Chantal Delsol revient sur la rentrée scolaire et politique : au milieu du chaos, comment trouver l'Espérance ?
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Questions et réponses
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- 1:00OuverteRéponse directe
Ces millions d'enfants qui font leur rentrée aujourd'hui auront-ils, selon vous, un enseignement à la hauteur ?
- 1:55OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui fait d'eux de très bons professeurs ?
- 2:22OuverteRéponse directe
L'exigence, c'est quoi ?
- 2:56OuverteRéponse partielle
Qu'est-ce que l'école arrive encore à transmettre aujourd'hui aux jeunes ?
- 5:52OuverteRéponse directe
Est-ce que cette super élite dont vous parlez peut être résorbée ?
- 7:02OuverteRéponse directe
Chantal Delsol, est-ce que le politique peut faire quelque chose ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:09Invité politiqueFait
« Je pense que notre école, qui est bien malmenée, tient grâce à un très grand nombre, un nombre qui n'est pas calculable évidemment, mais qui à mon avis est évident, des professeurs qui vraiment tiennent leur rôle. »
- 1:45Invité politiqueFait
« on considère que chacun est une victime, et par conséquent, un enfant qui a une mauvaise note, voit ses parents qui vont chercher, qui vont voir le prof pour dire qu'il a été maltraité. »
- 1:58Invité politiqueFait
« C'est quelqu'un qui parvient à être exigeant, mais même un professeur qui veut être exigeant ne parvient pas toujours à l'être, parce que d'abord, il n'a pas le droit de punir, il n'a pas le droit de mettre des mauvaises notes. »
- 2:31Invité politiqueFait
« Oui, ça veut dire exiger, sous peine de punition, malheureusement. »
- 4:43Invité politiqueFait
« Vous avez actuellement une immense population analfabète, d'enfants qui, en sixième, ne savent pas lire, qui, en bac plus 4, n'ont pas d'orthographe. »
- 4:57Invité politiqueChiffre
« Je dirais que c'est du 95, du 97%. »
- 5:02PrésentateurChiffre
« François Bayrou disait que 30% des étudiants qui arrivent en première année à l'université ne maîtrisent pas l'expression écrite la plus élémentaire. »
- 5:10Invité politiqueFait
« J'ai été prof à l'université pendant longtemps, et je sais très bien. J'ai vu monter cette espèce de méconnaissance générale, et en plus fière d'elle-même. »
- 5:23Invité politiqueFait
« Comment ça, fière d'elle-même ? C'est-à-dire qu'ils considèrent que c'est normal, en fait, qu'ils n'ont pas à faire d'efforts, et ce n'est pas de leur faute. »
- 9:51Invité politiqueFait
« La majorité des Français n'ont plus confiance dans les gouvernants. »
- 10:47Invité politiqueFait
« Je pense que les Trente Glorieuses ont un petit peu abîmé, d'une certaine manière, nos mentalités par une espèce de facilité générale. »
- 12:04Invité politiqueFait
« Emmanuel Macron, c'est incroyable. Il ne fait que parler. Il est dans la déclamation permanente. »
- 14:02Invité politiqueChiffre
« À partir du moment où vous avez, je crois que c'est 200 000 enfants qui étaient baptisés il y a 40 ans et qui ne sont plus aujourd'hui, vous avez forcément 2000 catéchumènes. »
Temps de parole
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Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. 12 millions d'élèves font leur rentrée ce matin. Ils ont rangé dans leur sac le goûter, les cahiers et les crayons hier soir. Mais à Matignon, l'ancien ministre de l'Éducation nationale, lui, va sûrement devoir faire son cartable. François Bayrou et son gouvernement sur la sellette, nouveau feuilleton politique, comme l'an dernier à la même époque. Une situation qui peut sembler désespérante, lassante même. Alors, où trouver l'espérance dans ce monde poétique chahuté en cette rentrée scolaire ? C'est la question qu'on va se poser ce matin avec mon invité.
Bonjour Chantal Delsol. Bonjour. Philosophe, membre de l'Institut, auteur de l'insurrection des particularités aux éditions du Cerf. Merci d'avoir accepté notre invitation. Merci à vous. Commençons avec cette rentrée scolaire. Chantal Delsol, on évoque souvent la crise de l'école, la crise de l'autorité aussi. Ces millions d'enfants qui font leur rentrée aujourd'hui auront-ils, selon vous, un enseignement à la hauteur ?
Un enseignement à la hauteur, je pense que oui. Je pense que notre école, qui est bien malmenée, tient grâce à un très grand nombre, un nombre qui n'est pas calculable évidemment, mais qui à mon avis est évident, des professeurs qui vraiment tiennent leur rôle, savent très bien où ils vont et travaillent en dépit des bas salaires et de tout. Donc je pense que l'enseignement est à la hauteur. Le problème, c'est que dans la situation, dans la mentalité d'aujourd'hui, on considère que chacun est une victime, et par conséquent, un enfant qui a une mauvaise note, voit ses parents qui vont chercher, qui vont voir le prof pour dire qu'il a été maltraité. Qu'est-ce qui fait un bon professeur ?
Vous mentionnez ces formidables professeurs. Qu'est-ce qui fait d'eux de très bons professeurs ?
C'est quelqu'un qui parvient à être exigeant, mais même un professeur qui veut être exigeant ne parvient pas toujours à l'être, parce que d'abord, il n'a pas le droit de punir, il n'a pas le droit de mettre des mauvaises notes, et puis il a surtout les parents sur le dos, les parents des élèves. Il ne peut pas faire ce qu'il veut, mais un bon professeur, c'est quelqu'un qui est exigeant, et le problème, c'est qu'aujourd'hui, on ne peut plus être exigeant.
Quand vous dites exigence, ça peut recouvrir plein de réalités. L'exigence, c'est quoi ? C'est la demande d'atteindre un certain niveau ?
Oui, ça veut dire exiger, sous peine de punition, malheureusement. Voilà, c'est ça, y a-t-il une punition derrière ? Parce que que l'enfant soit à l'heure, dise merci, éteigne son portable, obéisse, apprenne, travaille, etc. Enfin, atteigne un certain niveau, s'il le peut. Il faut que l'exigence soit juste, évidemment, mais il n'y a que comme ça qu'on arrive à faire grandir les enfants, à tout point de vue, sinon on n'y arrive pas.
Qu'est-ce que l'école arrive encore à transmettre aujourd'hui aux jeunes ? Est-ce qu'au-delà des compétences concrètes, les maths, le français, il y a encore ce qui fait notre société aussi, ce lien de fraternité, éviter l'individualisme aussi ? Qu'est-ce que, selon vous, Chantal Lelsol, l'école arrive à transmettre ?
Oui, mais là, il me semble que vous mélangez deux choses, parce que l'école transmet des savoirs, et puis après, là, vous parlez de manières d'être, qui sont éthiques. Et ce n'est pas l'école de les transmettre ? C'est très important. En principe, ce n'est pas à l'école de faire ça, c'est plutôt à la famille. L'école, évidemment, sert de moyens aussi. Elle aide beaucoup, mais enfin, elle est secondaire là-dedans. L'école, elle sert à transmettre les savoirs. Le problème, c'est qu'on n'arrive plus, aujourd'hui, pour ces raisons de victimisation permanente, on n'arrive plus à transmettre véritablement.
Moi, l'impression que j'ai, c'est qu'on est en train de partir vers une société complètement clivée, avec une toute petite élite minuscule, je ne peux pas évaluer, mais ce sera très, très petit, qui seront des enfants pour lesquels on aura été exigeants. C'est-à-dire que les parents les auront mis dans certaines écoles où on est exigeants, parce que ça existe encore, c'est petit, mais ça existe, et puis les parents auront été exigeants. Et vous aurez des enfants qui utiliseront l'intelligence artificielle pour mieux penser, mais pas pour penser à leur place, etc.
Et qui arriveront à l'heure et diront merci, et qui sauront réciter une poésie, et qui écriront avec un orthographe correct, et qui formeront une super élite, pendant que vous aurez une immense population analfabète à côté.
Analfabète ?
Analfabète. Vous avez actuellement une immense population analfabète, d'enfants qui, en sixième, ne savent pas lire, qui, en bac plus 4, n'ont pas d'orthographe. Et ça, c'est une immense population. Je dirais que c'est du 95, du 97%. Si j'ose prononcer un chiffre que...
Et d'ailleurs, François Bayrou disait que 30% des étudiants qui arrivent en première année à l'université ne maîtrisent pas l'expression écrite la plus élémentaire.
Oui, mais je sais, je le sais, parce que j'ai été prof à l'université pendant longtemps, et je sais très bien. J'ai vu monter cette espèce de méconnaissance générale, et en plus fière d'elle-même. Comment ça, fière d'elle-même ? C'est-à-dire qu'ils considèrent que c'est normal, en fait, qu'ils n'ont pas à faire d'efforts, et ce n'est pas de leur faute. C'est parce qu'on leur a toujours dit que faire des efforts, c'était de la maltraitance. Forcément. Seulement, vous aurez une petite élite qui, elle, va être comme... Je vois bien ce qui se passe dans certaines écoles, et notamment dans certaines écoles hors contrat. Les enfants sont comme nous, nos enfants, il y a 50 ans.
C'est-à-dire qu'ils apprennent vraiment... Ils font des boucles devant les hauts. Vous voyez ce que je veux dire ? Ils apprennent vraiment à travailler, quoi.
Est-ce que cette super élite dont vous parlez, face au 98% de la population, analfabète, je schématise très largement. Oui, entre guillemets. Très largement. Est-ce que ça, il y a une manière de le résorber, de l'éviter ? Qu'est-ce qu'on peut faire aujourd'hui ? Ça peut paraître un peu désespérant pour nos auditeurs ce matin. Je suis terrifiée.
Je suis terrifiée. Parce que je trouve que dans un pays comme le nôtre, où on a quand même sous les yeux... J'ai eu sous les yeux il n'y a pas très longtemps les lettres de Poilu de mon grand-père. Donc vous voyez, on a vu arriver à la maison les lettres...
Qui avaient une éducation...
Eh bien, on voit les lettres de Poilu, de gens qui étaient de famille très inculte, mais qui écrivaient magnifiquement, avec une belle orthographe, etc.
Et une richesse du vocabulaire, peut-être ?
Évidemment, mais évidemment. Donc quand on vient de là, on est terrifié de voir ce qui se passe aujourd'hui. Parce que ce n'est pas notre culture. On a envie d'égalité. On a envie que le gamin qui n'a pas de livre chez lui, qu'il arrive à quelque chose. On a tous envie de ça. Et quand on voit ce qui est en train de nous arriver, moi, personnellement, je suis terrifiée.
Nous sommes avec Chantal Delsol, qui se dit terrifiée face au niveau des élèves. Chantal Delsol, est-ce que le politique peut faire quelque chose ?
Le problème, c'est que c'est vraiment une affaire de mentalité ici. C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas de mesures. C'est très bien ce que fait Elisabeth Borne de dire plus de téléphone en classe. Très bien, si on y arrive.
C'est déjà ça.
C'est déjà ça. Mais je ne sais même pas si on va y arriver. Parce que ça va être compliqué, justement. Les enfants vont dire, mais c'est de la maltraitance, encore une fois. Mais je pense que ce n'est pas à coup de mesure comme ça. C'est vraiment un changement des mentalités. Et ça, c'est sur le long terme. Vous voyez, c'est très compliqué.
Il y aura les élections municipales, mi-mars. La figure d'autorité qui est l'instituteur n'est plus aussi belle qu'avant. Le prêtre, sans doute pas plus. Le maire, est-ce qu'il est le dernier rempart de l'ancien monde ? Une sorte d'ultime figure d'autorité ?
C'est très important, un maire. Peut-être ce qu'il y a de plus important politiquement, c'est vrai. Est-ce que c'est une figure d'autorité ? On a l'impression qu'il n'y a plus de figure d'autorité. Plus personne ne veut obéir à personne. Mais cela dit, c'est sûr que le maire a une importance énorme. Vous avez lu, comme moi, qu'il y a beaucoup d'endroits où il y a des maires agressées. Il y a des maires qui ne veulent plus y aller. Il y a des endroits où plus personne ne veut y aller. C'est assez terrible parce que plus personne ne veut jouer ce rôle qui est devenu de plus en plus difficile. Parce que c'est de plus en plus difficile de se faire obéir à tout niveau.
Que ce soit là ou dans la famille ou dans l'école ou partout.
Ce concept d'obéissance dont vous parlez dans l'Église, ça nous parle. Ça parle aux auditeurs. Puisqu'il y a ce sujet de l'obéissance que promettent nombre de religieux et de prêtres. Comment le vivre aujourd'hui, ce concept d'obéissance ? Vous dites qu'il y a une crise de l'autorité. Ça suggère qu'il faudrait donc retrouver l'obéissance. Comment le faire ?
Il ne peut y avoir d'obéissance que si l'autorité est légitime. Pourquoi est-ce que les gens ne veulent plus obéir ? Je dis les gens en manière générale. Parce qu'ils considèrent que la voie d'autorité n'est plus légitime. Donc, dans l'Église, c'est très différent. Si vous rentrez dans les ordres, c'est vous qui décidez. Donc, si vous rentrez dans les ordres, ça signifie que pour vous, l'autorité de l'Église est légitime. Donc, vous pouvez à ce moment-là le veiller. Ce qui ne veut pas dire que ça doit être facile. Je n'ai pas dit ça. Mais déjà, la légitimité est là, pour vous.
Cette rentrée est marquée aussi par François Bayrou, qui va sans doute remettre la confiance de son gouvernement à l'Assemblée la semaine prochaine. Sans doute que ça ne va pas passer. En termes de crise de l'autorité, la crise de l'autorité politique joue-t-elle un rôle dans ce climat ambiant où on a l'impression que plus personne n'obéit à personne ?
Il y a un problème de légitimité de l'autorité de l'État aussi. La majorité des Français n'ont plus confiance dans les gouvernants.
Mais comment vous l'expliquez ?
Je pense que nous avons... Je dis nous, parce que je fais partie, bien sûr, de tout ça. Nous avons été baladés. Nous avons l'impression d'avoir été baladés par des gens qui nous racontaient des histoires, qui parlaient, qui parlaient, qui parlaient, qui ne faisaient jamais ce qu'ils disaient. Jamais, jamais. Donc, il arrive un moment où on dit, bon, les discours, maintenant, ça va bien. Ça va bien. S'il n'y a pas d'actes, ça n'a plus d'intérêt. Donc, taisez-vous. Ne venez plus nous casser les oreilles. Agissez et puis après, on discute.
À quoi attribuez-vous ce discours politique devenu fade ? Je reprends vos expressions. Les gens ont l'impression d'avoir été baladés. C'est dû aux mensonges ? C'est dû à un niveau peut-être plus faible du politique aujourd'hui ? Comme il y a un niveau plus faible des élèves ?
Vous savez, je pense que les Trente Glorieuses ont un petit peu abîmé, d'une certaine manière, nos mentalités par une espèce de facilité générale. Tout est devenu communication. Tout est devenu parade verbale. Les gens se sont imaginés que parce qu'ils paraissaient, eh bien, ils étaient. Alors que paraître et être sont deux choses différentes. Il y a eu une espèce de légèreté qui s'est promenée dans l'atmosphère et qui n'a pas, à mon avis, qui n'a pas arrangé les choses. Et aujourd'hui, on a envie de... Les choses deviennent plus difficiles. On a envie de vérité. On n'a plus envie d'apparence.
Une société qui est basée sur l'apparence et non pas la vérité, c'est la fin de sa civilisation ?
Oui, mais vous savez, toutes les sociétés un peu... Je ne dirais pas décadentes parce que le mot est trop gros et puis ça signifie plein de choses derrière. Mais une société qui se fatigue, disons, elle devient casuistique. Elle fait de la déclamation à la place des actes. C'est toujours un peu comme ça dans l'histoire. Et on l'a déjà vu à plusieurs moments, dans plusieurs moments. C'est le cas aujourd'hui en France ? Oui, je pense que c'est le cas aujourd'hui. Là, c'est assez extraordinaire. Les politiques... Emmanuel Macron, c'est incroyable. Il ne fait que parler. Il est dans la déclamation permanente. Alors, ce qu'il dit n'est pas faux, n'est pas inaudible.
Mais on s'en fiche qu'il parle. C'est le problème.
La parole n'est plus performative. Elle ne sert plus à rien.
Exactement, elle ne sert plus à rien.
Elle est comme vide de sens. Alors, où trouver l'espérance ? Cette année 2025 est marquée pour les catholiques par l'année jubilaire qui a été placée par le pape François sous le signe de l'espérance, prolongée par le pape Léon d'ailleurs. Quand on vous entend, Chantal Delsold ce matin, là, on se réveille, on part pour la rentrée scolaire avec les enfants dans la voiture. J'imagine qu'on n'a pas mis un climat d'espérance dans toutes les voitures de France ce matin. Où trouver l'espérance ?
Vous parlez de l'espérance ou de l'espoir ? Vous savez, c'est un gros mot, l'espérance.
Je parle de l'espérance, du désespoir surmonté.
Donc, l'espérance, c'est spirituel. L'espérance, ça ne se situe pas dans le niveau de vie, par exemple. On est d'accord. Alors, où trouver l'espérance, ça veut dire, est-ce que nos sociétés sont capables de retrouver le goût de... Oui, le goût, parce que Saint-Augustin parlait de goût. Le goût du spirituel.
Le goût de Dieu.
Le goût de Dieu. Ça, c'est vraiment une très très grande question. Là, à 8h15 du matin, un jour de rentrée, il faudrait que nos concitoyens se convertissent, parce qu'ils sont en train de devenir païens. Donc, il faudrait que ça aille dans l'autre sens à toute allure.
Est-ce qu'ils ne sont pas devenus païens il y a 40 ans, il y a 50 ans, et aujourd'hui, on observe tout de même ces milliers de catéchumènes. Il y a comme un retour, on voit sur les réseaux sociaux, parfois c'est très ésotérique, mais un goût du spirituel, en tout cas une quête.
Vous savez, ça a été étudié récemment par certains sociologues, dont Guillaume Cuchet. À partir du moment où vous avez, je crois que c'est 200 000 enfants qui étaient baptisés il y a 40 ans et qui ne sont plus aujourd'hui, vous avez forcément 2000 catéchumènes, ça veut dire 2000 parmi eux, c'est tout.
On a divisé par deux, entre 2020 et 2025, divisé par deux le nombre de baptêmes.
Forcément, dans la mesure où les enfants ne sont plus baptisés à la naissance, il y a forcément un tout petit nombre qui demande le baptême à 10 ans ou à 15 ans. Ça n'a rien d'extraordinaire. Ça ne me paraît pas être un retour du religieux. Il ne faut pas rigoler quand même.
Le retour du religieux, on peut le voir aussi, dans le retour du spirituel au sens très très large, dans cette quête ésotérique. Quand on va dans les rayons de la FNAC, pour ne pas la citer, le rayon ésotérisme prend plus de place que le rayon théologie.
Il y a un appel aux sagesses, aux sagesses au pluriel, qui peuvent ressembler soit aux sagesses stoïco-épicuriennes d'autrefois occidentales, soit aux sagesses asiatiques, parce qu'il y a ça aussi, et qui sont des phénomènes tout à fait courants au moment où une religion monothéiste est en train de s'effondrer. Donc c'est un appel aux spirituels, c'est une forme spirituelle, bien sûr, je suis d'accord avec vous, mais ce n'est pas du tout le spirituel auquel nous avons l'habitude, dont nous avons l'habitude avec les religions monothéistes, ça n'a rien à voir, ce n'est pas de la transcendance.
Comment conciliez-vous, Chantal Delsol, votre lucidité sur le déclin civilisationnel et peut-être l'espérance chrétienne qui peut vous habiter ?
On n'est pas obligé d'être comme tout le monde dans une société. On peut être différent, chacun est différent d'ailleurs. et on mène son bonhomme de chemin. Je dis, il y a des gens qui disent, j'essaye de convertir. Je ne sais pas si j'ai cette prétention, mais je pense qu'il faut exister tel qu'on est, et puis c'est tout, et puis attendre de voir. Moi, je ne suis pas non plus affolé par la société dans laquelle je vis.
Vous parlez quand même de déclin civilisationnel.
Comme je vous l'ai dit, je suis très désolé de voir cette espèce d'inégalité entre une toute petite élite et un immense peuple analfabète. Ça, oui, je suis très triste de voir que mes concitoyens, mes contemporains n'ont plus d'espérance véritablement spirituelle dans le cadre transcendant auquel on les a habitués. mais je ne vais pas non plus mourir de désespoir à cause de ça. Je pense qu'il faut continuer son bonhomme de chemin et puis attendre de voir. Et puis, qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ? De toute façon, ce n'est pas la peine de se désespérer. On continue à vivre, et puis on espère que nos enfants s'en sortiront mieux que nous à cet égard. Je ne sais pas.
Merci beaucoup, Chantal Delsol, d'avoir été ce matin l'invité de la matinale de RCF et Radio Notre-Dame. Merci à vous. Je rappelle que vous êtes philosophe, membre de l'Institut, et vous avez publié notamment aux éditions du Cerf, parmi beaucoup d'autres livres, je vais citer L'insurrection des particularités. Chantal Delsol, donc, à réécouter sur le site internet de RCF, rcf.fr. Sous-titrage ST' 501