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interviewC à vous (sur YouTube)· 19 juin 2025 12 min

Affaire Grégory : la grand-tante est-elle le corbeau ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

comme lors d'une précédente mise en examen, annulée pour vice de forme. - J.Jacob: Je n'ai jamais écrit aucun courrier, rien. - Les 2 lettres qu'on vous accuse d'avoir écrites, c'est la 1 et la 2.

La première date du 4 mars 83. Il y est écrit: "Je vous ferai la peau, à la famille Vilemin." Il y avait une faute à Villemin.

On vous accuse d'avoir écrit cette lettre. C'est faux? - J.Jacob: C'est faux.

Je n'ai jamais écrit. - A.-E.Lemoine: Bonsoir, J.-A.Richard.

A vos côtés, maître M.-C.Chastant-Morand, avocate de Christine et J.-M.Villemin.

Ils cherchent à savoir ce qui est arrivé à leur fils depuis 40 ans. Ce nouveau rebondissement est le signe que la justice ne laissera pas impuni l'assassinat d'un petit garçon? - Me M.-C.Chastant-Morand: C'est un élément nouveau.

C'est un rebondissement. Sinon, nous ne serions pas là ce soir. Ca montre que la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon suit ce dossier, a accumulé un certain nombre d'éléments dans le cadre du supplément d'information et a estimé que le moment était venu de faire un dépôt partiel pour qu'on puisse évoluer. - A.-E.Lemoine: Ce qui permet cette convocation, c'est une expertise de stylométrie complémentaire qui porte cette fois sur l'appel téléphonique de revendication passé à Michel, l'un des frères de Jean-Marie, le jour de la disparition. "Je te téléphone car ça ne répond pas à côté.

Je me suis vengé du chef. J'ai kidnappé son fils. Je l'ai étranglé.

Je l'ai jeté à l'eau. Sa mère le cherche, mais elle ne le retrouvera pas. Ma vengeance est faite." Le style de ce texte correspondrait, serait similaire aux lettres anonymes? - Me M.-C.Chastant-Morand: Il y a de nouvelles expertises, effectivement, dont celle-ci.

La stylométrie a permis d'identifier certains auteurs à partir des mots employés, de la façon de s'exprimer, de façon écrite ou orale. C'est un élément nouveau. La stylométrie, c'est assez nouveau dans le cadre des dossiers judiciaires.

C'est toujours extrêmement intéressant. Il ne faut pas insulter le progrès. - A.-E.Lemoine: La conviction des experts, c'est qu'il y aurait un auteur unique et que l'auteur de ces lettres et de ces appels de revendication serait l'auteur du meurtre. - J.-A.Richard: C'est la grande question.

On arrive au coeur de la science. Elle a 40 ans, l'affaire Grégory. On a quitté le terrain pour arriver avec les experts...

La stylométrie, c'est analyser la syntaxe, le style des phrases...

On fait des rapprochements avec le corbeau, le style de la voix du corbeau et le style des lettres. Il y a 2 choses. Mais il y a plusieurs corbeaux, dans cette affaire.

Une nouvelle expertise, qui date de 2021, assez récente...

Au centre de cette affaire, on a le couple Jacob. - P.Cohen: Déjà mis en examen. - A.-E.Lemoine: Pour séquestration. - J.-A.Richard: Ils étaient au coeur du système.

Ils avaient participé à l'enlèvement, et sans doute à la mort du petit garçon. Cette mise en examen est annulée pour vice de forme. 492 protagonistes ont été comptabilisés par les gendarmes, avec leur système de logiciels.

Dans ces 492 protagonistes, on retient le couple Jacob, qui revient en permanence. Ils reviennent à cause de la voix rauque du corbeau, un moment attribuée à monsieur Jacob, à cause de l'écriture attribuée à madame Jacob...

Aujourd'hui, il y a plusieurs lettres dont on soupçonne qu'elle en est l'auteur. - A.-E.Lemoine: Elle serait l'auteure unique des lettres de revendication et de menaces.

Il y en a 5 au total. Enfin, 5 éléments, avec l'appel téléphonique. Elle serait l'auteure unique. - Me M.-C.Chastant-Morand: La pièce essentielle, me semble-t-il, c'est la lettre de revendication du crime.

La personne qui a écrit, revendiqué, posté cette lettre de revendication, manifestement, est un personnage central. Ce qu'il ne faut pas oublier dans cette affaire, c'est qu'il y a forcément un lien entre le corbeau et le malheureux assassinat de ce petit Grégory. - A.-E.Lemoine: Cette lettre de revendication, la voici. "Le chef", c'est le surnom de Jean-Marie, jalousé par ses proches parce qu'il avait obtenu un poste de contremaître. - J.-A.Richard: La jalousie est au coeur de cette affaire.

C'est une jalousie ancestrale. Entre les Jacob et les Villemin, il y a une guerre terrible. Il y a eu des mots affreux échangés.

Ca va de génération en génération. Cette haine a fini par se reporter sur J.-M.Villemin et le petit Grégory. - Me M.-C.Chastant-Morand: Au départ, le corbeau ne ciblait pas J.-M.Villemin.

Au départ, le corbeau ciblait son père. Il y avait une haine vis-à-vis d'Albert Villemin. Petit à petit, c'est vrai que J.-M.Villemin était l'élément d'avenir de la famille.

Il était devenu contremaître très jeune. On avait l'impression que tout lui réussissait. Finalement, cette jalousie, cette hargne, cette haine s'est déportée sur Jean-Marie. - A.-E.Lemoine: J.Jacob avait gardé le silence lors de sa précédente audition et mise en examen en 2017.

Est-ce que vous espérez, maître, qu'elle soit plus loquace, qu'elle réponde? - Me M.-C.Chastant-Morand: Bien sûr. - P.Cohen: Elle clame son innocence à travers son avocat. - Me M.-C.Chastant-Morand: Les conditions ne sont pas les mêmes qu'en 2017.

C'était déjà extrêmement soudain, en 2017. C'était au petit matin. Les gendarmes s'étaient déplacés.

Il y avait un cadre de garde à vue. C'est très différent. Aujourd'hui, tout le monde en parle.

Il n'y aura pas de surprise. Il y aura une convocation par un magistrat, le président de la chambre de l'instruction. Elle sera entourée de ses avocats.

Le contexte est quand même différent. - A.-E.Lemoine: Et plus favorable, peut-être?

Plus favorable à l'obtention d'éléments? - J.-A.Richard: La pression est différente.

La pression de la justice est de plus en plus importante. Le temps passe. Beaucoup d'acteurs de cette affaire sont morts.

On arrive au bout de l'histoire. Les Jacob, quand on a ôté leur 1re mise en examen pour des questions de procédure, on leur a demandé s'ils ne craignaient pas d'être remis en examen jour. Ils ont éclaté en sanglots tous les deux.

Ils ont dit: "Ce n'est pas possible! On ne peut pas nous faire ça!" On y est, à ce stade.

Ca devient compliqué de lutter contre les éléments. - A.-E.Lemoine: La qualification de mise en examen ne sera pas la même.

Ce sera juste pour association de malfaiteurs criminelle, mais pas pour le meurtre. - Me M.-C.Chastant-Morand: C'est une infraction connexe.

Qui dit infraction connexe vis-à-vis de l'infraction principale, dit quand même qu'il y a une connexité, que c'est lié. Il y a un lien entre ces 2 infractions. Mais c'est le choix de la chambre de l'instruction.

En ce qui nous concerne, nous, parents du petit Grégory, Christine et J.-M.Villemin, nous avions pris le parti de ne pas nous prononcer.

Nous estimions qu'en définitive, ce n'était pas notre rôle, puisque nous sommes partie civile, que c'était le rôle du parquet général en amont pour les réquisitions. Ensuite, la décision de la chambre de l'instruction a été rendue par 3 magistrats, en collégialité. Nous n'avions pas fait de mémoire.

Nous n'avions pas pris parti. Nous n'avions qu'un mot d'ordre: la poursuite de la recherche de la vérité. - A.-E.Lemoine: Qui n'a jamais quitté le couple Villemin depuis 40 ans. - E.Tran Nguyen: Pour cette recherche de vérité, il y a eu beaucoup d'expertises menées: enregistrements de la voix du corbeau, ADN retrouvé sur l'anorak de Grégory, les cordelettes qui ont servi à l'entraver, les lettres...

Mais ces analyses n'avaient rien donné. - Il faut continuer à travailler avec les progrès de la science et avec des choses plus classiques. Ce n'est pas un examen technique, un examen scientifique qui, seul, donnera la solution de cette affaire.

Ce n'est pas parce qu'on trouvera un nom que, nécessairement, nous aurons la solution. Il est raisonnable de penser qu'un examen technique ne tranchera pas le noeud gordien de cette affaire. Ca devra toujours être confronté aux nombreux éléments de l'enquête. - E.Tran Nguyen: Au bout de 40 ans d'enquête, est-ce qu'on peut encore compter sur les évolutions, les progrès techniques? - Me M.-C.Chastant-Morand: Je le crois.

Au niveau de l'ADN, puisque nous avons des profils d'ADN dans ce dossier...

La pièce essentielle, c'est la lettre de revendication. Il y a des ADN mélangés. On n'est pas encore capable de faire parler les ADN mélangés.

A mon avis, ça va venir très vite. On pensait que ça viendrait. Je crois que le logiciel n'a pas été homologué. - E.Tran Nguyen: Au bout de toutes ces années, ça n'a pas été altéré et complètement effacé? - Me M.-C.Chastant-Morand: Peut-être, bien sûr.

Mais on a quand même un profil. Si on arrive à extraire l'ADN, à l'isoler, si c'est l'ADN de personnes au centre de cette affaire, c'est quand même l'ADN de quelqu'un qui aurait écrit et posté cette lettre. C'est quand même essentiel.

Nous croyons que l'ADN n'a pas dit son dernier mot. Nous croyons également, mais ça, c'est à voir, éventuellement, à l'expertise des voix. Nous savons que nous avons un profil vocal, une empreinte vocale, vous et moi.

Si on parvient à isoler l'empreinte vocale, puisque nous avons beaucoup d'enregistrements du corbeau, et à comparer cette empreinte vocale avec d'autres empreintes vocales, peut-être, et je dis bien peut-être, car je suis extrêmement prudente, surtout après toutes ces années...

Pour répondre à votre question, "est-ce qu'on peut encore croire aux progrès de la science", j'ai la faiblesse de dire oui. - J.-A.Richard: Moi, je suis devenu pessimiste, au fil des années.

L'affaire Grégory, c'était il y a 40 ans. Je suis devenu pessimiste. J'attends.

Il va y avoir une bagarre juridique très importante. On va voir. Tout est ouvert.

Ca fait vraiment beaucoup d'années.