Situation internationale : l'allocution d'Emmanuel Macron + analyses avec nos experts|LCI
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Françaises, Français, mes chers compatriotes, je m'adresse à vous ce soir en raison de la situation internationale et de ses conséquences pour notre pays et pour l'Europe, et cela après plusieurs semaines d'action diplomatique. Vous êtes en effet, je le sais, légitimement inquiet devant les événements historiques en cours qui bouleversent l'ordre mondial. La guerre en Ukraine, qui a entraîné près d'un million de morts et de blessés, continue avec la même intensité. Les États-Unis d'Amérique, notre allié, ont changé leur position sur cette guerre, soutiennent moins l'Ukraine et laissent planer le doute sur la suite.
Dans le même temps, les mêmes États-Unis d'Amérique entendent imposer des tarifs douaniers aux produits venant d'Europe. Enfin, le monde continue d'être sans cesse plus brutal et la menace terroriste ne faiblit pas. Au total, notre prospérité et notre sécurité sont devenues plus incertaines, et il faut bien le dire, nous rentrons dans une nouvelle ère. La guerre en Ukraine dure maintenant depuis plus de trois ans. Nous avons, dès le premier jour, décidé de soutenir l'Ukraine et de sanctionner la Russie. Et nous avons bien fait. Car c'est non seulement le peuple ukrainien qui lutte avec courage pour sa liberté, mais c'est aussi notre sécurité qui est menacée.
En effet, si un pays peut envahir impunément son voisin en Europe, alors personne ne peut plus être sûr de rien. Et c'est la loi du plus fort qui s'applique. Et la paix ne peut plus être garantie sur notre continent même. L'histoire nous l'a enseignée. Au-delà de l'Ukraine, la menace russe est là et touche les pays d'Europe. Nous touche. La Russie a déjà fait du conflit ukrainien un conflit mondial. Elle a mobilisé sur notre continent des soldats nord-coréens, des équipements iraniens, tout en aidant ces pays à s'armer davantage. La Russie du président Poutine viole nos frontières pour assassiner des opposants, manipule les élections en Roumanie, en Moldavie.
Elle organise des attaques numériques contre nos hôpitaux pour en bloquer le fonctionnement. La Russie tente de manipuler nos opinions avec des mensonges diffusés sur les réseaux sociaux. Et au fond, elle teste nos limites. Elle le fait dans les airs, en mer, dans l'espace et derrière nos écrans. Cette agressivité ne semble pas connaître de frontières. Et la Russie, dans le même temps, continue de se réarmer, dépensant plus de 40% de son budget à cette fin. D'ici 2030, elle prévoit d'encore accroître son armée, d'avoir 300 000 soldats supplémentaires, 3 000 chars, 300 avions de chasse de plus. Qui peut donc croire, dans ce contexte, que la Russie d'aujourd'hui s'arrêtera à l'Ukraine ?
La Russie est devenue, au moment où je vous parle et pour les années à venir, une menace pour la France et pour l'Europe. Je le regrette très profondément. Et je suis convaincu qu'à long terme, la paix se fera sur notre continent avec une Russie redevenue apaisée et pacifique. Mais la situation que je vous décris est celle-là et nous devons faire avec. Alors face à ce monde de danger, rester spectateur serait une folie. Il s'agit sans plus tarder de prendre des décisions pour l'Ukraine, pour la sécurité des Français, pour la sécurité des Européens. Pour l'Ukraine d'abord. Toutes les initiatives qui aident à la paix vont dans le bon sens et je veux ce soir les saluer.
Nous devons continuer d'aider les Ukrainiens à résister, jusqu'à ce qu'ils puissent négocier avec la Russie une paix solide pour eux-mêmes et pour nous tous. C'est pour cela que le chemin qui mène à la paix ne peut pas passer par l'abandon de l'Ukraine. Bien au contraire. La paix ne peut pas être conclue à n'importe quel prix et sous le dictat russe. La paix ne peut pas être la capitulation de l'Ukraine. Elle ne peut pas être son effondrement. Elle ne peut pas davantage se traduire par un cessez-le-feu qui serait trop fragile. Et pourquoi ? Parce que là aussi nous avons l'expérience du passé.
Nous ne pouvons pas oublier que la Russie a commencé d'envahir l'Ukraine dès 2014 et que nous avons alors négocié un cessez-le-feu à Minsk. Et la même Russie n'a pas respecté ce cessez-le-feu. Et nous n'avons pas été capables de maintenir les équilibres faute de garanties solides. Aujourd'hui on ne peut plus croire la Russie sur parole. L'Ukraine a droit à la paix et la sécurité pour elle-même. Et c'est notre intérêt et c'est l'intérêt de la sécurité du continent européen. C'est en ce sens que nous travaillons avec nos amis britanniques, allemands et plusieurs autres pays européens.
C'est pourquoi vous m'avez vu ces dernières semaines rassembler plusieurs d'entre eux à Paris, aller les retrouver il y a quelques jours à Londres pour consolider les engagements qui sont nécessaires à l'Ukraine. Une fois la paix signée, pour que l'Ukraine ne soit pas à nouveau envahie par la Russie, il nous faut le préparer. Cela passera à coup sûr par un soutien à l'armée ukrainienne dans la durée. Cela passera aussi peut-être par le déploiement de forces européennes. Celle-ci n'irait pas se battre aujourd'hui. Elle n'irait pas se battre sur la ligne de front. Mais elle serait là au contraire une fois la paix signée pour en garantir le plein respect.
Dès la semaine prochaine, nous réunirons à Paris les chefs d'état-major des pays qui souhaitent prendre leurs responsabilités à cet égard. C'est ainsi un plan pour une paix solide, durable, vérifiable, que nous avons préparée avec les Ukrainiens et plusieurs autres partenaires européens et que j'ai été défendre aux Etats-Unis il y a 15 jours et à travers l'Europe. Et je veux croire que les Etats-Unis resteront à nos côtés. Mais il nous faut être prêts si tel n'était pas le cas.
Que la paix en Ukraine soit acquise rapidement ou non, les Etats européens doivent, compte tenu de la menace russe que je viens de vous décrire, être capables de mieux se défendre et de dissuader toute nouvelle agression. Oui, quoi qu'il advienne, il nous faut nous équiper davantage, hausser notre position de défense et cela pour la paix même, pour dissuader. A ce titre, nous restons attachés à l'OTAN et à notre partenariat avec les Etats-Unis d'Amérique. Mais il nous faut faire plus, renforcer notre indépendance en matière de défense et de sécurité. L'avenir de l'Europe n'a pas à être tranché à Washington ou à Moscou. Et oui, la menace revient à l'Est.
Et l'innocence en quelque sorte des 30 dernières années depuis la chute du mur de Berlin est désormais révolue. A Bruxelles demain, lors du Conseil extraordinaire qui réunira les 27 chefs d'Etat et de gouvernement avec la Commission et le Président du Conseil, nous franchirons des pas décisifs. Plusieurs décisions seront prises que la France proposait depuis plusieurs années. Les Etats membres pourront accroître leurs dépenses militaires sans que cela soit pris en compte dans leurs déficits. Des financements communs massifs seront décidés pour acheter et produire sur le sol européen des munitions, des chars, des armes, des équipements parmi les plus innovants.
J'ai demandé au gouvernement d'être mobilisé pour que d'une part cela renforce nos armées le plus rapidement possible et d'autre part que cela accélère la réindustrialisation dans toutes nos régions. Et je réunirai avec les ministres compétents les industriels du secteur dans les prochains jours. L'Europe de la défense, que nous défendons depuis 8 ans, devient donc une réalité. Cela veut dire des pays européens davantage prêts à se défendre et à se protéger, qui produisent ensemble les équipements dont ils ont besoin sur leur sol, qui sont prêts à davantage coopérer, à réduire leur dépendance à l'égard du reste du monde. Et c'est une bonne chose.
L'Allemagne, la Pologne, le Danemark, les États baltes et nombre de nos partenaires ont annoncé des efforts inédits en matière de dépenses militaires. Alors, dans ce temps de l'action qui s'ouvre enfin, la France a un statut particulier. Nous avons l'armée la plus efficace d'Europe. Et grâce au choix fait par nos aînés après la Deuxième Guerre mondiale, nous sommes dotés de capacités de dissuasion nucléaire. Ceci nous protège beaucoup plus que nombre de nos voisins. Et de plus, nous n'avons pas attendu l'invasion de l'Ukraine pour faire le constat d'un monde inquiétant.
Et à travers les deux lois de programmation militaire que j'ai décidées et que les parlements successifs ont voté, nous aurons doublé le budget de nos armées en presque dix ans. Mais compte tenu de l'évolution des menaces, de cette accélération que je viens de décrire, nous aurons à faire de nouveaux choix budgétaires et des investissements supplémentaires qui sont désormais devenus indispensables. J'ai demandé au gouvernement d'y travailler le plus vite possible. Ce seront de nouveaux investissements qui exigent de mobiliser des financements privés, mais aussi des financements publics, sans que les impôts ne soient augmentés. Pour cela, il faudra des réformes, des choix, du courage.
Notre dissuasion nucléaire nous protège. Elle est complète, souveraine, française, de bout en bout. Elle a, depuis 1964, de manière explicite, toujours joué un rôle dans la préservation de la paix et de la sécurité en Europe. Mais répondant à l'appel historique du futur chancelier allemand, j'ai décidé d'ouvrir le débat stratégique sur la protection par notre dissuasion de nos alliés du continent européen. Quoi qu'il arrive, la décision a toujours été et restera entre les mains du président de la République, chef des armées. Maîtriser notre destin, devenir plus indépendant, nous devons y œuvrer au plan militaire, mais aussi au plan économique.
Oui, l'indépendance économique, technologique, industrielle et financière sont des nécessités. Nous devons aussi nous préparer à ce que les États-Unis décident de tarifs douaniers sur les marchandises européennes, comme ils viennent de le confirmer à l'encontre du Canada et du Mexique. Cette décision incompréhensible, tant pour l'économie américaine que pour la nôtre, aura des conséquences sur certaines de nos filières. Elle accroît la difficulté du moment, mais elle ne restera pas sans réponse de notre part.
Alors, tout en préparant la riposte avec nos collègues européens, nous continuerons, comme je l'ai fait, voilà 15 jours, à tout tenter pour convaincre que cette décision nous ferait du mal à tous. Et j'espère, oui, convaincre et en dissuader le président des États-Unis d'Amérique. Au total, le moment exige des décisions sans précédent, depuis bien des décennies. Sur notre agriculture, notre recherche, notre industrie, sur toutes nos politiques publiques, nous ne pouvons pas avoir les mêmes débats que Naguère.
C'est pourquoi j'ai demandé au Premier ministre et à son gouvernement, et j'invite toutes les forces politiques, économiques et syndicales du pays, à leur côté, à faire des propositions à l'aune de ce nouveau contexte. Les solutions de demain ne pourront être les habitudes d'hier. Mes chers compatriotes, face à ces défis et ces changements irréversibles, il ne faut céder à aucun excès, ni l'excès des vattes en guerre, ni l'excès des défaitistes. La France ne suivra qu'un cap, celui de la volonté pour la paix et la liberté, fidèle en cela à son histoire et à ses principes.
Oui, c'est ce en quoi nous croyons, pour notre sécurité, et c'est ce en quoi nous croyons aussi, pour défendre la démocratie, une certaine idée de la vérité, une certaine idée d'une recherche libre, du respect dans nos sociétés, une certaine idée de la liberté d'expression qui n'est pas le retour des discours de haine, au fond, une certaine idée de l'humanisme. C'est cela ce que nous portons et qui se joue. Notre Europe possède la force économique, la puissance et les talents, pour être à la hauteur de cette époque. Et que nous nous comparions aux Etats-Unis d'Amérique et a fortiori à la Russie, nous en avons les moyens.
Nous devons donc agir en étant unis en Européens et déterminés à nous protéger. C'est pourquoi la patrie a besoin de vous, de votre engagement. Les décisions politiques, les équipements militaires, les budgets sont une chose, mais ils ne remplaceront jamais la force d'âme d'une nation. Notre génération ne touchera plus les dividendes de la paix. Il ne tient qu'à nous. Que nos enfants récoltent demain les dividendes de nos engagements. Alors nous ferons face. Ensemble. Vive la République. Vive la France.
Voilà cette déclaration, cette allocution du président de la République dans le ton de gravité des heures que traversent et l'Europe et la France. La menace de retour à l'Est, une nouvelle ère sans précédent depuis 80 ans, dit le président de la République. Réaction, commentaire sur ce plateau, les réactions politiques aussi dans quelques instants. Émission spéciale sur LCI avec Alain Poédi, Routel-Krieff, François Langlais, David Ducan. Commençons par vous, peut-être, s'il vous plaît, colonel Goya. Quand on entend dire la menace russe à l'importance que lui donne le président de la République bientôt, 2030, 300 000 soldats, 300 chars, 3000 chars, 300 avions, il fait le portrait d'un ennemi.
D'un adversaire, en tout cas. D'un ennemi potentiel. C'est bien ça. Et ce qui est important, oui, c'est un adversaire, il est qualifié, il est décrit, mais surtout, ce qui est important de dire, c'est qu'il restera, même après la paix en Ukraine, la Russie restera une menace pour le reste du continent.
La phrase clé, la Russie est une menace pour la France. On voit, c'est évidemment les mots qui ont été pesés ce soir. où est le Kiev ?
Non, mais c'est sûr qu'il a bien expliqué, et c'est intéressant parce que c'est un contraste avec le discours américain de Donald Trump. C'est de répéter, de rappeler que la Russie, aujourd'hui, est une très forte menace pour nous tous. c'est un contraste fort sur lequel il veut insister parce que ce qu'il explique ensuite, évidemment, c'est qu'on va faire des efforts dans tous les domaines, et j'ai noté, on y reviendra, mais l'appel de la patrie à tous, à l'engagement, en quelque sorte, l'appel à des nouveaux financements, la fin des habitudes, c'est une situation très grave.
Et donc, pour justifier ces différentes choses qu'on détaillera, évidemment, il fallait qu'il explique que la menace russe sur le reste de l'Europe était réelle, concrète et précise.
Il y a une préparation des esprits, évidemment, le ton de guerre, et pas qu'on est en guerre, mais enfin, il y a une préparation des esprits sur une menace militaire de très grande ampleur. On ouvrira le débat, d'ailleurs, on verra qu'une partie de la classe politique considère que c'est exagéré, que c'est faussé, mais le président de la République dit, lui, que cette menace est très concrète et qu'elle s'approche. La Russie est devenue une menace pour la France. J'ai bien noté la phrase.
Non, mais, je pense que ce n'est pas du tout anodin qu'Emmanuel Macron ait choisi ce soir, avec le mode d'expression le plus solennel possible qui est à sa disposition, celui de l'allocution à 20h, de dire, la Russie est devenue une menace pour la France. Pourquoi ? Parce que, vous le disiez, Darius, il s'agit pour Emmanuel Macron de préparer les esprits. De préparer les esprits, et c'est là où, je pense que nous en parlerons les uns et les autres, il y a peut-être un point d'interrogation à poser. Est-ce qu'il aura les moyens de cela ? Mais il dit, nous allons avoir des choix importants, difficiles à faire, des arbitrages.
Nous allons devoir augmenter massivement nos investissements de défense, mais sans augmenter les impôts. Ça, c'est très important. Emmanuel Macron dit bien, sans augmenter les impôts. Donc, il faudra faire des réformes. Courageuses, dit-il, au moment où la France est paralysée par une situation politique atroce qui est issue de la dissolution. Financement massif, dit-il. Financement massif. Il y a des tabous qui vont sauter. Il parle en particulier, on y reviendra beaucoup, de la dissuasion nucléaire, pas de partage de la souveraineté nucléaire. Là-dessus, il ferme une porte qui a été parfois ouverte imprudemment.
En revanche, il dit, un débat existera, stratégique, sur la protection de nos alliés du continent. Donc, est-ce que des avions allemands, par exemple, des Allemands français, porteront la bombe en Allemagne ? On verra ces débats dans quelques instants. Ils sont extrêmement importants. François Langlais. Le contraste, on entendra plus tard une archive incroyable, des archives sur LCI. Jeanne Yacovlev qui a deux ans disait « L'armée russe fait pitié, cette armée est nulle ». Et deux ans plus tard, on nous dit que c'est une menace décisive pour l'Ouest de l'Europe.
Je crois qu'on s'est beaucoup trompé sur l'état de la Russie, à la fois militaire et économique. Économique particulièrement, j'ai vu ça de près. Et on imaginait que la Russie allait s'effondrer très rapidement, etc. En réalité, les chiffres ont été publiés tout récemment. On est à 4% de croissance pour la deuxième année consécutive parce que l'appareil militaire, enfin de production militaire, le complexe militaro-industriel de l'Oural tourne à plein régime.
Et que, contrairement à ce qu'on imaginait quand on a mis en place les sanctions, il y a eu une mondialisation parallèle qui s'est installée avec la Chine, l'Inde, qui a permis à Moscou d'obtenir de l'argent en contrepartie de ces hydrocarbures. Et il n'y a pas de raison que ça change pour l'avenir qu'on peut entrevoir.
Le souffle historique de ce que nous vivons ce soir, à la Poédie, vous êtes parmi nous la seule à être née de l'autre côté du rideau de fer à l'époque. Et la référence à la guerre froide est très importante dans le discours de ce soir. Il dit qu'on revient en quelque sorte à 89 ou à 91. Il y a eu une porte parenthèse enchantée qui se referme ce soir.
Les Ukrainiens l'ont remarqué déjà depuis trois ans intensement et depuis 2014, nous vivons déjà dans ce problème de la paix qui n'existe quasiment plus, de la guerre qui est de retour sur notre terre.
Et c'est vrai que c'est le moment, je pense, que les Français s'en aperçoivent et qu'ils comprennent que la menace est bien présente et la menace est beaucoup plus proche, beaucoup plus forte qu'ils ne l'imaginent parce que je sais qu'il y a beaucoup qui refusent de l'accepter, qui préfèrent encore rester dans ce bain chaud, très confortable, plein de mousse, comme ça, seulement de la vie heureuse, des vacances, des investissements peut-être paisibles, mais ce n'est plus le cas, malheureusement, on ne demande pas les avis des uns et des autres, la menace vienne toute seule pour faire du mal et pour éventuellement détruire cette paix qui est encore présente en Europe.
On va chapitrer vraiment dans le détail tout ce qu'on vient de dire et notamment le premier constat fait par le président de la République, il dit la Russie ne s'arrêtera pas à l'Ukraine. Cette fois-ci, il y a une forme de prédiction, ce n'est pas seulement une hypothèse, il avait déjà dit la Roumanie ou la Moldavie sont menacées, il va plus loin ce soir, il dit elle ne s'arrêtera pas.
Oui, cette agressivité ne semble pas connue.
Même si la paix après la paix en Ukraine, la Russie restera un pays militarisé, restera une armée puissante et de plus en plus puissante, sera en plus une armée expérimentée et la Russie dispose de trois instruments à sa disposition. Elle dispose de capacités d'actions clandestines, d'actions sous le seuil de la guerre, le président de la République en a parlé évidemment, ce qu'on appelle impromprement la guerre hybride, mais ça, ça existe toujours, la capacité d'influencer, de manipuler, de saboter, etc. Enfin, tout ce qui peut influer la politique des États sans la guerre.
Mais elle dispose aussi d'un outil militaire puissant qui peut notamment, alors il ne faut pas imaginer une invasion de toute l'Europe, il ne faut pas imaginer des chars russes déboulant à Paris, la semaine prochaine. Non. En revanche, des chars russes déboulant sur la périphérie de la Russie, déboulant sur les Pays-Baltes et éventuellement la Pologne, ça, oui, c'est possible. Et dernier élément, il ne faut pas oublier, en fond de tableau, il y a toujours le nucléaire, c'est-à-dire que tout ça est appuyé par une menace nucléaire. Et donc, il faut faire face à ces trois éléments en même temps.
L'omniprésence du sujet américain, vous l'ameniez route, nous sommes seuls. Ce soir, ce qui marque évidemment, c'est qu'il commence par là, en disant bien à quel point le changement de pied des Américains et la nouvelle donne, les États-Unis d'Amérique, notre alliés, ont changé leur position. Et beaucoup de choses en découlent. Il prend soin, malgré tout, de dire qu'il ne renonce pas à essayer de convaincre Donald Trump. C'est la position d'Emmanuel Macron, on la connaît vis-à-vis du président américain, c'est de dire, bon, il faudra lui répondre.
Donc là, il y a une volonté d'affichage, de fermeté, en disant par exemple, sur les tarifs douaniers, nous saurons trouver la réponse, mais je ne renonce pas à essayer de lui faire comprendre qu'il dit une décision incompréhensible d'augmenter les droits de douane. Donc, il y a cet espoir-là. Je vois d'ailleurs qu'à l'instant, Donald Trump, annonce qu'il suspend finalement l'augmentation des droits de douane sur les automobiles mexicaines pour un mois. Donc, peut-être, mais il y a ce côté, on n'est plus protégé. On est dans la situation du personnage qui avait derrière lui quelqu'un de très musclé qui le défendait. Et d'un coup, on se dit, tiens, il n'y a plus personne derrière nous.
C'est l'élément nouveau du discours. C'est l'élément nouveau du discours.
La menace russe, c'était déjà évoqué depuis longtemps. Le discours qu'il avait fait au moment du début de la guerre de l'invasion russe ressemblait un peu à la description qui faisait de la menace. Oui, la vraie nouveauté, c'est le défaut américain. Et le défaut américain. toute l'intervention peut être lue comme une adresse à Trump aussi. Dans le début, avec le contrefactuel sur la guerre d'Ukraine, en expliquant que, bien évidemment, c'est la Russie qui est un adversaire. Ensuite, en expliquant justement qu'il faut qu'on s'organise. Et la fin aussi. Il parle de la vérité. Il dit, nous, on croit à une vraie vérité.
C'était évidemment une référence à la façon dont Trump s'arrange avec la réalité. Le changement, en fait, aujourd'hui est saisissant. C'est surtout que ce grand costaud musclé, c'est la France qui peut-être va devenir. Ce grand qui va protéger toute l'Europe avec la dissuasion nucléaire également.
Pour l'instant, je rappelle la proportion. 900 milliards des budgets chez l'un, chez l'autre, on est à 50-60 milliards.
La rue, ce n'est pas les budgets qui comptent. C'est le savoir-faire de les utiliser. Regardez, les Ukrainiens n'en ont pas autant. Mais ils ont trouvé les solutions quand même assez extraordinaires avec les drones.
Ça s'accroche un peu plus à l'argent. Non,
mais l'argent, ça aide.
La taille, ça compte.
D'accord.
Effectivement. Non, mais bien sûr.
Il dit, je veux croire que les États-Unis resteront à nos côtés, mais il faut être prêt si tel n'était pas le cas. Et donc, d'une phrase, finalement, il répond aussi au choc de la fameuse scène du vendredi soir dans le bureau Oval. Parce que je pense que les Français ont tous été secoués à proprement parler par cette brutalité. Et donc, il l'a intégré et il y répond en disant, voilà, ils sont en train de partir. Ils sont en train de nous lâcher. Ils nous ont lâché. Nous, c'est pas nous. C'est eux. Mais en fait, il faut se préparer. Et donc, il essaye de donner aussi parce que l'ensemble de cette allocution est censée aussi s'adresser. Vous avez tout à fait raison.
C'est une réponse à Trump d'un bout à l'autre. Je suis tout à fait d'accord. Mais aussi aux Français pour leur dire, voilà notre modèle. Et voilà ce qu'on va faire maintenant parce que vous avez compris, il y avait les Russes, maintenant, il y a aussi les Américains et nous, Européens. C'est pas tout à fait construit. On est en train de le faire. C'est pas facile. Mais on va y arriver.
Il y a deux ou trois annonces, notamment la réunion à Paris des chefs d'État-major la semaine prochaine pour organiser ce déploiement de forces de paix entre guillemets européennes une fois que les accords seraient signés et puis les financements privés au public pour les armements sachant qu'on nous explique qu'il a dit que ce ne serait pas des impôts mais ce n'est pas la prérogative du président.
Si on reste à l'instant à la puissance américaine qui ne nous protège plus, il y a là comme, disons les choses, si on est positif, un branle-bat-trombat, si on est négatif, une panique des Européens parce qu'en six jours, Ruth le rappelle, six petits jours, il a suffi de 40 minutes brutales dans le bureau ovale pour que toute l'Europe se dise, mon Dieu, nous ne sommes plus protégés.
C'est vrai, Darius, mais il y a eu un sommet de l'OTAN à Washington en 1999 où déjà, la nécessité de dépenser davantage pour les Européens était pointée par les Américains. Et on n'y croyait pas. Il y a eu des phrases très fortes d'Obama lui-même qui n'était quand même pas le plus méchant et qui disait les amis, organisez-vous.
Il l'était peut-être d'une autre façon.
Peut-être il l'était-il mais ce que je veux dire c'est que ce n'était pas le même style que Trump et finalement, nous n'avons pas entendu pourquoi. Et il y a une phrase très intéressante du président sur les dividendes de la paix. Nous ne toucherons plus les dividendes de la paix. Concrètement, c'était quoi les dividendes de la paix ? C'est le fait que nous avons utilisé justement la baisse des budgets militaires pour étendre l'État-providence pour travailler moins les 35 heures. C'est un dividende de la paix.
Attendez, attendez. Vous parlez comme un conservateur américain. Vous parlez comme Trump, comme Bush, comme Obama aussi. Il disait aux Européens Messieurs, Mesdames les Européens vous vous êtes bien gobergés. Vous avez fait beaucoup de social au lieu de payer pour les armées pendant que nous faisions cet étoile. Ça n'est pas tout à fait faux. C'est ce qu'ils disent. Ça n'est pas tout à fait faux, bien sûr. C'est le réel sur lequel on se cogne. Parce que, pourquoi Emmanuel Macron fait cette allocution ? Alors oui, peut-être pour envoyer malgré tout un message à Donald Trump, mais je pense personnellement qu'il a perçu la nécessité absolue de faire bouger l'opinion publique française.
Parce que, au fond, vous disiez sur ces six derniers jours toute l'Europe s'est rendue compte. Mais vous savez très bien qu'il y a une distorsion entre ce que les microcosmes politico-médiatiques observent et ce que la masse de nos concitoyens peut absorber. quand il décide de faire une allocution solennelle à 20h, c'est pour toucher tout le monde. Nous verrons demain les audiences, mais ça va être important. C'est pour toucher tout le monde. Pourquoi est-ce qu'il a besoin de toucher tout le monde ?
Parce que, si vous voulez augmenter massivement nos budgets militaires sans augmenter les impôts, j'attire juste l'attention de chacun sur le fait qu'une conférence sociale a commencé, non pas pour augmenter l'âge de départ à la retraite, mais pour le réduire. Donc en fait, il a besoin Emmanuel Macron que le débat public change complètement. Il faut que le pôle nord devienne le pôle sud. Et on va entendre dans un instant les réactions de droite et de gauche et évidemment, une partie de la gauche va hurler en disant chaque fois qu'on demande une sociale, on va nous dire « Ah, désolé, il faut payer pour l'armée ».
Je peux déjà vous dire parce que je voyais un responsable haut placé de LFI ce midi. Donc, ils vont vous dire qu'Emmanuel Macron veut dramatiser. Ils vont dire également qu'Emmanuel Macron veut jouer à nouveau l'effet drapeau. La patrie a besoin de vous. Oui. Non mais, moi je ne dis pas qu'il dramatise, je pense que la situation est dramatique. Donc, voilà. Et qu'en fait, il a ressenti le besoin de le dire. Parce que si vous voulez, dans l'allocution, il y a plein de choses qu'on n'a pas découvertes. Alors, qu'est-ce qui est dramatique exactement ? Il faut lire le président parce que quel est le degré de la menace ? Le président de la République dit pour l'instant la menace actuelle.
Elle dit « La Russie organise des attaques numériques contre nos hôpitaux en France pour voler nos données médicales. Elle tente de manipuler nos opinions avec des mensonges diffusés sur les réseaux sociaux. Elle teste nos frontières. » Oui, elle teste nos limites dans les airs, en mer et dans l'espace et derrière les écrans. Cette agressivité ne semble pas connaître de frontières. Que répondez-vous à ceux – on les entend beaucoup aujourd'hui – qui disent « Tout ça, ce n'est pas agréable. Enfin, ce n'est quand même pas encore une guerre. On ne peut pas dire que la patrie est en danger parce qu'il y a des rumeurs beaucoup de discours. »
Oui, mais le problème, c'est plutôt une chance, mais la France est une île stratégique en réalité maintenant. On n'a plus depuis la fin des années 80 de menaces à proximité, de menaces majeures comme, encore une fois, jusqu'à 1989 où vous aviez des forces soviétiques qui étaient à une étape du Tour de France pour reprendre l'expression. Ça, c'est fini. La menace est éloignée. Le rideau de fer s'est éloigné en réalité. En revanche, comme je disais tout à l'heure, on peut toujours effectivement être attaqué pendant la guerre froide on appelle ça de la subversion de manière clandestine.
Mais surtout, et c'est ça la vraie menace, ce sont en fait nos alliés qui peuvent être attaqués militairement. C'est la vraie question et le vrai dilemme que l'on a pour nos Français. C'est-à-dire que nous, on n'est pas, nous Français, on n'est pas menacés par une invasion russe sur le sol français, incontestablement. En revanche, des alliés européens, oui, ça c'est possible. Et donc la vraie question, c'est qu'est-ce qu'on fait ? Mais répondez à la question.
Est-ce que oui ou non, la menace est moins grande ou plus grande que pendant la guerre froide ? La menace classique de chars qui arrivent à Berlin, qui arrivent à Paris. Elle est différente.
C'est différent, évidemment. Mais c'est quand même quelque chose qui peut déstabiliser l'organisation d'un État et la vie quotidienne des Français. Donc c'est pas rien. Ça existe. Et en fait, on a vu un certain nombre de services de renseignement qui étaient totalement focalisés à juste titre sur la menace terroriste islamiste, tout d'un coup aussi basculer depuis la guerre d'Ukraine pour réenvisager toutes les menaces russes et ces types différents, ces visages différents. Et c'est cela, les nouvelles menaces. Elles sont beaucoup plus souterraines mais aussi nocives que celles qui étaient avant ou pendant la guerre froide.
Ce débat va s'allumer. On va entendre un peu plus tard dans la soirée divers points de vue. On entend par exemple Renaud Girard sur notre plateau qui disait le terrorisme islamiste a coûté 300 morts je crois depuis 2012 en France. Là aussi, pour l'instant, Dieu merci. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
Souvent, on confond parce qu'on imagine la Russie, on imagine que c'est les gens, les habitants de Moscou, les blancs européens mais n'oubliez pas que la Russie, au sein de la Russie, il y a une sorte de califat, c'est la Tchétchénie, de Kadirov et il y a beaucoup de choses qui se passent en Tchétchénie parce que justement l'instrumentalisation des islamistes radicaux se passe également par les Russes. N'oublions pas que les Russes reçoivent les afghanes régulièrement chez eux.
Ils reçoivent, ils traficotent avec aussi Hamas, avec d'autres organisations terroristes et bien évidemment les gens, les émigrés qui sont aujourd'hui arrivés clandestins ou pas, je ne sais pas, sur le territoire français, ils peuvent aussi être instrumentalisés. Les gens ne vont pas imaginer que c'est directement mais c'est directement par Moscou. Donc la menace, elle est beaucoup plus présente aujourd'hui sur le territoire français qu'on est dans le monde. La menace, elle est double. L'esprit humain est ainsi fait qu'il a beaucoup de mal à se concentrer sur deux menaces en même temps. En réalité, on peut avoir deux ennemis en même temps.
C'est-à-dire, oui, ils bien sûr voire plus ces affinités. Donc oui, on est toujours en guerre contre les organisations djihadistes, il y a toujours une menace terroriste et en même temps, il y a une menace russe à laquelle il faut obligatoirement faire face, ne serait-ce que pour la dissuader. D'ailleurs,
le président a cité la menace terroriste islamiste au début de son intervention dans sa présentation générale. Pour dire les choses brutalement, est-ce qu'on est revenu à la guerre froide ? Souvenez-vous quand Tatchez, quand Mitterrand disaient peut-être que le danger n'est pas immédiat mais de toute façon, il faut faire comme si, il faut s'armer, il faut avoir les missiles, il faut surarmer comme si demain, les soviétiques étaient attaqués. Elle n'est pas froide cette guerre. Elle est chaude, évidemment. Elle est très chaude.
Et si vous voulez, au-delà de ça, si même, on a du mal à imaginer certains que les russes entrent loin dans le territoire européen, pour autant, l'enjeu, c'est de ne pas avoir une superpuissance voyou à nos portes qui justement peut déstabiliser, multiplier les incursions, etc., quand bien même il n'y a pas une invasion de la France, il y a un danger substantiel. Et c'est là où on retombe sur ce que vous disiez, c'est-à-dire la fameuse phrase de Mitterrand en 83, les pershings, il est faux à l'ouest. Les pacifistes sont à l'ouest, les missiles sont à l'est.
L'inconnu, le fameux scénario dont parle toujours le colonne Goya, si demain, les russes attaquent l'Estonie, qu'est-ce qui se passe ? On sent en filigrane de tout ça, l'inconnu. Le membre de l'OTAN,
le membre de l'OTAN, article 5,
normalement.
Je reviens sur l'idée de... En réalité, le changement de perspective, notamment dans les armées, il date de 2014. C'est l'invasion de la Crimée. C'est ça la véritable étape. Là, on a une face qui a une puissance qui est capable d'utiliser l'armée, de faire des coups. Elle a déjà fait en Géorgie, elle le fait maintenant en Crimée. Elle le fera dans le Donbass, elle le fera en Syrie. Et donc, quelle est la cible suivante ? On a regardé le sein de l'OTAN. La première ligne, ce sont les Pays-Baltes. Et donc, depuis cette époque, on a mis en place des bataillons. Vous avez des Français qui sont déjà en Estonie. Il faut quand même le rappeler.
Vous avez 300 soldats français qui sont en Estonie sous commandement d'un bataillon britannique. Et vous avez des bataillons multinationaux qui sont là pour dire, ben voilà, nous, on est là. Nous, on est prêts à défendre, à se battre pour l'Estonie. Alors, c'est pas qu'un bataillon, c'est pas suffisant pour arrêter une division russe, mais on appelle ça un bataillon détonateur. Si vous rentrez en Estonie, vous serez obligés de combattre des soldats français.
Les réactions politiques tout au fil de cette soirée pour celles et ceux qui nous rejoignent, je vous rappelle, émission spéciale après les déclarations du président de la République, la patrie a besoin de vous, dit-il. La menace russe s'est rapprochée. Vous êtes avec nous en première étape de ces réactions. Manuel Bompard pour LFI. Bonsoir. Merci beaucoup d'être là. Bonsoir. Est-ce que vous partagez, est-ce que vous admettez, recevez ce constat du président de la République qui dit la menace russe nous touche ?
Écoutez, il a dit des propos qui sont des propos extrêmement graves, extrêmement préoccupants puisqu'il nous dit et tout le monde sait bien que la Russie ne s'arrêtera pas à l'Ukraine. Bon, je ne sais pas sur la base de quel renseignement et de quelle information il dit ça mais ce sont des propos qui sont des propos graves et moi, j'aurais aimé entendre de la part du président de la République ce soir parce que finalement, je trouve qu'il a très peu parlé de l'Ukraine.
J'aurais aimé entendre quelles sont les initiatives, les intentions de la France pour obtenir le plus rapidement possible un accord de paix qui soit juste et acceptable puisqu'il a dit qu'il faut un accord de paix acceptable mais je ne l'ai pas entendu définir quelles seraient les conditions d'un accord de paix acceptable. Manuel Bompard,
permettez-moi de vous interrompre juste parce qu'on a l'image à vos côtés après vous pourrez continuer mais on a l'image à vos côtés d'Urban, Premier ministre hongrois qui entre à l'Elysée. Ça n'est pas du tout votre boutique politique. Je sais bien que vous êtes de deux camps très différents mais lui dit au fond il y a des vatanguères à l'Ouest et il considère qu'Emmanuel Macron, Starmer, Merz sont des vatanguères qu'ils exagèrent la menace russe. Est-ce que vous partagez ce point de vue ?
Non mais moi je ne vais pas faire référence aux propos de M.
Orban qui lui est prêt je crois si j'ai bien écouté les positions qui étaient les siennes ces derniers jours à signer un accord de paix quelles que soient les conditions et vous avez pu entendre dans le début de ma réponse que ce n'était pas mon point de vue que mon point de vue c'était au contraire que la France devait déterminer qu'elles sont et chercher à construire une paix qui soit une paix acceptable et durable et sur ce point-là c'est ce que je vous disais avant votre interruption je n'ai pas entendu le président de la République nous dire quelles devaient être les conditions d'une paix acceptable et durable et j'ai eu l'impression qu'il commençait à prendre conscience si vous voulez de l'impasse dans laquelle il nous a mis y compris en nous laissant sous une domination américaine à travers l'OTAN mais qu'il n'en tirait pas les conclusions puisqu'il nous a dit mais nous allons rester dans le partenariat qui est celui de l'OTAN aujourd'hui et je pense qu'il faut aller au bout de cette logique et donc construire la capacité pour la France d'être effectivement indépendante d'être effectivement non alignée et je n'ai pas eu l'impression que dans les propos du président de la République à part les quelques grandes formules c'est effectivement le chemin que prenait ces décisions et j'ai surtout eu l'impression que le président de la République a l'intention de nous demander de demander au peuple français en particulier des efforts des remises en cause de notre modèle social de nous demander de travailler plus longtemps et ça évidemment il ne peut pas en être question et il ne peut pas utiliser la peur ou l'inquiétude des Françaises pour nous imposer une politique que nous ne voulons pas
M. Bombard précisément question très factuelle tout ça équivaudra évidemment à une augmentation il parle de financement massif d'augmentation des budgets de la défense est-ce que vous y êtes favorable si demain le président de la République dit voilà au gouvernement on va augmenter de temps le budget de la défense et de manière très substantielle est-ce que vous y êtes favorable
mais le budget de la défense en France il a déjà augmenté d'ailleurs le président de la République dans son intervention l'a dit va doubler en 10 ans donc la question ensuite c'est pour faire quoi s'il s'agit de dire que nous devons être en capacité nous la France est-ce que vous êtes à court avec encore plus ou pas mais pas si ça doit se faire au détriment de notre capacité à avoir une économie qui finance nos besoins fondamentaux le développement de nos services publics la nécessité de faire face à l'urgence climatique et environnementale et certainement pas si à la fin ça doit se traduire par des sacrifices demandés aux Français et aux Français comme l'a dit le président de la République parce que je connais son vocabulaire quand il commence à dire ça doit se faire sans hausse d'impôt il veut dire par là même ça doit se faire sans mise à contribution par exemple des plus riches des plus hautes fortunes de ce pays puisque c'est toujours le vocabulaire qu'a utilisé le président de la République et sa minorité sur le sujet depuis des mois et des mois donc je le redis il ne peut pas être question pour nous que le peuple français vienne payer la facture pour augmenter nos capacités de défense ou pour alimenter une économie de guerre dont nous ne voulons pas nous nous voulons une économie de paix
Merci beaucoup Manuel Bompard de ces réactions on comprend tout de suite la tonalité Merci beaucoup Peu s'opposeront vraiment au budget peu s'opposeront vraiment au propos du président de la République mais en revanche dès qu'on parle de sacrifice là évidemment ça va coincer Oui c'est pour ça qu'Emmanuel Macron comme je vous le disais a choisi le moyen de l'allocution solennelle parce que en fait il a il a la nécessité d'enjamber les partis politiques puisque la réalité c'est que d'ailleurs il leur demande il leur dit faites moi des propos oui bon fin route
non non bien sûr mais c'est intéressant
qu'est-ce que ça va donner
non non mais bien sûr mais sur la forme c'est une façon de chercher une forme de consensus ou une forme d'approbation ou une forme de débat national sur une urgence nationale c'est relativement correct entre guillemets de pouvoir essayer d'associer le maximum d'acteurs pour mais moi ce qui est très important quel est le degré
pardon quel est le degré de l'ampleur si on va vraiment au nerf c'est-à-dire ça représente combien est-ce que quand on la traduction de tout ça pour l'instant la France c'est 2% de son PIB les américains 3,5% l'effort du contribuable américain eux ils y vont ils parlent pas seulement
si on passe à 3,5% c'est combien c'est 45 milliards d'euros en plus chaque année chaque année non pas chaque année bah si de fait c'est-à-dire que vous passez de 2 à 3,5% donc la différence vous l'avez fait ne vous risquez pas sur les chiffres vous êtes très fort dans plein de choses non non non mais le budget de la défense actuellement il est de 50 milliards d'euros voilà donc ça voudrait dire pension comprise il est à peu près 40 milliards au terme de l'augmentation il y a 10 milliards pour payer votre pension oui oui attention il y a quand même une chose c'est que quand le président nous dit ça a doublé c'est pas tout à fait vrai c'est-à-dire que ça a doublé en prix courant en réalité sur la période de 10 ans il y a eu 20 ou 25% d'inflation donc il y a eu une augmentation substantielle
alors mettez-vous d'accord pardon messieurs l'augmentation si on va si on veut ne serait-ce que payer autant que les américains c'est combien
un point de PIB d'Arius c'est 30 milliards d'euros alors si vous passez de 2 à 3,5 vous passez en gros de 60 milliards à quelques 100 milliards quoi à peu près oui oui le colonel Goya se rend voilà non non c'est votre bien
bravo bravo il faut bien comprendre
mais pardon question est-ce que la France peut se le payer ou non elle l'a fait dans le passé je veux dire 1990 on n'était pas forcément dans une situation économique extraordinairement florissante parce que là aussi il n'y a pas forcément d'incompatibilité avec un effort de défense et la croissance économique parfois même c'est l'inverse mais je veux dire en 1990 et on donnait l'exemple russe qui finalement ils s'en sortent ils l'ont fait c'est vrai colonel cela dit il y a une chose qui est une caractéristique de la France c'est que notre situation budgétaire oui oui elle est beaucoup plus que celle de nos voisins allemands alors ça va probablement brider en partie notre marge de pension mais là on va sortir des 3% vous avez vu que l'Europe nous accordera et d'une certaine façon même si nous sommes des mauvais élèves de cette discipline budgétaire on va en bénéficier et ce seront des dépenses qui ne seront pas calculées dans le déficit budgétaire
nous sommes déjà assis non mais bien sûr et le problème je pense qu'il faut pointer ça François je pense qu'on ne sera pas en désaccord avec moi c'est que quand on a eu le Covid si nous avons pu réagir avec autant de force on a quasiment nationalisé l'économie bon pas tout à fait quasiment pas loin pas loin oui alors mais on a pu le faire c'est aussi parce que les comptes avaient été assainis entre 2017 et 2020 par le gouvernement d'Edouard Philippe mais si et aujourd'hui on se retrouve dans une situation bon les montants ne sont peut-être pas exactement comparables enfin il va falloir faire un sacré effort ils sont comparables donc il va falloir faire un sacré effort oh on se retrouve dans cette situation on se retrouve dans cette situation au moment où nous sommes à 6% de déficit et où nous n'avons pas la réalité c'est ça nous n'avons pas le début du commencement d'une piste de baisse de dépense qui nous permettrait de réagir avec plus de force aujourd'hui
sauf que l'urgence du Covid on l'avait tous vécu dans notre chair et cette urgence de l'abandon à la fois de la menace russe mais aussi et je pense que il n'a pas énormément insisté sur l'abandon américain parce qu'il essaye encore de rattraper et il ne veut pas heurter de front Donald Trump et la réalité ça je crois que les français l'ont compris c'est la fin de l'oncle d'Amérique nous sommes orphelins de la protection américaine à terme ou en tout cas tant que Donald Trump est à la tête
écoutez sans doute la déclaration la plus forte ce soir du président de la République qui parle de la menace russe et de cette menace russe qui se rapproche et il va très loin en disant que elle ne s'arrêtera pas à l'Ukraine cette fois il parle au futur tout à fait assumé elle continuera après
cette agressivité ne semble pas connaître de frontières et la Russie dans le même temps continue de se réarmer dépensant plus de 40% de son budget à cette fin d'ici 2030 elle prévoit d'encore accroître son armée d'avoir 300 000 soldats supplémentaires 3000 chars 300 avions de chasse de plus qui peut donc croire dans ce contexte que la Russie d'aujourd'hui s'arrêtera à l'Ukraine
et vous nous avez rejoint Pierre Servant bonsoir bonsoir vous êtes un des meilleurs spécialistes à la fois militaires et géopolitiques consultants de TF1 et de LCI on a ce soir un changement de ton quand le président de la République dit nous sommes dans une nouvelle ère sans précédent depuis 80 ans ça veut dire depuis le débarquement depuis la libération depuis 44-45
oui effectivement c'est une ère nouvelle je crois même que la ministre des affaires étrangères allemande donc Annalena Baerbock a dit qu'on était rentré dans une ère d'infamie cette infamie désigne effectivement la guerre provoquée par Poutine mais aussi d'une certaine façon le lâchage américain donc on vit l'histoire c'est une histoire qui apparaît sous un visage tout à fait tragique et sinistre et donc il faut arriver à faire face à ce nouvel état du monde
il y a ce titre terrible dans le livre de Gérard Rao qui sera d'ailleurs notre invité demain dans les années 30 nous étions seuls est-ce que ce soir l'Europe se retrouve tout à coup seule comme le souligne Ruth El-Krieff seule parce que les Etats-Unis ne sont plus là
l'Europe se retrouve seule mais quand même il y a une unité européenne qui n'a jamais peut-être existé auparavant parce qu'il y a vous êtes sûr
vous avez vu monsieur Orban qui en avait vu madame Mélanie
on le connaît Orban et aussi Fissot qui est le premier ministre non non quand même il ne faut pas oublier que l'Europe a intégré depuis toute la partie de l'Est il y a la Pologne quand même qui est un joueur très fort de l'Europe il y a aussi la Tchéquie il y a aussi un peu la Roumanie qu'on a réussi à sauver quand même demain de la Russie parce qu'ils ont instrumentalisé l'élection présidentielle donc aujourd'hui oui je pense que l'Europe elle a cette puissance elle a cette force il faut l'affirmer il faut aussi ne pas avoir peur et c'est dire bah oui nous sommes forts parce que n'oublions pas que c'est à cause des Etats-Unis qui ont quand même imposé cette dépendance à l'Europe ils ont fait ils ont usé toutes les possibles dépendance bien acceptée consentie très largement consentie oui mais quand même il y avait un effort énorme des Européens pour soumettre l'Europe à cette dépendance économique
est-ce qu'on se retrouve est-ce qu'on se retrouve dans l'imposition pardon
pardon juste pour c'est le retour de la Grande-Bretagne qui est très intéressant c'est la détermination de Friedrich Merz le prochain chancelier allemand ça c'est aussi qui est très important je dirais que les nouveaux éléments c'est cela à mon avis plus qu'à l'Est c'est le bloc le noyau dur qui est très important et la décision par les Allemands de ne plus compter et d'aller vers des dépenses en matière militaire c'est essentiel
les réactions politiques Jérôme Guedj vous nous avez rejoint entrer dans la discussion s'il vous plaît merci beaucoup d'être là à la voix socialiste est-ce que vous partagez la gravité d'Emmanuel Macron qui dit que il y a un danger très immédiat de la Russie qui voudra faire les efforts en rapport
oui sans conteste je salue la solennité la gravité du propos du président de la République il était utile à ce moment là il prolonge d'ailleurs l'échange qui a eu lieu lundi à l'Assemblée nationale le débat sur la situation internationale que les députés socialistes d'ailleurs avaient demandé au Premier ministre oui il faut avoir ce discours de vérité sortir d'une forme d'angélisme oui nous sommes dans un moment de rupture de bascule historique depuis en effet la fin de la seconde guerre mondiale il y a eu il y a une trahison américaine qui oblige les Européens à changer de braquet à sortir de cette dépendance stratégique historique à l'endroit des Etats-Unis et à s'autonomiser mais cela ne doit pas à court terme nous faire enjamber le sort de nos amis de nos frères de nos soeurs ukrainiens qui ne sauraient être les victimes collatérales de l'accord de paix qui immanquablement immanquablement devra se construire et dans la période la première des priorités c'est de continuer le soutien sans faille aux ukrainiens s'assurer qu'ils soient présents à la table des négociations et qu'elles ne se nouent pas exclusivement dans un colloque singulier entre Vladimir Poutine et Donald Trump Jérôme Guedj
les autres réactions pardon beaucoup nous rejoignent en ce moment est-ce qu'on est en train et vous restez dans la discussion si vous faites quelques minutes est-ce qu'on est en train de préparer les esprits à la guerre quand on dit la patrie a besoin de vous c'est plus que ce qu'on disait pendant la guerre froide pendant la guerre froide on disait oui les chars russes risquent d'arriver mais on disait pas la patrie a besoin de vous enfin
un changement de mentalité un changement de regard sur la situation pas à la guerre où on va envoyer des troupes demain où nous-mêmes allons être mais un changement de regard sur la situation et ça oui je crois que c'est ça l'objectif mais attendez
la patrie a besoin de vous ça veut dire plus que ça c'est pas simplement comprenez que c'est grave c'est quoi l'effort
ce sont les nations qui font les guerres c'est pas les armées c'est pas les états ce sont les nations et c'est les nations qui préparent les guerres et c'est les nations qui vont préparer les guerres éventuellement pour les éviter mais dans tous les cas de figure oui la vraie force elle vient de la nation elle-même et de son unité si vous n'avez pas un consensus effectivement sur l'effort à faire oui mais attendez
qu'est-ce qu'il y a quelles sont les arrières pensées possibles ceux qui nous écoutent penseront retour du service militaire effort financier très important éventuellement impôts partage pas partage le mot est tabou mais enfin dissuasion davantage de protection des voisins européens c'est quoi les efforts c'est des efforts financiers parce que vous pouvez imaginer toutes les combines des plans d'épargne défense ou flécher le livret les emprunts très bien mais en fait si on veut financer massivement notre sécurité et notre défense il va falloir travailler davantage c'est simple et donc dans le contexte politique qui est celui de la France aujourd'hui Emmanuel Macron il part de très très loin donc là c'est pour ça qu'il dit la patrie a besoin de vous voilà un éditorialiste libéral il faudra travailler davantage Jérôme Guèche quand vous entendez ça vous êtes socialiste encore Jérôme Guèche jusqu'à nouvel avis quand vous entendez qu'il va falloir travailler davantage pour payer l'effort de guerre
alors je n'ai pas entendu ça à ce stade dans la bouche du président de la république et je nous invite collectivement et j'invite le président de la république et ses soutiens à ne pas comment dire instrumentaliser ce moment dramatique au service d'une vision politique qui pouvait préexister dit autrement s'il y a un effort supplémentaire à faire et il faudra probablement le faire nous-mêmes socialistes nous avons demandé c'est ma collègue Anna Pic en questionnant le premier ministre hier qui l'a apporté une révision sans tarder de la loi de programmation militaire dont on voit bien qu'elle ne pourra pas être adaptée à la nouvelle menace et à l'ampleur de celle-ci mais pour le faire alors il faudra que ça se fasse dans la justice l'enjeu de la justice de l'effort demandé aux uns et aux autres c'est la première exigence et la deuxième c'est que cela ne se fasse pas au détriment des autres priorités qui demeurent non pas qu'elles soient au même niveau d'urgence mais les enjeux de transition écologique les enjeux de évidemment lutte contre les inégalités ils demeurent dans le pays donc il s'agit de ne pas tout passer par-dessus bord tout sacrifier et par conséquent il faudra que le débat ait lieu nous sommes disponibles à cet échange là mais qu'il n'y ait pas cette instrumentalisation immédiate qui consisterait à dire le président l'a dit tout à l'heure dans son discours et je pense que c'est un mot important il a dit il n'y aura pas d'augmentation de la fiscalité la question c'est si un effort budgétaire militaire supplémentaire par quelle manière allons-nous pouvoir le financer moi je mets sur la table comme d'autres l'ont fait la mobilisation notamment des avoirs russes qui ont été gelés alors je sais que ça pose des problèmes juridiques mais l'Europe et le plan que Ursula von der Leyen a présenté est un premier effort qui va dans cette direction il faut qu'on mobilise ces avoirs d'une manière ou d'une autre et il faut s'il y a besoin de ressources supplémentaires dans le pays que ça se fasse dans la justice fiscale j'ai du mal à imaginer j'ai du mal à imaginer que la seule réponse consiste à dire aux français il faut que vous travailliez plus il faut que vous renonciez à votre modèle social pour une raison simple c'est que dans un moment de nécessaire consensus national et de cohésion de l'ensemble de la nation alors on ne peut pas toucher à notre identité et le modèle social français c'est aussi une garantie de la cohésion nationale au service d'une forme de messianisme et de soutien que nous devons avoir avec nos voisins européens et le dernier point vraiment le dernier point c'est la question en effet de la construction d'une autonomie et ça ça va prendre plusieurs années plusieurs dizaines d'années d'une autonomie réelle de la défense européenne on a trop procrastiné depuis des années se réfugiant derrière le parapluie américain ouvrons ce chantier là c'est un moment décisif et crucial pour l'Europe et dans ce cadre là là aussi nous sommes disponibles
merci beaucoup Jérôme Gage les troupes au sol oui ou non on posera la question aux politiques aussi d'autres vont se succéder oui ou non est-ce qu'on y est quand le président de la république dit ce sera après la paix il dit bien ce ne seront pas des troupes de combat ce seront des troupes de réassurance est-ce qu'on est en train de le dessiner cette idée elle a été tellement brassée ça a tellement slalomé autour de ça est-ce que oui ou non demain on peut dire aux françaises et aux français il y aura des soldats français qui iront sur le sol de l'Ukraine et si la Russie attaque de nouveau il faudra qu'ils se battent
à ce stade on ne peut pas le dire d'ailleurs le président de la république dit peut-être il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs il faut d'abord savoir à quoi va ressembler cette paix et ensuite effectivement enfin on l'a déjà évoqué mais je ne crois pas une seule seconde que la Russie acceptera de faire une paix si elle voit arriver des brigades françaises ou britanniques sur le sol ukrainien ce qui équivaut à une alliance militaire c'est encore mieux que de faire rentrer l'Ukraine dans l'OTAN
vous avez déjà
les trois visons sur place
dans un entretien à la presse écrite le président de la république avait parlé d'un mandat de l'ONU là où les Russes peuvent de toute façon mettre leur véto donc
oui oui non mais mandat de l'ONU force de l'ONU ça ça n'a pas de problème parce que ça ne sert à rien donc oui vous pouvez mettre autant de bataillons de casques bleus le long de la CSE ça ne sert à rien ça ne sert strictement à rien ça ne empêchera à rien les Russes de pénétrer à nouveau sur le territoire ukrainien s'ils en ont envie non là on parle de vraies forces de combat et là ça va être beaucoup plus compliqué de les mettre en Ukraine
j'aimerais faire appel à votre matière grise et à votre spécialité notamment la vôtre mais tous sur ce plateau expliquez-nous beaucoup certainement de celles et ceux qui nous écoutent se posent la question on a dit pendant des mois l'économie russe se porte très mal ce qui est vrai l'économie russe commence à souffrir des sanctions ce qui est vrai on a dit l'armée russe est beaucoup plus faible que ce qu'on disait et tout à coup on a un constat très différent donné par le président de la République lui-même qui articule même des chiffres il dit elle aura 300 000 soldats de plus 3000 chars 300 avions est-ce qu'on s'est trompé avant est-ce qu'on a sous-estimé qu'est-ce qui s'est passé Pierre Cervant
non le président a raison l'analyse qui est faite c'est que les russes rencontrent de grandes difficultés qu'ils ont considérablement augmenté leur budget mais qu'ils produisent de l'armement peu sophistiqué et qu'ils font appel aux nord-coréens aux iraniens pour des drones des munitions et qu'ils auraient besoin de 3 à 5 ans 2030 c'est 5 ans pour démultiplier leurs efforts et commencer véritablement à produire des armes beaucoup plus sophistiquées ce qui fait que Poutine est un peu dans une position compliquée en ce moment il aurait besoin éventuellement d'un cessez-le-feu bidon et de fausses négociations de paix pour arriver à tenir 3 ans en baladant Trump avec des bonnes promesses que les américains
vont lui offrir c'est ça
c'est le point sauf que les russes ont mis la barre très haut c'est pour ça que l'hypothèse d'avoir un traité de paix et des forces européennes en Europe comme Michel je n'y crois pas du tout et certainement pas des forces de deux pays puissance nucléaire qui empêcheraient Poutine dans 3 ans ou dans 5 ans une fois qu'il aura reformaté son outil de pouvoir réattaquer parce qu'encore une fois il faut écouter les déclarations russes on ne peut pas se bercer de propos les russes réaffirment que leur but de guerre n'a pas changé Patruchef un des très proches de Poutine rappelle qu'en 2025 ce sera l'année de la destruction et la disparition de l'Ukraine qu'il n'est pas question d'avoir de force européenne sur le territoire et qu'enfin il revendique l'entièreté des territoires annexés dont Kramatorsk Kherson Zaporizh voilà donc mais pardon
il y a quand même une incohérence pour ceux qui nous écoutent on sait qu'ils n'arrivent pas à prendre Pokrovsk et d'ailleurs ici il y a eu des dizaines des centaines peut-être de duplex de nos correspondants qui disent ils ont presque ils y sont presque ils n'y arrivent pas ils n'y arrivent pas comment se fait-il que là ils n'arriveraient pas à prendre Pokrovsk et puis dans 3 ans ils seraient la première puissance de l'Europe
qu'est-ce qui se passe ?
d'abord parce que face à Pokrovsk ils ont l'armée ukrainienne qui est la première armée l'armée la plus puissante d'Europe elle continuera elle ne va pas disparaître Dieu merci l'Ukraine elle aura plus d'armes américains la différence entre l'Ukraine elle a mobilisé une partie de ses forces là elle a mobilisé une partie de la nation ça lui coûte très cher son effort est considérable elle sera obligée elle restera un état militarisé restera une armée puissante mais moi la Russie n'a pas besoin de démobiliser elle fonctionne avec une armée de volontaires essentiellement plus des conscrits elle va les conserver un million et demi ça lui coûte cher ça lui coûte très cher oui oui attendez attendez je termine je termine je termine un million et demi de ces gens-là ils resteront après la guerre il y aura toujours un million et demi de soldats russes après la guerre payé cher payé mais c'est un pourcent de la population je veux dire c'est pas un effort humain considérable en réalité cette armée sera expérimentée elle sera solide elle sera rééquipée et là oui elle peut représenter une puissance de choc à nouveau pour attaquer un pays bas le pays bas c'est tout petit il y a 8 millions d'habitants leur armée elle est toute petite et là même si l'armée russe connaît des difficultés face à l'armée ukrainienne il y a beaucoup de contradictions dans tout ce qui est dit beaucoup de choses déjà premièrement l'économie russe ne va pas bien mais vous voyez si on se pose la question est-ce que l'économie de la Corée du Nord va bien mais ils vivent quand même ils continuent à exister et ils ne se sont pas écroulés toute la société fonctionne comme des petits robots ils produisent tout ce qui est matériel militaire donc l'économie russe elle va s'apparenter de plus en plus à ça ça ne veut pas dire qu'ils vont complètement s'effondrer et mourir de faim non mais ça va être vraiment l'économie militaire à plein pot donc aujourd'hui la difficulté là mais avec l'aide des européens parce qu'ils achètent du gaz les américains aujourd'hui qui changent complètement l'approche ils disent maintenant on va enlever les sanctions on va les aider on va investir etc donc l'économie russe se portera beaucoup mieux ça c'est une chose deuxièmement l'armée russe même si elle est très faible sur le terrain mais derrière ils n'arrivent pas à subvenir à leurs besoins parce que heureusement les sanctions sont là et aussi ils ont des difficultés de la matière première ils ont des difficultés de main d'oeuvre ce qui va être possible de gérer s'il y a cette paix éphémère qui apparemment va être installée mais moi je ne crois pas non plus parce que nous sommes très loin encore de n'importe quelle idée de la paix entre la Russie et l'Ukraine
se peut-il qu'on soit aveugle il y a tellement d'incertitudes rappelez-vous moi j'étais toujours frappé en interviewant des gens comme Jean Dormeson comme Badinter qui disaient le choc qu'ils ont eu quand en 1940 l'armée française s'est écroulée et on n'avait pas vu à quel point l'armée allemande était plus forte que ce qu'on pensait est-on en train de vivre un moment comme ça où on se rend compte que la Russie est plus forte qu'on ne le pensait
elle n'est pas plus forte on se trompe encore une fois sauf qu'elle a l'impression qu'elle est plus forte par la propagande
non mais là le président de la République dit qu'il y a un danger réel et une menace russe
mais le danger réel pas tout de suite il dit 300 chars par exemple de 3 000 avions c'est pas demain c'est dans un 50 ans peut-être juste un petit point d'histoire très rapide les historiens allemands ont montré qu'en fait en mai-juin 1940 l'armée allemande n'était pas du tout supérieure aux français et aux britanniques ni en avion ni en qualité de char etc simplement il y a un stratège génial qui s'appelle le général von Lewinsky von Manstein qui est celui qui a inventé le passage par les Ardennes en concentrant il est parvenu à convaincre Hitler de concentrer les meilleures divisions blindées pour passer par la trouée des Ardennes qui n'était pas fermée par la ligne Maginot et en fait c'est en jouant ce coup de poker et avec la vitesse de déplacement des blindés par rapport à une armée française qui était restée je dirais au temps de 14-18 donc beaucoup plus lent c'est ça qui a véritablement désintégré l'armée française mais aujourd'hui l'armée russe n'était pas une bonne armée au départ c'était pas une armée de haute intensité c'était un corps de l'armée expéditionnaire et avec ça le Poutine ex-soviétique pensait qu'il prendrait Kiev en deux coups de cuillère à peau ils se sont cassés les dents sur la résistance ukrainienne sur les missiles anti-chars américains britanniques sur le système Starlink aussi et donc aujourd'hui le problème de Poutine c'est de reconfigurer une armée de haute intensité pour satisfaire ses ambitions géostratégiques qui sont dominées son étranger proche et tout à l'heure je voyais je crois que c'était monsieur Bompard de LFI pardonnez-moi c'est deux maisons différentes
sur LFI c'est pas l'ordre du jour
et qui disait pas après les propos
de David Ducan
sur Travailler Plus en tout cas je ne sais pas d'où sort le président le fait que la Russie menace etc mais il faut écouter les déclarations de Peskov de Lavrov etc quand ils sont interrogés par le journaliste c'est arrivé pour Lavrov quand on lui disait mais est-ce que vous pensez reproduire ce qui s'est passé en Ukraine etc il dit mais oui pourquoi pas la Moldavie le Kazakhstan etc donc c'est une vision hégémonique poutinienne il faut y faire face même si Michel l'a rappelé tout à l'heure on n'est pas du tout dans une configuration que face à l'Allemagne nazie regardez
le président de la République tout à l'heure a publié un graphique les équipes de l'Elysée ont travaillé des graphiques nos équipes aussi ils savent faire des graphiques regardez ce graphique c'est extrêmement intéressant quand on voit 1953 c'est aujourd'hui l'anniversaire mort de Staline 1953 c'était le pic de la crainte de la guerre froide un pic on était en pleine guerre d'Indochine pleine guerre voilà c'est ça 7,6% le PIB de la France voué aux militaires ensuite ça a baissé baissé 91 de la chute de l'Union soviétique 92 c'est là on voit qu'on est dans un moment cette courbe là elle dit qu'on vit un moment historique
on est dans un point bas historique en matière de dépenses militaires si on avait on a continué à faire le même effort qu'en 1990 on était à 3% on aurait une armée on aurait un budget qui serait de l'ordre de 75 milliards d'euros et depuis des années on aurait une armée puissante autonome on aurait été capable d'aider l'Ukraine militairement beaucoup plus qu'on ne l'a fait on pourrait envoyer balader les américains en disant on s'en fout on est autonome et on peut on peut assurer la sécurité de tous les pays européens on ne l'a pas fait on a préféré toucher les dividendes de la paix et le pire le pire en tout ça c'est que on n'a pas anticipé le fait que ça pourrait changer c'est ça le truc c'est à dire que effectivement on se réduit le boeuf est redevenu une grenouille militaire le boeuf militaire français est devenu une grenouille mais on n'a pas anticipé le fait qu'on devait peut-être un jour être capable de redevenir un boeuf donc on a détruit tous nos instruments c'est ça en fait je donne juste j'ai plus le temps apparemment
pourquoi vous n'avez plus le temps mais si je donne juste un exemple qui vous fait peur qui vous fait peur ici
juste un exemple quand on se professionnise complètement professionnise complètement nos forces au milieu des années 90 on dit on doit être capable de déployer tout équipé 60 000 soldats en 2015 bon livre blanc de 2008 bon si on est une équipe complètement 30 000 ce sera déjà pas mal livre blanc en 2013 en 15 000 ce sera vraiment vraiment bien et on parle d'équipement même pas d'homme et depuis cette époque on est resté à cet échelon en 2013 et on est en 2025 on a pas bougé donc on est tombé dans une trappe dans laquelle on est incapable de remonter parce qu'on a vendu l'échelle pour remonter non mais ça s'anticipe c'est pourquoi on a beaucoup de mal à rentrer dans cette économie
sur cette courbe on voit l'immense effort qui touche beaucoup au nucléaire c'est la bombe nucléaire qui coûte aussi très cher
il coûte 6 milliards par an
au propos du président de la république ce soir il dit nous devons réfléchir il n'est pas question de renoncer à la souveraineté du partage du nucléaire en revanche on va ouvrir le débat ce sont ses mots débat stratégique pour la protection de nos alliés sur le continent est-ce qu'on arrive au moment Pierre Servant où peut-être on va trouver des moyens pour que la bombe française protège les autres européens
alors on voit bien que le débat est dans l'air parce que finalement les européens nos partenaires qui ont été un haut personnage de l'état me disaient oui pas mal de nos partenaires étaient comme des lapins face aux phares de la voiture notamment américaine alors aujourd'hui ils ne sont plus hypnotisés par les phares ils sont passés sous la voiture ils sont écrabouillés sur les côtés donc tout d'un coup ils se disent tiens c'est marrant il y a quand même un pays lui qui conduit plutôt un peu seul sa voiture il a une puissance nucléaire donc ça redevient intéressant alors moi titre personnel je considère que là où le président a complètement raison quand il dit il ne faut pas de tabou donc sur tous les sujets géostratégiques type d'armement coopération partage il faut réfléchir à tout sans se dire ah non c'est pas possible on ne faisait pas comme ça avant etc sur le nucléaire moi je suis partisan de la discrétion la plus absolue et pour l'instant je pense qu'il faut en rester aux intérêts vitaux de la France qui ont une dimension européenne point barre pour moi la dissuasion nucléaire c'est une boule de billard et c'est une boule de billard que les adversaires que nous avons doivent se prendre en pleine gueule et doivent se demander comment ça fonctionne ce truc et il ne faut pas qu'il y ait de brèche dedans après qu'il y ait des discussions parfaites mais tant qu'on ne sort pas de ces discussions avec un nouveau concept qui tiennent la route à tout point de vue y compris en observant ce que font les américains est-ce que les américains vont se désengager du comité Pierre vous savez très bien
qu'il y a une énorme différence l'américain moyen quel que soit le bled le plus perdu des Etats-Unis il sait que la bombe américaine le protège le balte le polonais le roumain il se dit quelle bombe le protège est-ce qu'il se dit les français vont tirer pour moi
il y a beaucoup d'inquiétudes dernièrement surtout après ce qui s'est passé dans la maison blanche il y a eu les études qui ont été faites dans les pays baltes normalement et en Pologne ils se posent beaucoup des questions les baltes et les polonais ils se disent mais aujourd'hui nous sommes abandonnés parce que les américains ils nous ont dit clairement qu'ils ne vont plus nous protéger donc est-ce que la France va nous protéger on sait que non pour l'instant parce qu'il n'y avait pas de oui il y a les discussions qui sont ouvertes et bien évidemment aujourd'hui ce qui flotte dans l'air c'est que malheureusement même l'arme nucléaire il faut que chacun s'occupe de son côté et je pense que les questions sur les armements nucléaires en Europe ça va aller beaucoup plus loin que vous n'imaginez et même avec l'arrivée de l'Allemagne en force encore sur le niveau de vos remises en niveau de son industrie militaire la question aussi nucléaire allemande va se poser très bientôt merci
merci
Emmanuel Macron