisé cette expression dès 2022. J'ai été lanceur d'alerte. Personne ne pourra me reprocher de ne pas avoir dit la vérité. Le gouvernement a cramé la caisse et il a continué en 2023 et en 2024.
Est-ce que les collectivités territoriales aussi ?
Alors, il y en a qui gèrent, qui gaspillent et il y en a qui ne gaspillent pas. Et la vérité, c'est que ce budget 2025, il est très injuste. Il est très dur et il est très injuste parce qu'en fait, c'est impôt et rabot. Alors, impôt, c'est des recettes nouvelles et rabot, c'est on baisse les dépenses pour tout le monde. Sauf pour l'Elysée, le Parlement, etc. Mais on baisse les dépenses pour tout le monde. Baisser les dépenses pour tout le monde, ça veut dire qu'on ne prend pas en compte ceux qui ont été vertueux, comme la région Île-de-France, qui a baissé de 20% ses dépenses de fonctionnement en 10 ans. Voilà, j'ai supprimé 15 structures.
J'ai le ratio de dépenses de fonctionnement par habitant le plus faible de France. 212 euros par habitant, la moyenne des régions, c'est 312. Donc, on va me demander de faire des économies de 5% comme les autres, alors que je les ai déjà faites. Vous voyez, c'est un peu injuste. Ce n'est pas grave, moi, ma conviction aujourd'hui, c'est qu'il faut un budget à la France. Voilà, et il faut qu'on fasse tous des économies, parce qu'il faut qu'on soit tous responsables des erreurs du gouvernement. Parce que, je le répète, c'est le gouvernement qui a cramé la caisse, ce n'est pas les collectivités locales.
Le gouvernement qui veut faire un effort de 60 milliards, qui avait dit au début, ce sera deux tiers de dépenses en moins et un tiers de recettes en plus, sous-entendu les impôts. Sauf que le Haut Conseil nous dit que c'est le contraire. Le Haut Conseil des finances publiques, il dit que c'est le contraire, c'est plutôt deux tiers d'impôts supplémentaires, de recettes supplémentaires et un tiers de dépenses. Est-ce qu'il y a trop pris sur la marchandise ?
D'abord, soyons clairs, il faut que ce budget soit voté. Parce que s'il y a une motion de censure, ça va être la crise financière. S'il y a la crise financière, ça veut dire que les taux d'intérêt vont monter, que les Français ne pourront plus emprunter, que les entreprises ne pourront plus investir. Donc il faut que ce budget soit adopté. Mais là où je suis d'accord avec vous, c'est que je pense qu'il faut des inflexions au Parlement. Il y a trop d'impôts dans ce budget, pas assez de baisse de dépenses de l'État, on en a parlé. Il y a une mesure que je trouve très injuste, c'est la désindexation des retraites. Parce que nous avons beaucoup de retraités aujourd'hui qui vivent à l'euro près.
Et moi je pense qu'il faudrait sanctuariser les retraites. Et en revanche, je pense qu'il faut remettre sur le métier la réforme de l'assurance chômage, qui permet de remettre plus rapidement les Français sur le marché du travail. Donc on a cette... Et puis il faut des réformes structurelles. Et moi ce qui m'inquiète, c'est quoi des réformes structurelles ? C'est quand on supprime des structures. Voilà. Mais oui, mais non, mais il y a tellement de doublons aujourd'hui. Ce qui coûte de l'argent, c'est les doublons. C'est d'avoir cinq niveaux de collectivité qui, toutes les cinq, vont faire un plan vélo.
L'État fait un plan vélo, la région fait un plan vélo, c'est notre compétence, les transports. Le département fera un plan vélo, la métropole fera un plan vélo, la ville de Paris fera un plan vélo. En Ile-de-France, on a cinq niveaux d'administration. Vous savez, le rapport Wörth a dit que la métropole du Grand Paris devrait être supprimée. Bon, ben supprimons-la. Moi, l'ADEME, toutes ces agences para-étatiques, chaque ministère crée son agence. Mais si on réinternalisait l'agence, on supprime les structures, on supprime les loyers, on supprime tous les frais de structure, un comptable, un contrôleur de gestion, un RH, un chargé de communication.
Voilà, je vous assure, c'est ce que j'ai fait à la région, j'ai supprimé 15 structures. Et aujourd'hui, Julien Arnaud, vous êtes francilien, qu'est-ce que j'ai supprimé ?
Le pass Navigo, enfin, vous avez facilité les choses pour les transports, c'est ça dont vous voulez parler ?
Non, qu'est-ce que j'ai supprimé comme structure administrative en Ile-de-France ?
Je ne sais pas, ce n'est pas un quiz, ce n'est pas question pour un champion.
Mais non, vous ne savez pas, les franciliens ne savent pas, ça veut dire que ces structures n'étaient pas utiles. Ce qui est utile, c'est comment je dépense l'argent, faire des lycées, faire des transports, faire des mesures de pouvoir d'achat, ça c'est utile. Les structures ne sont pas utiles, mais elles coûtent cher.
Ça fait déjà une semaine que la vitesse est limitée sur le boulevard périphérique à 50 km heure, vous êtes opposé à cette mesure, quel premier bilan vous en tirez ?
De toute façon, cette mesure, elle est injuste et inefficace. Elle est inefficace parce qu'elle ne baisse pas la pollution et elle baissera un tout petit peu le bruit. Et elle est injuste parce qu'elle va peser sur les travailleurs de la nuit et du petit matin qui n'ont pas d'autre option que de prendre leur voiture.
Ça commence déjà, vous avez eu des retours parce que c'est en place.
Là, on voit bien qu'évidemment, les gens deviennent fous parce qu'ils ne peuvent pas accélérer sur le périphérique la nuit. Donc ils ont le sentiment qu'on les brime. Et là encore, je le dis, c'est inefficace écologiquement. Ce qui est efficace, c'est les enrobés phoniques. C'est de mettre des enrobés sur les voies qui diminuent de 7 décibels le bruit alors que la réduction de la vitesse, c'est 2 décibels. Mais simplement pour faire des enrobés phoniques, il faut de l'argent, M. Arnault. Et nous, la région, nous avons proposé à la Ville de Paris de payer la moitié des 30 millions qu'il faudrait. La Ville de Paris n'entretient pas le périphérique.
Qu'elle nous donne la compétence, on le fera à sa place.
Un budget dur et injuste, même s'il faut bien qu'il y ait un budget pour la France le 10 ce matin. Valérie Pécresse, il faut le voter. On a entendu votre message. Merci beaucoup. Merci à vous deux et merci également à Ludovic Legris pour la traduction en langue des signes. C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. Sous-titrage Société Radio-Canada
Valérie Pécresse