Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLa parole de Jean-Luc Mélenchon· 10 juillet 2026 62 min

Jean-Luc Mélenchon au Village du Off du Festival Off d'Avignon

Source d'origine 4 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:20
Locuteur 2

Pas question. Des choses qui ont du sens. Crier des slogans, des mots d'ordre. Des choses qui ont du sens. Merci, monsieur, d'y avoir pensé. Ça me fait du bien. Mais je préfère Résistance, ce que vous voulez, mais pas mon nom. C'est trop con, quoi. Alors, monsieur... Non, pardon, c'est pas ça. Vous avez compris ce que je voulais dire. Ma langue me coûte cher.

0:40
Locuteur 3

Alors, monsieur Mélenchon, bonsoir. Merci d'avoir répondu à la lettre ouverte que nous avons adressée à tous les candidats et les candidats aux potentiels candidats et candidats aux élections présidentielles parce qu'il nous a paru inconcevable que la culture et le spectacle vivant ne soient pas mis en avant dans les programmes des candidats et des candidats aux présidentielles. Dans un monde où on sait que la culture, c'est la création d'imaginaire commun, c'est ce qui peut souder un peuple. C'est aussi un véritable projet de civilisation et on sait que certains en ont.

Il nous paraît indispensable que les candidats et les candidats s'engagent, en tout cas nous racontent quelle est leur vision de leur projet culturel pour la France et pour nos citoyennes et citoyens. AFSC vous a invité. Nous vous remercions. Je suis l'un des deux présidents AFSC, Raymond Yana et l'autre président, président en compagnie et président théâtre. On va laisser ce débat se dérouler comme pour les autres candidats et candidates. Il va être tenu d'une main de maître par Marie Sorbier, de France Culture. Et on vous dit à tout à l'heure. Merci, chef.

2:04
Locuteur 4

Merci beaucoup. Bonjour à tous. Merci à tous et à toutes d'être là. Monsieur Mélenchon, vous vous êtes déclaré candidat le 3 mai. Vous avez ouvert le 7 juin à Saint-Denis la campagne présidentielle de la France Assoumise. Est-ce que vous allez faire en sorte que la culture fasse partie de cette campagne présidentielle ? Et puis, une deuxième question dans une, pour commencer largement cette première réponse. Votre programme présente les arts et la culture comme le cœur du progrès humain. Je vous cite. Quelle place concrète, je répète, concrète, représentera la culture dans votre projet présidentiel ?

2:38
Locuteur 2

Bon, alors là, c'est d'immenses questions. Installons-nous confortablement. Bon, c'était quoi le début ?

2:47
Locuteur 4

Est-ce que la culture va faire partie de la campagne présidentielle ? On sait souvent au plein qu'elle n'y était pas.

2:52
Locuteur 2

Oui, oui, c'est pour ça que ça m'a bien piqué l'oreille. Il faudrait. Mais pour être honnête, moi, j'y peux rien. Si vous faites rien, il ne se passera rien. Vous aurez une campagne présidentielle avec comme thème numéro 1 la sécurité, thème numéro 2 la sécurité, thème numéro 3 l'immigration, thème numéro 4 la sécurité, thème numéro 6 l'immigration. Voilà. Et on a déjà vécu, je vous rappelle, au moins une campagne de cette nature. En 2022, le sortant, on n'est même pas venu discuter de quoi que ce soit. Et à l'époque, nous, on avait commencé avec un projet un peu... Je reconnais que c'était bon, ça n'a pas grand sens. On a voulu parler de l'eau, du cycle de l'eau.

Bon, on avait fait un très beau truc, un meeting en réalité augmenté, tout ça pour rien, on n'a pas pu en parler une seule fois.

Alors, par contre, notre intérêt est qu'il se passe quelque chose sur le plan culturel, et comme je sais qu'il y a ici, je suppose, pas mal de professionnels et de gens engagés, ou pas professionnels, mais engagés dans la bataille pour faire vivre la culture, je vous supplie d'agir et d'utiliser la campagne présidentielle pour vous singulariser, vous montrer partout, imaginer des commandos culturels qui font des descentes pour expliquer, démontrer, faire du spectacle vivant, et donc mettre en mouvement toutes les facettes de ce que nous, nous considérons comme la culture vivante.

Mais, pour venir à la partie numéro 2 de la question, puis essayer de rassembler, sans que ça soit interminable, pourquoi le moment appelle ça ?

Parce que le moment, il est super culturel, au sens de, ça engage la vision qu'on a de la vie, des relations entre les êtres humains, bon, et on est pris en tenaille, bon, c'est une lutte difficile à ce moment, parce que vous êtes en difficulté, d'année en année, tous les budgets ont été réduits, on est entré dans des phases d'appauvrissement en général, d'abord de ceux qui travaillent, et d'appauvrissement parce que, comme on me l'a très bien expliqué ce matin, c'est clair que, quand les budgets baissent, qu'il faut faire appel à beaucoup de mécénats, parce qu'il n'y a pas d'argent public, eh bien, les moyens qu'on met en œuvre pour un spectacle, ils sont sous deux emprises, un, ne pas prendre de risques pour avoir de beaux résultats, et deux, ne pas sortir trop de la norme commune pour ne pas faire du scandale, qui provoque, alors ça, c'est deux choix qui sont contre-culturels.

Ça m'amène, bon, au passage, parce que ça me démange depuis tout à l'heure, bon, le maire de cette ville, non, ça en vaut pas la peine, mais le gars, il dit, pardon, je ne dis pas son nom, parce que je ne vais pas en faire une affaire personnelle, mais si vous voulez, c'est un tel concentré que c'est un bonheur pour la polémique. Le gars, il dit, vous avez le droit, mais il faut que ça soit neutre. Mais là, qui ? Alors, ça porte un nom, ça, parce que tu te dis, mais on est gêné. Non, c'est malaisant d'entendre ça. Alors, tu te dis, bon, bah, oui, c'est du Molière, quoi. C'est le bourgeois gentilhomme, le gars, il ne sait pas qu'il est en train de dire une bêtise plus grosse que lui.

Il ne sait pas qu'il fait de la prose, il ne sait pas qu'il fait du lourdeau, là. Alors, bon, alors, bon, le bourgeois gentilhomme, c'est peut-être... Tartuffe, on va prendre... Tartuffe, c'est neutre, hein. Bon, l'autre, il a failli aller en tôle pour ça. Je ne sais pas, parce qu'on est à Avignon, c'est trop drôle, non ? Je dirais, monsieur Antigone, ça vous dit quelque chose ? Ça fait 2000 ans que ça dure. Qu'on prend comme héroïne une femme, déjà, c'est pas rien. Et en plus, qu'il dit non, alors, pour terminer le tableau. Donc, cet homme n'est pas au courant que la culture est forcément une protestation, ou, même sans être une protestation, une interpellation de l'ordre des choses, hein.

Voilà. Sinon, c'est autre chose. Ça s'appelle, je ne sais pas quoi, de la propagande, du répondeur automatique, ou ce que vous voulez. Mais ce n'est pas l'activité culturelle. Alors, pour répondre avec le plus de précision, j'ai dit, on est pris dans un étau. D'un côté, un système, un mode de production, qui est aussi un mode de consommation. Mais d'abord, je commence par mode de production capitaliste, et qui est entré dans une phase bien spéciale, où, pour que l'accumulation se fasse, il faut faire disparaître l'État et l'activité publique, tout doit devenir un marché, inclut l'art et la culture. Et ça marche pas mal.

Ils se sont assez bien débrouillés pour la capter, l'encadrer, l'organiser. Alors ça, c'est le premier morceau de la tenaille. Et cette partie de la tenaille, le capitalisme, c'est pas juste qu'ils font du profit. C'est que, c'est un mode d'accumulation, mais c'est un mode de normalisation. Pour que le produit se vende beaucoup, eh bien, il faut qu'il soit à une norme. Donc, c'est une entreprise de réduction du goût et de l'appétit. Pour donner un exemple qui soit pas trop abstrait, c'est la Commission européenne qui invente que pour faire du vin rosé, il n'y a qu'à mélanger du vin rouge qui coûte moins cher avec du blanc. Voilà. Ils ont inventé ça.

Alors évidemment, tout le monde est allé les voir pour dire que c'est complètement dingue, vous savez pas ce qu'est un vin... Alors nous, les Français, évidemment, on passe pour des alcooliques permanents, donc ils se sont venus, bon, c'est les Français, mais d'autres sont venus aussi pour dire vous êtes complètement dingue, ce que vous décrivez n'existe pas. Mais l'homogénéisation, la normalisation du goût fait partie des objectifs. Le capitalisme, c'est pas seulement transformer tout en marchandise, c'est qu'il faut que vous en preniez encore et encore et encore. Et donc, il va essayer, par la force des choses, de vous proposer quelque chose et d'éliminer le reste.

même si c'est pas son projet au départ, parce qu'il est prêt à prendre tout ce qu'on veut, mais il va le faire. Et puis de l'autre côté arrive l'autre bout de la tenaille, c'est, ben, comme ce système est en crise, il a mis en place ses appareils politiques pour contrer la crise. Ses appareils politiques, c'est les fascistes. Alors nous, on appelle ça les suprématistes, parce qu'on a trouvé que le mot collait bien pour mélanger plusieurs variétés, sans que ça provoque à chaque fois des polémiques pas possibles, tu traites de nazi quelqu'un, bon, c'est toute une histoire, parce que c'est vrai que c'est une accusation grave et que...

Donc on va pas faire comme ça, on va dire suprématiste, pourquoi ? Parce qu'ils ont une vision de l'ordre du monde, c'est en ça qu'ils rendent service au système. Mais leur vision de l'ordre du monde, c'est une hiérarchisation du monde. Pour eux, l'ordre, c'est la hiérarchie. Alors, il y a en haut, les blancs, ensuite, en haut, et pour tout le monde, les hommes, par rapport aux femmes, ensuite, les êtres humains, par rapport à la nature, etc., etc. Le suprématisme, c'est une hiérarchisation générale de tout. Et à l'inverse, nous, enfin, notre culture dans ma famille d'idées, c'est le contraire.

C'est-à-dire, l'ordre, c'est l'observation du pullulement de la diversité et de sa capacité à faire surgir sans cesse du neuf. Voilà. C'est la raison pour laquelle nous, on est consubstantiellement liés à la diversité parce qu'à partir du moment où elle s'éteint ou que cette puissance de l'imagination vient à baisser, nous baissons parce que ce sont nos bases. Si vous n'êtes pas éduqués, un gosse, il arrive, il faut qu'il apprenne, c'est pour ça que la société lui préexiste. Il faut qu'il assimile les codes, y compris pour pouvoir les mettre en cause. Par conséquent, nous sommes dressés à être conformes. Et c'est la culture qui nous aide à ne plus l'être ou à l'être d'une autre manière.

Pas de culture, nous sommes, nous pourrions être des robots. Et d'ailleurs, on va voir ça parce que ça viendra à un autre moment. Laissons les robots pour l'instant. Mais restons sur ce moment-là, nous et ce rapport à la culture. Vous avez vu les réactions qu'a provoqué notre percée sur la question de la créolisation. L'idée était, hein, c'était un truc tout bête, un truc d'Edouard Glissant, mais on dit, ben voilà, les êtres humains ont tendance à créer, par la culture, de la mise en commun. Et cette mise en commun, ben, c'est forcément un surgissement du neuf auquel personne n'avait pensé avant, parce que celui-là, il vient de l'autre bout du monde, il cause avec celle-ci, enfin bref.

Et aussitôt, c'était frappant à voir, parce que maintenant, on a pris l'art de leur poser des pièges. C'était frappant de voir comment, au fond, nos contradicteurs aspireraient à un ordre immuable qui n'a jamais existé. Moi, je me suis vraiment beaucoup amusé. J'ai dû renoncer à quelques débats, hélas pour moi, parce que c'était les vacances, tout ça, enfin bon, mais j'ai vu des gens venir m'expliquer que je voulais faire disparaître le français. Alors bon, très bien. Et puis comme je voulais faire disparaître le français, aussi le peuple français lui-même. Pourquoi pas ? Vaste entreprise, hein. Mais, moi, je les attendais sur un terrain. Vous défendez la langue française ?

Ah ouais, il paraît. Vous êtes au courant que c'est une invention politique, la langue française ? Ça n'existe pas. Quand François 1er décide qu'on va parler français, c'est le parler d'un recoin de l'île de France. Le gars, il fait ça, il aurait pu choisir le Provençal, il aurait pu choisir l'Occitan, c'est-à-dire des langues que beaucoup de gens parlaient. Non, il choisit une langue, justement parce que personne ne la parle. Et pourquoi ? Parce que son but est politique. Quand il y a conflit, il veut que ce soit lui qui l'interprète.

11:59
Locuteur 4

Mais concrètement, comment on la protège, cette diversité ?

12:02
Locuteur 2

Eh bien, déjà, il faut faire admettre... Ah, mais déjà, il faut faire admettre... Qu'est-ce qu'on fait ? Oui, oui, ok, la question est bonne. Il faut déjà faire admettre que c'est ça l'idée. Parce que vous avez deux approches de la culture. L'approche convenue, c'est la culture, elle aussi est un moyen de hiérarchisation. C'est-à-dire, moi, je vais au spectacle. J'ai vu la pièce, d'accord, je suis con parce que je parle de neutralité, mais je crois aux bons auteurs. Pas de bol, il n'y en a pas un qui soit conforme. Même Racine, il fiche la pagaille, ne parlons pas de Corneille. Je veux dire, pour les choses classiques, le gars, il n'est pas au courant. Donc, c'est ce que je disais.

Mais pour eux, la culture est à nouveau un moyen d'hierarchiser. Il y a ceux qui en consomment, qui sont capables de l'apprécier, et puis les autres. Et les autres, on leur sert, quoi qu'ils prennent, c'est une nourriture frelatée. Donc, le jazz, musique de merde. Jusqu'à ce que ce soit le mec plus ultra d'aller écouter ça. Et ainsi de suite. Et ce chemin fait de la culture, une manière, un attribut social. Donc déjà, première idée, que nous, ceux qui y croient, on commence d'abord par arrêter avec les complexes. Et admettre que notre substance et cette diversité, c'est le surgissement du neuf. Si vous allez voir pour la dixième fois, Macbeth, puisque ça se joue ici, pourquoi vous y allez ?

Parce qu'il va être joué autrement. C'est pour ça que vous y allez, si vous l'avez déjà vu une fois. Et ainsi de suite. Donc, vous êtes, comme être humain, en appétit de découvertes, de nouveautés, de choses qui vous percutent. Les hommes préfèrent les femmes, pas de leur coin. Dans les pays où tout le monde est brun, les autres préfèrent les blondes. Et inversement, je blague, hein, c'est... Vous le prenez pas mal. Mais on a un goût, un appétit pour... Ah, c'est surprenant ! Des yeux clairs, ça surprend beaucoup de gens. Des yeux sombres, dans le cas... Les êtres humains, on est comme ça. On a envie d'être émerveillé, on est prêt à l'être.

Allez voir dans une grotte, je vous jure qu'il faut y aller, hein. Allez voir les grottes préhistoriques, et vous allez être mis en contact avec qu'est-ce qui pouvait bien les épater au point de venir se foutre au fond d'une caverne avec une torche pour regarder des dessins qu'ils avaient faits. Donc, comment on fait ? Ben, on entretient les conditions. Mais d'abord, ça commence par nous. La première capacité d'entraînement, elle est en nous. Et si nous, nous acceptons d'être normalisés, que nous acceptons l'idée qu'il y a une culture neutre, que, au fond, peut-être que les fachos ont raison, il ne faut pas trop provoquer. Mais c'est l'essence même de l'acte culturel de provoquer.

Par conséquent, ça n'existe pas, la culture conforme. Ça s'appelle du dressage, la culture conforme. Et c'est le moment de cette grande bataille. Au milieu, il y a des gens... Au milieu, il y a des gens qui ne servent à rien, qui bavardent. Alors, bon, combien ça coûte ? C'est le refrain habituel, quoi. Combien ça coûte ? Eh, combien vous allez mettre d'argent ? Ça me saoule. Combien ça coûte ? Écoutez, qui est-ce qui calcule le malheur ? Vous voulez me parler du prix de la culture ? Parlez-moi du prix de la non-culture. C'est combien ? C'est combien un peuple d'abrutis ? Ça coûte combien ? Eh ben, je vais vous le dire ce que ça coûte. Ils font n'importe quoi.

Ils font la guerre, ils trouvent normal d'exterminer les gens,

15:11
Locuteur 1

ils trouvent normal de dominer. Voilà. Alors, elle va vous transformer ça en viking. Elle n'est pas là pour ça. Elle n'est pas non plus. Non, mais...

15:23
Locuteur 2

Il faut retenir la question. Donc, ça ne coûte pas trop cher. Alors, bon, pour faire le type sérieux et raisonnable, je vais vous donner un exemple. Ah non, c'est les mis ailleurs. Donc, c'est pas là.

15:34
Locuteur 4

Non, mais puisque vous parlez... Oui, comment on fait ? Est-ce qu'on a une mesure concrète à proposer ? Est-ce que vous allez proposer une mesure ? Vous arrivez, vous, président, qu'est-ce que vous faites pour maintenir cette créolisation de la culture dans notre pays ?

15:44
Locuteur 2

Voilà. Je liquide l'Empire Bolloré.

15:57
Locuteur 1

Non, c'est une malédiction. Tout ce que je touche se transforme.

16:07
Locuteur 2

Bon. Alors, pourquoi ? Parce que c'est le prototype de la machine à broyer, à uniformiser. Alors, je ne connais pas le gars. Il défend son idée. C'est sa vision du monde. Je me rappelle, un jour, il avait parlé d'une Panzerdivision à propos de gens qui jouaient du Bignou sur le... sur le... Oui, Panzer Bignou, il avait appelé ça, sur les Champs-Elysées. Je me suis là, puis non, il s'en trimballe une couche, s'il voit ça comme ça. Alors, mais impossible de laisser de tels empires exister. Si nous le laissons faire, c'est fini. Dans deux, trois ans, il aura tout dominé. Ça vous vient à l'idée, vous, un jour, que Fayard allait devenir une maison d'édition dirigée par des fachos ?

Mais ça a un vraisemblable. C'est là que beaucoup d'entre nous ont appris à lire l'histoire. Que d'autres, comme Grasset, on pense qu'on veut de... Mais non, quoi, pas ça. Or, ils vont tout uniformiser. Tout amener dans le même... dans le même règle. Donc, on ne doit pas le laisser faire. Mais ça dépend aussi quelle idée on se fait de la culture. Si tu considères que c'est une production comme une autre pour occuper les gens, comme tu leur vendrais des cacahuètes ou je ne sais pas quoi, bon, où est le problème, M. Mélenchon ? On voulait tout collectiviser. J'ai vu qu'il y en avait un encore qui me traitait de stalinien qui voulait je ne sais pas quoi. Bon, encore une débilité de culture.

Il ne sait pas la différence entre trotskistes et un stalinien. Bon. Et... Non, mais je ne me mets pas dedans. C'était juste pour blaguer, les gens. Bon. Mais tout ça est absurde parce que... On ne parle pas... On parle de quelque chose qui a à voir avec ce qu'il y a de plus fondamental dans un être humain. Mais je pourrais vous en parler pour la cuisine ou pour le reste. Il y a des fondamentaux. Les empires, les trusts doivent être liquidés et mis dans la main de ceux qui peuvent légitimement avoir le droit d'avoir un mot dessus. C'est-à-dire, la sélection... À qui appartient un journal ? On pourrait dire à ses propriétaires. On peut avoir une deuxième version à ses abonnés. Bon.

Ben, t'achètes un journal, c'est que t'as l'intention d'y trouver un certain nombre de choses. Si tu trouves toute autre chose dedans, t'as quand même le droit de dire « M'attendez, c'est une arnaque votre affaire. » Moi, j'ai acheté... Je vais pas dire de nom de journaux parce que je vais me faire encore des histoires. Pour où j'en suis. Alors, donc... Ça, c'est pour le côté première mesure. Parce que ça coûte rien, ça aura lieu... Voilà comment ça va se passer. On gagne en mai. En juin, on élit l'Assemblée nationale avec une majorité à nous. Et en juillet, il y a la cession parlementaire extraordinaire et la première loi qui arrive, pour que c'est celle-là, démantèle l'Empire.

Il y aura auparavant la loi d'amnistie pour enlever les amendes que les pauvres gosses ont ramassées qui sont empilées et qui les ruinent. Et puis après, on passera à celle-là directement. Donc, vous voyez... Ah non, attends, j'en ai oublié un bout, pardon.

18:49
Locuteur 4

Allez-y.

18:50
Locuteur 2

Ben oui, parce qu'après, vous allez me dire « Elle est sous, elle est sous. » Ben oui, il faut en parler. Ils ont raison d'en parler.

18:54
Locuteur 4

Mais est-ce qu'on passe au 1% du budget de la culture ? C'est une mesure qu'on entend souvent. Est-ce que...

18:58
Locuteur 2

Ouais, non, ça, c'est pas assez. Il faut prendre... Non, mais attendez, vous allez voir pourquoi je vous dis ça. Bien sûr qu'il faut qu'on y passe. Mais les gens, là, pourquoi vous mangez petit comme ça, là ? Qu'est-ce qui vous prend ? Vous trouvez normal de dépenser 2,5 du budget, du PIB du pays, pour acheter des armes dont vous savez même pas à qui vous allez les jeter ? Et ça vous bloque de dire 1% du PIB pour la culture ? C'est la ligne qu'on doit se donner. Comme on s'était donné la ligne d'avoir 1% pour la coopération internationale. Mais tout dépend de l'idée qu'on s'en fait. C'est un bien précieux essentiel ou pas. Prenons un autre exemple.

Si on disait, bon, bah, attendez, c'est l'État qu'à l'eau. Parce qu'il y a bien un moment où la flotte, qui est un bien commun, soit on va la rationner, on va la traiter autrement. Bon, bref. Alors, combien il vous en faut pour vivre ? C'est ça la question. Combien il vous en faut pour vivre ? En dessous d'une certaine quantité, vous êtes mort.

19:49
Locuteur 4

Et alors, combien le budget de la culture ?

19:51
Locuteur 2

Si 1% c'est trop difficile ? Je pense que 1% du PIB, c'est un bon objectif. Je ne dis pas qu'on y arrive d'un coup, mais il vaut mieux le dire avant, parce que sinon après on dit, ah, c'est encore des sous jetés par la fenêtre. Mais non, ce n'est pas jeté par la fenêtre. Tout à l'heure, on va peut-être parler des conditions économiques de l'action culturelle. Mais là, on est sur les principes. Vous avez voulu que ça commence comme ça, on fait ça. On est sur les principes. Donc, on doit décréter que c'est une activité fondamentale et qu'il y a des gens qui savent le faire. Ben Dieu, tout le monde ne sait pas le faire.

Être créateur, écrire des pièces de théâtre, écrire de la musique, la jouer, tout le monde n'est pas capable de le faire. Pour l'instant, peut-être qu'une humanité future sera tellement améliorée, tellement que ça se fera. Mais ce n'est pas le cas. Donc les gens qu'on a qui sont comme ça, il faut les chouchouter. C'est comme ceux qui en ont plein la cervelle, il faut les chouchouter parce qu'on a besoin d'eux. On le sait tous. Moi, je ne sais pas faire des choses que vous savez faire et vous, vous ne savez pas faire des choses que je... C'est pour ça, d'ailleurs, qu'on forme un collectif humain. Voilà comment moi, je me représente la chose.

20:48
Locuteur 4

Comment on sanctuarise ce budget de la culture ? Je pense, on a beaucoup entendu ces derniers temps, et ici, j'imagine que les gens vous en ont parlé, beaucoup dans les collectivités territoriales, des régions ont coupé des subventions, des mairies coupent des subventions, des festivals s'annulent, des pièces s'annulent. Comment vous répartiriez le financement entre l'État et les collectivités territoriales ? Comment on décentralise ? Est-ce qu'on décentralise ?

21:08
Locuteur 2

Pardon de vous contredire, mais ce n'est pas du tout, on ne va pas commencer à savoir... D'abord, on peut organiser ça autrement, ça c'est sûr. Mais c'est un autre débat, on ne va pas le pourrir ici, de savoir la compétence générale, si oui ou non, ça s'applique. En ce moment, c'est la... On va voir ailleurs, partout.

21:24
Locuteur 4

Est-ce qu'on décentralise le financement de la culture ?

21:26
Locuteur 2

Attends, le point de départ, c'est la ressource. En fait, vous vivez dans un pays où vous avez 46 000 personnes qui sont ultra riches, qui ne payent pas un euro d'impôt. Donc, la première des choses à faire, c'est remplir la caisse, pardon. Ce n'est pas démagogique ce que je suis en train de dire. C'est juste de dire tout le monde paye. On a le droit quand même de dire ça. Et d'interpeller ceux qui ne veulent pas payer. Vous paierez de force. Voilà. Pardon, mais ce n'est pas des petites sommes, hein. Ce n'est pas des petites sommes dont on parle. L'État a été appauvri méthodiquement.

On vivrait quasiment dans une société communiste si on rétablissait le niveau d'impôt qu'il y avait sous Jacques Chirac, première version. Non, mais c'est vrai. Ils ont vidé la caisse méthodiquement pour dire « Ah, vous voyez, ça ne marche pas. » On a élu, paraît-il, le Mozart de la finance, qui se suit, là, de sa troupe de mauvais orchestres, là, qui prétend qu'il vaut faire mieux derrière. Comment M. Édouard Philippe peut... Parfois, il ne faut pas dire de nom. Comment tous ces gens que je vois osent rappliquer, alors qu'ils soient responsables, d'avoir fait 1 000 milliards de dettes et ils me cherchaient des poux en disant que moi, j'allais faire 100 milliards de déficit.

1 000 milliards ! D'accord ? La caisse a été vidée sciemment. Le pays a été endetté sciemment pour arriver à ce résultat, qu'on ne puisse plus parler de rien. Et dès qu'il y en a un qui dit « Ah oui, mais ce n'est pas l'essentiel. » Bon, très bien, si vous décidez que la culture n'est pas essentielle, ok, c'est un point de vue, ce n'est pas le nôtre. Donc, comme elle est essentielle, on va prendre sur ce qu'on va ramener dans la caisse de l'État. C'est pour ça, moi, quand je rencontre des patrons, ça m'arrive, hein, puis en ce moment, on est un peu à la mode, donc ils veulent voir de plus près le diable en personne pour discuter avec moi. Alors, bon, on discute !

Mais genre, à chaque fois, je dis les mêmes choses, s'il vous plaît. les baisses de cotisations et les impôts et tout ça, une autre fois, hein, ça, on va parler de production. Qu'est-ce que vous produisez, vous ? Combien vous avez investi l'année dernière ? Qu'est-ce qu'on peut faire ? Voilà des bonnes questions. Ça, ça concerne le pays. Ben là, c'est pareil. On va parler de combien on va faire rentrer, pas pour faire rentrer du fric ou punir ceux à qui on le prend, mais par rapport aux besoins. Donc, il faut commencer par les évaluer sérieusement. Et ça, avec les professionnels, il y a plein de discussions à avoir dans tous les compartiments. Là, je parlais des patrons.

Il y a aussi des patrons dans le monde du spectacle. Mais il y a aussi beaucoup de gens, des praticiens. Et là, il y a une discussion à avoir. Bon, on fera un projet de loi de finances. Et on va commencer. Alors, est-ce qu'il faut, on doublera. Et puis, on va trouver les sous. C'est pas compliqué de trouver des sous. Ce pays est riche, les gens, hein, si vous le savez pas. Il est plus riche que jamais de son histoire. Mais alors, la répartition, bonjour. C'est la plus inégalitaire qu'on a eue depuis presque, je sais pas, presque un siècle. Voilà. Donc, pas de problème avec ça.

24:05
Locuteur 4

Je reviens quand même sur la décentrisation culturelle. Comment feriez-vous ? Quel pouvoir délègueriez-vous aux régions ? J'entends culturellement parlant. On a eu beaucoup de rencontres ces jours-ci. Les gens ont témoigné à quel point c'était difficile de parler avec leurs élus locaux, parfois, parce qu'ils étaient face à de la censure, ils étaient face à de l'incompréhension. Il y a aussi un problème de différence entre les régions. Il y a des régions plus riches que d'autres régions. Donc, comment on fait quand on délègue la compétence culturelle aux régions ? C'est ce que vous feriez ? Et comment ça se passe ?

24:31
Locuteur 2

Ouais, bon, là, ça tombe un peu mal, parce que, moi, les régions actuelles, c'est bon, quoi. Il faut changer tout ça de fond en comble. Pourquoi ? Parce qu'elles ont été imaginées à une autre période par des gens d'un autre siècle. Bon, les régions comme elles sont aujourd'hui, c'est Hollande qui les a imaginées, donc c'est une période entre le Moyen-Âge et l'Antiquité. Non, je blague, c'était pour rire, hein. Mais, bon, ça dit que les régions sont là pour assurer la compétitivité des territoires, blablabla, blablabla, l'aménagement, bon, le truc, bon, il faut être compétitif, voilà. Mais, sauf que, c'est pas le problème.

Il y a l'urgence aujourd'hui, c'est pas pour un territoire, ce qu'ils appellent un territoire, d'être compétitif par rapport à un autre. C'est-à-dire en compétition, en opposition, c'est moi le meilleur et que je te baisse les coûts sociaux et que je te diminue les impôts et que je donne pas de sous. On connaît tout ça, mais c'est pas ça l'urgence. L'urgence, c'est qu'il faut que quelqu'un s'occupe dans ce pays pour de vrai et à fond de la transition écologique, de la bifurcation écologique et du fait que nous sommes organisés pour vivre dans un climat qui n'existera plus jamais.

Il y a donc urgence à la mobilisation et il faut une structure, d'où l'idée des co-régions qui s'occupent de l'eau, de l'air, de la capacité vivrière de la terre et de la santé publique victime de crises politiques comme le diabète, le cancer et ainsi de suite. Donc ça, c'est l'urgence. Alors, la pratique culturelle, il faut la mettre ailleurs, soit dans les départements, soit dans les communes. On a intérêt à trouver des bailleurs de fonds qui soient capables de mobiliser des sommes suffisantes pour avoir des productions ambitieuses. On peut partager, mais parlons pas des régions, parce que pourquoi elles passent à une autre activité ? Et aujourd'hui, c'est pas ça qui se passe.

Ce qui se passe, c'est que tout le monde se défausse. Moi, j'ai connu une situation où tout le monde gueulait pour avoir la compétence générale. Ça s'appelle comme ça. Tout le monde voulait se mêler de tout. Ils ont donné plein d'arguments. Maintenant, c'est l'inverse. C'est de dire, attends, qu'est-ce qui est marqué dans mon papier ? La culture, ça ne me concerne pas. Salut, il va y avoir l'autre. La région ou le département. Donc, il faut la réattribuer. Bon, ça se discute honnêtement. Je ne sais pas qui je le donnerai prioritairement. Mais je pense qu'il faut un échelon qui permette de mobiliser des sommes suffisantes.

Il ne faut pas penser la pratique culturelle comme un petit machin comme ça, là, je fais ça dans mon coin. Non. Toute politique, c'est toujours à échelle... Par exemple, si vous avez un spectacle à donner, il est clair que si vous avez le temps de le préparer, ça coûte des sous. Ensuite, si vous ne le préparez pas, il sera de moins bonne qualité. Quand vous le faites, la première fois, c'est pas mal. Ça grince un peu. La deuxième, c'est plus fluide. La troisième, ça y est, vous le maîtrisez. La quatrième, c'est comme les campagnes électorales, vous gagnez. Voilà. Alors, c'est un peu...

27:29
Locuteur 1

C'est le même...

27:30
Locuteur 4

Faut-il arriver à cette quatrième fois ?

27:33
Locuteur 1

Pardon, à cette heure, je blague beaucoup.

27:34
Locuteur 4

Faut-il arriver à cette quatrième fois ? Parce qu'il y a aussi un problème de diffusion, puisque vous êtes en train d'en parler. Mais oui. Les spectacles tournent peu, et quatre représentations, c'est beaucoup maintenant.

27:41
Locuteur 2

Je ne sais pas, je ne suis pas un professionnel, mais je sais qu'il faut donner, il faut arrêter de tout penser dans le temps court. C'est une de mes guerres. Le capitalisme est un système de temps court, c'est-à-dire qu'il assure la rotation entre l'argent et la marchandise la plus nombreuse et la plus rapide possible. Et il a réussi à imposer ce tempo jusque dans la culture. Une fois, je me suis fait la réflexion que les durées de séquences dans un film avaient dû être divisées par deux ou trois ou quatre en même pas 50 ans, 40-50 ans. Et quand on regarde les premiers films parlants, on dit, ah ouais, c'est lent, parce qu'avant, c'était muet.

Donc les gens ont pris l'habitude que ça prenne du temps pour bien comprendre de quoi ils retournent. Non, on y a introduit ça. Et un plan, maintenant, c'est quoi ? 30-40 secondes ? Et nous-mêmes, on ne sait plus être patient. C'est-à-dire, si on t'amène un produit avec des séquences longues, ben, tu vas zapper. Parce que, ah, ça se traîne, qu'est-ce qui se passe ? Ah, c'est encore elle. Bon, voilà, tu vois. Et il faut se guérir de ça en allant de temps à autre regarder des choses qui prennent du temps, où il ne se passe rien pendant un moment, pour se rééduquer à ce qu'est la vraie, le rythme dans lequel nous entrons dans la réalité.

Peut-être que nous sommes devenus tous frénétiques, parce que notre culture nous a dressés à devenir frénétiques. Mais le rythme de la vie, ce n'est pas celui de la frénésie. Une année, c'est long, hein, pour faire le tour du soleil pour la planète. Donc, oui, on a besoin de tout ça. Et pour ça, il faut un statut social pour ceux qui pratiquent. Mais, si vous permettez, je veux juste venir, quand même, pour que... Tout à l'heure, je me suis un peu raté là-dessus. On vous amène toujours l'argument de l'efficacité économique. Alors, M. Mélenchon, vous voulez dépenser des sous pour des gens dont on ne sait pas très bien ce qu'ils font. Et puis, d'ailleurs, est-ce vraiment sérieux ?

Jouer de la musique, pousser des cris, etc. Enfin, bon... Alors, bon, non. Bon, alors vous dites, il y en a 700 000 qui font ça. Ah oui, ah, quand même. Ah, bah oui. Ah, tiens, votre fils aussi. Ah, ça tombe bien.

29:41
Locuteur 4

Et il y a 65 millions de spectateurs. Le chiffre est tombé, en 2024.

29:44
Locuteur 2

Bien sûr. Et c'est pas tout. C'est qu'en plus, on m'a dit quelque chose que j'ai trouvé extrêmement intéressant sur le plan politique. C'est que les théâtres se remplissent. Ils se vident pas. Donc, je savais pas. Donc, pour moi, j'y vois quelque chose. Une, un de ces nombreux signaux que la société envoie. Le décrochage entre les élites, ou supposées-t-elles, intellectuelles, médiatiques et autres, et la réalité est toujours plus grand. Cet aspect de la réalité n'apparaît pas. Comme n'apparaît pas ce que moi, je sens venir, qui est une sorte de bouillonnement.

Pour vous prendre un exemple, qu'il y ait 26 000 personnes qui viennent à un rassemblement politique comme à Saint-Denis, pas une minute, j'ai cru, que c'est parce que je suis beau garçon. Pourtant, j'aurais des raisons de le penser. Mais, j'ai compris que c'était pas nous, vous voyez ? Que c'était quelque chose qui se trouve dans le peuple français, qui bouge. Comme à la fête de la musique. Quelque chose bouge dans la profondeur. Tout à l'heure, ce que j'ai entendu au rassemblement...

30:42
Locuteur 4

Place de l'horloge ?

30:43
Locuteur 2

Ouais. Par la CGT.

30:46
Locuteur 4

Rassemblement organisé par la CGT ?

30:48
Locuteur 2

Comment vous dire ? Une sorte de... Le prenez pas mal, hein ? Des boboïsations. De la lutte culturelle. Quelque chose qui rapprochait les travailleurs du spectacle du reste de la mentalité du monde du travail. Les solidarités, le besoin de ces solidarités, la référence à des concepts communs, pas seulement je, je, je, alors que quand même, bon, la pratique culturelle, elle passe quand même par de l'individualisation. Il faut pas raconter de conneries. Ça passe par ça. Alors, moi, ce qui m'apporte quand on parle de tout ça, alors je viens de dire 700 000 personnes, mais je vais dire encore un truc. Nous sommes le premier pays pour les jeux vidéo. Tout le monde s'en fout.

C'est comme si ça existait pas. Mais ça devrait nous interpeller, non ? Et nous sommes dans un moment où le jeu vidéo a capté son public, des millions de gens passent par le jeu vidéo dans une ambiance de mépris suprématiste total. C'est-à-dire, celui qui joue au jeu vidéo, bon, il est pas bien malade, il s'enferme. Ce qui comporte, ça, par deux vérités. Mais c'est pas ça qu'il faut voir. C'est que c'est un jeu. Et c'est une vraie expérience émotionnelle. Et la plupart du temps, les êtres humains se construisent par des émotions, des pratiques émotionnelles, par désir mimétique et parce que vous le voyez. Sinon, vous savez pas que ça existe.

Vous allez au théâtre, vous allez découvrir des comportements. Vous écoutez de la musique. Si quelqu'un est capable de me dire ce que dit la musique, il aura fait un grand pas. On sait quand il y a des paroles, mais sinon, ça parle de quelque chose qu'on est incapable de nommer. Et ainsi de suite. Donc tous, nous passons par ces moments où nous nous construisons comme êtres humains par le spectacle. Et on commence comme ça. Quand on est môme, on joue. On n'est pas soi. On est un cow-boy, on est un indien. Je sais pas quoi on joue aujourd'hui. Moi, c'était les cow-boys et les indiens. Ma mère était à mort pour les indiens. Donc j'ai été bien éduqué pour les rouges dès le début.

Alors, c'est... Mais si vous voulez, on est fait comme ça. On est fait comme ça. Et d'où l'importance... Je termine sur mes jeux vidéo. C'est pas rien. C'est une industrie qui mobilise plus de fric que le cinéma. C'est pas rien quand même. Tant mieux, non ? Tant mieux. Qu'on fasse aussi ça, pas seulement des bombes et des drones. Eh bien, ça se passe dans le mépris. Et... Comment vous faites un bon jeu vidéo ? Maintenant, c'est en train de s'appauvrir, le jeu vidéo. Je joue pas au jeu vidéo. C'est le sujet qui m'intéresse intellectuellement. C'est en train de s'appauvrir parce qu'ils ont trouvé le moyen de le faire fonctionner, de vous vendre par petits bouts.

C'est extraordinaire, le capitalisme. Il rentabilise tout. Les temps morts, le personnage que vous êtes dans un jeu. Putain, ils sont trop forts. Nous, il faut qu'on en fasse du jeu, là. Qu'est-ce que vous foutez ? Pour qu'on ait... On a fait une fois ou deux. Mais c'est... Bien sûr. Alors, la première fois qu'on a parlé, on parlait en politique. Alors, on m'a dit qu'il faut gamifier la politique. Déjà, en anglais, j'aime pas trop. Alors bon, j'ai compris. Nous, nous... Oui, le jeu est permanent. Mais c'est une activité économique extraordinaire, non ? T'as vu ce que ça met en jeu ? Ça met en jeu du savoir numérique. Ça met en jeu... Mais à un moment donné, il faut trouver une idée.

Si t'as pas d'idée, il n'y a pas de jeu. Et tu peux pas avoir d'idée différente de celle du voisin si t'as pas été préparé à laisser en toi arriver le surgissement de la nouveauté qui est la création. Parce qu'on a vite fait de se fermer. C'est même ce qu'on apprend à faire. On apprend plus à se fermer qu'à s'ouvrir. Par conséquent, ça, c'est de l'activité culturelle. Elle va ouvrir. C'est bien pourquoi les fachos en ont si peur. Parce que ça ouvre l'esprit, le cœur, la créativité.

Et, bon, voilà pourquoi, pour ceux qui aiment bien à tout prix les notions de rentabilité et d'utilitarisme, je plaide que la culture est un aliment qui fait surgir des milliers de choses extrêmement rentables parce que sur les jeux vidéo, on paye des impôts, mon cher.

34:47
Locuteur 4

Mais puisque vous parlez de jeux vidéo, derrière les jeux vidéo, il y a aussi des créateurs, tout comme derrière les pièces de théâtre, il y a des auteurs, des metteurs en scène et toutes des équipes entières qui travaillent pour un spectacle. Je vous l'ai dit, il y a un chiffre incroyable qui est sorti, il n'y a jamais eu autant de spectateurs en salle. En 2024, 65 millions de spectateurs, c'est quand même un chiffre, on pourrait s'en réjouir, il n'y en a pas tant que ça. Et pourtant, j'imagine que vous l'avez entendu tout à l'heure, Place de l'horloge, le milieu est particulièrement inquiet. Moi, je ne l'ai jamais entendu aussi inquiet.

Effondrement des compagnies, le milieu dans toute sa complexité, dans toute sa diversité, crie alarme. Comment on fait ? En fait, ça veut dire que le nombre de spectateurs n'est pas d'abord le bon critère pour mesurer quelque chose. Quels seraient les bons critères et comment on fait pour aider ce milieu qui crée tous les jours, partout, dans les festivals, ailleurs, sur tout le territoire et qui aujourd'hui est en grand danger ?

35:36
Locuteur 2

D'abord, je crois que la société n'a pas compris le danger, elle n'a pas vu. et honnêtement, il y a un enjeu parce que les pratiques culturelles qui sont mises en danger, c'est un type particulier de pratiques culturelles, celles qui relèvent du collectif, celles qui relèvent de l'imagination et des pratiques individuelles. Mais vous avez un tas de gens pour qui la culture est une consommation, Netflix est suffisant, plus ce qui va avec. Et si vous décrochez, s'il n'y a pas d'offre alternative, bah, tout le monde fera comme ça parce que, bon, c'est évident puisque c'est évident en bas, allons-y. Donc, il ne faut pas qu'on se raconte d'histoires sur les limites du danger. Il n'y en a pas.

La seule limite au danger, c'est la résistance qu'on y oppose. Donc, sachons-le et vous avez raison d'abord. Après, ne racontons pas d'histoires. Il faut en mettre de quoi faire tourner le moteur. Il faut du fric. Si on va dire, on va retourner voir les gens pour dire, faites mieux avec moi, mais ils sont déjà à l'os. Stop, ça y est, c'est plus possible. On ne peut pas aller plus loin. Il faut donc qu'on réorganise ça et qu'on le réalimente. Et vous verrez, les amis, des fois, c'est remettre la machine en route qui est le plus dur. Je vais donner un exemple qui n'a rien à voir. Si, qu'à avoir. S'il y a culture dedans, l'agriculture. Bon. Non, mais attendez, je vous explique.

Il y avait 7 millions d'agriculteurs en 1945. Ok ? Il en reste 400 000. Vous voulez faire de la culture bio ? Il vous faut en faire venir au moins 4 à 500 000 peut-être. Où vous les trouvez ? Comment je fais ? C'est moi le président ? Je fais 1, 2, 3, 4, 5. Toi, tu es paysan. 1, 2, 3, 4, 5. Toi, va au lycée agricole. 1, 2, 3, 4. Non. Ça ne va pas se passer comme ça. Il faut donc qu'il y ait une envie d'y aller. Il y en a. Il y a de l'envie qui existe. Mais elle n'est pas suffisante. Là, j'ai dit des chiffres un peu exagérés sur ce dont on a besoin.

Mais il va falloir du monde parce que faire de l'agriculture vivrière, ce n'est pas pareil que de tout raser sur des kilomètres carrés et de venir avec des machines pour faire pousser quelque chose. Ok ? Donc, c'est pire, si j'ose dire. Produire un cultureux, une cultureuse, c'est plus compliqué, plus long, plus délicat que de trouver quelqu'un qui va savoir comment aller faire de l'agriculture. Je ne méprise pas du tout ce métier. J'explique. Donc, je vous mets en garde. Plus vous laisserez la machine s'écrouler, plus vous aurez de mal à la redémarrer après, s'il reste du monde pour vouloir la redémarrer.

Parce que le capital, il est capable de produire du spectacle qui fait peur, qui fait horreur, qui fait tirer la langue et tout ce que vous voulez. Pas seulement vous. Eux, ils sont capables aussi. Mais ça sera toujours le même produit. De masse. Tout le temps. La même chose. Pour que vous en bouffiez au point d'être addicts parce que vous n'aurez même plus l'idée qu'on peut faire autre chose. C'est toujours ça qui surgit.

38:24
Locuteur 4

Pour réalimenter la machine, pour reprendre vos termes, certaines structures culturelles utilisent le mécénat. Vous avez employé le mot tout à l'heure. Quelle est votre position là-dessus ? Je crois que vous prévoyez d'abolir les avantages fiscaux liés au mécénat culturel. Est-ce que vous confirmez cette mesure ?

38:44
Locuteur 2

Qu'est-ce que tu dirais, toi, Sarah ? Parce que là, j'ai mon Sarah Legrain, qui est députée de Paris, c'est elle qui s'occupe des questions culturelles. À vrai dire, tu ne peux pas comme ça, de sang-froid, tu ne peux pas de sang-froid dire non. Et tu ne peux pas dire envoyer balader quelqu'un qui est prêt à... Mais racontons pas non plus d'histoire. Le mécénat écoute quelque chose à quelqu'un. Le mécénat, pour qu'il y ait du mécénat, et vas-y que le fric que tu as donné, je te l'enlève des impôts. Alors, pardon, mais ce n'est pas tout à fait le but de l'opération. Alors, par contre, ce qui est intéressant, c'est qu'il y a un rapport à la société et qu'il puisse y avoir de la commande privée.

Mais c'est de la commande privée pour faire de l'art. Ce n'est pas de la commande privée pour faire des économies d'impôts. Parce que, moi, je ne suis pas d'accord avec ça. C'est deux choses différentes. Et je n'ai pas envie non plus qu'on dépende de la demande de l'offre. La politique de l'offre, c'est... ça vous met en danger, hein. Hier, il y avait le directeur d'un théâtre de la région parisienne. Il me raconte l'entretien qu'il a eu avec son nouveau maire. Le gars lui dit écoutez, moi, monsieur, je suis catholique pratiquant. Déjà, lui, surprise, ce n'est pas un sujet, d'habitude. Bah, monsieur, bon, ça vous regarde, ce n'est pas mon affaire.

Alors, non, mais il y a des trucs, ce n'est pas possible, quoi. On ne peut pas financer des spectacles comme ça parce que c'est un trop gros problème.

40:00
Locuteur

Voilà.

40:01
Locuteur 2

Déjà, un, depuis quand, c'est lui qui décide de ce que l'Église catholique recommande ? Déjà, pour commencer. Et de deux, qu'est-ce que ça vient faire, là ? Alors, si c'est le mécène, bah, vous voyez bien. On se remet dans le tuyau. Donc, il faut de l'argent public. Et tournons pas autour du pot. On a besoin d'argent public parce que c'est le meilleur investissement qu'on puisse faire. Mais, après, il y a d'autres aspects. Pardon, mais, les travailleurs du secteur culturel, c'est des travailleurs. Et le secteur culturel, il interpelle aussi la société. Par exemple, le statut d'intermittent du spectacle. J'allais y venir, allez-y. Oui, oui. Moi, je n'y connaissais rien.

On m'a donc expliqué, parce que cette fois-ci, il y a déjà un moment, quand ça a mal tourné, il y a deux ans, on a commencé à discuter. Et j'ai trouvé que le mode intermittent du spectacle est très intéressant parce qu'il disloque certaines conceptions du rapport au travail, du choix du temps qu'on y passe et de la répartition. À qui appartient la répartition du temps ? Je vous promets, je ne vous prends pas la tête. D'ailleurs, si vous voulez bien vous la faire prendre, achetez mon bouquin. Ça s'appelle Faites mieux. Il est un peu décalé parce que je n'arrive plus à le corriger, vu que, bon, bref. Et dedans, je montre comment la maîtrise du temps est l'enjeu social.

Quand nous, on vous parle de planification écologique, qu'est-ce que nous proposons ? La nationalisation du temps. Parce que celui qui prévoit et qui dit je donnerai temps tous les ans, il donne de la prévisibilité d'un côté et il s'assure du pouvoir de la décision de l'autre. C'est ce qu'on compte faire. Dans les boîtes, ils font pareil, ils appellent ça gestion prévisionnelle, blablabla. Ça fait plus joli, mais c'est de la planification. Qui est maître de la planification ? Alors, pour les travailleurs qui font ce... Je pense qu'il y a beaucoup de choses à emprunter aux intermittents. Après, là aussi, il faut alimenter la caisse. Et comment on fait ? Ça, c'est pas le plus dur.

Moi, je trouve que trouver de l'argent, c'est toujours simple. Mais là, j'ai quand même deux, trois idées qui sont là. Des fois, on s'est engueulé, vous m'avez engueulé, parce que vraiment, vous avez mauvais caractère. Et on a parlé de... Moi, j'étais sur la ligne tous les textes ou toutes les œuvres qui sont tombées dans le domaine public reviennent dans le... sont remises à contribution.

42:17
Locuteur 4

Pour la création, donc on finance les jeunes, la création par les auteurs morts. C'est ça que vous proposez ?

42:22
Locuteur 2

Ben, Victor Hugo proposait ça. C'est pas le plus mal placé à propos de la création. Oui, mais on fait tout le temps ça. Regarde, tu payes une place de cinéma, t'as dedans le prix du film suivant. Simplement, le surproduit social, si je parle une langue plus... il ne faut pas dire la plus-value, et change de nature. Ça devient, là, c'est un surproduit, puisque c'est une recette supplémentaire, tac, tu le remets dedans. Et je trouve que la méthode est bonne. Mais quand je dis ça, écoutez, je vais vous donner un exemple pour qu'on voit la masse que ça pourrait représenter. Vous savez que les États-Unis d'Amérique ont l'habitude de piller le monde et aussi l'art.

Et donc, ils ont fait un film, la société Disney, qui s'appelle Notre-Dame de Paris. il n'y a écrit nulle part que c'est l'œuvre de Victor Hugo. Ce n'est pas eux qui ont trouvé le sujet, ni les personnages. C'est Victor Hugo. C'est dans le domaine public, donc ce n'est pas marqué sur l'affiche et ils n'ont pas donné un rond. Or, ça a été un succès mondial. Ça a été regardé parce que c'est une histoire qui est fabuleuse. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est comme ça, et on a tous plaisir à voir ça, et on a emmené nos gosses voir ça. ça représenterait des milliards qui arriveraient dans la caisse.

Chaque fois qu'on aurait un succès spectaculaire en matière culturelle, on se frotterait les mains en disant ceux qui font ça vont mieux vivre, il y en aura plus, on pourra donner des sous à ceux qui sont stagiaires, on pourra faire de l'éducation, avoir des écoles de théâtre, où on va pouvoir donner une allocation d'autonomie. Vous voyez, la culture produirait ces succès. Et qu'est-ce qui marcherait, les amis ? Forcément, ce qui est nouveau. Pas la millième répétition de la même histoire. Pas forcément. Mais certaines, oui, et d'autres, non. La nouveauté, sans cesse, nous fera venir. Ah, qu'est-ce qui se passe là-dedans ?

Oui, tu vas voir, c'est extraordinaire, le rôle, il est joué par un tel, oh là là, bon, bref, c'est parti. L'œuvre part, et on ferait matière première de ça. Donc, c'est un cercle vertueux dont je suis en train de parler. Et ça consiste à partir de l'idée que les travailleurs du spectacle qui sont des travailleurs, des êtres humains. Il faut arrêter avec la vision, entre guillemets, bourgeoise, du créateur culturel. Frappe-toi le cœur, c'est là qu'est le génie. Ok, souffre, parce que ta souffrance va produire... C'est le truc bourgeois par excellence. L'auteur, le compositeur, l'artiste, c'est un maudit et c'est sa malédiction qui, au fond, va lui faire cracher le jus le plus précieux.

Résultat, bon, ils en étaient tellement là qu'ils les enterraient même pas. Et c'est comme ça qu'est né le cimetière du Père Lachaise, c'était le curé de Louis XIV, donc on enterrait les gens là. Parce que tellement... Mais ça, non, ça ne peut pas être notre vision du monde. On peut penser qu'on est créatif avec un certain confort de vie et qu'il y a un moment où c'est fini, où tu n'as plus envie, où tu as envie d'autre chose, où tu ne vas pas en faire ton métier. Ça s'appelle la retraite, quoi. Bon, voilà. Les travailleurs du spectacle ont droit à des retraites décentes. C'est pour ça que je proposais de mettre ces sous.

Mais il y en aura tellement des sous que vous pourrez en mettre et surtout que les caisses entre elles peuvent communiquer. Ce n'est pas nous qui avons inventé que les comptes étaient séparés, d'accord ? Ils ont séparé les comptes des différentes caisses pour qu'à chaque fois tu aies une crise. Et c'est eux qui provoquent les crises pour dire que la sécu coûte trop cher. Ils t'expliquent que tu vas aller bosser jusqu'à 65 ans mais il n'y a pas de boulot pour quelqu'un de 63 à 65 ans. Mettons que tu es pilote d'avion. Tu montes dans l'avion, le mec qui conduit il a 70 berges. Je ne monte pas, je veux savoir moi. Avant de monter dans l'avion, qui sait qui conduit ? Je blague.

Mais c'est pour vous dire, il y a un moment, ce n'est pas pareil de vivre en cultureux, il va avoir une passion toute sa vie. Mais en faire un métier, c'est une autre paire de manches. C'est autre chose. Bon, c'est vrai aussi pour la politique. Moi je suis élu de rien du tout là. Je nage dans mes retraites. Mais très bien. Mais je suis dans la passion, le combat continue. Donc ne mélangeons pas tout. Ce qui est de l'ordre de la passion, de l'engagement d'une existence et le métier qu'on en fait pendant un temps. Donc on a des droits quand on travaille. Droits à la retraite, droits à la santé, droits à tomber malade en cours de route et à se faire soigner.

Et c'est ces droits, il faut être intransigeant dessus. Ce n'est pas réservé à certains êtres humains et les autres, ma foi, ça leur fait du bien d'encher. Non, ce n'est pas possible. Voilà comment moi j'aborde cette question. Donc, vous devez régler la question de la retraite des gens de culture. Là, moi je viens de vous proposer comment on fait.

46:46
Locuteur 4

Une autre mesure que vous proposez autour de l'intermittence, je crois, c'est d'y intégrer les auteurs. Ça a été une demande qu'on a beaucoup fait. Est-ce que vous maintenez cette mesure-là ? Et pourquoi justement vous décidez de les intégrer dans ce régime qui, évidemment, va faire rentrer plus de monde ?

47:00
Locuteur 2

Il faut faire attention parce que moi, je me méfie d'un truc, y compris de mes copains quand on discute de ça. Il faut faire attention à ne pas faire des artistes d'État. Bon, ce n'est pas non plus très bon les artistes de coterie. Ah, ce n'est pas l'État. Oui, c'est juste une bande de potes qui s'arrose entre eux. Bon, pardon, il y en a peut-être que je choque dans la salle, mais quand même, j'ai deux, trois informations. Donc, il y a un point d'équilibre qui est difficile à trouver où il y a l'intervention de ceux qui font vivre un métier. Honnêtement, ils ont complètement le droit et même, on a intérêt à ce qu'ils s'en mêlent.

Parce que si vous mettez dans la pièce de ceux qui décident ceux qui donnent l'argent seulement, le résultat, vous le connaissez d'avance et moins. Voilà. Il faut cette diversité des corps qui participent à la décision et à la gestion. Et à la gestion, notamment, des régimes sociaux. Ça, c'est sûr. Je n'en dis pas plus parce que je crois que je dis l'essentiel. Il y a un point d'équilibre. Je sais que mes copains sont des fois plus directifs que moi. Bon, alors, si vous voulez en savoir davantage, demandez à Sarah parce que c'est elle la voie officielle.

48:05
Locuteur 4

Peut-être une autre question sur les aides publiques à la culture. Aujourd'hui, elles sont soumises à des contreparties. Est-ce que vous maintiendriez les contreparties aux aides publiques et notamment des contreparties sociales, artistiques, de l'éducation artistique ? Est-ce qu'une fois qu'on touche une subvention, on doit aller, je ne sais pas, parler dans les écoles ? Est-ce que l'artiste doit être soumis à des contreparties quand il reçoit une subvention ?

48:27
Locuteur 2

Selon vous ? Non, mais moi, je ne le dirais pas comme ça. Ce n'est pas une contrepartie, on croirait que c'est une corvée. Ça peut pour certains artistes. Non, mais d'accord, mais ils le présentent comme ça puis ils les appellent à projets, je connais. Les libéraux, ils gueulent contre l'État mais on n'a jamais fait autant de papiers. J'ai des amis qui sont architectes qui disent je passe le tiers de mon temps à remplir des papiers et à vérifier les résultats. Il y en a ras-le-bol de cette manière de faire. Par contre, ce que je peux dire, puisque vous abordez la question de l'école, c'est que l'école a besoin des pratiques culturelles.

J'ai été ministre de l'enseignement professionnel, donc je m'autorise, j'ai été ministre d'enseignement professionnel et aussi m'ai rajouté à la culture dans une ville riche, peuplée de pauvres, la ville de Massy, où on a ouvert un opéra et des... Bon, j'ai quand même un peu de pratique de ce que c'est que des outils de masse. Mais je viens sur l'enseignement culturel dans l'enseignement professionnel parce que c'est une leçon décisive. On avait décidé qu'on ferait 3 800 classes à projets artistiques et culturels. Moi j'arrive et comme tout le monde s'en foutait, l'enseignement professionnel, on pouvait compter que sur ma grande bouche pour me faire entendre.

Donc j'ai dit ben alors on dit et toi tu veux quoi ? Moi j'ai dit la moitié. Et curieusement on m'a dit bon si tu veux, pourquoi pas ? Bon c'était un gouvernement de gauche. Et je lui ai dit ben il faut voir ce qu'il y a là-dedans. Hein ? Dans l'enseignement professionnel, les 3 quarts des gens ne sont pas au courant qu'il y a la moitié de la jeunesse, d'une classe d'âge. La moitié ! Pas 10% ou 20%, la moitié ! Alors ils sont en apprentissage, à l'époque ils étaient majoritairement dans l'enseignement professionnel. On a amené la pratique culturelle. Je vais vous la faire brève. Une classe où tu as 80% d'absentéisme. On s'amène avec... Pardon !

Les profs avaient trouvé comment s'y prendre, ils avaient mis au point un parcours et ils décident de venir et de proposer dans la section métallurgie sculpture métallique géante. Bon alors on prend la classe et on lui fait voir des expos. Les mômes n'avaient jamais été voir une expo de leur vie. C'est très important de toujours se dire que ne croyez pas que ce qui est vrai pour vous est vrai pour les autres. Une fois je suis allé au musée avec une camarade députée. On rentre dans le musée, on y reste un moment, c'était des... mes marottes à moi et je l'avais invitée, elle vient. En cours de rue, je la vois, elle pleure. Je dis qu'est-ce qui te prend ?

Elle me dit c'est la première fois de ma vie que je rentre dans un musée. Là c'est pareil. Qu'est-ce qui s'est passé ? Ceux qui sont allés aux expos, ils sont revenus et ils ont commencé à dessiner une structure métallique géante. Mais pour faire une structure métallique géante, un, il faut faire de la physique pour pas qu'elle se casse la figure dès que tu l'as monté. Deuxi, il faut la souder, soudure. Il faut la peindre, peinture. Il faut, il faut, il faut. Plein de qualifications strictement professionnelles. La soudure, c'est pas t'arrives avec ton truc et tu soudes. C'est une technique très avancée. Pareil la peinture, tu mets pas n'importe quoi, n'importe où, n'importe comment.

Et on a vu comment ? À partir du moment où on a mis ça en route, l'absentéisme s'est écroulé dans la classe. C'est-à-dire, tout le monde est revenu en cours. Deuxi, tout le monde a eu son examen dans cette branche. Tertio, tout le monde a appris quelque chose qui l'a rendu différent après. Donc, nous avons besoin de culture dans l'éducation. C'est pas une faveur, c'est pas un supplément d'âme. Là, nous avons appris cette année-là plus vite, plus fort et mieux qu'on n'avait jamais appris dans ce type de classe. D'accord ? Et concrètement,

51:55
Locuteur 4

ça se traduit par quelle mesure ? On impose que les artistes aillent dans les classes ?

51:59
Locuteur 2

Tu fais des classes à projets artistiques et culturels, ça coûte tant et tu les mets là. Voilà. Il y avait des endroits imprévus. Par exemple, les filles qui faisaient du travail social. Bon, tu te dis, qu'est-ce qu'on va bien pouvoir mettre d'artistique et culturelle là-dedans ? Elles ont trouvé toutes seules. Elles ont dit, ont fait raconter à toutes les mamies leur histoire. Et elles ont fait une expo où on mettait des photos, on mettait des textes, il fallait les écrire, il fallait faire les panneaux, il fallait faire tout ça et il fallait trouver, les mamies, il fallait leur faire parler pour qu'elles racontent.

Elles racontaient leur vie de la période, il y en avait encore à ce moment-là, des guerres. Qu'est-ce que c'est la vie d'une femme quand les hommes sont ou prisonniers ou en train de faire la guerre ? Et comment ça se passait ? Moi, j'ai vu cette expo, t'es là, t'en reviens pas. Tellement c'est beau, tellement c'est fort. Alors, tout le monde va fouiller au fond de ses affaires pour trouver la photo. L'autre arrive et dit, ah non, il faut la mettre en grand, celle-là, elle est trop belle, regarde le regard. Comme quoi, toutes les techniques, à un moment donné, peuvent être subverties par l'activité culturelle. Donc, il faut des sous pour faire ça.

Et le bénéfice pour la société, il est gigantesque. Je termine par un autre exemple. Pourquoi les gosses sont violents dans les crèches ? Si vous n'êtes pas au courant, ils sont aussi violents dans les crèches. Alors, il y a des gens qui ont étudié ça. Parce que, les crèches, oui. Enfin, pas tout petit, petit, hein. Tout le monde est violent. Mais, après, quand ça commence à se socialiser. Mais tu mets un môme devant une télé, il voit, il comprend, il ne faut pas croire, hein. Mais, quelqu'un m'a expliqué, et j'ai vu l'étude, il me dit, il y a 400 manières de dire bonjour. Ah bon ? Ben ouais. Bonjour à tes parents.

Ce n'est pas pareil que bonjour à la voisine que tu croises dans l'escalier en allant à l'école. Et ce n'est pas pareil que quand tu montes dans le bus dire bonjour au gars qui conduit. Et c'est pas... Etc. Etc. Etc. Et le gars qui avait fait l'étude m'explique, il me dit, tu comprends, il y a 400 manières. Tu n'en apprends aucune en regardant. Simplement. Tu apprends parce que tu l'as vu pratiquer. Donc nous avons tous impérieusement besoin de liens sociaux réels ou simulés en vrai. Le spectacle vivant. Et même si tu l'as vu à la télé, c'est pas pareil que de l'éprouver en voyant quelqu'un d'autre le faire.

Tes parents, bien sûr, mais d'autres, les situations que tes parents ne connaissent pas parce que tes parents ne passent pas la journée à la crèche. Et si tu n'as pas les mots et les méthodes qui te permettent de te socialiser, eh ben t'es violent. Parce que la violence, c'est toujours le mode de réponse à l'impuissance à oraliser ou à mettre en scène sa pratique de rapport social aux autres. Par conséquent, mon plaidoyer, il est continuellement pour dire nous n'avons pas à nous justifier de dire que la pratique culturelle est une nécessité humaine. C'est vous qui devez nous expliquer vous autres, les grands, les importants, pourquoi on peut s'en passer.

Parce que nous, on n'a pas trouvé pourquoi. Mais vous allez nous le dire. Vous allez nous le dire, quand même.

54:53
Locuteur 4

On arrive dans les huit dernières minutes de cette rencontre et on voulait absolument vous entendre sur l'intelligence artificielle qui est un autre des grands sujets d'inquiétude du secteur et de beaucoup d'autres. Qu'est-ce que vous proposeriez en étant président de la République sur la régulation de l'IA et notamment sur le droit des créateurs et le droit d'auteur sur ces questions-là ?

55:11
Locuteur 2

Déjà, vous voyez le genre de pays où on est, on demande à un président de la République mais je ne vous en veux pas de le faire parce que c'est vrai. Mais bon, c'est une monarchie absurde parce que, bon, ça va, vous tombez là sur un type intelligent et courtois mais une autre fois, vous allez tomber sur une brute primaire qui ne comprend rien. Ça va être un peu délicat. Il va vous sortir. Ouais, les chercheurs, ils ont assez cherché. Maintenant, il faut trouver. Je l'ai entendu. Je l'ai entendu. D'accord ? Donc, quand vous en êtes à avoir des maires qui vous demandent de la culture neutre, vous pouvez parfaitement imaginer ça à la tête de l'État.

Donc, et je crains que des fois, on y soit, quoi. Alors, bon, d'abord, un, on garde son sang-froid s'il vous plaît. Deux secondes pour réfléchir. Vous avez peur de l'intelligence artificielle ? Déjà, vous avez fait un grand bond en avant. Vous venez de comprendre ce qu'est l'intelligence parce que vous craignez l'intelligence artificielle. Mais c'est quoi l'intelligence ? C'est une question, non ? Voilà. La réponse, je peux vous la donner, cette machine n'est pas intelligente. Si l'intelligence veut dire la capacité à faire surgir du neuf, et ça ne sera que ça, si vous y réfléchissez bien, penser, c'est rompre. Imaginez, c'est aller au-delà de l'apparence.

Votre tête passe son temps à produire du temps, d'abord par l'instinct de survie, qu'est-ce qui va se passer tout à l'heure ? Est-ce que je suis en danger ? Mais surtout, tout le temps, elle produit ça, de l'imprévu. Et vous passez votre vie à vous rassurer en cherchant les choses qui sont stables, et prévisibles. Et vous venez d'entrer dans l'ère de l'incertitude, donc. Un, avec l'intelligence artificielle, déjà, prenez le pari, comme d'habitude, de vous dire qu'aucun outil n'est meurtrier par lui-même. Une pioche, ça peut vous servir à creuser un trou, ça peut vous aider à cultiver un champ ou à tuer votre voisin. Mais ce n'est pas la pioche qui a pris la décision, c'est vous.

Et pareil pour l'intelligence artificielle, c'est un outil, rien d'autre. Quel usage en ferez-vous ? C'est ça la question qui est posée. Et vous pouvez avoir un usage, vous serez dépassé. Il y a des moments où vous serez dépassé. Vous vous direz, qu'est-ce qu'elle fait l'intelligence artificielle ? C'est un système d'automatisation de la pensée. Elle récupère par des algorithmes tout ce qui est automatique. Alors évidemment, on tombe de notre arbre, on se croyait très malin, on découvre qu'on est moins que prévu, et qu'il y a des automatisations. Mais il y a... Regardez la photo, c'était pareil. Quand la photo arrive, catastrophe ! À quoi va servir le peintre ?

Frappe-toi le cœur, c'est là qu'est le génie, il souffre un bon coup, tu vas peindre. Bon. Non ! Immédiatement, on a transformé une... Qui oserait dire aujourd'hui qu'une photo est neutre, comme dirait l'autre ? Non, ça n'existe pas. J'ai qu'à voir mon portrait dans la presse. Ce n'est pas une photo neutre. Tout le pays connaît mes amygdales par cœur. Mais bon. La photo, elle n'est pas neutre, politiquement, ça c'est pour la blague, mais vous savez tous qu'elle n'est pas neutre sur le plan de la création esthétique. Au fond, le photographe est plus important que ce qu'il a regardé, ou la photographe. On est d'accord ?

Donc, gardez l'idée de vous dire, bien sûr, les machines nous remplacent dans des choses qui peut-être, on peut s'en passer, qu'on va être peut-être plus créatifs. La machine ne trouvera jamais toute seule, en tout cas pour l'instant, on est confronté à ce type de problème. Quand la machine va savoir imiter des comportements humains, on va passer à autre chose. Mais ne nous laissons pas submerger tout le temps par la peur et la panique. Et je vous mets en garde. La peur, c'est le seul lien social que le capitalisme développe. Il a intérêt à ce que vous ayez tout le temps peur. Peur du voisin,

58:44
Locuteur 1

peur de ce qui est différent, peur de ce qui est imprévu, tout le temps peur. Et quand vous allez avoir peur, vous allez vous rapprocher

58:53
Locuteur 2

des forces de l'ordre, l'ordre intellectuel qui vous dit ce qu'il faut faire, l'ordre matériel qui a une matraque qui vous permet de réfléchir, et ainsi de suite. La peur appelle l'ordre, mais elle ne vous appelle jamais à réfléchir sur l'ordre auquel vous aspirez. Et l'ordre auquel nous on aspire ici dans cette salle que j'évalue d'après vos réactions, un peu de gauche quand même. Oui, mais l'ordre auquel nous on aspire n'a rien à voir avec leur vision du monde et leur vision de l'ordre. Je vous dis, leur vision de l'ordre, c'est un monde hiérarchisé. Ce qui compte, c'est que chacun soit à sa place et tout le monde n'est pas à la même. Les êtres humains ne sont pas semblables.

Bon, vous connaissez tout ça. Donc n'ayez pas peur de l'intelligence artificielle. Je suis d'accord pour dire que ça bouscule, ça bouscule. Mais ce n'est pas la première fois que j'ai parlé de la photo. Je vais vous... Lisez... Comment elle s'appelle une autre copine, là ? Isabelle Schmolten. À chaque fois, j'oublie les noms propres. Elle est merveilleuse. C'est une penseuse suprême. Elle a fait un truc qui porte un titre à coucher dehors. C'est la schizophrénie numérique. Bon. Bon. Bref. Et elle rappelle Platon. J'avais complètement... D'abord, je n'avais même pas fait attention quand on m'a fait étudier ça dans mes études. Platon gueule parce qu'on écrit. Vous le saviez, vous, ça ?

Moi, je le... En lisant, je lui dis, tiens, je n'avais pas fait attention à ça. Platon dit, écrivez pour remplacer votre mémoire. Donc, vous ne saurez même plus vous souvenir. Bon. Déjà, il avait peur de la technique de l'écriture. Et puis après, il dit, ah non, faites pas les malins, hein. Parce que ce n'est pas vrai que parce que vous l'avez écrit, vous ne savez même pas que c'est là. Et si par hasard, vous savez que c'est là, vous ne savez pas ce que ça veut dire. Et donc, il nous engueule. Et il explique pourquoi il faut porter tout son bagage intellectuel avec soi. Bon. Donc, ce n'est pas la première fois que l'humanité est confrontée à ça.

Et il y a une chose, sauf si, voilà ce que vous avez à craindre. Ce n'est pas que la machine remplace les humains. C'est que vous vous comportiez comme des machines. C'est de ça dont vous avez à avoir peur. Comme quand vous allez chercher des sous à la tirette. Vous vous mettez bien en rang. Qui c'est qui vous a dit de le faire ? Vous voyez que vous êtes disciplinés ? Et après, ça apparaît. Oui, non. Je veux ci, je veux là. Tic, toc, toc. Oui, non. Oui, non. Et mon code secret. Toc, toc, toc. C'est le cas. Non, ça, c'est pas non. C'est ma date de naissance. Toc, toc, toc. Et vous vous êtes dressés. Les flux dans lesquels nous vivons nous dressent.

Ne vous laissez pas dresser par les machines. Ne vous laissez pas dresser par l'intelligence artificielle. Travailler avec une intelligence artificielle, vous allez voir qu'elle n'a pas inventé la poudre. Moi, je l'ai battu au moins dix fois sur ce qu'il y a dans Marx.

1:01:21
Locuteur 4

Il nous reste une minute trente. Je vais vous demander un exercice de synthèse si je résume trois mesures que vous avez proposées ce soir. Créolisation de la culture. Créolisation de la culture. On peut dire ça, le 1% minimum au budget et la culture dans l'éducation. Et en finir avec Bolloré. On en met quatre. Ça vous va comme résumé ?

1:01:45
Locuteur 2

Pour ce soir, ça va, quoi. Mais surtout, retenez le reste. Le feu sacré de la culture, c'est l'insoumission.